En Afrique francophone, encaisser des paiements en ligne, qu’ils soient locaux ou internationaux, ne devrait plus constituer un casse-tête. C’est le leitmotiv porté par la fintech ivoirienne CinetPay, qui a jeté son dévolu sur le Togo depuis mi-2020. En pleine expansion, la startup pour laquelle la Covid-19 constitue une opportunité, ne cache pas sa principale ambition, celle de devenir le premier agrégateur de solutions de paiements électroniques dans les pays de son implantation. Togo First a rencontré l’équipe basée au Togo. Interview avec Laure Gbone, responsable marketing.
Togo First : CinetPay, qu’est-ce que c’est ?
Laure Gbone : CinetPay est une fintech africaine qui met à disposition des entreprises et des administrations publiques, une plateforme de paiements en ligne. Ceci, à travers des solutions d’encaissement et de transfert d’argent via mobile money ou cartes bancaires. La structure est présente dans neuf pays d’Afrique francophone : Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal, Cameroun, Burkina Faso, Guinée Conakry, Congo, le Bénin et Togo.
T.F : Comment est née la fintech ?
L.G : CinetPay est née d’un besoin quotidien détecté par deux entrepreneurs (Idriss Monthe et Daniel Dindji, ndlr). Ces derniers, déjà promoteurs d’un site de vente en ligne (CINETCORE, ndlr), se sont retrouvés à plusieurs reprises, confrontés à des difficultés d’encaissements de paiements électroniques, surtout en ce qui concerne des entreprises en Afrique francophone.
Cherchant à surmonter cette difficulté, ils ont été incités à lancer en 2016, une plateforme d’acceptation de paiements en ligne via le mobile money, cartes bancaires et autres portefeuilles de paiement électronique. Ces solutions sont adaptées pour permettre à leurs clients d’acheter leurs biens ou services sans se déplacer, alors qu’il y a plus de 500 millions d’Africains qui disposent d’un compte mobile money actif.
T.F : Comment fonctionne la plateforme ?
L.G : Le processus est plutôt simple. Il suffit, pour la société, entreprise ou prestataire de services, de se rendre sur le site de la fintech et de créer un compte marchand. Cette dernière devra, bien entendu, justifier son existence légale et officielle par les documents qui sont requis sur la plateforme. Une fois le compte activé, le prestataire de services reçoit des API* pour les différents types de paiements.
Ndlr : *L’acronyme API (Application Programming Interface) désigne un protocole qui facilite la création et l'intégration de logiciels d'applications.
Cette seule intégration sur la plateforme de CinetPay donne accès à une trentaine de moyens de paiements disponibles (Tmoney, Flooz, Visa, Mastercard, MTN, Yup, etc…). Ce qui fait qu'un client basé en Côte d’Ivoire par exemple, peut facilement payer grâce à des services de Mobile Money disponibles dans son pays, vers le compte marchand d’une entreprise au Togo. Le paiement sera confirmé et le reçu, imprimable.
Dans le sens inverse, toutes les sociétés intégrées sur la plateforme pourront encaisser les paiements venant de n’importe quel pays, sans limite. Un tableau de bord intégré permet de suivre toutes les transactions de façon hebdomadaire, évitant ainsi les trous de caisse, ou les risques de malversations dans les paiements. Ce qui peut être très pratique en ce temps de pandémie où la tendance est à la digitalisation de tous les secteurs.
T.F : Quelles sont les conditions pour intégrer votre plateforme ?
L.G : Être avant tout une entreprise formelle avec des documents, comme la carte CFE au Togo, qui prouvent l’existence de l’entité et de ses activités. Avoir un site internet est également un atout pour l’intégration rapide de la solution. Pour les sociétés qui ont des points de vente, Cinetpay dispose de Terminaux de Paiements Electroniques (TPE) auxquels elles peuvent avoir aussi accès.
T.F : Vous avez débarqué à Lomé il y a un peu plus d’un an, en Juin 2020. Pourquoi le Togo ?
L.G : Le choix du Togo répond à notre stratégie d’expansion qui est pour le moment uniquement axée sur les pays francophones, de la sous-région et du continent.
Nous avons remarqué que dans les pays anglophones, il y a beaucoup de fintechs similaires, ce qui n’est pas le cas en Afrique francophone. Cinetpay a démarré en Côte d’Ivoire et s’est progressivement étendue dans huit pays, dont deux d’Afrique centrale. La vision est d’être le premier agrégateur de solution de paiements dans 15 pays d’Afrique francophone.

T.F : Vous avez lancé en août dernier au Togo, une solution digitale de paiement de scolarités. De quoi s’agit-il concrètement ?
L.G : Il s’agit d’une plateforme destinée aux écoles, et qui a pour but de faciliter les paiements aux élèves et étudiants et les encaissements aux fondateurs d’établissements.
L’idée est d’apporter une solution à un problème quotidien : l’étudiant qui est obligé de faire la queue pour payer sa scolarité, ou le parent résidant à l’étranger qui préfère généralement effectuer un virement.
Avec cette plateforme, les inscriptions et les scolarités sont payées plus facilement. Ce qui permet aux responsables d’écoles d’avoir une traçabilité des paiements, et de programmer des notifications de rappel, à l’approche des échéances.
La solution a déjà eu des échos dans les autres pays où CinetPay exerce ses activités, mais au Togo, les promoteurs d’écoles semblent encore frileux et préfèrent les encaissements physiques. Il faudra certainement une campagne d’éducation et de sensibilisation aux nouvelles méthodes de paiements.
Néanmoins, à travers nos démarches, un engouement naît de la part de certaines écoles et nous espérons qu’elles l’adopteront très bientôt.
T.F : Plus globalement, comment se comporte le marché togolais vis-à-vis de CinetPay?
L.G : Nous avons dans notre portefeuille, des sociétés d’e-commerce et des sociétés de BTP. En ce qui concerne le marché, la culture de l’e-paiement n’est pas encore fortement implantée dans la société, même si de plus en plus de sociétés font payer leurs factures et services via le mobile money. Mais avec une bonne communication et une sensibilisation renforcée quant à la fiabilité et la sécurité autour, les habitudes devraient changer.
CinetPay dispose d’un certificat qui prouve que toutes les transactions effectuées à travers le site sont sécurisées. Il s’agit de la certification PCIDSS, délivrée par un organisme américain de sécurité.
T.F : En attendant de devenir le premier agrégateur dans les 15 pays francophones du continent, combien de clients revendiquez-vous à ce jour ?
L.G : Plus de 5 500 marchands en tout, nous font confiance. 4,5 milliards FCFA ont été échangés à travers notre plateforme depuis son lancement, avec une moyenne de 600 000 transactions par mois. Avec les prochains pays dans le viseur, nous comptons bien évidemment faire mieux.
Octave Bruce & Klétus Situ
Diplômée de l’Université de Lomé en technologie agro-alimentaire et lauréate en business entrepreneurship du centre Yali de Dakar, Enyo Amouzou est l’un des visages de l’entrepreneuriat porté par la jeunesse togolaise. La jeune patronne est la promotrice de Tchom Factory, une entreprise qui produit et commercialise des biscuits inspirés de recettes d’amuse-bouches traditionnelles.
Celle initiative, Enyo la tient de sa jeunesse et des expériences commerciales acquises pendant les grandes vacances où elle vendait, à l’instar de nombre d’autres jeunes de sa génération, de l’atchomo, un amuse-bouche local dont la recette lui a été apprise par sa mère.

