L'AMRAT organise le 16 avril à Lomé son premier grand forum, réunissant banques, assureurs et régulateurs autour des risques émergents. Un rendez-vous qui tombe à pic, alors que le Conseil national du crédit vient de tirer la sonnette d'alarme sur la montée des créances en souffrance.
Le secteur financier togolais se dote d'un nouvel espace de réflexion. Le 16 avril prochain, banquiers, assureurs et experts en gestion des risques se retrouveront à Lomé pour les premiers Risk & Resilience Days, un rendez-vous inédit, porté par une association créée récemment.
L'AMRAT, l'Association pour le Management des Risques et des Assurances du Togo, n'existe officiellement que depuis décembre 2025. Pour son premier grand événement, elle réunit les principaux acteurs du secteur financier togolais.
La question au cœur des débats est celle que posent les institutions financières africaines depuis plusieurs années, sans toujours y apporter de réponse structurée : comment gérer des risques dont la nature et la vitesse d'apparition ont radicalement changé ? Risques climatiques, cybermenaces, instabilité géopolitique, transformation numérique accélérée : le catalogue des vulnérabilités s'est considérablement élargi, tandis que les outils de gestion peinent souvent à suivre. C'est précisément ce dont les participants viendront débattre le 16 avril.
La réponse que propose l'AMRAT est d'abord institutionnelle : créer un espace permanent de dialogue entre praticiens, décideurs et experts, sur le modèle d'associations sœurs déjà actives au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Maroc, au Sénégal ou à Madagascar. Le forum du 16 avril constitue, en ce sens, autant un acte fondateur pour l'association qu'une plateforme technique pour le secteur.
« Le Togo a besoin d'une culture du risque structurée, ancrée dans les pratiques des institutions, et non plus traitée au cas par cas », estime Khalid Yacoubou Boukari, président de l'AMRAT, certifié en management stratégique bancaire par HEC Paris et en gestion des risques par la BCEAO-COFEB.
Les chiffres lui donnent raison. Réuni le 23 mars dernier, le Conseil national du crédit vient de sonner l'alarme : taux de créances douteuses à 8,1 % dans les banques et à 9,3 % dans les institutions de microfinance, bien au-dessus de la norme de 3 %. Dans la microfinance spécifiquement, les crédits en souffrance ont bondi de 49,2 % en trois ans. Le ministre Barcola a exigé un renforcement immédiat de la gestion du risque et du recouvrement.

Selon ses organisateurs, l'événement bénéficie du soutien de l'APBEF, le groupement des banques togolaises, du Comité des Assureurs du Togo, de l'AGET et du Patronat. La Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo (CCI-Togo) en est le parrain officiel. Co-organisatrice, la société FinConnect Financial Solutions apporte son expertise en transformation digitale des institutions financières du continent.
L'AMRAT ne se pense pas comme une structure purement nationale. Elle est d'ores et déjà affiliée à la Fédération Africaine des Associations de Gestion des Risques et à l'IFRIMA, la fédération internationale du secteur.
Fiacre Kakpo
A Lomé, le dialogue entre chefs d’entreprise et acteurs bancaires reste souvent marqué par des incompréhensions. D’un côté, des entrepreneurs en quête de financements rapides et adaptés à leurs réalités ; de l’autre, des banquiers contraints par des exigences de risque, de conformité et de rentabilité. C’est autour de cette tension structurelle que se tiendra, le 5 février, une rencontre réunissant ces deux univers.
L’initiative, portée par Edem d’Almeida, entrepreneur dans la cleantech et animateur de rencontres économiques à Lomé, entend créer un espace d’échanges directs entre acteurs du secteur privé et financiers, en dehors des cadres institutionnels habituels. Le débat mettra face à face deux profils aux trajectoires différentes : Eric Atayi, directeur général d’EKEA SARL, une société (EKEA) active dans les services et équipements techniques, confronté aux réalités opérationnelles du financement des PME, et François Aleke, professionnel du secteur bancaire (Orabank), familier des exigences de gestion du risque, de conformité et de rentabilité. Deux regards différents sur un même enjeu central : l’accès au financement.

