(Togo First) - Le MoU entre Scanning Systems et la ZLECAf hisse Cinkassé du statut de pilote UEMOA à celui de référence continentale, confirmation de la stratégie de hub logistique auquel prétend Lomé. Reste la persistance des faux frais et des délais, qui érode la promesse d'intégration.
À Lomé, Scanning Systems et le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ont signé un mémorandum d'entente pour déployer des postes frontaliers à guichet unique sur le continent. L'accord, paraphé en marge du forum Biashara Afrika 2026, place sous les projecteurs, un site stratégique pour le Togo : le poste de contrôle juxtaposé (PCJ) de Cinkassé, à la frontière nord avec le Burkina Faso.
Mis en service en mai 2011, le PCJ de Cinkassé regroupe sur un même site les administrations douanières, sanitaires et de transport des deux pays voisins. En 2025, plus de 382 000 véhicules y ont transité, en hausse de 20 % sur un an, selon Scanning Systems, l'opérateur basé à Abidjan, détenu à 70 % par Tassec Investment Holding de l'homme d'affaires Mory Diané, et à 25 % par Africa50, plateforme panafricaine d'investissement en infrastructures.

Le site se trouve sur la route nationale qui relie Lomé à Ouagadougou, un corridor vital pour le Burkina Faso, pays enclavé qui s'appuie largement sur le port autonome de Lomé pour son commerce extérieur. Les deux États appartiennent à l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dans le cadre de laquelle a été conçu ce premier poste frontalier intégré. C'est cette expérience que Scanning Systems entend désormais répliquer à l'échelle du continent. « La ZLECAf met en place le cadre normatif et réglementaire. Elle a donc besoin d'un bras opérationnel », a déclaré Mory Diané à Lomé. « Fort de l'expérience avec les postes de Cinkassé et de Laleraba, il est temps pour nous d'aller vers d'autres régions africaines. »
Le calendrier n'est pas anodin. Devant un parterre de 1500 décideurs réunis du 18 au 20 mai dans la capitale togolaise, le secrétaire général de la ZLECAf, Wamkele Mène, a chiffré le commerce intra-africain à 220 milliards de dollars en 2024, soit une progression de 12,5 % sur un an, avec une projection à 230 milliards d'ici 2027. Ces échanges ne représentent encore que 15 % des exportations du continent, contre plus de 60 % au sein de l'Union européenne, a rappelé le ministre togolais de l'Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki.
Pour le Togo, qui accueille pour la première fois Biashara Afrika après Johannesburg en 2023 et Kigali en 2024, l'enjeu est de consolider son positionnement de porte d'entrée logistique de la sous-région. Le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a ouvert l'événement en plaidant pour une opérationnalisation rapide du marché unique africain.
Sur le terrain, le bilan du PCJ de Cinkassé reste pourtant contrasté. Une étude de l'Association pour l'anthropologie du changement social et du développement (APAD) souligne que l'objectif d'un passage en une à deux heures n'est pas encore atteint, et que des prélèvements informels de 2000 à 7000 francs CFA persistent malgré l'interconnexion des douanes des deux pays.
Scanning Systems revendique aujourd'hui un portefeuille de douze PCJ en concession en Afrique de l'Ouest. Un troisième site opérationnel, à Zégoua, à la frontière entre la Côte d'Ivoire et le Mali, est attendu d'ici à fin 2026. Depuis 2024, l'opérateur conduit également des études de faisabilité pour quatre postes pilotes en zone Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). L'extension à la ZLECAf, désormais formalisée, ouvre un nouvel horizon pour le modèle initié à Cinkassé.
Fiacre E. Kakpo