Au Togo, le gouvernement veut structurer davantage les chaînes de valeur agricoles en appuyant les Très Petites et Moyennes Entreprises (TPME). Il vient de lancer à cet effet un appel à manifestation d’intérêt pour sélectionner 50 TPME appelées à jouer un rôle majeur dans le secteur.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un projet cofinancé par l’État togolais et la Banque africaine de développement (BAD), dénommé Projet d’accompagnement des jeunes entrepreneurs (PAJEC), et piloté par l’Agence de développement des Très Petites et Moyennes Entreprises (ADTPME).
Il s’agira concrètement de soutenir la création d’emplois pour les jeunes et les femmes, en s’appuyant sur des filières agricoles prioritaires. Parmi celles-ci figurent le maïs, le soja, le manioc, le riz, l’ananas, le sésame ou encore l’anacarde, ainsi que les filières animales et halieutiques.
Les entreprises sélectionnées à l’issue de cet appel devront agir comme des « locomotives » au sein de clusters agro-industriels. Leur rôle consistera à structurer les chaînes de valeur, en facilitant l’approvisionnement en matières premières, la transformation et l’accès au marché.
Ces acteurs seront également appelés à contractualiser avec les producteurs, les coopératives et les jeunes entrepreneurs, et à soutenir leur montée en capacité.
Pour être éligibles, les TPME doivent justifier d’une activité formelle, d’une expérience minimale de deux à trois ans selon le profil, et d’une capacité avérée d’approvisionnement. Elles devront également démontrer une solidité financière et des débouchés commerciaux existants.
Le dispositif prévoit un accompagnement technique et financier, incluant la mise à niveau des outils de production, l’accès au financement et le développement de nouveaux marchés. L’intégration dans le programme se fera de manière progressive, en fonction des filières et des régions.
L’initiative vise également à favoriser la participation des TPME dirigées par des femmes, qui bénéficient de conditions d’éligibilité plus souples.
Pour rappel, le PAJEC a été lancé en février 2025 et doté d’une enveloppe de 28 milliards FCFA, financée par l’État togolais et la BAD pour soutenir les jeunes et les femmes entrepreneurs. Il est mis en œuvre par l’ADTPME sur cinq ans, avec pour mission de faciliter l’accès au financement, aux marchés et aux compétences, en intégrant les TPME dans des chaînes de valeur clés, notamment agricoles.
Ayi Renaud Dossavi
C'est à grand renfort de communication, d'événementiel et de self-branding que Kodjo Aïd Otou et sa start-up Edole Africa ont lancé, jeudi 29 février dernier, la filiale ivoirienne, Edole Côte d'Ivoire. Une nouvelle étape pour cette entreprise du jeune entrepreneur togolais qui, depuis ses premiers clients sur la plateforme industrielle d'Adétikopé, connaît une trajectoire ascendante.
Dans cette interview donnée à Togo First au lendemain de son entrée sur la scène ivoirienne, Kodjo Aïd Otou dresse un bilan de cette aventure entrepreneuriale et détaille la stratégie qui a guidé Edole Africa jusqu'ici. Il aborde également la nécessité de franchir les frontières et partage les ambitions de la jeune start-up, qui résolument tournée vers l’avenir, cherche à ubériser le secteur des BTP avec sa marketplace.
Togo First : Qu'est-ce qu'Edole Africa exactement ? Quels services proposez-vous ?
Kodjo Aïd Otou : En tant qu'ingénieur en génie civil et entrepreneur, j'ai précédemment dirigé une entreprise spécialisée dans les études et l'exécution de marchés publics. Entre 2016 et 2018, nous avons eu l’opportunité de mener des projets d'État. Cependant, nous avons rencontré des difficultés pour livrer ces projets conformément aux normes et aux contrats, ce qui nous a plongés dans une dette importante. En cherchant à comprendre et à résoudre ces problèmes, j'ai identifié un manque d'accès aux ressources nécessaires, qu'il s'agisse de personnel qualifié, de matériel ou de matériaux. Ce constat, corroboré par une analyse sectorielle, m'a amené à créer Edole Africa. Notre start-up fournit une banque de ressources pour soutenir les entreprises du secteur de la construction, afin d'optimiser la réalisation de leurs objectifs.
Les clients bénéficient grandement de notre service car nous démocratisons l'accès aux ressources et offrons une disponibilité estimée à 92-95%. Ils préfèrent travailler avec nous car tout est formalisé et sécurisé. Si un matériel tombe en panne, nous pouvons le remplacer rapidement, réduisant ainsi les délais.
Togo First : En termes plus concrets, que fait réellement Edole Africa ?
Kodjo Aïd Otou : Nous fournissons du personnel qualifié, du matériel d'exécution et des matériaux de construction aux entreprises du BTP et aux particuliers engagés dans des projets de construction. Nous ne stockons pas de matériel en propre mais valorisons les ressources existantes. Par exemple, nous ne formons pas de nouveaux ouvriers mais utilisons un portail numérique pour recenser et répertorier les compétences disponibles sur le territoire togolais. De même, pour les loueurs de matériel, nous leur offrons une plateforme pour intégrer notre base de données, que nous mettons ensuite à disposition de nos clients. Edole Africa agit comme une place de marché qui met en relation les ouvriers recherchant des missions et les entrepreneurs ou propriétaires ayant un projet de construction.
Togo First : Les ouvriers présents sur votre plateforme sont-ils employés par Edole Africa ?
Kodjo Aïd Otou : Notre approche repose sur un engagement envers la qualité à chaque étape du processus. Ainsi, que ce soit pour les ouvriers ou les loueurs de matériel, une fois qu'ils rejoignent notre plateforme et qu'une demande pour leur service est reçue, nous sélectionnons le prestataire approprié.

Ouvriers recrutés via la plateforme Edole Africa sur un chantier
Togo First : Comment fonctionne votre modèle de rémunération ? Quel est le pourcentage de commission que vous prenez actuellement ?
Kodjo Aïd Otou : Le paiement est effectué en fonction de la commande : nous prélevons une commission et rétribuons ensuite le prestataire pour sa prestation. La commission varie selon le type de service. Pour les ressources humaines, elle oscille entre 10% et 15%, tandis que pour le matériel, elle peut aller de 10% à 20%, en fonction du matériel et de la durée de la location. Ces commissions sont négociées avec les prestataires. L'avantage pour eux est que, même après notre commission, le coût final est comparable à celui qu'ils auraient obtenu en travaillant directement sans notre intermédiation.
