Viviane Assogba Tsogbaley, de Genial Wok : « il ne suffit pas d’avoir la passion, il faut pouvoir se former et se faire accompagner »

Agro
vendredi, 23 mars 2018 18:02
Viviane Assogba Tsogbaley, de Genial Wok : « il ne suffit pas d’avoir la passion, il faut pouvoir se former et se faire accompagner »

(Togo First) - Célébrée comme l’une des cinq figures féminines qui font la  fierté de l’entrepreneuriat togolais par le magazine « Ocean News », Viviane Assogba Tsogbaley dirige depuis trois ans Génial Wok, une entreprise spécialisée dans la restauration végétarienne et végétalienne, et dans la production des cocktails de fruits naturels. Son parcours, elle le conte avec une certaine passion.

Dans ce numéro de l’entrepreneur de la semaine, Viviane Assogba Tsogbaley a bien voulu faire goûter au lectorat de Togo First, non de sa restauration ou de ses cocktails, dont elle ne manque de dévoiler les vertus,  mais plutôt du récit d’un parcours qui commence dès l’adolescence.

Togo First : Vous êtes depuis 3 ans à la tête de « GENIAL WOK » spécialisé dans la restauration végétarienne et végétalienne et dans la production des cocktails de fruits naturels. D’où vous est venue l’idée de vous lancer dans l’Agro-alimentaire ?

Viviane Assogba Tsogbaley (V.A.T) : J’avais déjà une passion pour l’agro-alimentaire depuis le niveau de 3ème. En classe de 2nde, j’ai fait une formation en pâtisserie. Déjà au campus, j’offrais mes services à mes amis, leur faisant des gâteaux et autres pour leurs fêtes. Mais l’idée de mettre en place une structure est née quand j’ai commencé à travailler au cabinet SYL CONSULT. Au Cabinet, j’ai été placée sous la bannière de l’ANPE et j’avais en charge la correction des projets des jeunes entrepreneurs. Ces jeunes ont été ensuite financés et sont devenus des chefs d’entreprises. Alors, je me suis demandé, pourquoi toujours  passer mon temps à écrire des lettres de demande.

C’est à partir de ce moment que je me suis mis à faire les jus à la maison. L’idée première, c’était d’ouvrir un restaurant. Mais pour avoir assez de clients, j’ai dû débuter d’abord avec les jus. L’OADEL (Organisation pour l’alimentation et le développement local) a pris des échantillons qui ont été appréciés. L’OADEL nous a, du coup, commandé cent (100) bouteilles qu’ils ont exposées dans leur boutique BOBAR (Boutiques-Bar-Restaurants) qui fait la promotion des produits togolais et des consommables. En gros, tout ce qui est agro-alimentaire. Vu l’engouement que les clients ont eu pour le produit, ils ont décidé de nous accompagner dans l’adoption des normes essentielles en matière d’agro-alimentaire.

On a été accompagné de février 2016 à février 2017. On a été formé à la gestion d’une entreprise, aux normes à respecter dans l’agro-alimentaire comme le HACCP. C’est après ces formations qu’ils sont passés faire des prélèvements de nos produits et les analyses ont été satisfaisantes ; C’est à la suite de ça qu’on a fait le lancement officiel de nos produits.

T.F : On peut dire que c’est de là qu’est partie l’aventure GENIAL WOK ?

V.A.T : Oui, en effet. On a été également accompagné pour faire les étiquettes ou vous pouvez voir les codes-barres qui répondent aux normes ; nos produits ont désormais des appellations plus uniformes. Nous avons choisi de travailler ces produits  car ce sont des produits qui ont des effets positifs sur la santé. Actuellement, on voit de très jeunes gens atteints de diabète, d’hypertension. A Genial Wok, nous mettons l’accent sur la santé d’où également le service de restauration végétarienne parce qu’on a remarqué que lorsqu’on adopte une alimentation saine, on est à l’abri de ces maux. Aujourd’hui, nous avons 6 saveurs (les cocktails ananas-pamplemousse, ananas-banane-melon, ananas-melon-passion, ananas-betterave-orange, et tamarin). Dans un document que nous avons conçu à cet effet, nous décrivons les effets positifs de chaque produit sur la santé. Nous conseillons à nos clients de consommer régulièrement nos produits. L’Homme a besoin de 5 fruits et légumes en moyenne par jour. Lorsque vous prenez une bouteille de nos jus, vous avez entre 2 à 3 fruits, ce qui équivaut à la moitié de la valeur énergétique à prendre par jour ;

T F : A l’instar de l’OADEL qui vous a accompagné à vos débuts, vous avez certainement eu d’autres accompagnements. Quels sont-ils ? Et quels ont été leurs apports ?