Ces échanges s’inscrivent dans un paysage économique où la majorité des entreprises reste hors du radar bancaire. Une étude du Groupe de la Banque mondiale indique ainsi que 55 % des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) enquêtées au Togo n’ont pas accès au financement bancaire. Le Diagnostic du secteur privé du Togo souligne, lui, que plus de 85 % des entreprises évoluent dans l’informel, une configuration qui complique l’évaluation du risque et l’accès au crédit.
Le même document note que le crédit bancaire au secteur privé est passé de 40 % du PIB en 2015 à 26 % en 2020, tandis que le financement demeure concentré sur un nombre limité d’entreprises et de secteurs, principalement les services, laissant davantage en marge l’agriculture et une large part des PME. Dans ce contexte, l’accès au crédit reste l’un des principaux points de friction entre entrepreneurs et établissements financiers.
La discussion se tiendra à Hôtel ONOMO Lomé, dans un format afterwork, pour favoriser les échanges informels. Un cadre choisi pour aborder sans détour une question centrale : comment mieux aligner les logiques de création de richesse et celles de son financement, dans une économie togolaise en quête d’accélération.
« Le marché des titres publics constitue aujourd’hui un instrument central de souveraineté financière. » C’est par ces mots que le Ministre des Finances et du Budget, Essowè Georges Barcola a ouvert, mardi 27 janvier à Lomé, les Rencontres du marché des titres publics (REMTP), consacrées au financement des États de l’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA).
La rencontre, organisée sur deux jours (27 et 28) avec la participation de la BCEAO et de UMOA-Titres, a réuni responsables gouvernementaux, acteurs du marché financier régional et investisseurs institutionnels, dans un contexte de forte montée en puissance du marché régional, qui a mobilisé près de 11 900 milliards de francs CFA en 2025, contre un peu plus de 5000 milliards trois ans plus tôt.

Un outil stratégique pour les politiques publiques
Pour les autorités togolaises, le marché régional des titres publics dépasse désormais le seul cadre budgétaire. « Dans le contexte actuel, le marché des titres publics revêt une portée résolument stratégique et politique. Il constitue un instrument central de souveraineté financière, en ce qu’il permet de soutenir, en toute autonomie, la mise en œuvre de politiques publiques structurantes et transformatrices », a déclaré le ministre.
Face au durcissement des conditions de financement internationales et à la volatilité des flux de capitaux, le gouvernement togolais met en avant la nécessité de renforcer le recours aux ressources internes. « La mobilisation de l’épargne intérieure s’impose comme un levier majeur de réappropriation des politiques de financement, indispensable pour limiter la dépendance à l’égard des capitaux extérieurs et asseoir un modèle de financement du développement plus endogène, plus résilient et plus durable », a-t-il ajouté.
Le marché régional, pilier du financement du Togo
Le Togo, à travers son ministre, souligne le rôle central joué par le marché régional dans le financement de sa politique économique. Sur la période 2021–2024, le Togo a mobilisé entre 500 et 700 milliards de francs CFA par an sur le marché des titres publics, selon Essowè Georges Barcola. Ces ressources ont permis de couvrir entre 50 % et 110 % des besoins annuels de financement de l’État, et ont surtout contribué au financement des investissements publics, des infrastructures et des dépenses sociales, dans un contexte de pressions budgétaires, a rappelé le ministre.
En tant qu’émetteur souverain, le Togo affirme vouloir jouer pleinement son rôle dans la construction d’un marché régional plus intégré. « Aux côtés des autres États membres de l’Union, nous nous engageons à contribuer à la construction d’un marché régional intégré, profond et fondé sur la discipline, la transparence et la confiance mutuelle », a déclaré le ministre.