Togo First : Dans ce cas, le client finit par payer plus cher. Quel est l'intérêt pour lui de passer par votre service ?
Kodjo Aïd Otou : Les clients bénéficient grandement de notre service car nous démocratisons l'accès aux ressources et offrons une disponibilité estimée à 92-95%. Nous leur faisons gagner du temps, ce qui, en affaires, équivaut à économiser de l'argent. Certains de nos clients nous ont même aidés à élargir notre réseau en nous recommandant des fournisseurs. Ils préfèrent travailler avec nous car tout est formalisé et sécurisé. Si un matériel tombe en panne, nous pouvons le remplacer rapidement, réduisant ainsi les délais et permettant aux clients d'atteindre leurs objectifs plus efficacement.
Togo First : Pourriez-vous expliquer comment un ouvrier, prenant l'exemple de Koffi, peut-il s'inscrire sur Edole Africa ?
Kodjo Aïd Otou : Koffi peut s'inscrire en téléchargeant notre application ou en visitant notre site web. Il créera un compte en fournissant des informations personnelles, puis accédera à la section dédiée aux ouvriers pour compléter son profil. S'il possède un CV, il peut le télécharger ; sinon, nous lui fournirons un formulaire à remplir. Ces informations seront traitées par notre équipe pour décider de l'intégration de Kofi sur la plateforme.
Togo First : Une fois inscrit, est-il possible pour un ouvrier ou une entreprise de recevoir directement des offres de service via la plateforme, ou doivent-ils passer par les équipes d’Edole Africa pour la mise en relation ?
Kodjo Aïd Otou : Les interactions sur notre plateforme sont contrôlées. Les clients passent par les équipes d’Edole Africa, qui jouent un rôle central pour garantir la qualité du service et assumer la responsabilité en cas de problèmes, en veillant à ce que tout se déroule correctement.
Togo First : Comment garantissez-vous l'impartialité dans le choix des ouvriers ou des fournisseurs ?
Kodjo Aïd Otou : Notre priorité est l'excellence et l'engagement. Nous privilégions les profils qui s'alignent sur nos valeurs et contribuent à nos objectifs de performance. Un système de recommandations intégré à notre application, soutenu par une intelligence artificielle, nous permet d'évaluer les fournisseurs, les ouvriers et les ingénieurs. Ces évaluations guident nos choix en fonction des demandes des clients.
Aujourd'hui, 50% des entreprises du BTP au Togo ont déjà utilisé notre plateforme pour commander des ressources ou qui l'ont tout simplement utilisée.
Togo First : Nous comptons sur votre impartialité pour assurer une sélection équitable. Quelle a été la réaction du marché face au lancement de votre plateforme Edole Africa ?
Kodjo Aïd Otou : Au début, l'accueil fut mitigé, car le secteur du BTP est très traditionnel et réticent aux innovations. Nous étions préparés à cette éventualité et nous savions que gagner notre premier client serait crucial. Cette opportunité s'est présentée avec le projet de la Plateforme Industrielle d'Adétikopé (PIA) en 2021, où nous avons déployé plus de 900 ouvriers, illustration de l'efficacité de notre solution. Aujourd'hui, environ 50% de notre cible au Togo s'intéresse à notre service.
Togo First : Quand vous dites 50% de la cible, vous faites référence à quoi exactement ?
Kodjo Aïd Otou : Nous parlons de 50% des entreprises du BTP au Togo qui ont déjà utilisé notre plateforme pour commander des ressources ou qui l'ont tout simplement utilisée. Mais nos performances vont bien au-delà de cela. À ce jour, nous comptons entre 200 et 220 entreprises clientes ayant utilisé Edole Africa pour divers besoins. Nous avons contribué à la création de plus de 5 000 emplois indirects à travers les ouvriers que nous avons placés. Nous sommes présents dans un marché phare sur deux au Togo, que ce soit à travers la fourniture de matériel, de ressources humaines, ou de matériaux. Edole Africa emploie également environ 30 personnes de manière fixe à son siège au Togo.
Nous avons déjà des projets en cours en Côte d’Ivoire. Nous avons déjà des projets qui, en quelques semaines, ont créé environ 1 000 emplois. Les 50 000 emplois visés reflètent nos ambitions et nos projections.
Togo First : Et c’est fort de ces résultats que vous avez décidé votre expansion en Côte d'Ivoire. Quels objectifs sous-tendent cette ambition ? Ne pensez-vous pas aller trop vite ?
Kodjo Aïd Otou : Pas du tout, cela fait déjà 18 mois que je voyage entre Abidjan et Lomé. Pour moi, l'Afrique, et plus particulièrement l'Afrique de l'Ouest, est un bloc uni. Dans le secteur de la construction, les entreprises ne se limitent pas à un seul pays. Nous avons des clients importants qui opèrent dans plusieurs pays de la région. Il nous est déjà arrivé d'intervenir en Côte d'Ivoire et au Bénin sans y être officiellement présents. Face à la demande croissante en Côte d'Ivoire, nous avons décidé, après mûre réflexion, d'y ouvrir officiellement une filiale. Nous avons déjà des projets en cours là-bas.

Panel de lancement d’Edole Africa Côte d’Ivoire
Togo First : En vous développant en Côte d'Ivoire, rejoignez-vous des partenariats locaux ou explorez-vous le marché seul ?
Kodjo Aïd Otou : Nous avons développé des partenariats dans tous les aspects de notre activité, pas seulement en Côte d'Ivoire mais aussi au-delà. Par exemple, lors de notre lancement, nous avions des représentants de grandes marques et des constructeurs majeurs. Nous explorons des collaborations pour étendre notre offre de services.
Je considère le Togo comme un terrain d'essai idéal pour perfectionner son produit. C'est ici que l'on peut expérimenter son produit, atteindre un MVP viable et parvenir à un ajustement parfait au marché. Une fois ces étapes franchies, il faut se concentrer sur la croissance.
Togo First : Avez-vous déjà des clients à Abidjan ? Y a-t-il déjà eu des recrutements ?
Kodjo Aïd Otou : Oui, nous avons déjà des clients et des projets en Côte d'Ivoire. Le Togo a été notre terrain d'essai pour perfectionner notre produit. Lorsqu'une startup atteint une certaine maturité, elle doit penser à se développer.