Crédit Photo : Togo First
L’activité, génératrice de revenus, lui permettra par la suite de soutenir ses études universitaires.
Le déclic Yali
Mais le catalyseur de l’aventure entrepreneuriale de la jeune dame sera un passage dans la capitale sénégalaise. “C’est surtout après le cursus du Business Entrepreneurship suivi au Yali-Dakar (Young african leadership initiative, ndlr) que je me suis décidée à standardiser le produit en travaillant sur le goût et le packaging, pour le positionner dans la gamme des biscuits africains”, explique-t-elle.
La start-up, lancée en 2017, connaît les inévitables difficultés au démarrage, mais tient bon, soutenue par diverses structures d’accompagnement à l'entrepreneuriat innovant. L’autre coup de pouce lui vient des divers concours de projets dotés de financement, dont elle occupe souvent le podium.
Progressivement “assis”, Enyo et ses collaborateurs construisent leur process de production, affinent le modèle économique, et se lancent à la conquête d’un marché encore réticent.
“Au début, nous avions commencé avec les administrations publiques et privées. Nous allions dans les bureaux avec des produits à 500 FCFA l’unité (moins d’un euro, ndlr). Le prix faisait grincer et les produits avaient du mal à s’écouler. Nous avons donc effectué une étude de marché qui nous a permis de nous repositionner sur les boutiques d’alimentation générale qui foisonnent dans les quartiers. Ces points de commerce ont quotidiennement une forte affluence. Nous avons donc travaillé sur le prix, et ramené notre produit phare à 100 FCFA l’unité. La demande a explosé et nous avons dû prendre des crédits pour accroître les capacités de production”, raconte-t-elle.

La production, justement, reprend les bonnes vieilles recettes, avec une touche de modernité : traitement des matières premières, mélange des ingrédients, découpage de la pâte en morceaux de diverses formes, friture, séchage, conditionnement puis empaquetage.

Le tout, en mode manuel
Le tout, en mode manuel, avec à la manœuvre, une quinzaine de personnes, toutes des femmes. Un fait que justifie Enyo : “nous privilégions à l’embauche, les femmes et particulièrement les mères célibataires. C’est aussi une question de RSE pour moi qui ai été élevée par une mère célibataire”.

“Une question de RSE…”
Du management à la production, ‘Tchom’ emploie au total 24 personnes. Près de 4.000 sachets de biscuits et de chips sortent chaque jour ouvrable de la fabrique, pour une production mensuelle d’environ 80 000 pièces.

Chips Chom
La distribution, elle, est confiée à des “acteurs bien installés dans les grandes villes” du pays. “Aujourd'hui, vous pouvez trouver nos produits dans plus de 2000 boutiques sur toute l’étendue du territoire”, indique la jeune entrepreneure, qui révèle avoir “des partenaires-distributeurs au Burkina et au Niger” et être en discussions “au Sénégal et au Mali”.
Des défis et des perspectives
Si aujourd’hui, “la demande reste forte”, grâce notamment à une communication subtile, distillée sur “les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille”, et une politique axée sur la consommation locale, “un créneau plus ou moins exclusif pour (se) défaire de (la) concurrence (portée par les biscuits importés)”, la satisfaction des distributeurs reste désormais “le plus gros défi” pour la jeune capitaine d’agro-industrie.
Selon la cheffe d’entreprise, cela passera par l’automatisation de la production. “Il nous faut acquérir plusieurs machines, que ce soit des découpeuses ou des emballeuses automatiques”, assure-t-elle. Pour y parvenir, et accessoirement continuer de valoriser le ‘made in Togo’, des contacts ont été établis avec d’autres start-up locales, pour leur conception. Il est en outre envisagé, une ouverture de capital “à de nouveaux actionnaires”.
Pour le reste, ‘Tchom Factory’ et sa patronne ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin et visent le marché régional. Dans leur ligne de mire notamment, le Bénin, le Sénégal, le Ghana ou encore le géant nigérian. En attendant, les biscuits de Enyo poursuivent leur conquête du Togo.
Klétus Situ et Octave Bruce
L’opérateur Mobile Money, Wave International qui a fait part en 2019, au Chef de l’Etat Faure Gnassingbé de son intention de s’installer au Togo, va démarrer prochainement, ses activités dans le pays. La société a lancé récemment un appel d'offres en vue du recrutement du personnel à divers postes au Togo et dans plusieurs autres pays.
En effet, lors d'une visite en Afrique du Sud en 2019, le Président togolais, avait reçu la délégation de la plateforme Wave, qui lui avait alors présenté son concept et émis le vœu de s’implanter dans le pays. Son ambition pour le Togo, selon le Directeur général Gilles Assouline, est d’accompagner la matérialisation de la vision du chef de l’Etat déclinée dans le Plan national de développement (PND).
« J’ai présenté à Monsieur le président les grands concepts qui animent les opérations de cette plateforme qui sont en conformité avec les 17 ODD. Les exemples ont été pris parmi ceux qui sont présentés dans le PND et qui s’inscrivent dans le cadre de la vision présidentielle que nous souhaitons accompagner la matérialisation », avait-il déclaré.
Créée par les Américains Drew Durbin et Lincoln Quirk, la fintech Wave, déjà implantée dans plusieurs pays africains notamment au Sénégal et en Côte d’Ivoire, offre des transactions via le mobile money à faible coût. Les opérations de transfert d’argent sur la plateforme sont gratuites grâce à l’application Sendwave. Seul l'envoi d’un compte à un autre est facturé à 1% du montant à transférer. En 2020, Sendwave figurait parmi les applications de transfert d’argent les plus utilisées au Sénégal.
L’arrivée de Wave International au Togo devrait rendre le marché du Mobile money, actuellement dominé par le duopole TogoCom-Moov Africa Togo, encore plus concurrentiel.
Esaïe Edoh
Opérationnelle depuis 2019, la Société Industrielle de Transformation des Produits Agricoles Tropicaux (SITRAPAT) au capital de 200 millions FCFA, est une entreprise togolaise, transformatrice de maïs en produits dérivés vendus localement ou exportés vers les pays d’Afrique de l’ouest et de l’UE. Avec une production journalière moyenne estimée à 50 tonnes de semoule et de farine de maïs, son unité de transformation, montée de toutes pièces par les ingénieurs de Bühler et lancée début 2020, en pleine crise Covid-19, a attiré l’attention de Togo First qui est allé à la rencontre de son Directeur général, Marc N’timon.
Togo First (TF) : Qui est Marc N’timon Fouyare, DG de la SITRAPAT et quel est son parcours ?
Marc N’timon (MN) : Je suis Marc N’timon, promoteur de SITRAPAT, une société spécialisée dans la transformation pour l’instant du maïs. Elle a été créée en 2018 et se trouve à 35 km de Lomé à la sortie nord de la ville de Tsévié.
S’agissant de mon parcours, je suis ingénieur agronome depuis plus de 20 ans. Une carrière qui m’a permis de travailler avec des paysans sur les questions liées à la santé des plantes et de me rendre compte de la grande place qu’occupe le maïs dans l’agriculture togolaise.
Cette céréale est cultivée en effet par plus de 2 millions de producteurs, qui cultivent chaque année près de 900 000 hectares. Nous avons donc mis en place cette unité de transformation pour d’abord soulager les paysans en ce qui concerne l’écoulement de leur récolte, ensuite pour répondre aux besoins de consommation des populations.
“Nous avons mis en place cette unité de transformation pour soulager les paysans en surproduction et répondre aux besoins de consommation des populations en termes de qualité”

