Togo First

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Au Togo, le gouvernement recherche une évaluation indépendante de ses réformes économiques et administratives. En effet, le pays a lancé la procédure de recrutement d’un agent vérificateur indépendant (AVI) chargé d’évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des réformes économiques et administratives appuyées par la Banque mondiale. Ceci, dans le cadre de son Projet de Modernisation de l’Administration Publique pour la Délivrance des Services (PMADS).

Ce dispositif d’audit externe, prévu pour couvrir une période allant jusqu’en 2030, a pour but de garantir la fiabilité des résultats déclarés par les autorités togolaises et conditionnant les décaissements du financement basé sur la performance (PforR).

Selon un appel à manifestation d’intérêt lancé à cet effet, l’AVI aura notamment pour mission de valider une série d’indicateurs liés à la gestion des ressources humaines, au contrôle de la masse salariale, à la digitalisation des paiements, à la passation des marchés publics et au suivi budgétaire.

Concrètement, il s’agira d’évaluer de manière rigoureuse les livrables de l’administration togolaise, en s’appuyant sur des visites de terrain, des audits de systèmes d’information, des entretiens et des analyses documentaires approfondies.

Le cabinet sélectionné devra également renforcer les capacités de la Cour des comptes et de l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques et Démographiques (INSEED), en matière d’audit de performance.

Pour rappel, le projet PMADS, qui est en cours d’exécution depuis 2021, devrait mobiliser 9 milliards FCFA de l’État cette année.

Ayi Renaud Dossavi

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Lomé accueillera du 15 au 17 mai 2025 la première édition du Festival International du Développement Économique Local (FIDEL), une initiative portée par l’ONG Initiatives des Jeunes pour le Développement (IJD) et le cabinet SIM-Afrique.

 Soutenu par le Global Entrepreneurship Network (GEN), l’événement veut créer un levier pour la mobilisation des ressources endogènes au profit des collectivités territoriales togolaises.

Le FIDEL se veut une plateforme de mise en relation entre élus locaux, entrepreneurs, investisseurs, bailleurs internationaux et membres de la diaspora. Ceci, en vue de renforcer le tissu économique local, catalyser les investissements et favoriser les partenariats public-privé au service des territoires, indique-t-on.

« On ne peut parler de développement sans ressources financières », résume Pascal Agbové, directeur exécutif de l’IJD et promoteur de l’événement. « Le FIDEL offre un cadre pour outiller les communes à capter les financements nécessaires à la réalisation de leurs projets », ajoute-t-il.

Au programme, on compte notamment des formations, des rencontres B2B, des présentations d’opportunités d’investissement, ainsi que la Nuit de la Décentralisation, qui sera dédiée à la reconnaissance des acteurs du développement local.

La rencontre prévoit de mobiliser près de 300 participants issus de plusieurs pays, dont le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Mali, la Belgique, le Royaume-Uni et le Canada.

Le Togo va procéder, le 11 avril 2025, à sa première levée de fonds sur le marché des titres publics de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) pour le compte du deuxième trimestre de l’année. Cette opération se fera via une émission de Bons assimilables du Trésor (BAT) et vise à mobiliser 20 milliards FCFA.

Les titres proposés seront émis sous forme de bons d’une valeur nominale d’un million FCFA, sur les maturités fixées à 182 jours et 364 jours et à des taux d’intérêt multiples. Les ressources mobilisées viendront en appui au financement du budget national pour l’exercice 2025, arrêté à 2 397 milliards FCFA.

L’opération du 11 avril constitue la première d’une série de cinq émissions programmées par Lomé pour le trimestre en cours. À travers ces sorties, les autorités togolaises ambitionnent de mobiliser un total de 75 milliards FCFA sur le marché financier régional. Depuis le début de l’année, le Togo a déjà levé 121,5 milliards de francs CFA sur ce marché, sur un objectif annuel de 332 milliards de francs CFA. 

Esaïe Edoh

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L’Office Togolais des Recettes (OTR) vient d’ouvrir la phase des candidatures pour l’admission à son Institut de Formation Fiscale et Douanière (IFFD), au titre de l’année académique 2025-2026.