En tant qu'entrepreneur, je considère le Togo comme un terrain d'essai idéal pour perfectionner son produit. C'est ici que l'on peut expérimenter son produit, atteindre un MVP viable et parvenir à un ajustement parfait au marché. Une fois ces étapes franchies, il faut se concentrer sur la croissance. Dans un contexte africain, les start-ups, telles que la nôtre, ne se précipitent pas vers la rentabilité immédiate ; elles privilégient plutôt le développement stratégique pour stimuler une croissance significative et exploiter pleinement le potentiel de l'innovation.
C'est dans cette optique que nous envisageons également d'ouvrir une filiale au Bénin dans les mois à venir. Pour la Côte d'Ivoire, nous avons déjà une équipe en place, dirigée par un DG expérimenté, ancien directeur chez Coca-Cola Afrique Centrale et à l'Agence de promotion de l'investissement du Mali. Cette équipe est prête à relever les défis du marché ivoirien.

Moussa Touré, Directeur Général de Edole Africa Côte d'Ivoire, ancien DG de l’agence nationale de la promotion des investissements du Mali, ancien DG régional Coca-Cola Afrique centrale.
Togo First : Parlons un peu de vos projets en Côte d’Ivoire. Vous avez mentionné vouloir recruter jusqu'à 50 000 ouvriers à Abidjan. Cet objectif très ambitieux est-il tenable ou c’est une opération de communication ?
Kodjo Aïd Otou : Nos ambitions sont à la hauteur du dynamisme du secteur de la construction ici [Côte d’Ivoire, ndlr]. Nous avons déjà des projets qui, en quelques semaines, ont créé environ 1 000 emplois. Les 50 000 emplois visés reflètent nos ambitions et nos projections.
Dans 5 ans, je vois Edole Africa comme une marque panafricaine, présente dans au moins 11 pays.
Togo First : Comment Edole Africa se finance aujourd'hui ?
Kodjo Aïd Otou : A ses débuts, Edole Africa a été financée par mes propres moyens, dans la douleur. Avec la croissance, nous avons ouvert le capital à d'autres associés pour partager les risques et les gains. Nous avons également le soutien de certaines banques locales, et nos activités sont aujourd'hui financées par nos propres revenus, étant donné que nous sommes déjà rentables.
Togo First : Prévoyez-vous des levées de fonds pour soutenir votre expansion ?
Kodjo Aïd Otou : Nous sommes en discussion avec des investisseurs depuis un moment. Notre objectif était d'abord de valider notre modèle économique en Côte d'Ivoire avant d'entamer des discussions sérieuses pour une levée de fonds.
Togo First : Quelles sont les perspectives d'Edole Africa pour les prochaines années ?
Kodjo Aïd Otou : Dans 5 ans, je vois Edole Africa comme une marque panafricaine, créatrice d'emplois et apportant des solutions concrètes au secteur de la construction. Nous envisageons d'être présents dans au moins 11 pays.
Interview réalisée par Fiacre E. Kakpo
Si l'on devait dresser la liste des pionniers ayant façonné le paysage des incubateurs au Togo, Ayao Philippe Awaga figurerait sans aucun doute parmi les premiers. En évoquant les artisans togolais du conseil en stratégie et management, son nom serait encore en peloton de tête. Au Togo, il est considéré comme l'un des aînés de cette nouvelle génération d’entrepreneurs qui est convaincue qu'aucune économie ne peut prospérer sans développer son tissu entrepreneurial. Et pourtant, le bilan que celui qui a fondé l'incubateur Milawoe dresse de l'écosystème des pépinières et accélérateurs en Afrique est sans détour : mitigé. Avec Togo First, le directeur du cabinet de conseil Synergie, fort de près d’une vingtaine d’années d’expérience, se livre à l’exercice délicat de dresser un aperçu “critique” de l'évolution des incubateurs depuis les années 2000, de leur impact sur le développement des jeunes entreprises et des obstacles qui entravent encore leur plein épanouissement, sans jamais perdre de son optimisme.
Togo First : Comment dressez-vous le bilan des incubateurs, particulièrement depuis leurs débuts dans les années 2000 jusqu'à ce jour ?
Ayao Philippe Awaga : Aborder un tel bilan est complexe, surtout pour une seule personne, car il impliquerait idéalement la perspective de plusieurs acteurs. Néanmoins, je dirais que le bilan est globalement positif, bien que teinté de certaines réserves. La croissance et le développement d'un pays sont indissociables de la promotion de l'entrepreneuriat et de la présence d'entreprises diversifiées. Les incubateurs, pépinières et accélérateurs ont joué un rôle crucial dans cet écosystème en favorisant l'émergence d'entreprises innovantes.
L'arrivée d'acteurs clés comme le CTIC en 2009 a marqué un tournant, en stimulant de nombreux jeunes Africains à embrasser l'entrepreneuriat, notamment grâce à l'accès élargi aux nouvelles technologies. Cette dynamique a insufflé un esprit des possibilités parmi les jeunes, inspirés par des géants tels que Google et Meta qui, à leurs débuts, avaient également bénéficié d'un accompagnement similaire. Le principal atout réside dans la capacité d'essai, l'accès à des conseils, des données et un réseau de pairs, qui enrichissent l'expérience entrepreneuriale et facilitent le chemin vers le succès.
Cependant, le tableau n'est pas sans ombres. Si autrefois, la moitié des entreprises nouvellement créées parvenaient à se maintenir sur cinq ans, aujourd'hui, le taux d'échec semble plus élevé. Malgré une sensibilisation accrue et un accès facilité aux ressources, de nombreuses entreprises stagnent après leur sortie d'incubateurs. Certes, quelques-unes atteignent le statut de licornes, principalement dans les pays anglophones comme le Nigeria et le Kenya, mais la majorité peine à s'imposer durablement.
Ainsi, bien que le bilan présente des aspects positifs, notamment en termes d'encouragement et d'accessibilité à l'entrepreneuriat, il révèle également des défis significatifs quant à la pérennité et à l'impact réel des entreprises issues des incubateurs.

Togo First : quid du cas spécifique du Togo ?
Ayao Philippe Awaga : L'écosystème entrepreneurial au Togo est en constante construction. Depuis 2006, il y a eu de nombreuses avancées, et le climat des affaires s'est amélioré. Beaucoup de jeunes aspirent à créer leur entreprise, mais il y a un manque d'innovation et trop de copier-coller.
Togo First : Quels sont, selon vous, les principaux obstacles qui entravent le développement des jeunes entreprises en Afrique, malgré l'infrastructure entrepreneuriale déjà mise en place ?