A l’usine de transformation SITRAPAT
TF : Les activités de votre industrie ont été lancées en plein coronavirus, une pandémie qui a freiné les économies et qui dure depuis bientôt 2 ans. Quels ont été les impacts de cette situation sanitaire sur vos activités ?
MN : L’usine a été construite alors qu’il n’y avait aucun signe de pandémie à l’horizon du coup le premier impact a été la date d’ouverture que nous avons dû reporter de 2 mois. Nous avons également dû détruire des tonnes de grits, faute d’achat parce que les activités des brasseurs avaient pris un sale coup. Néanmoins, nous continuons à tourner même si les restrictions ne sont toujours pas levées dans certains pays de la sous-région où nous livrons.
Nous continuons à tourner même si les restrictions ne sont toujours pas levées.
TF : Quelles transformations faites-vous concrètement avec le maïs ?
MN : Pour l’instant nous transformons principalement le maïs en deux produits dérivés : la semoule, utilisée pour le brassage de la bière, et la farine, destinée à la consommation. Tous nos produits sortent sous le label ‘Eblifoods’, un mot qui vient de la jonction de “Ébli”, maïs en mina (langue parlée au sud du Togo, ndlr), et “Food” comme nourriture en anglais.
Notre produit phare est la semoule ou le grits. Elle s’exporte principalement vers les brasseries de la sous-région qui nous font confiance, notamment la première brasserie du Bénin (SOBEBRA). Mais, malheureusement sur le plan national, nous n’avons pas encore de contrat avec les brasseries sur place, même si nous le souhaitons vivement.
Quant à la farine, elle est certes destinée à la consommation locale, mais nous exportons également vers d’autres pays comme le Ghana, le Niger, le Burkina et même au sein des pays de l’Union européenne.

Tous nos produits sortent sous le label ‘Eblifoods’
TF : Pour des produits de consommation encore très peu connus de la population togolaise, quelle stratégie marketing utilisez-vous pour la distribution ?
MN : Nous travaillons avec des distributeurs qui disposent de réseaux de revendeurs sur le marché. Nous comptons ainsi plus de 300 points de vente à Lomé. Plusieurs actions sont entreprises sur le terrain avec des commerciaux pour porter davantage les produits vers d’autres marchés. La marque s’étend à d’autres localités à l'intérieur du pays.
“Face à la flambée des prix des matières premières agricoles, SITRAPAT a gardé inchangés ses prix, avec l’idée de motiver les consommateurs à s’intéresser à ses produits. Pour preuve, nous vendons 2,5 kg de notre farine à 1000 FCFA, alors qu’avec la même somme d’argent vous n’avez que 1,8 kg après l’achat du maïs et sa mouture.
TF : Comment se comporte alors la demande de farine sur le marché local dans cette atmosphère de flambée des prix du maïs?
MN : Face à la flambée des prix des matières premières agricoles, nous avons gardé inchangés les prix de nos produits, avec l’idée de motiver les consommateurs à s'intéresser de plus en plus à ces derniers, surtout qu’ils sont nettement moins chers, comparés aux méthodes traditionnelles utilisées pour obtenir la farine.
Pour preuve, nous vendons 2,5 kg de notre farine à 1000 FCFA (1,53 euro, ndlr), alors qu’avec la même somme d’argent, vous n’avez que 1,8 kg après l’achat du maïs et sa mouture. Et pourtant, le marché reste encore capricieux selon ce que nous indiquent nos chiffres.
Nous ne faisons pour l’instant pas de marges, parce que le prix est passé du simple au double sur le marché. Dans de pareilles circonstances, nous avons décidé de ne pas faire marche arrière avec nos clients. Surtout que pour la semoule, nous avons déjà des contrats avec eux. Nous sommes conscients qu’il faudra honorer les termes des accords, peu importe ce qui se passe. Et c’est l’un des grands défis en entreprise : il faut assumer ses responsabilités.
Nous sommes sûrs de pouvoir faire des marges lorsque les prix vont descendre, mais ce n’est pas l’élément fondamental aujourd’hui. Notre priorité reste le respect des termes des contrats que nous avons signés avec les partenaires qui nous font confiance.

Sac de farine de mais Eblifoods 2,5 kilos
TF : Cette situation de respect des termes des contrats malgré les caprices des prix des matières premières ne vous encourage-t-elle pas à aller vers des contrats à terme sur les matières premières ?
MN : Bien évidemment ! Il n’y a pas que la fluctuation du prix qui nous y oblige. La disponibilité des matières premières également. Sur ce plan, nous avons déjà des acquis avec plus de 2000 hectares de maïs sécurisés Nous aidons même ses producteurs à obtenir des semences améliorées et des intrants pour un bon rendement, ceci dans un cadre contractuel. Au-delà de ces contraintes, nous le faisons également pour la traçabilité et la qualité des produits que nous transformons.
TF : Les mesures de restriction des exportations d’un pays à un autre se sont multipliées pour juguler l’inflation observée sur le marché des produits agricoles. Pour vous qui êtes à plein pied dans la transformation, quelles pourraient être les conséquences pour votre chaîne de production ?
MN : Nous avons approché les autorités compétentes au Togo, qui nous ont confirmé que nous ne sommes pas concernés par ces interdictions qui portent notamment sur le maïs grain. Une nuance très importante, vu que notre produit fini est la farine. Puisque nous sommes accompagnés dans les processus d’obtention des marchés, les autorités nous ont délivré une autorisation légale d’exportation nous permettant de continuer nos activités en toute quiétude.
TF: Dans un environnement où les opérateurs économiques se contentent le plus souvent du trading (import, export et commercialisation des matières premières) sans une valeur ajoutée, pourquoi avoir pris le chemin de l’industrialisation ?
MN : En tant qu’africain en général et Togolais en particulier, il faut qu’on en finisse avec le système du trading import-export. Nous ne pouvons plus nous contenter d’acheter puis de revendre sans valeur ajoutée. Ce que nous pouvons transformer ici, faisons-le parce qu'il en va de la survie de nos pays. Par ailleurs, les institutions publiques devraient nous accompagner dans cette démarche qui encourage le développement de nos pays.