L’annonce, en date du 2 avril, rappelle que deux cycles sont proposés par ce centre de formation du fisc togolais : un cycle supérieur accessible dès Bac+5 (ou Bac+3 avec expérience), avec des spécialisations en impôts, douane, trésor, management des services fiscaux et cadastre ; et un cycle moyen orienté vers les métiers de géomètre-topographe et d’agent fiscal.

Pour l’OTR, il s’agit, à travers son institut, de renforcer la professionnalisation des fonctions fiscales et douanières au Togo ; ceci dans un contexte où la mobilisation des ressources internes reste une priorité gouvernementale.

Les dossiers des candidatures ainsi ouvertes jusqu’au 30 avril 2025, devront être déposés sous pli fermé ou envoyés par courriel à l’IFFD-OTR. Un test écrit est prévu pour les candidats présélectionnés.

Consulter l’appel à candidatures

Dans un contexte régional marqué par une tension monétaire silencieuse, les banques togolaises affichent une posture de prudence. Selon les dernières données de la BCEAO arrêtées à février 2025, les établissements financiers du pays ont constitué 164,9 milliards FCFA de réserves bancaires, alors que le niveau requis par la réglementation n’est que de 66,7 milliards FCFA.

Autrement dit, les banques togolaises détiennent près de 2,5 fois les réserves exigées par l’autorité monétaire – un ratio de 2,47, parmi les plus élevés de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Ce niveau d’excédent, qui s’élève à 98,2 milliards FCFA, s’inscrit dans un mouvement caractérisé par plus d'accumulation de liquidités, observé à l’échelle de la région.

À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire, avec un système bancaire beaucoup plus établi, affiche un multiplicateur de 3,46 fois, tandis que le Bénin atteint 1,82 fois et le Niger – seul pays en déficit – enregistre un ratio de 0,94.

Cette stratégie défensive ne résulte pas d’un excès de confiance, mais bien d’une anticipation d’un environnement plus contraint. Depuis le retour aux adjudications à taux variables décidé par la BCEAO en février 2023, l’accès à la liquidité est devenu moins fluide, et plus coûteux. Même si le principal taux directeur reste officiellement à 3,5 %, les banques se financent à un taux plafond de 5,5 % auprès de la Banque centrale, tandis que le taux interbancaire à une semaine dépasse 6 %.

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Préserver ses marges, sécuriser son bilan

Face à ces signaux de resserrement monétaire implicite, les banques préfèrent constituer en excédents leurs réserves, plutôt que de s’exposer à des tensions de refinancement. Cette dynamique est également alimentée par une exigence prudentielle plus stricte : depuis décembre 2023, le capital social minimum exigé pour les banques dans l’UEMOA a été doublé, passant de 10 à 20 milliards FCFA. En renforçant leurs fonds propres, les établissements cherchent à consolider leur solidité dans un environnement incertain.

Une liquidité thésaurisée, mais pas immobile

Cette prudence n’empêche pas les banques togolaises de continuer à financer l’économie, mais avec discernement. En 2024, les nouveaux crédits bancaires ont progressé de 10 %, pour s'établir à 645 milliards FCFA, selon les données du Comité national de crédit. Cette hausse s’inscrit dans un contexte économique porteur : la croissance du PIB réel est estimée à 5,3 %, portée par la vitalité des secteurs secondaire et tertiaire, et la résilience du secteur agricole.

Dans les faits, les établissements bancaires privilégient une croissance encadrée de leurs encours, afin de préserver la qualité de leur portefeuille plutôt que d’augmenter leur exposition dans un cycle encore incertain.

Fiacre E. Kakpo

Au Togo, la huitième édition du Festival national des danses traditionnelles (FESNAD) a été officiellement lancée le 3 avril 2025 à Kara, lors d’une cérémonie présidée par le gouverneur de la région, Adjitowou Komlan. Événement culturel d’envergure, le FESNAD s’inscrit, cette année encore, dans la volonté des autorités de mettre en valeur le patrimoine immatériel riche du pays.