Ayao Philippe Awaga : Le principal défi que rencontrent les jeunes entreprises réside dans l'imitation excessive de modèles étrangers sans adaptation à nos contextes spécifiques. Aux États-Unis, une start-up innovante attire rapidement le soutien de business angels et de fonds d'investissement. Elle bénéficie d'un accompagnement complet qui va au-delà du financement pour inclure un soutien juridique et académique de haut niveau, comme celui proposé par des institutions telles que le MIT.
Pour bâtir un écosystème entrepreneurial robuste, il est indispensable d'établir une collaboration étroite entre les universités, les grandes entreprises, les ONG et d'autres acteurs essentiels, à l'image de ce qui se fait dans des pays comme les États-Unis, l'Estonie ou Israël.
En Afrique, et spécifiquement au Togo, l'accès au financement demeure un obstacle majeur, tout comme la pression fiscale, et le pays souffre d'un manque flagrant de fonds d'investissement dédiés. Les jeunes entreprises éprouvent également des difficultés à accéder aux marchés, tant auprès des grandes entreprises que des institutions gouvernementales, en dépit de certaines mesures favorables comme la mesure des 25% de marchés publics aux jeunes et femmes entrepreneurs.
Un incubateur performant doit offrir plus qu'un espace de travail ; il doit agir comme un catalyseur de croissance en fournissant des conseils, un accompagnement et des opportunités de réseautage.
Togo First : En quoi devrait consister le soutien nécessaire des incubateurs pour surmonter ces obstacles et favoriser le succès des jeunes entreprises ?
Ayao Philippe Awaga : Les jeunes entreprises ont besoin d' un accompagnement continu dans leur développement, un aspect souvent négligé après le lancement du projet. Malgré l'existence d'initiatives comme le FAIEJ, l'ANPGF et l'ANPE, le soutien actuel reste insuffisant face aux besoins croissants des entreprises en pleine croissance. L'accès à l'information constitue également un point faible, les entrepreneurs ayant du mal à acquérir les données nécessaires pour comprendre le marché.
Et pour revenir aux incubateurs, leur efficacité est inégale ; les incubateurs privés luttent pour se maintenir en vie, sans un financement stable, tandis que les incubateurs publics, malgré leur potentiel, demeurent souvent hors de portée en raison des coûts associés. Un incubateur performant doit offrir plus qu'un espace de travail ; il doit agir comme un catalyseur de croissance en fournissant des conseils, un accompagnement et des opportunités de réseautage. Nous avons fait des efforts dans ce sens. Mais, le chemin est encore long.
J’ajouterai qu’il y a beaucoup d'efforts, mais qu’on peut encore faire beaucoup pour protéger certains produits locaux.
La préférence pour les produits importés est encore trop présente en raison de l'emballage, de la qualité et de la communication. L'emballage en particulier pose un gros problème pour ceux qui produisent des produits nécessitant des contenants, car il n'y a pas de structure au Togo capable de produire des emballages de qualité comparable à ceux que l'on trouve au Ghana ou en Afrique du Sud. Il y a aussi des problèmes de normes, de certification et d'homologation des produits. Les coûts associés à ces processus sont souvent prohibitifs pour les petites entreprises.

Nous avons un problème de valorisation de nos produits, qui souffrent d'une mauvaise présentation et d'un manque de promotion.
Togo First : Pensez-vous qu'il y ait une pesanteur culturelle qui affecte l'entrepreneuriat et la consommation des produits locaux ?
Ayao Philippe Awaga : Oui, il y a définitivement une pesanteur culturelle. Nous n'avons pas la culture de valoriser le local. Beaucoup de produits locaux traditionnels ont disparu ou sont méconnus des jeunes générations. Même si certains d'entre nous préfèrent les produits locaux comme Africa Tennis, la majorité serait tentée par des produits internationaux comme les croissants. Nous avons un problème de valorisation de nos produits, qui souffrent d'une mauvaise présentation et d'un manque de promotion. Même dans l'entrepreneuriat culturel, les artistes locaux peinent à se faire entendre face à la musique étrangère. Il est crucial de protéger, promouvoir et soutenir nos produits et notre culture pour ne pas se perdre face à la concurrence étrangère.
Le copier-coller en soi n'est pas problématique, à condition qu'il y ait une touche d'innovation.
Togo First : Dans l’écosystème togolais, on voit beaucoup de jeunes entrepreneurs qui font les mêmes choses. Pensez-vous que l'écosystème entrepreneurial a tendance à favoriser des domaines familiers où il y a des certitudes, ce qui entraînerait un phénomène de reproduction des modèles existants sans réelle innovation ?
Ayao Philippe Awaga : Le copier-coller en soi n'est pas problématique, à condition qu'il y ait une touche d'innovation. Regardez la Chine, par exemple, qui innove dans le secteur des voitures électriques. L'important est d'apporter quelque chose de nouveau. Une entreprise, c'est comme un bébé; elle a une âme. Il faut donc innover même dans le copier-coller pour réussir. Le problème est quand on copie sans comprendre l'essence de ce qui fait le succès de l'original.
Togo First : Dans cet environnement avec des défis, voyez-vous des exemples de réussite, des incubateurs qui ont vraiment fait la différence au Togo ou en Afrique ?
Ayao Philippe Awaga : Il y a des succès, même au Togo. Des projets comme Chom Factory et Champizo ont bénéficié de l'accompagnement d'incubateurs et ont réussi. En Afrique, des incubateurs comme Y Combinator ont soutenu des entreprises devenues des licornes. Cependant, le succès d'un incubateur est souvent lié à son accès à des fonds et à un réseau solide, ce qui est un défi pour beaucoup d'incubateurs locaux.
Togo First : Nous avons discuté avec un jeune startuppeur qui a eu une idée par le passé et qui disait exactement ceci : "J'ai personnellement été en résidence dans un incubateur sur une de mes premières idées. Durant les quatre mois passés là-bas, nous avons été davantage formés à des pitchs techniques qu'à rechercher de vrais clients. Ainsi, pendant quatre mois, l’accent a été mis sur la préparation de nos pitchs sans apporter de réelles valeurs ajoutées directes à nos produits. Nous étions concentrés à 100% sur les pitchs techniques, ce qui nous a éloignés de l'interaction réelle avec le marché." Que pensez-vous de cette déclaration ?
Ayao Philippe Awaga : Le commentaire est juste et vrai, et même excellent. C'est ce que je disais concernant le copier-coller.