Sur le chantier du montage de l’usine avec des partenaires(PNUD, ministre de l’agriculture, …)
TF : Parlant de l’accompagnement, comment avez-vous réussi à créer votre usine, sachant que la question du financement se pose très souvent ?
MN : La question du financement est très épineuse. C'est un parcours de combattant qui ne devrait pas nous amener à abandonner. Il y a beaucoup de freins, notamment en ce qui concerne les taux d’intérêts trop élevés et la durée des prêts qui n’est pas toujours adaptée à l’industrialisation. Pour mon expérience, je peux vous rassurer : il est possible de se faire accompagner.
Les banques sont certes frileuses mais il y a toujours des financements. Il faut donc pour cela se battre, mériter un certain niveau de confiance, et mettre du sérieux dans son projet. Pour notre part, nous avons été accompagnés par la NSIA banque.
Cela n’a pas été facile mais avec de la confiance et du sérieux, cela a été possible. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de mécanismes de financements qui peuvent aider d’autres promoteurs d’unités.

(TF) : Au-delà de cette situation conjoncturelle, quels sont les défis auxquels fait face la SITRAPAT en ce moment et quel serait votre mot à l’endroit des consommateurs locaux pour finir ?
(MN) : Les défis sont nombreux pour la jeune entreprise que nous sommes. Le premier challenge est de pouvoir amener les brasseries du Togo à s'intéresser à nos produits et pour cela nous sommes disposés à leur fournir tout ce qu’il faut pour gagner leur confiance. L’autre défi est de pouvoir conquérir d’autres marchés sur le continent en leur garantissant une qualité qui répond aux normes internationales. Et pour finir, nous appelons les Togolais à nous faire beaucoup plus confiance et essayer nos produits parce qu'ils ne seront pas déçus par le résultat.
Fiacre Kakpo & Daniel Comlan Agbenowossi & Octave Bruce
La start-up Cinetpay annonce avoir développé un ensemble de solutions de paiements dématérialisés des frais de scolarité et d'inscription à destination des écoles et universités, dans un communiqué de presse consulté par Togo First.
La solution présentée repose essentiellement sur la création et la mise à disposition de terminaux de paiement électronique (TPE) et de plateformes web devant permettre aux écoles et universités de percevoir les frais d’inscription et de scolarité par mobile money et autres voies électroniques.
“Cette plateforme leur permettra d’encaisser en ligne les frais d’inscription et de scolarité, de suivre tous les paiements en temps réel et de relancer automatiquement par e-mail, sms ou Whatsapp les parents, à l'approche des échéances ou en cas de retard ”, précise la filiale togolaise de la startup ivoirienne spécialisée dans les transactions électroniques et le mobile money.
En outre, CinetPay qui revendique déjà une dizaine d’utilisateurs institutionnels de sa solution “e-scolarité”, précise que les écoles et universités disposant déjà de site internet pourraient faire intégrer à ces outils digitaux, les fonctionnalités qui facilitent les paiements via le mobile money, les portefeuilles électroniques et les cartes bancaires.
Créée en Côte d’Ivoire et implantée au Togo il y a un peu plus d’un an, la fintech ambitionne de conquérir l’ensemble du marché des écoles et universités du pays d’ici à 2023. Une volonté d’expansion manifeste dans un contexte où la majorité des fintech présentes au Togo se concentrent sur le développement de solutions destinées aux secteurs banque, finance et e-commerce.
En rappel, faire du Togo une référence régionale dans le digital à travers la transformation et le développement de l’économie numérique, est l’une des ambitions de la feuille de route gouvernementale 2020-2025.
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Adamas Koudou, promoteur et gérant de la structure Natuthé Kinkeliba, qui avait accordé une interview à Togo First, offre une formation en entrepreneuriat. Il a lancé le programme dénommé « Les clés du devenir opérationnel » à l’intention des étudiants, des demandeurs d’emploi ou des primo-entrepreneurs.
Le programme de formation est destiné à accompagner efficacement tout jeune en matière de recherche ou de création d’emploi, de valorisation de soi et de succès professionnel. Il devra permettre aux participants d’avoir désormais des aptitudes nécessaires pour être opérationnel c’est-à-dire être capables de servir à un poste dans l’entreprise d’autrui ou une entreprise créée par soi-même.
Selon le promoteur, la formation permettra aux participants d’être « capables de fournir la compétence nécessaire pour faire fonctionner le poste auquel ils sont recrutés ».
L’idée à terme, c’est de les rendre employables et effectivement employé(e)s dans une organisation, ou employé(e)s par soi-même. Celui-ci précise : « Être employable » suppose qu’on s’est suffisamment préparé en dehors du parcours scolaire classique; « Être employé » suppose qu’on a su se vendre à autrui (salariat) ou à soi-même (entrepreneuriat).
Ceux qui seront retenus, une cinquantaine, devront participer au rendez-vous de l’académie de l’entrepreneuriat social. Le déroulement se fera en deux étapes : une première semaine de formation intensive en plus d'un coaching, et les phases pratiques en entreprise. Les inscriptions devront s’achever le 21 juillet 2018.
Séna Akoda
Passionnée, perfectionniste et visionnaire, Mablé Agbodan incarne la femme togolaise aux multiples talents. Spécialisée dans le design de luxe, elle est directrice d’une galerie et d’une boutique en ligne.
«Motivée par cette rage de changer les choses et d’aider ses frères et sœurs togolais », celle qui est lauréate de la catégorie féminine de « ARTS, SPORTS ET CULTURE » ouvre en Août 2016 le Club des Métiers d’Arts et d’Artisanat du Togo. Ce club qui vise à renforcer les capacités des artisans togolais est surtout un formidable créneau qui doit servir à rehausser le niveau de l’artisanat togolais et à le rendre plus attractif et compétitif. Mais, elle a surfé sur des vagues avant d’en arriver là. Nous sommes allés à sa rencontre. Découvrons ensemble cette dame au cœur d’or.
T.F : Vous résidiez en Occident où tout se passait bien pour vous au travail et en affaires. Mais vous avez décidé de rentrer au bercail. Qu’est-ce qui vous a motivée ?
M.A : On dit souvent qu’on n’est toujours mieux servi que chez soi ou qu’on se sent toujours mieux chez soi. J’ai toujours dit que les Européens ont construit leur pays et que c’est à nous de construire l’Afrique. Ceci étant, j’aimerais bien apporter ma pierre.
T.F : Quelles sont, de votre point de vue, les mesures à mettre en œuvre pour permettre aux artisans togolais d’abord de révéler tout leur potentiel et ensuite de pouvoir jouir du métier ?
M.A : Je pense que le chemin est encore très long. L’artisanat africain a encore du chemin à faire. Dans la réalité actuelle, on est artisan quand on n’arrive pas à exceller à l’école ou quand on ne veut pas aller à l’école du tout ou quand on n’a pas d’autres alternatives. La preuve : pour les apprentissages, il y en a qui se donnent carrément aux patrons. C’est-à-dire qu’ils n’ont même pas de quoi payer les frais de contrat. Donc, ils font leurs années d’apprentissage et des années supplémentaires pour pouvoir payer par leur travail, le coût du contrat. Une sorte d’échange de services. Ce dont l’artisanat africain a besoin dans un premier temps, c’est la sensibilisation.
Mais à mon niveau, avec mes moyens limités, je compte offrir aux jeunes de mon centre, des aptitudes linguistiques notamment en anglais. Je pense négocier avec l’ambassade des Etats Unis une formule pour leur permettre de bénéficier de cours d’anglais. Comme chacun d’entre eux dispose d’un compte bancaire, j’envisage également de leur offrir des conditions d’accès à des prêts bancaires pour qu’ils puissent se procurer un véhicule. Mon objectif est de leur faire prendre conscience de ce que leur métier, l’artisanat, a du prix et qu’ils peuvent en vivre.
T.F : Qu’est-ce qu’il y a lieu de faire au niveau institutionnel afin justement de mieux développer cet artisanat ?
M.A : Penser à moderniser le secteur en donnant des outils pratiques à l’artisan afin de le stimuler. Eveiller chez les artisans la créativité.