V.A.T: Nous a eu l’accompagnement de l’OADEL, bien évidemment. INNOV’UP qui est un incubateur de jeunes entrepreneurs, surtout féminins, nous a aussi accompagné sur une année. Elle nous a aidé à mieux gérer notre entreprise. Nous avons fini notre incubation en novembre 2017 d’où le lancement officiel qui a été fait le 8 décembre au centre INNOV’UP en présence de Madame Assilevi (Responsable du PNUD), le DG de l’ANPE, Madame Leguédé (Présidente de la FEFA). Aujourd’hui encore, l’OADEL nous accompagne afin que nous obtenions l’autorisation de mise sur le marché, ce qui pourrait nous aider à exporter nos produits.

T.F : En termes de financement, comment vous en êtes sortis?

V.A.T : Nous avons été formés par le PRADEB (Programme d'Appui au Développement à la Base) pour recevoir un financement mais cela n’a pas abouti. On a fait également une demande au niveau du FAEJ  qui n’a pas encore abouti. Jusque-là, on a roulé sur nos propres fonds.

T.F : Sachant qu’à la base vous avez reçu une formation en Communication des Entreprises, quelles sont les difficultés que vous avez eues pour vous faire une place dans le secteur de la nutrition, de l’agro-alimentaire ?

V.A.T: C’est vrai, j’avais déjà une passion et mon mari est un conseiller en nutrition. Cela m’a été d’une aide capitale parce que moi-même, j’ai une formation en communication marketing. Il a donc fallu qu’il nous assiste en suivant les dosages avant le lancement. Vous allez remarquer que cela fait trois ans que nous avons lancé nos activités et c’est maintenant que nous lançons toutes les saveurs qu’on avait. C’est parce qu’elles ont été testées et aujourd’hui, on peut valablement dire que nos produits sont bons pour la santé. Ce sont des produits sans ajouts de conservateurs, sans colorants, sans sucre.

T.F : On voit qu’un bon accueil a été réservé à vos produits selon vos dires, quel est aujourd’hui votre rythme de production ? Combien produisez-vous ?

V.A.T: Actuellement, nous avons atteint 2000-2500 bouteilles par mois, et bientôt avec l’appui du FAIEJ (Fonds d’Appui, si c’est possible), on prévoit atteindre les 5000. On a des aînés qui sont  dans le domaine et qui aujourd’hui, sont déjà à 10 000 bouteilles après 6 ans et plus (8 ans). Si en moins de 3 ans, on peut atteindre les 5000, je crois qu’on est fait pour rester longtemps.

T.F : Avez-vous des visées internationales ?

V.A.T  Oui, l’année dernière,  on a participé à FOJECA (Forum des Jeunes Entrepreneurs et Chefs d’entreprises de l’Afrique), c’est une rencontre de jeunes entrepreneurs d’Afrique de l’Ouest. On a été envoyé par INNOV’UP au Burkina-Faso. Les visiteurs étaient vraiment intéressés par nos produits. On a des partenaires aujourd’hui qui sont en Suisse. Nous sommes en négociation avec eux pour trouver le bon niveau afin de voir dans quelles mesures pourrions-nous exporter vers la Suisse. Quelqu’un est intéressé pour les exporter vers la France.

T.F : Vous avez été récemment nominée parmi les 5 femmes entrepreneurs qui font la fierté du Togo par le magazine « Ocean News », qu’est-ce que cela représente pour vous ?

V.A.T  Quand j’ai vu cette image, je me suis dit que ça valait la peine de persévérer parce que ça n’a pas été facile, surtout que Genial Wok a évolué sans soutien financier. Mais,  j’ai finalement compris que la persévérance et le travail paient toujours. Et je suis fière aujourd’hui de servir d’exemple pour d’autres jeunes qui veulent également entreprendre ; il ne suffit pas d’avoir la passion, mais il faut pouvoir se faire former, il faut pouvoir se faire accompagner.

T.F : Quel est votre message à l’endroit de nos jeunes frères et sœurs qui aimeraient se mettre à leur propre compte ?

V.A.T : Le conseil que j’ai à donner à mes jeunes frères et sœurs, c’est qu’il est bon de travailler pour soi. Au début, ce ne serait pas forcément rentable, mais il est important de ne pas se focaliser sur les revenus. Le plus important,  c’est de savoir qu’on sert d’exemple pour les autres, c’est de savoir qu’on peut impacter positivement la société, c’est de savoir qu’on crée des opportunités pour d’autres qui viendront après nous et que notre vie ne serait pas vaine.

Propos recueillis par Tajudeen Waliyullah

 

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