Les mentors et coachs enseignent la présentation de projets sans nécessairement fournir les moyens de conquérir des clients, pourtant essentiels à la survie de l'entreprise. Il est important de comprendre que le client est au cœur de l'activité commerciale, et ce dès les premiers pas de l'entreprise. Les formations et documents ne suffisent pas sans une démarche active de recherche de clientèle. Il est également important de faciliter la mise en réseau des jeunes entreprises pour accélérer leur insertion sur le marché. Malgré le soutien initial, beaucoup de jeunes entreprises échouent faute de premiers clients.
Notre initiative, le "Programme 300", vise d’ailleurs à accompagner 300 entreprises jusqu'en 2030 pour en faire des leaders. Ce programme allie formation en ligne et accompagnement sur le terrain, axé sur le business plan et la recherche de financement et de clients.
L’entrepreneuriat n’est pas fait pour tout le monde. Ce sont ceux qui avaient compris que l'entrepreneur, c'est un métier, ceux qui avaient d'autres moyens, d'autres motivations, qui sont surmotivés, qui peuvent continuer l'aventure.
Togo First : Parmi les entrepreneurs que nous avons interrogés, l'un d'eux mentionne que les incubateurs se retrouvent souvent dans une situation où leur financement dépend de bailleurs de fonds ayant leur propre agenda, souvent international, ce qui les empêche de calibrer correctement l'accompagnement offert aux startups. Avez-vous été témoin de telles situations dans votre parcours ?
Ayao Philippe Awaga : Chaque entité financière ou partenaire technique impose son propre modèle ou "canevas" de fonctionnement et d'évaluation. Cette variété de modèles crée une complexité supplémentaire pour les entreprises qui cherchent à obtenir du soutien, car elles doivent s'adapter à chaque ensemble spécifique de critères et d'exigences. Par exemple, les Objectifs de Développement Durable (ODD) sont importants, mais on ne peut pas toujours les appliquer à tous les projets dès le départ. Certains financements sont attribués avec des attentes spécifiques liées aux ODD, ce qui peut détourner l'attention de l'objectif principal : le développement de l'entreprise. Une entreprise qui réussit finira par contribuer aux ODD, mais elle ne peut pas tout faire dès le début. Effectivement, il arrive que les partenaires financiers aient des attentes que l'entreprise n'est pas encore en mesure de satisfaire à son stade actuel.

Togo First : Aujourd’hui, les structures internationales telles que Y Combinator jouent un rôle prépondérant dans le dynamisme de la scène africaine ? Quelles sont, à votre avis, les clés de leur succès comparé aux difficultés rencontrées par les incubateurs locaux ?
Ayao Philippe Awaga : Ces entités internationales réussissent parce qu'elles ne se limitent pas à fournir des conseils; elles sont directement liées à des fonds d'investissement et à un réseau étendu. Pour qu’un incubateur réussisse, il a besoin de plus que de bons locaux et programmes; il doit offrir un accès à des fonds et à un réseau qui aide les startups à grandir. C'est ce qui manque souvent aux incubateurs locaux, et c'est pourquoi les grandes structures internationales ont souvent plus de succès.
Togo First : Au vu du nombre restreint de sociétés africaines atteignant le milliard de dollars de chiffre d'affaires, est-ce que les conditions posées par certaines entités internationales, telles que l'obligation pour les startups de s'implanter juridiquement dans des pays ou Etat comme le Delaware ou Singapour, nuisent à l'écosystème entrepreneurial africain ? Ces exigences, conduisant à une dissociation entre la base opérationnelle et la base juridique des entreprises, représentent-elles un défi majeur pour le développement local ?
Ayao Philippe Awaga : On n'a pas le choix. Celui qui donne les fonds a le pouvoir. Les investisseurs préfèrent souvent que le siège soit dans leur pays pour garder le contrôle et potentiellement rapatrier les fonds. C'est une question de fonds, de réseau, et de technologie. Par exemple, Gozem utilise une super application, une technologie avancée que peu peuvent développer en Afrique. Il faut donc créer des contrats de transfert de technologie et de formation. La fiscalité est aussi un problème ; les investisseurs trouvent plus d'avantages fiscaux dans leur pays. C'est à nous de profiter de ces opportunités pour apprendre et s'adapter.
L'entrepreneuriat est un pilier du développement; aucun pays ne peut prospérer sans le soutenir activement.
Togo First : Comment voyez-vous l'avenir du secteur de l'entrepreneuriat et de l'incubation en Afrique et au Togo ?
Ayao Philippe Awaga : Nous nous trouvons à un tournant décisif, où la nécessité de dialogues constructifs entre tous les acteurs est impérative pour capitaliser sur les acquis et rectifier les erreurs passées. Une synergie entre les différents fonds et programmes d'assistance aux entreprises est essentielle pour combler le manque d'accompagnement dans le développement et la croissance des entreprises. Les sous-régions et entités qui favorisent l'intégration doivent élaborer des stratégies communautaires pour soutenir des champions à l'échelle régionale, et non uniquement nationale. L'idée d'un incubateur sous l'égide de la CEDEAO est une perspective révolutionnaire pour l'entrepreneuriat en Afrique. Cela orienterait les entrepreneurs vers une vision élargie à un marché de plus de 350 millions de consommateurs. Cette approche est bien évidemment applicable également à la CEMAC, l'Afrique de l'Est ou le Maghreb.
Cette dynamique encouragerait une compétition saine entre les acteurs, similaire à ce que nous observons dans le secteur bancaire où des banques ont aujourd’hui une envergure panafricaine. Il est important de se mobiliser pour concrétiser cette vision, en rassemblant les ressources nécessaires. L'entrepreneuriat est un pilier du développement; aucun pays ne peut prospérer sans le soutenir activement. Les nations qui s'appuyaient sur l'exportation de matières premières ont pris conscience de la nécessité de promouvoir l'entrepreneuriat dans divers secteurs, y compris le tourisme, la culture, la production de biens, les services et le divertissement. Le secteur du divertissement illustre bien ce défi : malgré une riche histoire cinématographique au Togo, en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso, les productions locales peinent aujourd'hui à rivaliser avec les standards internationaux.
Interview réalisée par Fiacre E. Kakpo
Lorsqu'on rencontre Wilfried Kotche pour la première fois, l'une des choses qui frappe immédiatement, c'est son énergie contagieuse et sa passion pour l'innovation.
Déterminé, tenace et doté d'une curiosité insatiable, le jeune entrepreneur a fait preuve d'une grande audace pour concrétiser ses rêves. Parti de rien, il a réussi à donner vie à un projet ambitieux et prometteur qui vise à révolutionner le monde des équipements de sécurité pour motocyclistes.