T.F : En termes de standard, comment évaluez-vous le niveau de l’artisan aAfricain par rapport à celui européen, vu que vous avez eu à travailler avec eux ?
M.A : L’artisan africain est incapable de faire certaines choses pour la simple raison qu’il ne sait pas le faire et qu’il n’en a pas les moyens. La culture ne l’aide pas non plus parce qu’on lui a appris à être un exécutant et non un leader. L’artisan africain est limité, conditionné, il n’a pas les ressources pour aller plus loin et sa culture ne lui permet pas de s’exprimer. Ce qui est tout le contraire de l’Européen.
T.F : Comment arrivez-vous à financer le développement du club des métiers de l’artisanat ?
M.A : C’est assez difficile actuellement et j’en profite pour lancer un appel à toutes les bonnes volontés, en premier lieu à l’Etat afin de nous aider et de nous soutenir. Faire en sorte que ce centre ne soit pas le premier et le dernier. J’ai commencé avec les moyens du bord. La principale source de financement provient de mes propres fonds que j’ai économisés pendant mes dix ans d’activité et je pense, je le dis d’ailleurs souvent à mes artisans, que si on ne trouve pas rapidement le moyen de vendre nos réalisations, le trou dans lequel on puise l’argent risque de se tarir (rires…).
T.F : Allant dans ce sens, qui sont vos débouchés ? Vos produits sont destinés à qui ?
M.A : J’aimerais vendre à tout le monde mais on ne peut pas plaire à tout le monde. Je travaille aujourd’hui dans le luxe et mes premiers clients sont en Europe. Mes produits sont de haute gamme et sont destinés à une certaine classe sociale : des footballeurs, des designers, bref des gens de la haute… Toutefois l’objectif est de pouvoir essayer de vendre à des gens issus de la classe moyenne africaine et de continuer à vendre à mes profils de clients actuels.
T.F : Est-ce que vous avez des problèmes de mévente ou des difficultés liées à la vente ici ?
M.A : Oui, des problèmes liés au désintérêt des gens et leur rebut compte tenu du prix. Beaucoup s’intéressent aux produits mais ne les achètent pas.
T.F : Pourquoi les produits sont-ils donc chers ?
M.A : Nous passons énormément de temps sur la création des produits. Nous ne le faisons pas dans la précipitation ; nous passons du temps sur la conception, le design et tout… C’est la raison pour laquelle nos produits sont peu accessibles.
T.F : Vous avez franchi un palier avec la création de ce centre. Quel sera le prochain cap ?
M.A : Mon rêve est d’avoir une université des métiers. Le Club des Métiers d’Arts et d’artisanat du Togo est un rêve que je nourrissais depuis et il s’est finalement réalisé. Je suis passé par de nombreuses étapes. Depuis mes débuts et tout au long de mes nombreux déplacements, j’ai nourri l’idée de la création un jour d’un institut africain des métiers créatifs (rires…). J’ai commencé sur la terrasse de ma sœur et aujourd’hui j’en suis là. La prochaine étape, si j’arrive à trouver un centre à Kara et Dapaong, est de créer un vrai centre de formation des artisans. Un lieu d’apprentissage où on va exiger un certain niveau de qualification avant d’y accéder.
Interview réalisée par Fiacre E. Kakpo, Séna Akoda et Ahlonko Octave Bruce
Chaque entrepreneur a une histoire. Celle de Kossi Elom Lovenou, promoteur de l’Etablissement Elégance Plus-LD, illustre la force de la vision sur certains choix. Civilisationniste nanti d’un diplôme universitaire en allemand, Kossi Elom Lovenou, n’ouvre pas un cabinet de traduction. Il change carrément de cap, poussé par une vision, celle de jouer dans la cour des grands maroquiniers du monde, à commencer par son pays le Togo où il a détecté un réel besoin en matière de chaussures et de ceintures de qualité. Par-dessus tout, il veut innover en mettant en place une marque de chaussures « made in Togo ».
Son couronnement en tant que « Meilleur Entrepreneur 2017 » dans la catégorie des Microentreprises lui donne des ailes supplémentaires. Le profil de ce jeune entrepreneur pétri de talents nous a fascinés. Allons tous à sa découverte au travers de cette interview qu’il a bien voulu accorder à la rédaction de Togo First.
TF : Vous venez d’être sacré Meilleur Entrepreneur 2017 dans la catégorie « Microentreprises » par le FAIEJ et le PRADEB. Livrez-nous vos sentiments.
K.E.L : C’est un sentiment de joie qui m’anime; je sens que mes efforts depuis des années ont été récompensés. Nous n’avons pas commencé avec le PRADEB. C’était par nos propres efforts. Avec le PRADEB, nous avons noté une nette évolution. Le concours nous a montré que nous faisons vraiment du bon travail. L’année passée (ndlr : en 2016), j’avais postulé mais ça n’avait pas donné grand-chose. Après, je me suis remis en cause, j’ai analysé mes forces et mes faiblesses et j’ai redoublé d’efforts. Donc cette année en postulant, j’avais confiance en moi et j’étais sûr que, quelle que soit la situation, j’allais gagner…Et Dieu aidant, j’ai décroché le premier prix dans la catégorie « Microentreprises ».
TF : Déjà une idée du projet autour de l’enveloppe financière (800 000 FCFA) que vous avez eue ?
K.E.L : Ce prix que j’ai gagné, je le réinvestis dans le projet de développement de ma structure. Avec ce fonds, je vais acquérir de nouvelles machines, plus perfectionnées et sophistiquées. Nous voulons lancer une nouvelle marque de chaussures au Togo. Nous avons encore besoin de nouvelles machines pour les confectionner. Dans le projet de développement que j’ai soumis, j’’ai souligné ça. J’ai prévu que si j’arrivais à gagner ce prix, j’allais acquérir de nouvelles machines, comme par exemple la machine à tampons qui me permettra de griffer notre marque sur les chaussures et à l’intérieur des ceintures et des sacs que nous allons fabriquer. Entre autres il y a aussi la machine à brosser ou la machine à cirer dont nous aurons besoin aussi. Là aussi, il y a ce que nous appelons machine à coudre professionnelle électrique grâce à laquelle nous allons faire des coutures esthétiques sur les chaussures. Elle nous permettra par exemple de faire de petits fils et de gros fils. Nous avons déjà acquis la machine à coudre électrique professionnelle qui coud à deux fils égaux, de l’ordre de quatre cents mille (400 000) FCFA. Nous allons aussi acheter des matières premières comme les peaux de pêche à trois cents mille (300 000) FCFA pour lancer la production des chaussures que nous allons fabriquer.

