(Togo First) - Le gouvernement togolais a lancé mercredi 08 avril 2026 le processus de formulation de sa feuille de route 2026-2031, à l'issue d'un séminaire de deux jours, présidé par le président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé. Un exercice de planification qui intervient dans un contexte de consolidation budgétaire encore fragile : si la dette publique est revenue sous le seuil de 70 % du PIB fixé par l'UEMOA mi-2025, le déficit budgétaire reste à surveiller, le FMI ayant repoussé à la fin de cette année, l'objectif de le ramener à 3 % du PIB.
Le nouveau cadre stratégique s'articule autour de trois axes : “Protéger, Rassembler et Transformer”, que Faure Gnassingbé avait déjà énoncés devant le Parlement réuni en Congrès le 2 décembre 2025, lors de son discours sur l'état de la Nation, premier exercice du genre sous la Ve République togolaise. Le chef de l'État les avait ensuite réaffirmés dans son adresse à la Nation du 30 décembre 2025, faisant de ce triptyque la colonne vertébrale de son projet de gouvernement.
Le séminaire des 7 et 8 avril marque le passage à la phase opérationnelle : le gouvernement entend notamment « rompre avec la logique de silos sectoriels » et privilégier des synergies entre ministères, selon le communiqué officiel, en concentrant les ressources publiques sur des priorités à « fort impact » et en adoptant des indicateurs « directement perceptibles dans la vie quotidienne des populations ».
La feuille de route précédente, structurée autour de 42 projets et réformes, a affiché un taux d'exécution de 68,79%, selon les chiffres présentés lors du séminaire. Un résultat que Lomé impute en partie aux chocs externes — pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, instabilité sécuritaire dans la sous-région — mais que des observateurs extérieurs mettent aussi en relation avec des lacunes de coordination et de suivi. Un défi que Lomé a partiellement anticipé dès la formation du premier gouvernement de la Ve République en octobre 2025, avec la création notamment d’un portefeuille élargi centré sur l'efficacité du service public et la transformation numérique.
Des marges budgétaires encore étroites
Le lancement de cette nouvelle feuille de route intervient dans un contexte de consolidation budgétaire en cours, après plusieurs années de finances publiques sous tension. Après un déficit public élevé de 7,4 % du PIB en 2024, celui-ci aurait été ramené à environ 3,5 % en 2025, selon une récente analyse de Moody's, qui y voit l'effet conjugué d'un effort de mobilisation des recettes et de la disparition de dépenses exceptionnelles. La dette publique, qui avait culminé à 72 % du PIB en 2024, est redescendue sous la barre des 70 % en 2025 à 65 % du PIB à fin juin 2025, selon les données officielles présentées par le ministre des Finances Essowè Georges Barcola. Le FMI a confirmé dans la foulée le reclassement du Togo parmi les pays à « forte capacité d'endettement ». Moody's anticipe une poursuite de cette décrue, avec une dette autour de 66 % du PIB d'ici à 2027, à condition que la discipline budgétaire soit maintenue, et que la pression sécuritaire dans le nord du pays n'entraîne pas une nouvelle flambée des dépenses militaires.
Sur le front de la croissance, Lomé table sur une croissance de 6,2 % en 2025 et 6,5 % en 2026, des projections inscrites dans la loi de finances adoptée en décembre 2025, et qui se situent au-dessus des perspectives de l'UEMOA (5,7 %) et de la CEDEAO (4,1 %) pour 2026. Le FMI reste plus prudent : ses services prévoient une stabilisation à 5,3 % en 2025, puis une accélération à 5,5 % en 2026. La Banque mondiale conditionne quant à elle cette trajectoire à l'apaisement des incertitudes mondiales et à l'atteinte des objectifs de consolidation budgétaire
Les conclusions du séminaire ont été partagées avec les secrétaires généraux et directeurs de cabinet des ministères pour en assurer « la traduction opérationnelle ».
Fiacre E. Kakpo