À Lomé, le GIABA a entretenu un échange avec les parlementaires de la CEDEAO sur l’urgence de garantir un financement pérenne pour contrer blanchiment et flux illicites, alors que ses ressources sont fragilisées par les retards de contributions étatiques.
Après avoir échangé en début de semaine avec le Comité de l’Administration et des Finances (CAF), le GIABA a poursuivi son plaidoyer. Ce jeudi, place aux parlementaires de la CEDEAO, réunis à Lomé pour un séminaire de deux jours. L’objectif : réfléchir ensemble à la manière de mieux prévenir la criminalité financière et de renforcer la gestion des finances publiques dans la sous-région. Mais il s’agissait aussi de discuter de la mobilisation des ressources budgétaires du GIABA, fragilisées par les retards de contributions des États membres et la baisse des financements disponibles.
La cérémonie d’ouverture, organisée à l’hôtel 2 Février, a donné le ton. Présidée par la directrice de cabinet du ministre togolais de l’Économie et des Finances, Akou Mawussé A. Adetou Afidenyigba, représentant Georges Essowè Barcola, elle a réaffirmé la volonté de Lomé de faire de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme « une priorité nationale et régionale », inscrite dans la vision du président Faure Gnassingbé. « Les commissions parlementaires sont au cœur du dispositif de lutte », a-t-elle souligné, rappelant que leur rôle de contrôle et d’évaluation des budgets constitue « un puissant rempart contre les abus et les pratiques illicites ».

Le directeur général du GIABA, Edwin W. Harris Jr., a, lui, dressé un constat préoccupant. Selon lui, l’Afrique perd chaque année plus de 88,6 milliards de dollars, soit 3,7 % de son PIB, du fait de la corruption et des flux financiers illicites. « Ces chiffres ne sont pas abstraits : ils représentent des hôpitaux sans équipement, des écoles inachevées, des infrastructures jamais réalisées », a-t-il martelé. Pour M. Harris, la supervision parlementaire est « un impératif de sécurité nationale » et non une simple formalité : « Lorsque vous exigez des explications sur les dépenses publiques, vous désorganisez la machine de corruption et vous protégez l’intégrité démocratique », a-t-il insisté.
Le séminaire vise ainsi à renforcer les capacités des commissions des finances et du contrôle budgétaire, afin qu’elles puissent mieux analyser les rapports d’audit, détecter les signaux d’alerte de fraude et assurer le suivi des recommandations. Plusieurs thématiques ont été mises à l’agenda : doter les institutions parlementaires d’outils efficaces pour prévenir la criminalité financière, adopter des réformes en faveur de la transparence budgétaire, et bâtir une synergie durable entre parlements, gouvernements, organes de contrôle et société civile.
Derrière ces débats se profile une urgence budgétaire. Le GIABA, qui vient de conclure son deuxième cycle d’évaluations mutuelles, se prépare à lancer un troisième cycle plus rigoureux dès 2026. Mais ses moyens financiers sont limités par la baisse des contributions des États et des retards de paiement. « Il faut garantir un financement pérenne », a averti M. Harris, faute de quoi l’institution verrait ses programmes d’assistance et de suivi des réformes fortement réduits.
Le contexte régional accentue l’inquiétude. Alors que le Sénégal a quitté en 2024 la liste grise du GAFI, preuve de progrès réels, la Côte d’Ivoire y a été inscrite, signe de la fragilité persistante de certains dispositifs. Par ailleurs, le retrait annoncé du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO soulève la question de leur avenir dans le mécanisme régional anti-blanchiment. Le GIABA indique avoir entamé un dialogue pour maintenir un cadre de coopération, mais l’incertitude demeure.
Le rapport annuel 2024 de l’organisation souligne la montée de menaces de plus en plus sophistiquées : infiltration des économies par les flux illicites issus du secteur extractif, financement du terrorisme dans le Sahel, cyberfraudes liées aux actifs virtuels, et exploitation du secteur informel et des professions non financières (immobilier, change, avocats).
Pour le Togo, pays hôte, l’événement est aussi l’occasion de mettre en avant ses propres efforts : évaluation nationale des risques, adoption d’une stratégie nationale LBC/FT assortie d’un plan d’action pluriannuel, renforcement de la CENTIF et conduite d’évaluations sectorielles. « La lutte contre la criminalité financière exige, au-delà des lois, un engagement fort et visible des plus hautes autorités », a rappelé M. Tchaa Bignossi Aquiteme, président de la CENTIF-Togo.
Au terme de deux jours de travaux, les participants doivent adopter un communiqué conjoint, assorti de recommandations prioritaires et d’engagements de suivi aux niveaux national et régional. Mais le message central reste inchangé : sans volonté politique partagée et sans financement durable, la CEDEAO risque d’affaiblir son principal instrument de lutte contre les crimes économiques et financiers.
Fiacre E. Kakpo
Sept institutions financières togolaises ont intégré la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI) de l’UEMOA, selon un communiqué de la BCEAO qui pilote le projet sous-régional.
Il s’agit de Banque Atlantique, BOA, COFINA, BIAT, CORIS Bank, Ecobank et Orabank.
Cette infrastructure dont le lancement officiel est prévu le 30 septembre 2025, ambitionne de transformer l’écosystème des paiements dans la sous-région. Elle permettra des transferts de fonds et paiements en temps réel, 24h/24 et 7j/7, quel que soit le type de compte (bancaire, microfinance ou mobile money).
La plateforme vise à réduire les délais et les coûts des transactions, tout en facilitant l’interopérabilité entre les différents acteurs. Au Togo, Ecobank et Orabank avaient déjà participé, il y a quelques mois, à la phase de test du dispositif, conçu pour accélérer les échanges régionaux dans un contexte de digitalisation accrue des services financiers.
Depuis le 5 juin 2025, des tests en conditions réelles sont menés avec un échantillon de clients, afin d’évaluer la solidité, la sécurité et la fluidité du système. Ces essais valident progressivement les performances de la plateforme avant sa généralisation.
À terme, cette innovation devrait révolutionner les paiements dans l’espace UEMOA, en renforçant l’efficacité des flux financiers et en stimulant l’inclusion financière, particulièrement dans les pays où l’accès aux services bancaires reste limité.
Ayi Renaud Dossavi
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En cinq ans d’activités (de 2014 à fin décembre 2019), le Fonds National de Finance Inclusive (Fnfi), revendique avoir impacté plus d’1 million de bénéficiaires, pour 87 milliards de volume de crédits accordés.
Sur l'ensemble de ces facilités au profit des populations à la base, le mécanisme d’inclusion financière affiche un taux de remboursement moyen de 93 %, apprend-on.
Dans le détail, l’année 2019 a été marquée par 35 812 nouveaux bénéficiaires enregistrés, et plus de 32 000 renouvellements.
Du reste, apprend-on, ces chiffres incluent également les bénéficiaires d'autres mécanismes connexes, dont le Programme National de Promotion de l’Entrepreneuriat Rural (PNPER).
Ces différents outils sont sous la tutelle de Mazamesso Assih, la Secrétaire d'état auprès du Président de la République chargée de l'Inclusion Financière et du Secteur Informel.
Pour rappel, le FNFI a pour mission d'octroyer des prêts à des taux réduits aux citoyens exclus du système financier mais porteurs de projets dans les différents secteurs de la vie économique togolaise.
De 2014 à 2019, le niveau d’inclusion financière, au sens large, a enregistré un bond de 24%, passant de 50% à 74%.
R.E.D
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