Wilfried commence son parcours entrepreneurial en 2014, encore lycéen, curieux et avide de connaissances. Animé par une passion pour les nouvelles technologies, il rêve d'inventer quelque chose d'inédit. Malgré un manque initial de compétences nécessaires pour mener à bien une telle entreprise, sa soif insatiable de connaissance le pousse à entreprendre une autodidaxie intensive. Il se plonge dans les recherches, consulte les experts, et acquiert petit à petit l'expertise dont il a besoin pour réaliser son rêve.
Toutefois, les défis financiers constituent encore une barrière majeure. Alors étudiant à l'université, Wilfried fonde une petite entreprise qui fournit des outils pédagogiques à ses pairs pour financer ses recherches. Cette expérience entrepreneuriale lui offre l'opportunité de continuer à développer son projet tout en affinant ses compétences en gestion et en innovation.

Le projet WilKo naît d'une tragédie. Lors d'un stage, Wilfried est témoin d'un accident de motocycliste dont le casque traditionnel n'offrait pas une protection suffisante. Cette expérience l'interpelle et l'amène à se demander pourquoi certains motocyclistes préfèrent risquer leur vie plutôt que de porter un casque. La réponse est simple : l'inconfort généré par la chaleur dans les casques traditionnels. Ainsi, l'objectif de WilKo devient clair : créer un casque qui offre non seulement une protection supérieure, mais aussi un confort inégalé, même dans des conditions climatiques extrêmes.
Cependant, les défis de la conception et de la production sont nombreux. L'aspect économique du projet se révèle être une contrainte majeure. Malgré tout, la détermination de Wilfried ne faiblit pas. Il se lance dans diverses activités pour lever des fonds, s'adapte aux aléas de l'innovation, et fait preuve d'une agilité remarquable face aux ajustements constants nécessaires pour finaliser le casque.

Le 27 janvier 2023 marquera un tournant significatif dans l'histoire du projet Wilko. Lors de la cérémonie de clôture du concours 228 Innov, Wilfried fut honoré par le premier prix, une distinction prestigieuse qui consacre la qualité et la pertinence de son invention. Une enveloppe financière de 5 millions de francs CFA, ainsi que de bons pour des services et des formations, portant la valeur totale du prix à 10 millions FCFA. Une bouffée d’oxygène inespérée, récompense non seulement de l'effort et de la créativité déployés dans le projet Wilko, mais également un soutien significatif pour son développement futur.
Aujourd'hui, le casque WilKo n'est pas seulement un élément de protection. Il se distingue par un confort appréciable, fruit d'une conception pensée pour atténuer l'inconfort lié à la chaleur. L’intégration d'une fonction de recharge pour téléphone portable est une petite commodité supplémentaire qui pourrait intéresser les motocyclistes.
Et plus que jamais, le jeune entrepreneur voit s'ouvrir de nouvelles perspectives pour son innovation. Le prix du concours 228 Innov, loin d'être une fin en soi, semble en réalité un tremplin qui promet d'emmener Wilfried et son casque WilKo vers de nouveaux horizons.
Fiacre E. Kakpo
La 4è édition du concours du meilleur jeune entrepreneur a été lancée hier mardi 6 décembre à Lomé. La compétition est organisée sous l'impulsion du Ministère du Développement à la Base, de la Jeunesse et de l’Emploi des Jeunes (MDBJEJ), à travers ses bras opérationnels : le FAIEJ, le PAEIJ-SP, le CNEJ et le CeRES. Le concours cible les jeunes âgés de 18 à 45 ans, ayant des Micro et Petites Entreprises togolaises, bénéficiaires de l’accompagnement d’un dispositif de promotion de l’entrepreneuriat sous l’égide du ministère.
Parmi les critères d'éligibilité, le candidat doit notamment être promoteur d’une entreprise à fort potentiel de croissance et qui contribue au développement sociétal à travers son impact économique et social. Les entrepreneurs dont les sociétés ont généré un chiffre d'affaires de plus de 30 000 000 F CFA, doivent joindre obligatoirement les états financiers (2021 et 2020), précise-t-on.
Les secteurs d’activités à savoir ceux de la transformation agroalimentaire, la production végétale, la production animale, l’artisanat et le service entre autres, sont éligibles. Par ailleurs, le candidat ne doit pas avoir été lauréat des éditions précédentes du concours.
Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 7 janvier 2023.
Première semaine de l'innovation au Togo
Pour le ministère en charge de l'emploi des jeunes, cette compétition entend créer un cadre d'émulation des jeunes entrepreneurs et aussi instaurer un événement qui permet d'identifier et de récompenser ces jeunes.
Son lancement fut également l'opportunité d'annoncer au Togo, la première édition de la semaine de l’innovation.
« La semaine de l'innovation est une belle opportunité de creuser davantage, montrer ce qui a été fait ou se fait, corriger au besoin, échanger, améliorer si nécessaire et trouver des pistes et propositions pour nous faire grandir ensemble. », explique Myriam Dossou-d'Almeida, ministre du développement à la Base, de la jeunesse et de l'emploi des jeunes.
Consulter les détails du Concours.
Paydunya, la start-up basée au Sénégal et cofondée par le Togolais Christian Palouki, vient de démarrer ses activités au Togo.
Déjà présent dans le pays de la Téranga, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Burkina, PayDunya débarque au Togo avec pour ambition de «rendre accessibles les paiements digitaux, peu importe le moyen de paiement utilisé, peu importe la zone et la région et peu importe le secteur d’activité, qu’il soit public ou privé».
L'agrégateur de moyens de paiements soutient vouloir apporter une «vraie valeur ajoutée» avec des solutions sécurisées de collecte et de déboursement de paiement via le mobile money (T-money, Flooz) et les cartes bancaires.
«Nous souhaitons faciliter l'accès aux paiements digitaux à toutes les entreprises peu importe leur taille ou leur secteur d’activité et de ce fait, participer et apporter notre contribution au vaste projet d’inclusion financière du Togo», a confié à Togo First, Aziz Yérima, CEO de la FinTech. « Notre lancement au Togo est une réponse aux besoins de nos clients», destinée à «leur fournir des solutions de paiements accessibles», a-t-il souligné.
Un écosystème fintech en pleine croissance
Avec son arrivée sur le marché togolais, Paydunya rejoint un écosystème fintech en pleine croissance qui a accueilli ces dernières années, de jeunes «prometteuses» pousses telles que CinetPay ou Semoa et bientôt Gozem, la super App jusque-là spécialisée dans l’e-transport et l’e-logistique.