« Ce prix que j’ai gagné, je le réinvestis dans le projet de développement de ma structure. »
TF : Dites-nous un peu comment vous êtes arrivé à la cordonnerie, la maroquinerie et autres
K.E.L : Pour être entrepreneur, il faut d’abord découvrir un besoin et ensuite chercher à le satisfaire. J’ai donc découvert le besoin en chaussures de qualité ; c’est ce qui m’a amené à me lancer dans la recherche de techniciens performants pour pouvoir satisfaire ce besoin et celui du manque de professionnalisme dans la cordonnerie. Nous avons commencé en 2013 ; j’ai pu trouver des techniciens vraiment performants avec qui j’ai travaillé et de jour en jour, nous améliorons nos prestations et la qualité de nos produits par rapport à la demande des clients. En 2015, nous avons pu rencontrer le PRADEB à qui nous avons soumis nos dossiers. Après, ils nous ont formés en création d’entreprises au prime abord. Plus tard, nous avons reçu une autre formation sur la gestion des microentreprises.
Après toutes ces formations, nous avons soumis notre plan d’affaires. C’est à l’issue de cela que nous avons été sélectionnés et nous avons été financés à hauteur d’un million deux cents mille (1 200 000) FCFA. Quand on se battait seul, on n’avait pas la possibilité de produire beaucoup. Mais quand on a eu ce fonds, la production a été boostée et nous arrivons à nous approvisionner même de l’extérieur en matières premières. Parfois, on va au Nigeria ou au Ghana pour avoir des matières premières de qualité alors qu’auparavant, on n’avait pas cette possibilité.
TF : Vous avez appris la cordonnerie et la maroquinerie avant de penser à vous mettre à votre propre compte ?
K.E.L : En fait de par ma formation, je suis civilisationniste ; j’ai fait l’Allemand au Campus (Ndlr : à l’université). Mais la vision, c’est autre chose. Après avoir découvert le besoin en chaussures de qualité et autres, j’ai fait une formation en dessin appliqué à la cordonnerie. Du coup, je me suis associé avec les professionnels, les techniciens du montage. Nous arrivons à reproduire des modèles européens. C’est-à-dire qu’il y a des clients qui nous viennent avec des photos et qui demandent que nous les leur confectionnions. Ce qui est intéressant, c’est qu’avec nos techniques, nos dessins et nos techniciens, on arrive à reproduire ces modèles. Nous créons aussi nous-mêmes de nouveaux modèles. Ce qui fait que tout le temps, nous avons de nouveaux clients.
TF : Parlant justement des clients, dites-nous comment ils accueillent vos produits.
K.E.L : Les clients sont toujours satisfaits de nos produits à cause de notre créativité. Quand ils viennent, on constate que chaque client a sa particularité. Tel dit : fais-moi ci, fais-moi ça. Et quand nous lui livrons le produit, il est satisfait. Je dois dire que les Togolais s’intéressent à nos produits et les consomment bien. Au début, il y avait un problème de qualité et de finition. Maintenant que nous sommes arrivés à résoudre ce problème, nous gagnons chaque jour des marchés. Les clients viennent chaque jour. La preuve, nous réalisons jusqu’à 800 000 FCFA ou 845 000 FCFA comme chiffre d’affaires mensuel.

« Et quand nous lui livrons le produit, il est satisfait. »
TF : Parlez-nous de vos perspectives sur dix ans
K.E.L : La première, c’est de créer une marque de chaussures typiquement togolaise et avoir un grand centre de formation en cordonnerie pour pouvoir former ceux qui s’intéressent au métier. Nous avons aussi pour ambition de nous associer avec les grands de ce monde dans le domaine, qu’ils soient de l’Italie, de la France ou d’ailleurs. Déjà, nous avons commencé le partenariat avec une grande structure d’Italie. Un cadre de la société occidentale est passé nous visiter à notre siège ici. Nous verrons quel type de partenariat gagnant-gagnant nous pourrons signer avec eux.
TF : Que pourriez-vous conseiller à un jeune actuellement en quête d’emploi ?
K.E.L : A un jeune qui cherche un emploi ou qui, généralement cherche sa voie, je dirai que ce n’est pas facile… mais que l’entreprenariat est une voie royale pour l’accomplissement de soi. S’il croit en lui-même, il peut y arriver. S’il croit en lui-même et fait preuve d’un dur labeur, il peut y arriver. Il y a des jeunes qui se demandent « est-ce que je peux entreprendre ? ». Non, il y a tellement d’opportunités, tellement de besoins dans le pays. Ils peuvent faire les sondages, recenser les besoins et chercher à proposer des solutions. Par ailleurs, il faut qu’ils misent sur des besoins qui ne sont pas à court terme, mais des besoins permanents. Par exemple, en maroquinerie, l’intérêt c’est que c’est un projet à vie. Les gens ne cesseront jamais de se chausser. Donc qu’ils essaient aussi de recenser des besoins permanents et qu’ils y trouvent de bonnes solutions ; alors ils deviendront de bons entrepreneurs.
Entretien réalisé par Séna Akoda
Entrepreneur de vocation et de passion, De Poukn Yendal n’a pas attendu longtemps, après ses études universitaires pour prendre son destin en main. Après une formation en entrepreneuriat dispensée par l’Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE), il a entrepris des démarches auprès du Fonds d’Appui aux Initiatives Economiques des Jeunes (FAIEJ) pour monter son unité de fabrication et de pose des pavés Yend Group. Le 20 novembre 2014, il crée et donc devient responsable de son unité économique. Aujourd’hui, sa production journalière atteint 100 m2 équivalant à 400 000 FCFA.
La rédaction de TogoFirst, intéressée par son parcours, l’a approché. C’est un jeune, très fier de son choix et qui nourrit de grandes ambitions pour sa structure. Il s’est prêté au jeu d’interview.
Togo First : D’où vous est venue l’idée de créer Yend Group, une société de fabrication et de pose de pavés ?
De Poukn Yendal : Quand j’étais en 3ème année à l’Université, je n’avais pas pour objectif de travailler aux ordres de quelqu’un ; je pensais plutôt à entreprendre. A la fin de mes études, j’ai bénéficié d’une formation en création et gestion de micro- entreprises que le FAIEJ dispensée en 2013.Voilà comment j'ai lancé mon entreprise de fabrication et de pose des pavés.