Portée par le ministère de la communication, des médias et de la culture, à travers la direction de la promotion des arts et de la culture, cette nouvelle édition a pour thème : « Nos danses, notre identité, notre fierté ». Un thème qui, selon le ministère, résume les ambitions de l’exécutif, notamment celle d’ancrer les pratiques chorégraphiques traditionnelles dans la mémoire collective et les transmettre, au moment où les transformations sociétales, urbaines et médiatiques fragilisent la place qu’elles occupaient dans l’organisation des sociétés togolaises.

Pour le gouverneur de la région de la Kara, les danses traditionnelles, au-delà de leur fonction esthétique, participent à structurer la vie des communautés, en consolidant le sentiment d’appartenance, en nourrissant la solidarité, et en réaffirmant les liens qui unissent les différents groupes sociaux. 

Dans le cadre de cette nouvelle édition, une compétition est prévue et réunira des groupes folkloriques issus des différentes régions administratives du pays. Chaque région désignera à l’issue d’une phase de sélections locales, un représentant qui prendra part à la finale nationale, prévue à Lomé le 26 avril, en marge de la célébration du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance du Togo. 

Cette confrontation artistique vise à stimuler la créativité tout en sauvegardant des formes chorégraphiques en voie de disparition, parfois marginalisées par la globalisation culturelle et l’érosion des pratiques communautaires, indique-t-on.

Le FESNAD s’impose ainsi comme un vecteur de reconnaissance patrimoniale et un instrument de cohésion nationale, d’après les organisateurs. 

Esaïe Edoh

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En 2024, le trafic passager à l’Aéroport international Gnassingbé Eyadema (AIGE) a atteint 1 506 946 voyageurs, selon les données publiées récemment par le ministère de l’économie et des finances dans son rapport d’exécution budgétaire. Ce chiffre marque une progression de 6,2 % par rapport à l’année précédente, où le pays avait enregistré environ 1,4 million de passagers. Le pays atteint ainsi une année plus tôt, son objectif de 1,5 million de passagers fixé pour 2025.

Cette hausse est tirée en grande partie par l’élargissement du réseau aérien de certaines compagnies, notamment Asky Airlines, à partir de la capitale togolaise. Depuis juillet 2024, la compagnie panafricaine Asky a ajouté des vols supplémentaires entre Lomé et Abidjan (Côte d’Ivoire) et rouvert en octobre dernier, sa ligne sa ligne vers Pointe-noire (Congo) 

En outre, six nouvelles lignes ont été inaugurées en 2023, dont deux par la compagnie Ethiopian Airlines et quatre par Asky Airlines. La ligne directe Lomé-Washington, lancée en juin 2022 par Ethiopian Airlines, continue également de jouer à cet égard, un rôle moteur dans le dynamisme observé. La dynamique est aussi portée par la compagnie Liz Aviation, fondée par l’homme d’affaires burkinabè Mahamadou Bonkoungou, qui avait initialement ciblé les liaisons domestiques comme celle entre Lomé et Niamtougou, et qui a par la suite élargi son périmètre en reliant désormais la capitale togolaise à Ouagadougou. 

Les autorités togolaises entendent capitaliser sur cette dynamique. De fait, elles ambitionnent des travaux d’expansion de la plateforme. L’objectif affiché est d’augmenter la capacité d’accueil de l’AIGE, afin de faire passer le volume annuel de passagers à 2 millions dans les prochaines années. 

Le projet prévoit notamment l’agrandissement des salles d’attente, avec 500 places supplémentaires pour améliorer la fluidité des flux aux départs, à l’arrivée et lors des transits. L’extension inclura une expansion de l’aérogare vers le sud, visant à renforcer les dispositifs de sécurité et de sûreté, en conformité avec les standards internationaux. À ces aménagements s’ajoutera la construction d’un hôtel destiné à accueillir les passagers en transit, une infrastructure jugée essentielle pour conforter l’attractivité de Lomé comme hub régional.