Paydunya qui a atteint 65 000 transactions par jour en 2021, entend profiter de cet environnement togolais favorable à la digitalisation et à l’inclusion financière. Selon des statistiques de la Bceao, plus de 72% de la population togolaise disposent tout au moins d’un compte dans une institution financière ou d’un compte Mobile Money.
Alors que la croissance des usages liés au Mobile Money s’accélère depuis 2016, année de son adoption, de plus en plus de Fintech lorgnent la destination togolaise pour prendre des parts de marché. C’est ainsi que Wave, une solution de Mobile money - que Paydunya intègre à sa gamme de solutions - a annoncé son objectif de s’implanter à Lomé. Si l’arrivée de la licorne américaine dont la base opérationnelle est à Dakar, secoue les cocotiers dans les sérails des opérateurs de Mobile Money (Moov et Togocel) en raison de sa structure de frais jugés compétitifs, les agrégateurs tels que Paydunya pourraient sortir les plus grands gagnants dans ce qui sonne comme un rebattement des cartes et une marche à grandes enjambées vers le tout-digital.
Né sur les bancs
Pour rappel, l’idée de Paydunya a germé dès 2014 sur les bancs de l'École Supérieure Multinationale des Télécommunications (ESMT). La fintech sera lancée en 2015 par Aziz Yerima, Youma Fall, Honoré Hounwanou, et Christian Palouki, tous de jeunes étudiants de l’ESMT venus du Bénin, de Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Togo.
En 2021, près de 7 ans après son lancement, la fintech revendique avoir traité plus de 15 millions de transactions évaluées à 110 milliards FCFA. Sa base clientèle est estimée à plus de 1200 clients B2B.
Fiacre E. Kakpo
Au Togo, le secteur de l’immobilier enregistre l’arrivée d’un nouvel acteur. “ Togohome”, une plateforme d’opérations et de transactions immobilières a été officiellement lancée en fin de semaine à Lomé.
L’initiative, portée par la startup éponyme et validée par la Fédération Togolaise de l’immobilier (FTI) et le ministère de l’urbanisme, offre via un site web, une application mobile (en téléchargements gratuits) et un portail whatsapp, la possibilité aux résidents et à la diaspora de réaliser des opérations de divers ordres.

“Sur Togohome, vous avez des annonces immobilières couvrant tout le territoire, proposées par des agents accrédités et affiliés à la Fédération, ce qui résout les problèmes de transparence, de fiabilité et de conformité des annonces”, explique le Chef projet, Martial Ahadji.
“La digitalisation des annonces et des opérations dans le secteur de l’immobilier, ce n’est pas nouveau au Togo. Mais c’est la première fois qu’une plateforme réunit tous les agents et acteurs immobiliers agréés du pays, et propose des solutions concrètes pour la diaspora et même les populations des milieux reculés ne pouvant pas aisément accéder au site ou à l’appli”, renchérit le promoteur de la startup, Edmond Joseph Messan.
La plateforme, qui se positionne d’ores et déjà comme “Le Google de l’immobilier au Togo”, propose également d’autres services, selon ses concepteurs : assurance habitation, régularisation foncière, ou encore travaux immobiliers, notamment.
Notons que e LandLW à Habitat Afrik, de nombreuses solutions similaires ont émergé récemment dans l’écosystème de l’immobilier et du logement, dans un contexte de forte promotion de la transformation digitale et de l’économie numérique portée par les pouvoirs publics.
Octave Bruce
La Start-up de e-services Gozem vient de lever 5 millions $ soit environ 3 milliards FCFA, auprès de AAIC, Thunes (TransferTo), Momentum Ventures (SMRT), Innoport Ventures (Schulte Group), CMC Ventures (National Express) et Liil Ventures (Mobility ADO).
Selon les responsables de Gozem, ce financement de série A sera dédié à l'extension de leur réseau vers la RDC, le Sénégal et la Côte d'Ivoire. « Alors que nous opérons dans quatre pays, nous voulons être implantés dans toute la région au cours de la prochaine année », a confié le cofondateur, Emeka Ajene.
Avec ce financement indique-t-on, la jeune entreprise va également poursuivre son opération de financement d'actifs pour ses chauffeurs, en utilisant le modèle de location avec option d'achat qui consiste à fournir des véhicules à ceux-ci. En effet, grâce à ce système, la société a déjà mis à disposition de ses conducteurs, 1500 véhicules et devra atteindre le chiffre de 200 000 avant 2025.
Dans cette même dynamique, plus tôt, la start-up basée à Singapour avec premiers bureaux opérationnels à Lomé, avait mobilisé 7 millions de dollars dans un tour de table impliquant notamment la société américaine Plug and Play Ventures, Launch Africa, BANSEA et Virtual Network. Ce qui porte à 12 millions $, le total mobilisé par la jeune entreprise en pleine expansion.
Lancée en 2018 au Togo, Gozem s’est installée récemment au Gabon et au Cameroun et revendique plus de 800 000 utilisateurs enregistrés. En 3 ans, d’après les données communiquées par les responsables de la jeune pousse, plus de 5 millions de courses ont été effectuées.
Esaïe Edoh
L’entrepreneur, styliste et créateur togolais, Latif Mario Kerim-Dikeni s’est vu décerner le Prix africain pour le développement (PADEV) du meilleur styliste africain. C’est à Kigali, capitale du Rwanda, que le promoteur de la marque de Prêt-à-porter Mario exclusive, a reçu son prix il y a quelques semaines.

Initié par la Fondation 225, le Prix Africain pour le Développement qui était à sa seizième édition, récompense chaque année, des personnalités et institutions dont les œuvres et impacts dans leurs secteurs d’activités respectifs, “constituent des modèles de contribution au développement de leurs pays et, partant, de l’Afrique.”
“C’est le fruit de beaucoup de sacrifices, de persévérance, de vision et de la qualité de nos produits et de l’innovation, plébiscités par ces personnalités et ambassadeurs qui portent la marque”, s’est félicité le lauréat.
La marque fait fabriquer ses tissus par des coopératives de tisserands locaux qui eux- mêmes, travaillent à partir de la matière première coton produite localement et appréciée des actuels et anciens chefs d’Etat, des personnalités du monde de la culture et des affaires, de l’avis du jeune créateur togolais.
Klétus Situ
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Elom Kpelly fait partie de cette nouvelle vague de jeunes entrepreneurs africains expatriés, rentrés en Afrique avec la soif de rompre les chaînes d’importation de produits finis ou préfinis dont les matières premières partent pourtant du continent.