Le FAIEJ aussi nous appuie beaucoup à travers des formations, des coachings, des soirées.
Togo First : Vous n’êtes donc pas un entrepreneur très conventionnel au regard de votre domaine d’activités… Pourquoi donc avoir choisi la fabrication et la pose des pavés ?
De Poukn Yendal : J’ai étudié le marché et constaté que c’était un domaine peu exploité, sinon vierge. C’est pour cette raison que nous nous sommes lancés dans cette activité. Vous savez que le Togo, notre pays, est en chantier et les pavés sont des matériaux qui entrent dans la construction des bâtiments et des routes. Actuellement, nous ne nous plaignons pas.
Togo First : Que faisiez-vous avant ?
De Poukn Yendal : Nous avons initié ce projet juste après notre sortie de l’université. Nous étions dans un embarras de choix : soit trouver un emploi ou en créer pour soi et pour les autres. Au final, nous avons trouvé que la meilleure solution était de créer un boulot pour soi et pour les autres. Mais ceci n’a pas été facile. Vous savez, pour un jeune entrepreneur qui commence, les difficultés sont énormes, mais nous essayons de les gérer à notre manière. Le FAIEJ aussi nous appuie beaucoup à travers des formations, des coachings, des soirées, au cours desquelles nous apprenons beaucoup de choses. Comme par exemple, la gestion du crédit.
Togo First : Parlant justement du crédit, comment l’avez-vous géré ? Avez-vous pu le solder ?
De Poukn Yendal : A propos du crédit, par exemple, grâce aux formations que nous recevons et que j’applique, je l’ai soldé depuis plus d’un an. Nous avons suivi notre cahier de charges. Chaque mois, nous faisions le remboursement et, par la grâce de Dieu, nos activités se poursuivent bien. Nous n’avons vraiment pas eu de difficultés à solder notre prêt.
Togo First : A combien peut se chiffrer votre production journalière ?
De Poukn Yendal : Nous produisons chaque jour en moyenne 100 m2 de pavés, soit 400 000 FCFA. Je peux vous assurer que les clients réagissent très positivement à nos produits. Nous avons une base de données de clients composée d’architectes, d’entrepreneurs, de maçons, des carreleurs et autres qui gagnent des marchés et qui viennent nous les sous-traiter. Notre entreprise est vraiment sur une bonne base.