Élargir la base d’investisseurs : une priorité régionale
Cette orientation rejoint les priorités portées au niveau régional. La BCEAO met en effet l’accent sur l’élargissement de la base d’investisseurs, en s’appuyant notamment sur les progrès rapides de l’inclusion financière. À l’échelle de l’Union, le taux d’accès aux services financiers est passé de 45 % en 2016 à près de 75 % en 2025, avec un objectif supérieur à 90 % à l’horizon 2030, selon les données rappelées lors des échanges.
Pour le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou, cette dynamique doit permettre de mobiliser davantage l’épargne régionale et de l’orienter vers le financement de l’économie et des finances publiques, dans un contexte de besoins de financement croissants. L’enjeu est de renforcer la capacité d’absorption du marché en diversifiant les profils d’investisseurs, au-delà du noyau bancaire traditionnel.
Longtemps largement dominantes — leur part dans l’encours ayant été proche de 90 % — les banques voient désormais leur poids reculer, autour de 80 %, à mesure que les investisseurs non bancaires gagnent en importance. Fonds de pension, compagnies d’assurance et autres investisseurs institutionnels de long terme voient ainsi leur part progresser, signe d’une diversification encore graduelle, mais jugée indispensable pour accompagner la montée en puissance du marché des titres publics.
L’enjeu du marché secondaire
Au-delà du marché primaire, qui permet de lever les ressources nécessaires, les échanges des REMTP ont mis l’accent sur le développement du marché secondaire, encore jugé insuffisamment liquide. En 2025, les volumes échangés sur ce segment ont toutefois atteint plus de 5400 milliards de francs CFA, un niveau record, signe d’un regain d’activité après le ralentissement observé en 2023.
« Si le marché primaire régional permet aujourd’hui de répondre aux besoins immédiats de financement des États, il appartient désormais aux gouvernements de créer les conditions institutionnelles, réglementaires et opérationnelles permettant au marché secondaire de jouer pleinement son rôle stratégique », a estimé le ministre.
Un marché secondaire plus actif est considéré comme essentiel pour renforcer la confiance des investisseurs et stabiliser les anticipations. « En assurant la liquidité des titres et des transactions, le marché secondaire renforce la confiance des investisseurs et favorise l’ancrage d’anticipations stables », a-t-il précisé.
Fiacre E. Kakpo
En 2025, le Togo a amorcé un mouvement de désendettement sur le marché financier régional de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Selon les données consolidées publiées par UMOA-Titres, l’encours de la dette togolaise détenue par les investisseurs régionaux a reculé de 5,6 % sur l’année, à 1810,5 milliards de francs CFA, faisant du pays l’un des rares États de l’Union à afficher une contraction de son stock de dette sur le marché des titres publics.

Cette évolution contraste avec la dynamique observée dans la plupart des autres pays de l’Union, où les encours sont restés orientés à la hausse en 2025. À l’échelle régionale, l’encours total de la dette UMOA s’est certes légèrement replié (-3,7 %), mais cette baisse masque de fortes disparités nationales. Tandis que la Côte d’Ivoire a vu son encours diminuer plus nettement (-15,4 %), plusieurs États, dont le Niger (+7,2 %), le Mali (+2,2 %) ou encore le Sénégal (+2 %), ont continué d’accroître leur exposition aux investisseurs régionaux.
Lomé a mobilisé 411 milliards de francs CFA en 2025, un niveau nettement inférieur à celui de 2024, déjà en repli par rapport aux exercices précédents. Ce recul ne traduit pas un désengagement du marché régional, mais un ajustement de la stratégie de financement. Le Togo a progressivement réduit son recours aux adjudications classiques d’UMOA-Titres pour privilégier des financements de maturité plus longue, en s’appuyant davantage sur l’autre segment du marché régional lié à la BRVM, notamment à travers des opérations de syndication. Cette orientation vise à mieux étaler les échéances et à limiter la pression de refinancement, dans un contexte où plusieurs États de l’Union ont dû faire face, en 2025, à un mur de maturités hérité des années de forte tension sur la liquidité bancaire.