Esaïe Edoh 

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Le président togolais Faure Gnassingbé est pressenti pour devenir le nouveau médiateur de l’Union africaine (UA) dans la crise persistante entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda.

La proposition, formulée par le président angolais João Lourenço, président en exercice de l’UA, a en effet été entérinée par le Bureau de l’Assemblée lors d’une réunion virtuelle le 5 avril 2025.
Après avoir annoncé son retrait en tant que médiateur, comme l’indique un communiqué officiel de l’UA, le chef de l’État angolais a ensuite proposé la nomination de Faure Gnassingbé, après avoir obtenu une réponse favorable du président togolais, sous réserve d’une validation formelle par l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement.

Feu vert de Lomé
La diplomatie togolaise a rapidement réagi à cette annonce. « Nous remercions le Bureau de l’Assemblée de l’Union africaine, et particulièrement le président Lourenço de l’Angola pour sa proposition, et confirmons la disponibilité du président Faure Gnassingbé à œuvrer pour la paix, la réconciliation et la stabilité dans l’Est de la RDC », a déclaré Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères du Togo, via le réseau social X (anciennement Twitter).

Pour le Togo, ce rôle de médiation représente non seulement une nouvelle mission diplomatique d’envergure, mais aussi une consolidation supplémentaire de son statut géopolitique. Dans un contexte marqué par les tensions régionales mais aussi par l’émergence de nouvelles alliances panafricaines, Lomé, qui s’est déjà illustré dans le contexte des tensions au Sahel avec la sortie des pays de l’AES de la CEDEAO, renforcerait sa position comme carrefour diplomatique, logistique et stratégique en Afrique de l’Ouest.

Ceci étant, si cette posture du Togo pourrait créer des retombées tangibles en matière de coopération bilatérale et de sécurité frontalière, c’est aussi un défi de taille dans le délicat contexte des tensions entre le Rwanda et la RDC, où l’on note déjà la médiation discrète d’un puissant acteur extra-africain comme le Qatar.

Ayi Renaud Dossavi

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Le Togo n’exclut pas de rejoindre l’Alliance des États du Sahel (Robert Dussey)

Au confluent de plusieurs secteurs qu’elle alimente avec le savoir scientifique, la recherche et des compétences professionnelles, l’éducation togolaise est en pleine mutation, à l’effet de devenir un véritable levier de développement économique. Pendant longtemps tancé même par les 1ères autorités, de fabriquer des chômeurs, en cause une inadéquation décriée entre la formation et l’emploi, le secteur éducatif et de la formation est appelé à se réinventer afin de répondre aux besoins des entreprises et aux défis de l’entrepreneuriat ainsi que de l’auto-emploi, impossibles à soustraire de l’équation de la professionnalisation, de nos jours. Le changement de paradigme passera par des réformes. A plusieurs niveaux. Et avec l’accompagnement des partenaires et bailleurs de fonds.

 

Le défi d’inclusion de l’éducation à l’épreuve des réalités sociales

Obligatoire de 6 à 15 ans, l’accès à l’éducation de base n’est pas universel à ce jour au Togo. De nombreux enfants, ayant l’âge officiel pour un niveau d’enseignement donné, ne fréquentent toutefois pas l’école. Les disparités dans l’accès à l’éducation se vivent à divers niveaux et en fonction de certains critères. Globalement, indiquent les statistiques officielles, le taux de non-scolarisation est de 8 % au primaire ; il augmente à 12 % au secondaire du premier cycle. Et, en raison de redoublements, de grossesses non désirées et de décrochages au cours de la scolarité, ce taux atteint 29 % au secondaire du deuxième cycle.

 

Tous azimuts, les facteurs d’inégalités dans l’accès à l’éducation

Les facteurs discriminants dans l’accès à l’éducation au Togo peuvent souvent varier en fonction du genre, de la pauvreté ou de la richesse des parents, du caractère urbain ou rural du milieu où vivent les enfants.