Nous produisons chaque jour en moyenne 100 m2 de pavés.
Togo First : Quels conseils donneriez-vous à un jeune désireux de se lancer dans l’entrepreneuriat ou l’auto-emploi ?
De Poukn Yendal : En tant que responsable de Yend Group, je dirai que l’entrepreneuriat n’est pas facile. Mais c’est le meilleur des moyens pour avoir un emploi, le garder et réaliser ses objectifs. Entreprendre, c’est le meilleur boulot qui puisse exister dans ce monde. Quand vous créez votre entreprise, ce n’est pas vous seuls qui allez gérer… vous allez créer de la richesse pour les autres aussi… les fournisseurs, les clients ; c’est vraiment un domaine très intéressant. J’invite les jeunes à relever le défi de l’entrepreneuriat.
Togo First : Vos perspectives et projections sur 5, voire 10 ans…
De Poukn Yendal : Vous savez ? J’ai de grandes ambitions. Sur les 5 ou 10 prochaines années, je vois Yend Group comme une entreprise très solide financièrement, et le n°1 dans le domaine de production et de pose des pavés. Une entreprise qui crée davantage de richesses et de valeur ajoutée à l’économie nationale.
Propos recueillis par Séna Akoda
Célébrée comme l’une des cinq figures féminines qui font la fierté de l’entrepreneuriat togolais par le magazine « Ocean News », Viviane Assogba Tsogbaley dirige depuis trois ans Génial Wok, une entreprise spécialisée dans la restauration végétarienne et végétalienne, et dans la production des cocktails de fruits naturels. Son parcours, elle le conte avec une certaine passion.
Dans ce numéro de l’entrepreneur de la semaine, Viviane Assogba Tsogbaley a bien voulu faire goûter au lectorat de Togo First, non de sa restauration ou de ses cocktails, dont elle ne manque de dévoiler les vertus, mais plutôt du récit d’un parcours qui commence dès l’adolescence.
Togo First : Vous êtes depuis 3 ans à la tête de « GENIAL WOK » spécialisé dans la restauration végétarienne et végétalienne et dans la production des cocktails de fruits naturels. D’où vous est venue l’idée de vous lancer dans l’Agro-alimentaire ?
Viviane Assogba Tsogbaley (V.A.T) : J’avais déjà une passion pour l’agro-alimentaire depuis le niveau de 3ème. En classe de 2nde, j’ai fait une formation en pâtisserie. Déjà au campus, j’offrais mes services à mes amis, leur faisant des gâteaux et autres pour leurs fêtes. Mais l’idée de mettre en place une structure est née quand j’ai commencé à travailler au cabinet SYL CONSULT. Au Cabinet, j’ai été placée sous la bannière de l’ANPE et j’avais en charge la correction des projets des jeunes entrepreneurs. Ces jeunes ont été ensuite financés et sont devenus des chefs d’entreprises. Alors, je me suis demandé, pourquoi toujours passer mon temps à écrire des lettres de demande.
C’est à partir de ce moment que je me suis mis à faire les jus à la maison. L’idée première, c’était d’ouvrir un restaurant. Mais pour avoir assez de clients, j’ai dû débuter d’abord avec les jus. L’OADEL (Organisation pour l’alimentation et le développement local) a pris des échantillons qui ont été appréciés. L’OADEL nous a, du coup, commandé cent (100) bouteilles qu’ils ont exposées dans leur boutique BOBAR (Boutiques-Bar-Restaurants) qui fait la promotion des produits togolais et des consommables. En gros, tout ce qui est agro-alimentaire. Vu l’engouement que les clients ont eu pour le produit, ils ont décidé de nous accompagner dans l’adoption des normes essentielles en matière d’agro-alimentaire.
On a été accompagné de février 2016 à février 2017. On a été formé à la gestion d’une entreprise, aux normes à respecter dans l’agro-alimentaire comme le HACCP. C’est après ces formations qu’ils sont passés faire des prélèvements de nos produits et les analyses ont été satisfaisantes ; C’est à la suite de ça qu’on a fait le lancement officiel de nos produits.
T.F : On peut dire que c’est de là qu’est partie l’aventure GENIAL WOK ?
V.A.T : Oui, en effet. On a été également accompagné pour faire les étiquettes ou vous pouvez voir les codes-barres qui répondent aux normes ; nos produits ont désormais des appellations plus uniformes. Nous avons choisi de travailler ces produits car ce sont des produits qui ont des effets positifs sur la santé. Actuellement, on voit de très jeunes gens atteints de diabète, d’hypertension. A Genial Wok, nous mettons l’accent sur la santé d’où également le service de restauration végétarienne parce qu’on a remarqué que lorsqu’on adopte une alimentation saine, on est à l’abri de ces maux. Aujourd’hui, nous avons 6 saveurs (les cocktails ananas-pamplemousse, ananas-banane-melon, ananas-melon-passion, ananas-betterave-orange, et tamarin). Dans un document que nous avons conçu à cet effet, nous décrivons les effets positifs de chaque produit sur la santé. Nous conseillons à nos clients de consommer régulièrement nos produits. L’Homme a besoin de 5 fruits et légumes en moyenne par jour. Lorsque vous prenez une bouteille de nos jus, vous avez entre 2 à 3 fruits, ce qui équivaut à la moitié de la valeur énergétique à prendre par jour ;
T F : A l’instar de l’OADEL qui vous a accompagné à vos débuts, vous avez certainement eu d’autres accompagnements. Quels sont-ils ? Et quels ont été leurs apports ?
V.A.T: Nous a eu l’accompagnement de l’OADEL, bien évidemment. INNOV’UP qui est un incubateur de jeunes entrepreneurs, surtout féminins, nous a aussi accompagné sur une année. Elle nous a aidé à mieux gérer notre entreprise. Nous avons fini notre incubation en novembre 2017 d’où le lancement officiel qui a été fait le 8 décembre au centre INNOV’UP en présence de Madame Assilevi (Responsable du PNUD), le DG de l’ANPE, Madame Leguédé (Présidente de la FEFA). Aujourd’hui encore, l’OADEL nous accompagne afin que nous obtenions l’autorisation de mise sur le marché, ce qui pourrait nous aider à exporter nos produits.
T.F : En termes de financement, comment vous en êtes sortis?
V.A.T : Nous avons été formés par le PRADEB (Programme d'Appui au Développement à la Base) pour recevoir un financement mais cela n’a pas abouti. On a fait également une demande au niveau du FAEJ qui n’a pas encore abouti. Jusque-là, on a roulé sur nos propres fonds.
T.F : Sachant qu’à la base vous avez reçu une formation en Communication des Entreprises, quelles sont les difficultés que vous avez eues pour vous faire une place dans le secteur de la nutrition, de l’agro-alimentaire ?
V.A.T: C’est vrai, j’avais déjà une passion et mon mari est un conseiller en nutrition. Cela m’a été d’une aide capitale parce que moi-même, j’ai une formation en communication marketing. Il a donc fallu qu’il nous assiste en suivant les dosages avant le lancement. Vous allez remarquer que cela fait trois ans que nous avons lancé nos activités et c’est maintenant que nous lançons toutes les saveurs qu’on avait. C’est parce qu’elles ont été testées et aujourd’hui, on peut valablement dire que nos produits sont bons pour la santé. Ce sont des produits sans ajouts de conservateurs, sans colorants, sans sucre.
T.F : On voit qu’un bon accueil a été réservé à vos produits selon vos dires, quel est aujourd’hui votre rythme de production ? Combien produisez-vous ?
V.A.T: Actuellement, nous avons atteint 2000-2500 bouteilles par mois, et bientôt avec l’appui du FAIEJ (Fonds d’Appui, si c’est possible), on prévoit atteindre les 5000. On a des aînés qui sont dans le domaine et qui aujourd’hui, sont déjà à 10 000 bouteilles après 6 ans et plus (8 ans). Si en moins de 3 ans, on peut atteindre les 5000, je crois qu’on est fait pour rester longtemps.
T.F : Avez-vous des visées internationales ?
V.A.T Oui, l’année dernière, on a participé à FOJECA (Forum des Jeunes Entrepreneurs et Chefs d’entreprises de l’Afrique), c’est une rencontre de jeunes entrepreneurs d’Afrique de l’Ouest. On a été envoyé par INNOV’UP au Burkina-Faso. Les visiteurs étaient vraiment intéressés par nos produits. On a des partenaires aujourd’hui qui sont en Suisse. Nous sommes en négociation avec eux pour trouver le bon niveau afin de voir dans quelles mesures pourrions-nous exporter vers la Suisse. Quelqu’un est intéressé pour les exporter vers la France.
T.F : Vous avez été récemment nominée parmi les 5 femmes entrepreneurs qui font la fierté du Togo par le magazine « Ocean News », qu’est-ce que cela représente pour vous ?
V.A.T Quand j’ai vu cette image, je me suis dit que ça valait la peine de persévérer parce que ça n’a pas été facile, surtout que Genial Wok a évolué sans soutien financier. Mais, j’ai finalement compris que la persévérance et le travail paient toujours. Et je suis fière aujourd’hui de servir d’exemple pour d’autres jeunes qui veulent également entreprendre ; il ne suffit pas d’avoir la passion, mais il faut pouvoir se faire former, il faut pouvoir se faire accompagner.
T.F : Quel est votre message à l’endroit de nos jeunes frères et sœurs qui aimeraient se mettre à leur propre compte ?
V.A.T : Le conseil que j’ai à donner à mes jeunes frères et sœurs, c’est qu’il est bon de travailler pour soi. Au début, ce ne serait pas forcément rentable, mais il est important de ne pas se focaliser sur les revenus. Le plus important, c’est de savoir qu’on sert d’exemple pour les autres, c’est de savoir qu’on peut impacter positivement la société, c’est de savoir qu’on crée des opportunités pour d’autres qui viendront après nous et que notre vie ne serait pas vaine.
Propos recueillis par Tajudeen Waliyullah