À l’inverse, l’année 2025 a été marquée par une activité particulièrement soutenue sur le marché régional. Au total, les États de l’UEMOA ont levé près de 11 860 milliards de francs CFA, en hausse de 45,9 % sur un an, avec un net regain des émissions obligataires (+89,5 %), reflet d’une volonté d’allonger les maturités et de lisser les profils de remboursement.
Fiacre E. Kakpo
Au Togo, les acteurs du secteur des assurances, de la banque et plus largement de la gouvernance des risques se dotent d’un nouvel outil de structuration professionnelle. L’Association pour le Management des Risques et des Assurances au Togo (AMRAT) a officiellement vu le jour à la suite de l’obtention, le 16 décembre 2025, de son agrément délivré par le ministère de l’Administration territoriale, consacrant sa reconnaissance juridique et institutionnelle.
Portée par des professionnels du secteur, l’AMRAT veut contribuer à l’émergence et à la diffusion d’une culture structurée du management des risques au Togo, dans un contexte marqué par la montée des risques financiers, opérationnels, climatiques et technologiques auxquels sont confrontées les entreprises et les institutions publiques. Une dynamique qui concerne directement les établissements financiers, très exposés aux enjeux de conformité, de solvabilité, de cybersécurité ou encore de continuité d’activité.
L’association est présidée par Khalid Yacoubou-Boukhari, président fondateur, qui met en avant l’ambition de fédérer les praticiens du risk management et de renforcer les passerelles entre assurances, banques, entreprises et administrations. Selon ses promoteurs, l’AMRAT entend promouvoir les bonnes pratiques de gouvernance des risques et des assurances, renforcer la professionnalisation des acteurs et favoriser les échanges entre praticiens, décideurs publics, entreprises et partenaires internationaux. Elle prévoit notamment de proposer des actions de formation, de veille professionnelle et de réflexion stratégique autour des enjeux liés à la gestion des risques.
L’arrivée de l’AMRAT intervient à point nommé alors que, dans l’espace UEMOA, la gestion des risques progresse sur le plan réglementaire sans être encore pleinement intégrée aux stratégies des acteurs économiques : si les banques affichent un ratio moyen de solvabilité de 14,7 %, supérieur à la norme de 11,5 %, leur forte exposition aux obligations souveraines — près de 38 % des actifs — continue d’alimenter les risques systémiques, tandis que, malgré une amélioration du portefeuille de crédits (8,5 % de défauts), la capitalisation demeure un défi avec un ratio de fonds propres d’environ 13 %, « preuve que le défi n’est plus seulement réglementaire, mais aussi culturel, opérationnel et décisionnel », souligne Khalid Yacoubou-Boukhari.
L’AMRAT s’inscrit également dans une dynamique internationale. Elle est membre fondateur de la Federation of African Risk Management Associations (FARMA) et bénéficie de l’accompagnement du Club francophone du management des risques et des assurances, partenaire de référence dans l’espace francophone.
Dans le prolongement de sa reconnaissance officielle, l’association prépare désormais son lancement inaugural, prévu en mars prochain à Lomé. L’événement devrait réunir des acteurs publics et privés, nationaux et internationaux, engagés dans les domaines de l’assurance, de la finance, de la gouvernance et de la résilience des organisations, avec une attention particulière aux enjeux de risk management dans le secteur bancaire.
Pour les initiateurs du projet, ce lancement marquera le point de départ d’une coopération renforcée entre les parties prenantes, avec pour objectif de mieux intégrer le management des risques dans les stratégies des entreprises et des institutions togolaises, et d’accompagner les transformations économiques en cours.
À terme, l’AMRAT entend s’imposer comme un cadre de référence pour le débat, la formation et l’expertise en matière de gestion des risques au Togo, tout en contribuant au rayonnement du risk management en Afrique francophone.
Fiacre E. Kakpo
Un pied dans le droit, l’autre dans la finance. Le Togolais Arthur Lilas Trimua vient d’être nommé conseiller juridique du président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Serge Ekué. Une fonction clé dans une institution régionale de plus en plus sollicitée sur les financements climatiques et d’infrastructures.