Le « Genre » est loin d’être négligeable dans l’appréciation des inégalités dans l’accès à l’éducation, quel que soit le niveau scolaire. Globalement, les taux de non-scolarisation sont plus élevés chez les filles que chez les garçons, à tous les niveaux. Si l’écart entre filles et garçons reste ténu au primaire, il atteint des proportions plus élevées, au collège et quelque peu préoccupantes au lycée. En effet, bien que l’Etat reconnaisse le droit à l’éducation des enfants, les pesanteurs socioculturelles ont fini par façonner l’imaginaire collectif ici ou là……qu’« une fille à l’école, ça n’aboutira à rien », qu’elle est faite pour rester à la maison, à la cuisine ou aller au champ. Mais pas que.

A partir du secondaire, l’écart devient plus important et le taux de non-scolarisation des filles, deux fois supérieur à celui des garçons. 40 % contre 20 %. Ceci, du fait des décrochages scolaires, des grossesses non désirées, entre autres.

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Les conditions de pauvreté ou de richesse des parents sont également assez déterminantes dans l’accès ou non des enfants aux établissements scolaires. Si l’Etat reconnaît le droit à l’éducation de tous les enfants togolais, les conditions modestes ou vulnérables de certains parents peuvent parfois compromettre l’effectivité de ce droit.

De fait, les parents vulnérables éprouvent davantage de peine à scolariser leurs enfants, et sont plus enclins à les amener au champ, afin qu’ils contribuent à la production du nécessaire vital pour la famille, grâce à leur force de travail. L'écart entre les enfants issus de familles riches est toutefois moins prononcé au secondaire, où les taux de scolarisation sont globalement plus faibles.

Un autre facteur majeur explicatif des inégalités dans l’accès à l'éducation est la localisation géographique. Les enfants issus et résidant en milieu rural enregistrent des taux de non-scolarisation bien plus élevés à tous les niveaux. Très généralement, dans les milieux ruraux, ils devront parcourir des kilomètres avant de trouver un établissement scolaire, posant un problème d’insuffisances d’infrastructures scolaires, et ne rien pouvoir manger à l’école, faute de moyens.

Ceci étant, le droit à l’éducation peut parfois ressembler à un luxe que ne peuvent s’offrir certains enfants, soit du fait de leur genre dans un contexte d’omniprésence des idées reçues et pesanteurs socioculturelles, de leur cadre de vie ou localisation géographique (milieu urbain ou rural), ou des conditions de vie de leurs parents. Le gouvernement togolais, soucieux non seulement de démocratiser l’accès à l’éducation au profit des enfants togolais mais aussi de mettre l’éducation togolaise en adéquation avec les exigences de l’emploi, opte alors pour des réformes chirurgicales, sur fond d’augmentation continue des ressources budgétaires au profit du secteur éducatif.

 

Le big bang

Les réformes, voulues holistiques par le gouvernement et déterminantes pour faire de l’éducation et celui de la formation, un moteur de développement, ont été mises en mouvement, notamment par le  Professeur Dodzi Kokoroko, ministre des enseignements primaire et secondaire. L’une des réformes majeures, c’est la gratuité des frais de scolarité.

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Gratuité

 

Au Préscolaire et au Primaire publics

Depuis 2008 plus exactement, le gouvernement togolais a instauré la gratuité de l’enseignement préscolaire et primaire public, supprimant du coup ou réduisant au minimum, les barrières financières à l’éducation pour les familles. Une mesure qui a sans doute eu une résonance particulière dans les zones rurales où la vulnérabilité des familles est plus prégnante.

Deux ou trois ans plus tard, des résultats notables ont été enregistrés. Particulièrement, sur l’éducation des filles longtemps perçues comme des variables d’ajustement. De 87,4% en 2010-2011, le taux de scolarisation a bondi à 126,7% en 2013-2014. A l’horizon 2030, le défi est de parvenir à la parité Filles-Garçons à l’école, à tous les niveaux d’enseignement, apprend-on.