Comme cheval de bataille, il a choisi le café. Le sommelier, déçu du produit importé qu’on lui servait durant ses séjours à Lomé, lance King Café courant 2018, une marque de café en capsule produite localement. Le début d’une aventure pour l’étudiant diplômé en entrepreneuriat de la Chambre de commerce de Milan.
Lorsque Elom Kpelly décide de s’investir dans la transformation locale du robusta, le jeune entrepreneur, propriétaire d’une laverie et d’une boutique de prêt-à-porter, est déjà un fin connaisseur des défis du monde entrepreneurial, encore mieux d’un secteur où de grosses enseignes comme Nescafé ont une solide assise.
Dès le départ, le jeune voit grand. Il a déjà en tête de créer et maîtriser de bout en bout, toute la chaîne de valeurs café, des plantations à la tasse, en passant par la fabrication de machines à café. Cette ambition va amener Elom à nouer des partenariats avec des producteurs. Ils vont construire ainsi progressivement la chaîne de production qui prend source à près de 250 km de Lomé dans la préfecture du Wawa, un des greniers du café togolais. La toute jeune entreprise y collabore avec environ 260 producteurs, répartis en 25 coopératives. Entre les deux parties, les choses sont simples, Leon King Coffee (la start-up détentrice de la marque King Café) offre aux producteurs une assistance technique, en retour, ces derniers lui vendent exclusivement l’ensemble de leurs productions au prix bord champ.
“Nous ne nous sommes pas seulement positionnés sur la transformation, nous allons au-delà et pour être à tous les niveaux de la chaîne. Depuis le champ, le triage, la mise en capsule et la distribution", se satisfait Elom Kpelly.
Le choix de cette localité et de ses producteurs n’est en rien anodin. Cette région est réputée pour la vieillesse de ses plantations qui préserve une authenticité des plants et confère une certaine qualité aux graines de café. “Il s’agit d’un café robusta de vieux plants, particulièrement apprécié sur le plan international. Ce qui nous permet de mettre 100% de café robusta dans une capsule pour avoir un goût particulier. Nous réalisons aussi des capsules de mélange robusta-arabica”, explique Elom.

A la récolte, les graines de café sont acheminées vers Lomé et la petite unité industrielle qui y a été installée. Là, elles sont triées et réparties en grades, selon les critères de qualité. Torréfiées, elles sont ensuite moulues et mises en capsules.
Dans cette très petite industrie située dans la banlieue ouest de Lomé, les machines qui servent à torréfier le café ont été entièrement conçues au Togo. Elles sont capables de réaliser une torréfaction toutes les 15 à 20 minutes. Même si le jeune entrepreneur en est très fier, ces machines seront bientôt remplacées, besoin de croissance technologique oblige, par des européennes plus efficaces. “Avec un torréfacteur européen, nous aurons une torréfaction plus homogène du café avec un arôme plus poussé”
La réponse à la concurrence locale
Quand Elom Kpelly lance sa boîte en 2018, il n'est pas le premier producteur-transformateur de café au Togo. Avant lui, plusieurs entreprises proposaient déjà du café moulu produit localement. L’entrepreneur se devait donc d’offrir un produit à valeur ajoutée et de trouver un positionnement original.
“Nous avons fait une étude de marché et avons compris qu’il fallait aller plus loin, proposer un produit innovant et de meilleure qualité. Nous nous sommes démarqués en proposant des capsules compatibles Nespresso et Dolce Gusto”, nous explique Elom Kpelly avant d’ajouter, “Cela veut dire projeter la consommation du café dans les cafetières, machines technologiques rapides qui donnent beaucoup plus de qualité dans la tasse par rapport à ce que les gens ont été habitués à boire en termes de café. Donc je peux dire que King Café est unique en son genre au Togo et un des pionniers du café en capsule en Afrique de l’ouest.”

Cette approche de la consommation du café fait sens avec la clientèle ciblée par la jeune pousse. En effet, dans un pays où l’usage des machines à café par des particuliers est très peu répandu, King Café s’est tourné vers les grandes entreprises, les hôtels et les restaurants. “Ce sont les principaux espaces de consommation du café et leurs retours sont bénéfiques pour l’amélioration du produit”, souligne-t-il.
Cependant, l’entrepreneur et ses collaborateurs ont un plan pour vulgariser l’usage des machines à café. Labelliser et distribuer leur propre machine dont le prototype existe déjà et qui, assure le promoteur, “sera produite dans les prochains mois, et sera à coût réduit par rapport aux cafetières d’autres marques”. Comme l’ensemble du tissu économique, et les TPME en particulier, King Café a été touché par la conjoncture économique morose provoquée par la pandémie liée à la covid-19. Le chiffre d'affaires de la jeune entreprise aux clients hôteliers et restaurateurs, s’est effrité, tombant en deçà des prévisions de début 2020. Mais, Elom Kpelly espère que sa future cafetière, en plus de simplifier la vie des consommateurs, permettra une croissance des ventes des capsules King Café.
500 millions FCFA pour monter une usine de transformation de café et cacao
Néanmoins, tout ne semble pas si négatif pour le promoteur qui, avec la reprise de l’économie cette année, a pu écouler autour de 20 mille boîtes de 10 capsules. Ce qui correspond à peu près à une production de 2 tonnes de café. Pour 2022, il espère multiplier ces chiffres par trois, en relevant notamment le défi de la conquête du marché sous-régional.

Si elle a fragilisé les économies, la crise pandémique a soigné les certitudes d’Elom Kpelly, convaincu de l’urgence de créer des chaînes de valeurs intégrées sur le continent pour être moins dépendant des chocs externes. Conviction qu’il tient d’un premier diplôme universitaire en économie industrielle. “Il faut développer les économies africaines de sorte qu'elles soient autonomes et indépendantes de n’importe quelle pandémie future ou d’une autre situation de crise économique mondiale”, clame-t-il.
C’est aussi cette vision des économies africaines, industrialisées et pleinement indépendantes, qui motive son plus grand projet, la mise en place, d’ici fin 2022, d’une usine complète de transformation de café et de cacao à Badou, dans le Wawa. Tout près des plantations. “Il s'agira d’un investissement de près de 500 millions FCFA sur lequel des partenaires financiers se positionnent déjà”, nous a t-il confié, avant de renchérir, “Cette unité industrielle nous permettra d’arriver à transformer à partir de fin 2023, 20 tonnes de café par an à mettre sur le marché togolais et le marché sous-régional.”
Klétus Situ