Un profil hybride
Docteur en droit public de l’Université de Poitiers, diplômé en management et finance d’HEC Paris, Arthur Lilas Trimua a construit un parcours à la croisée du droit, de la régulation et de l’ingénierie financière. Il est également certifié CP3P en partenariats public-privé. Juriste de formation, il a travaillé dans de grands cabinets internationaux (Fidal, DLA Piper, Ashurst) avant de conseiller plusieurs gouvernements africains et bailleurs de fonds. Parmi ses références figurent le métro d’Abidjan, le Train express régional de Dakar, l’aéroport international de Ouagadougou-Donsin ou encore le réseau ferré marocain.
« Il est à l’aise des trois côtés : les États, les opérateurs privés et les institutions financières », souligne un proche.
De Kifema Capital à la BOAD
Entre 2021 et 2025, il a dirigé Kifema Capital, un véhicule d’investissement lancé par l’État togolais via Togo Invest Corporation, pour mobiliser l’épargne nationale et celle de la diaspora. À la tête de cette structure, il a défendu une vision de « souveraineté économique » fondée sur des financements locaux pour soutenir l’énergie, le secteur bancaire et les infrastructures sociales. Kifema a notamment participé à la centrale Kékéli Efficient Power, à Sokodé Énergie ou encore à la prise de participation dans IB Bank-Togo. En parallèle, Trimua assurait les fonctions de secrétaire général de Togo Invest.
Lire aussi : Arthur Lilas Trimua : “Kifema Capital a semé les graines d’une souveraineté économique togolaise”
Les challenges qui l’attendent …
Conseiller direct de Serge Ekué, il aura désormais pour mission d’éclairer juridiquement les opérations de la BOAD et de contribuer à la structuration de financements innovants. Sa nomination intervient alors que l’institution, aujourd’hui la mieux notée de l’UEMOA, multiplie les outils : obligations hybrides, titrisation, assurances de portefeuille, garanties partielles, obligations durables et financements mixtes. Des mécanismes destinés à réduire le coût du capital, sécuriser les opérations et répondre à la demande croissante de financements climatiques dans la région. C’est une banque en pleine mutation et sophistication que le jeune juriste d’affaires rejoint, avec pour rôle d’accompagner ce virage stratégique.
Fiacre E. Kakpo
Du 15 au 17 août, la ville de Kpalimé, au sud-ouest du Togo, a accueilli une rencontre consacrée au risque de crédit et aux nouvelles technologies. Baptisé Loft du Week-End – Édition spéciale Risque Crédit & IA, l’événement qui édition cette fois-ci à sa 3e édition a rassemblé des professionnels de la finance, des banquiers et des experts en gestion des risques venus de plusieurs pays africains. Objectif : réfléchir aux meilleures façons d’adapter les pratiques de prévention et de suivi des crédits dans un environnement bancaire en pleine mutation.

Un contexte régional sous tension
Le choix du thème ne doit rien au hasard. Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la qualité des portefeuilles de crédit continue de susciter des inquiétudes. Les créances douteuses progressent, tandis que les outils classiques de scoring – bulletins de salaire, garanties foncières, historique bancaire – montrent leurs limites.
Au Togo, le ratio global de solvabilité bancaire (12,2 %) demeure relativement rassurant. Mais selon le FMI, plusieurs établissements restent fragiles et peinent à se conformer pleinement aux exigences prudentielles. La prudence dans l’octroi de nouveaux crédits se traduit par un accès limité au financement, en particulier pour les petites et moyennes entreprises.
C’est dans ce contexte qu’est née l’initiative du Loft du Week-End, organisée avec l’appui de l’AMRAT (Association pour le Management des Risques et des Assurances du Togo).
Trois jours d’échanges intensifs
Le programme, décliné en quatre sessions thématiques et un atelier collaboratif, a offert aux participants une immersion dans les nouveaux outils de gestion des risques.