Pêle-mêle, les effectifs ont enregistré des hausses exponentielles. Alors qu’au préscolaire, l’effectif était de 86 680 sur la période 2012-2013, il a atteint 155 739 en 2017-2018, soit un taux de progression de 12%. Le primaire public qui voyait son effectif établi à 1 054 549 en 2007-2008, a connu une évolution, culminant à 1 413 600 en 2014-2015 et à 1 548 876 en 2017-2018. Au primaire, le taux brut a ainsi bondi de 98% à 126,8%.

 

Au Secondaire (1er et 2ème cycles : collèges et lycées publics)

Cette mesure de gratuité des frais de scolarité sera complétée par la réduction des frais de scolarité pour les filles du premier cycle du secondaire (collège). L’initiative vise à supprimer ou le verrou financier à l’éducation, pour encourager les familles à maintenir leurs filles à l’école. Et ainsi, promouvoir l’accès équitable à l’éducation et lutter contre les inégalités de genre. Concrètement, les frais d’inscription et cotisations scolaires obligatoires dans les collèges publics sont pris en charge par l’État pour les filles.

Plus tard, le gouvernement procédera à l’extension de la mesure de gratuité des frais de scolarité à tous les élèves des collèges et lycées publics (filles et garçons) à partir de l’année scolaire 2021-2022. L’annoncée a été officialisée le 21 août 2021, dans le cadre des efforts des autorités togolaises visant à atténuer l’impact de la COVID-19 et favoriser l’accès à l’éducation. Depuis, elle a été reconduite chaque année, avec comme corollaire, un taux de scolarisation au primaire franchissant la barre des 95 %, contre environ 88 % auparavant. En parallèle, des efforts sont faits pour garantir la qualité de l’enseignement malgré l’augmentation du nombre d’élèves inscrits.

 

Les Cantines Scolaires pour retenir les élèves à l’école

Ce programme vise à offrir des repas scolaires réguliers aux enfants des communautés les plus pauvres, favorisant ainsi leur fréquentation et leur maintien à l’école, en particulier dans les zones les plus vulnérables. L’objectif du Togo à travers ce programme est d’atteindre 300 000 écoliers bénéficiaires des cantines scolaires au plus tard cette année, avec la volonté d’élargir et de pérenniser l’approvisionnement en repas scolaires.

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Selon le ministère de l’éducation, les cantines scolaires ont permis d’augmenter de 10 % l’effectif scolaire dans les écoles bénéficiaires, contre seulement 7 % dans celles qui n’en bénéficient pas.

 

Tolérance zéro contre les violences sexuelles et les auteurs de grossesses

Afin de donner toute leur portée politique, scientifique et économique à leur choix de mobiliser leurs ressources pour un accès de tous à l’éducation, les autorités, face au frein que représentent les grossesses en milieu scolaire, ont renforcé l’arsenal législatif par l’interdiction du mariage des enfants, l’interdiction et la répression de violences à caractère sexuel. De fait, les violences à caractère sexuel sont un facteur entraînant la déperdition scolaire des jeunes filles. Et les statistiques sont alarmantes. Jusqu’à 2474 cas de grossesses recensés au titre de l’année scolaire 2022-2023. Que de débauche d’énergies, de ressources, que de gâchis…

Pour enrayer le phénomène ou tout au moins le réduire au minimum, a été adoptée une loi sur la protection des apprenants contre les violences à caractère sexuel. Une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 5 ans et une amende pouvant culminer à 5 millions FCFA si une grossesse résulte de cet acte de violence sur l’apprenant, âgé de 16 ans ou plus.

En parallèle, des initiatives sont en cours pour lutter contre les mariages précoces. Des campagnes de sensibilisation sont menées à l’endroit des communautés ou des parents et même des élèves.

 

Davantage de ressources budgétaires pour poursuivre les grands chantiers

Le Togo a régulièrement augmenté la part du budget allouée à l’éducation primaire et secondaire entre 2020 et 2024. En 2024, une dotation de 191 milliards de francs CFA était prévue, contre 123 milliards en 2020, soit près de 12 % du budget national. Cette augmentation représente une hausse de 52 % de l’enveloppe dédiée à l’éducation depuis 2020. En 2025, le ministère des enseignements primaire et secondaire (183 milliards FCFA) est toujours en tête de liste des ministères aux plus gros budgets, bien qu’enregistrant une baisse en variation annuelle.