La première journée a été consacrée à la cartographie des risques, avec un focus sur les crédits bancaires. Les experts ont insisté sur la nécessité d’anticiper les zones à fort impact et de renforcer la vigilance face aux signaux d’alerte. L’après-midi, une session sur la gestion proactive des crédits a permis de travailler à partir d’études de cas concrets, pour matérialiser comment passer d’une logique réactive à une anticipation structurée.
La deuxième journée s’est appesantie sur les évolutions technologiques que connaît le secteur. Une présentation sur les agents conversationnels a permis de montrer comment l’intelligence artificielle pouvait être utilisée pour surveiller les comportements clients, relancer de manière automatisée et capter des signaux faibles. La session suivante, animée par Khalid Kezire, Chief Digital Officer de Bank of Africa Togo, portait sur la synergie entre data, marketing relationnel et IA. A travers cette section, le responsable a montré comment les données transactionnelles, comportementales et digitales – telles que l’usage du mobile money, le paiement régulier de factures ou encore l’activité en ligne – pouvaient venir enrichir le scoring traditionnel et inclure des segments souvent exclus : jeunes entrepreneurs, femmes en ruralité, travailleurs informels.
Un atelier d’intelligence collective a ensuite réuni les participants en groupes mixtes. Objectif : imaginer « le dispositif de gestion du risque de crédit de demain ». Plusieurs idées ont émergé, dont la mise en place de tableaux de bord prédictifs qui intégre des données alternatives, et la création de mécanismes régionaux de partage d’information sur la solvabilité.
La troisième journée, plus légère, a permis de conclure la rencontre par une excursion culturelle au Château Viale et aux cascades de Kpalimé, liant inspiration et échanges informels.
Des experts aux commandes
L’événement a été animé par Khalid Yacoubou-Boukari, spécialiste certifié en gestion des risques, passé par HEC Paris et le COFEB. Auteur reconnu pour sa pédagogie, il a insisté sur l’importance de la détection précoce et du recouvrement structuré. « Plus un problème est identifié tôt, plus il est facile de le résoudre », a-t-il rappelé en citant l’un des principes clés de la gestion proactive des crédits.
Aux côtés des experts togolais, des intervenants venus du Burkina Faso, de Tunisie et d’autres pays africains ont partagé leurs expériences. Ces regards croisés ont permis de comparer les pratiques et de souligner les défis communs : fiabilité des données, formation des équipes et adaptation des régulateurs.

Entre prudence et innovation
Si l’enthousiasme pour l’intelligence artificielle est réel, plusieurs intervenants ont rappelé les limites. L’IA suppose des bases de données robustes et une gouvernance rigoureuse. Elle ne peut se substituer aux règles fondamentales de sélection des clients et de suivi régulier des crédits.
Le défi, selon les organisateurs, est de trouver un équilibre : combiner les méthodes classiques – rigueur dans l’octroi, contrôle des garanties, recouvrement discipliné – et les nouveaux outils numériques pour rendre le système bancaire plus résilient et plus inclusif.
Un rendez-vous appelé à durer
“Au-delà des sessions techniques, le Loft du Week-End a aussi permis d’asseoir un cadre d’échanges informels et de réseautage. Une manière d’ancrer la réflexion dans un climat moins institutionnel que les séminaires traditionnels”, assure Khalid Yacoubou-Boukari.
Pour les participants, cette édition 2025 marque une étape. Dans une région où la gestion du risque de crédit est devenue un enjeu stratégique, Kpalimé aura été le théâtre d’une réflexion collective sur l’avenir du secteur, entre prudence réglementaire et innovation numérique.
Au Togo, la dette extérieure continue d’offrir des conditions de financement plus favorables que la dette intérieure. Selon les dernières données du ministère de l’Économie et des Finances, le taux d’intérêt moyen de la dette extérieure s’élevait à 1,58 % à fin 2024, contre 6,65 % pour la dette contractée sur le marché régional.
Cette différence de coût s’explique par la nature des partenaires extérieurs. Le Togo s’appuie principalement sur des bailleurs multilatéraux comme la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque africaine de développement (BAD) ou encore la BOAD. Ces institutions représentent près de 70 % de l’encours de la dette extérieure et proposent des prêts à long terme, à taux réduit, souvent accompagnés de périodes de grâce. Les créanciers bilatéraux, comme la France, la Chine ou l’Inde, ainsi que des fonds arabes (Koweït, Arabie Saoudite), complètent le portefeuille. Les prêts commerciaux, eux, sont plus coûteux et restent minoritaires.
Malgré cela, la dette intérieure continue de dominer. Elle représente près de 58 % de l’encours total à fin 2024. Une situation qui va à l’encontre de la stratégie d’endettement à moyen terme du pays, qui prévoit d’inverser cette tendance d’ici à fin 2025, avec un objectif de 55 % de dette extérieure.
L’une des raisons de cette dépendance au marché régional est la facilité d’accès aux financements. Le Trésor public peut mobiliser rapidement des ressources via des Bons Assimilables du Trésor (BAT), mais à de taux d’intérêt élevés. À fin juin 2025, ces titres à court terme affichaient un rendement de 8,04 %, contre environ 6 % pour les obligations à plus longue maturité. Selon le FMI, le rendement moyen des titres publics togolais est passé à 7,4 % en 2024, contre 6,1 % sur 2019–2023.
Cette structure génère une forte pression sur le refinancement : les BAT représentent encore 89 % des titres émis par le Togo, contraignant l’État à des renouvellements fréquents. Recourir davantage à la dette extérieure permettrait d’étaler les échéances, réduire les charges d’intérêt et renforcer la soutenabilité de la dette. Les partenaires semblent pleinement au rendez-vous : la Banque mondiale a validé coup sur coup ces derniers mois une enveloppe de 200 millions $ pour l’électricité, une autre de 300 millions $ pour l’agriculture, 75 millions $ dédiés à la gouvernance et à l’administration. Plusieurs projets sont encore dans le pipe alors même que le FMI supervise un projet FEC de près de 400 millions $.
Fiacre E. Kakpo
Le plan de réorganisation opérationnelle de l’Union Togolaise de Banque (UTB) prendra plus de temps que prévu. Le FMI a accordé au Togo un délai supplémentaire pour finaliser cette réforme jugée vitale.
La restructuration complète de l’Union Togolaise de Banque (UTB), inscrite dans le programme soutenu par le FMI, ne sera pas finalisée avant fin 2026. Initialement attendue cette année, l’adoption du plan de réorganisation opérationnelle de la banque publique a été repoussée à mars 2026, avec une mise en œuvre désormais prévue pour décembre de la même année. En cause : des diagnostics jugés incomplets.
L’UTB, établissement sous contrôle public représentant près de 9 % des actifs bancaires nationaux, avait bénéficié en décembre dernier d’une recapitalisation de 15,2 milliards FCFA. Cette opération visait à porter ses fonds propres au seuil réglementaire de 20 milliards FCFA, conformément aux exigences de la Commission bancaire de l’UMOA. Si cette injection de capital a permis de stabiliser provisoirement la situation prudentielle de la banque, le FMI estime que le cœur des déséquilibres structurels n’est pas encore résolu.
« L’audit initial a mis en lumière certaines failles, mais ne permet pas encore de fonder un plan crédible de redressement opérationnel », précise le rapport publié ce mois par l’institution de Bretton Woods. Trois normes prudentielles sont toujours violées par la banque, dont le ratio de solvabilité et la concentration des risques. L'encours de créances douteuses reste élevé, bien qu’en baisse (8,6 % des actifs fin 2024 contre 13,2 % un an plus tôt).
Le FMI a conditionné la suite du programme FEC à une restructuration plus ambitieuse, fondée sur des données vérifiables. Selon le Fonds, le plan attendu devra garantir l’indépendance de la gestion, restaurer la rentabilité et réduire les risques budgétaires. Il accompagne un agenda de réformes bancaires et de gouvernance publique mené par les autorités togolaises, avec notamment une clarification en cours des passifs liés à d’anciennes banques privatisées et un meilleur reporting de la dette des entreprises publiques.