 

Améliorer la qualité de l’enseignement

Dans le cadre des efforts du gouvernement pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement, cinq nouvelles Écoles normales d’instituteurs (ENI) ont été créées en 2021. Ces institutions ont été transformées en Écoles Normales de Formation des Professeurs des Écoles (ENFPE), dans le but de renforcer la qualité de la formation des enseignants. L'objectif principal de ces ENFPE est de former des enseignants qualifiés, capables de dispenser un enseignement de qualité, notamment dans les zones rurales et éloignées, où les besoins sont particulièrement importants.

Les ENFPE sont également chargées de mettre en place des formations continues pour les enseignants déjà en service, afin de les familiariser avec les dernières méthodes pédagogiques et les innovations en matière d'enseignement, telles que l'intégration des technologies numériques dans les classes.

En plus de la formation initiale, les ENFPE jouent un rôle clé dans la mise en œuvre des réformes éducatives en fournissant un personnel enseignant, mieux préparé et capable de s’adapter aux défis contemporains du système éducatif togolais.

 

Formation des enseignants et construction des salles de classe

La formation des enseignants est un axe essentiel des réformes en cours. Le recrutement de nouveaux enseignants et leur formation continue sont renforcés, avec des modules axés sur l’enseignement moderne et interactif. Ainsi, entre 2020 et 2024, plus de 22 400 enseignants ont été recrutés et formés. De nouvelles méthodologies pédagogiques ont été introduites, notamment l'utilisation des outils numériques et des approches interactives pour un apprentissage plus efficace.

En parallèle, d’importants efforts ont été consentis pour améliorer aussi bien quantitativement que qualitativement, les infrastructures scolaires. Entre 2020 et 2024, environ 5300 salles de classe ont été construites ou réhabilitées grâce au Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC).

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Cette initiative a permis d’améliorer les conditions d’apprentissage et de réduire la surcharge dans les salles de classe, notamment en milieu rural.

 

Les différentes initiatives mises en œuvre

Le Projet d’Amélioration de la Qualité de l’Éducation de Base (PAQEEB), mis en œuvre sur une période de cinq ans (2019-2024), vise à améliorer l’enseignement primaire en renforçant la formation des enseignants et en fournissant des infrastructures scolaires modernes.

Le Projet d’Amélioration de l’Accès, de la Qualité et de l’Équité de l’Éducation au Togo (PAAQET), qui s’étend sur six ans (2020-2026), met l’accent sur l’amélioration de la gouvernance éducative et la réduction des disparités régionales dans l’accès à l’éducation.

Quant au Projet d’Appui à la Réforme de l’Éducation et de la Formation (PAREC II), il est mis en œuvre sur une durée de quatre ans (2021-2025) et cible le renforcement de l’enseignement technique et professionnel pour répondre aux besoins du marché de l’emploi.

 

Pour une meilleure adéquation Formation-Emploi

Le développement de l’enseignement technique et professionnel est encouragé à travers la création d’Instituts de formation en alternance pour le développement (IFAD), qui préparent les jeunes aux besoins du marché du travail.

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En effet, les IFAD sont des établissements de formation professionnelle mis en place en réponse aux besoins du marché du travail et pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes. Ils fonctionnent selon un modèle de formation en alternance, combinant enseignement théorique et apprentissage pratique en entreprise.

 

Objectifs des IFAD

  • Former des jeunes aux métiers techniques et professionnels adaptés aux besoins du marché.
  • Favoriser l’auto-emploi et l’entrepreneuriat.
  • Réduire le chômage des jeunes en renforçant leurs compétences pratiques.
  • Contribuer au développement économique du pays par la qualification de la main-d’œuvre.