« Cette prolongation de calendrier ne remet pas en cause l’engagement du gouvernement à assainir le secteur », commente une source gouvernementale. Les autorités se veulent rassurantes, insistant sur le fait que les fonds injectés dans l’UTB n’ont pas été dilapidés, mais doivent désormais produire des effets durables en matière de transformation opérationnelle.
La réforme de l’UTB s’annonce donc comme un test de crédibilité budgétaire à l’heure où le pays veut concilier soutien à l’économie, consolidation fiscale et réduction des vulnérabilités du secteur public.
Fiacre E. Kakpo
Ecobank met fin à son service de coffres-forts bancaires à compter du 1er août 2025. Une décision qui reflète une tendance globale du secteur, confronté à des contraintes économiques, réglementaires et à l’évolution des usages des clients.
À compter du 1er août 2025, Ecobank Togo n’offrira plus à ses clients la possibilité de louer de coffres-forts dans ses agences. Dans une note transmise à ses clients, la banque panafricaine les invite à retirer leurs effets personnels avant le 31 juillet, faute de quoi ceux-ci seront confiés à un cabinet mandaté.
L’arrêt de ce service, encore marginalement utilisé par une frange de la clientèle aisée et patrimoniale, s’inscrit dans une tendance globale de retrait de ce segment d’activité, considéré comme peu rentable, risqué juridiquement et de moins en moins en phase avec les usages.
Un service jugé coûteux et marginal
Le stockage de biens physiques dans des compartiments sécurisés, autrefois considéré comme un pilier des services bancaires aux particuliers, est progressivement abandonné par les établissements financiers. En cause : une rentabilité très faible du service, combinée à des coûts d’exploitation fixes élevés, qu’il s’agisse des dispositifs de sécurité, de l’entretien des infrastructures ou du personnel mobilisé.
À cela s’ajoutent les risques juridiques et réglementaires, notamment en matière de responsabilité en cas de vol ou de sinistre, mais aussi de conformité dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux (LBC) et le financement du terrorisme (FT). Les coffres-forts bancaires peuvent en effet être utilisés à des fins opaques, ce qui accroît la pression réglementaire sur les banques.
Un retrait amorcé au niveau international
Ecobank rejoint ainsi un mouvement déjà bien entamé dans les marchés développés. Des banques comme JP Morgan Chase, Wells Fargo, HSBC, Barclays ou Capital One ont mis fin à la location de coffres-forts dans certaines agences. En Suisse, bien que les coffres-forts bancaires restent largement répandus – avec près de 350 000 compartiments recensés dans les grandes banques – la tendance est également à la sélectivité et au désengagement progressif, avec une montée en puissance d’acteurs privés spécialisés comme Swiss Gold Safe. En Europe centrale, plusieurs banques ferment progressivement leurs services de stockage sécurisé, préférant orienter leurs clients vers des prestataires externes. En Afrique du Sud, Absa a clos ce service en septembre 2024, tandis que FNB l’avait abandonné dès 2017, après une série d’incidents sécuritaires.
Selon une étude relayée par le Wall Street Journal, près de 20 % des banques américaines ont supprimé ce service au cours des six dernières années.
L’Afrique n’échappe pas à la transition
Le phénomène touche désormais le continent africain. Si certains établissements continuent de proposer des coffres-forts, ils sont de plus en plus concurrencés par des solutions privées, souvent plus technologiques, personnalisées et assurées. Des sociétés comme Knox, en Afrique du Sud, proposent des services haut de gamme, avec accès biométrique et couverture d’assurance sur mesure.
En parallèle, les ventes de coffres domestiques ont explosé dans plusieurs pays, notamment au Maroc, sur fond de crise de confiance et de thésaurisation post-Covid. Le mouvement est aussi favorisé par la digitalisation : les documents sensibles sont de plus en plus conservés dans des coffres numériques sécurisés.
Fiacre E. Kakpo