 

En ce sens, le gouvernement togolais a ouvert dans des secteurs clés :

  1. IFAD Aquaculture (Elavagnon) pour former en pisciculture et en gestion des exploitations aquacoles.
  2. IFAD Élevage (Barkoissi) : dédié à la formation en élevage, notamment la production de volailles et de bovins.
  3. IFAD Bâtiment (Lomé) pour les métiers du bâtiment (maçonnerie, plomberie, électricité, etc.).
  4. D’autres IFAD comme l’IFAD Logistique (Adétikopé) spécialisé dans la logistique et le transport, sont prévus pour couvrir d’autres secteurs.

 

Enseignement supérieur : des refontes, des curricula et des diplômes harmonisés

Dans l’enseignement supérieur, des universités et instituts technologiques sont en expansion, avec un accent mis sur les sciences, la technologie et l’innovation pour mieux adapter les diplômés aux besoins de l’économie nationale. Dans le domaine des sciences et de la technologie, la célèbre Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs (ENSI) et le Centre d’Informatique et de Calcul (CIC) ont été fusionnés pour donner naissance à l’Ecole Polytechnique de Lomé (EPL).

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Parmi les réformes majeures, l’instauration des examens nationaux pour les diplômes universitaires constitue une avancée significative. Ces évaluations visent à harmoniser les standards de qualification, garantir la reconnaissance des diplômes sur le marché du travail et améliorer la compétitivité des diplômés togolais à l’échelle internationale. Au niveau de l’Université de Lomé et de celle de Kara, a été instaurée la mobilité étudiante sur fond d’harmonisation de plusieurs aspects de leurs cursus respectifs : l'unification des syllabus et des maquettes des formations pour garantir une cohérence pédagogique entre les deux établissements.

Par ailleurs, des investissements sont réalisés dans les infrastructures universitaires avec la construction de nouveaux amphithéâtres, laboratoires et bibliothèques pour répondre à la demande croissante des étudiants.

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Les efforts entrepris pour réformer l’éducation au Togo sont significatifs et porteurs d’espoir. Avec une meilleure formation des enseignants, des infrastructures modernisées et une politique d’accès inclusif, le pays se donne les moyens de faire de l’éducation un véritable moteur de développement. L’implication continue des partenaires techniques et financiers comme l’UNICEF, Plan International et autres, reste essentielle pour garantir le succès de ces réformes et assurer un avenir meilleur aux générations futures.

En tout état de cause, le secteur de l’éducation et de la formation est un secteur en pleine mutation, essentiellement caractérisé par des investissements records et des réformes en continu visant à améliorer l'accès et la qualité de l’éducation, même s’il demeure confronté à des défis structurels.

Séna Akoda

Le Togo révise à la baisse son objectif d’accès à l’eau potable. Initialement fixé à 85 % d’ici à fin 2025, le taux de couverture nationale visé est réajusté à 72 %, soit une réduction de 13 points de pourcentage. Cette révision est rapportée dans le Budget du citoyen publié récemment par le ministère de l’économie et des finances.

Le pays a pourtant enregistré une légère progression à la clôture de l’année 2024 avec un taux de couverture de 70 %, contre 69 % en 2023. Selon le document officiel consulté par Togo First, le taux de desserte en milieu rural devrait atteindre 79 % en 2025, contre 76,51 % l’année précédente. En milieu semi-urbain, il devrait passer de 60 % à 63 %, tandis qu’en zone urbaine, la couverture progresserait de 72 % à 79 %.

Pour atteindre ces objectifs, plusieurs projets qui sont déjà en cours devraient être poursuivis. Ainsi, l’exécutif prévoit la construction de 388 forages équipés de pompes à motricité humaine (PMH) dans les régions de la Kara et des Savanes, pour un coût estimé à 3 milliards FCFA. À cela s’ajoute l’installation de 205 postes d’eau autonomes (PEA), nécessitant un investissement d’environ 4 milliards FCFA.

Si des détails n’ont pas été fournis concernant cette révision à la baisse, l’objectif d’une couverture universelle d’ici à 2030, demeure en ligne de mire. Dans cette veine, pour l’année 2025, le gouvernement entend poursuivre ses efforts avec un budget prévisionnel de 19 milliards FCFA, inscrit dans la loi de finances en cours d’exécution.

Esaïe Edoh

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