Coton au Togo : record "historique" de rendement et vent d’espoir à la NSCT

Agro
jeudi, 16 avril 2026 12:56
Coton au Togo : record "historique" de rendement et vent d’espoir à la NSCT

(Togo First) - La filière cotonnière togolaise annonce ses meilleurs résultats depuis quelques années avec la création de la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT). Pour la campagne 2025-2026, le rendement s'établit à 995 kg à l'hectare, contre 797 kg la saison précédente, soit une progression de 25 %. Une performance qui marque un tournant après cinq années de turbulences, et qui alimente des ambitions à l'horizon 2030.

En marge de la 18e réunion du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA), qui se tient cette semaine à Lomé, la NSCT a réuni la presse mercredi15 avril 2026 dans ses locaux pour un bilan de campagne. Directeur général, président de la Fédération nationale des groupements de producteurs de coton (FNGPC) et directeur de la production agricole ont dressé un tableau résolument positif, en rupture avec les précédentes années de désillusion, qui ont suivi l'entrée d'Olam Agri au capital de la société en décembre 2020.

Un record de rendement 

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Les premiers chiffres de la campagne 2025-2026 sont éloquents. La NSCT projette une production de 74 000 tonnes de coton-graine, contre 60 000 tonnes la saison passée, soit une hausse de 23 %. 

Le rendement moyen, pour sa part, atteint 995 kg à l'hectare, et tutoie ainsi la barre symbolique d'une tonne. Ce niveau de rendement est, selon le top management de la société cotonnière, un record. 

« Il y a cinq ans, on était à peine à 600 kg à l'hectare. C'est quelque chose de très important pour nous », a indiqué Martin Drevon, directeur général de la NSCT. 74 000 hectares ont été emblavés, mobilisant un peu plus de 68 000 producteurs.

Ce chiffre est d'autant plus notable que la campagne a démarré sous de mauvais augures : une sécheresse précoce dans la région des Savanes a compromis les semis dans le nord du pays, maintenant cette zone autour de 850 kg/ha, pendant que les autres régions dépassent la tonne.

Cinq ans de turbulences avant le rebond

Le chemin parcouru mérite du reste d'être rappelé... Lorsqu'Olam Agri acquiert 51 % de la NSCT en décembre 2020 pour environ 22 milliards FCFA, la filière produisait encore 116 000 tonnes. L'entrée du groupe singapourien devait accélérer une trajectoire vers 200 000 tonnes. En lieu et place, ce fut l’envers du décor : la production est tombée à 67 185 tonnes en 2020-2021, puis à 52 528 tonnes en 2021-2022, et à 46 549 tonnes en 2022-2023. Un creux historique.

Plusieurs facteurs ont pesé simultanément, indique-t-on : la baisse du prix d'achat du coton-graine de 265 à 225 FCFA le kilo, les perturbations liées à la Covid-19 sur l'approvisionnement en intrants, la flambée des engrais consécutive au conflit russo-ukrainien, et surtout l'irruption d'une infestation d'aleurodes et de jassides à partir de 2022, qui a provoqué des pertes de rendement pouvant atteindre 50 % dans certaines zones. On souligne aussi la concurrence du soja, plus rémunérateur, qui a également détourné de nombreux producteurs.

Les relations entre la NSCT et la FNGPC se sont tendues au fil des campagnes, les producteurs dénonçant un manque de transparence et l'absence de bonus de fin de campagne. Une embellie s'amorce à partir de 2023-2024 avec une production remontée à 67 718 tonnes, avant de reculer à 60 403 tonnes en 2024-2025. 

La campagne actuelle marque donc une franche accélération.

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Ce qui a permis la reprise

Le directeur de la production agricole, M. Yovogan, identifie trois facteurs déterminants. D'abord, le recours à des produits de spécialité anti-jassides et anti-lépidoptères (des insectes ravageurs qui attaquent les plantes), qui a permis de maîtriser la pression parasitaire. 

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Ensuite, la mobilisation d'un noyau de producteurs engagés : « ce sont 68 000 producteurs motivés à mettre en application les conseils des techniciens » qui ont tiré les rendements vers le haut, avec des performances individuelles pouvant atteindre 2,5 tonnes à l'hectare chez les meilleurs (par exemple, Koussouwè Kouroufei, planteur et président de la FNGPC, indique avoir récolté lui-même 37 845 kg sur 15 hectares lors de cette campagne, soit environ 2,5 t/ha).

Enfin, le maintien depuis trois campagnes consécutives du prix d'achat à 300 FCFA le kilo, conjugué au plafonnement du sac d'engrais NPK à 14 000 FCFA grâce à une subvention de l'État, a restauré la confiance des cotonculteurs. Le coût de marché des intrants s'établissait pourtant à 21000-22000 FCFA le sac. 

A ce jour, l’État prend en charge la différence dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient, une région clé du monde pour la production d'engrais (Plus encore, du côté de la NSCT, on rassure, indiquant que des stocks d’engrais ont été sécurisés pour la période).

La relance du dialogue entre la NSCT et la FNGPC a aussi joué un rôle. En octobre 2025, les deux parties se sont retrouvées à Kara sous l'égide du ministère de l'Agriculture pour poser les bases d'un nouveau partenariat. « Nos objectifs sont désormais communs. Chaque point de décision fait l'objet de réunions techniques conjointes », a expliqué Martin Drevon.

Cap sur 150 000 hectares d'ici 2030

Fort de ces résultats, la NSCT rêve plus grand et affiche des intentions d'emblavement qui témoignent d'un regain d'enthousiasme des producteurs. Quelque 100 000 hectares ont déjà été déclarés pour la prochaine campagne, alors que la collecte du coton 2025-2026 n'est pas encore achevée et que les paiements aux producteurs ne sont pas soldés. 

L'objectif fixé est de 105 000 hectares, avec l'espoir de dépasser ce seuil.

La feuille de route à moyen terme vise 150 000 hectares emblavés par 150 000 producteurs d'ici 2030, pour une production de 150 000 tonnes. Un niveau qui correspond au pic atteint avant le début de la période de contraction. 

Pour ce faire, la stratégie repose sur un recrutement annuel de 25 000 producteurs supplémentaires, chacun cultivant en moyenne un hectare avec un rendement d'une tonne. La variété actuellement utilisée présente un potentiel théorique de 3 tonnes à l'hectare, ce qui laisse une marge de progression considérable.

Koussouwè Kouroufei, président de la FNGPC, résume l'ambition des cotonculteurs : « L'année prochaine, au lieu d'une tonne, on parle d'une tonne cent, une tonne deux cents par hectare. Le Cameroun est aujourd'hui à une tonne cinq cents. Chez nous, certains le font déjà. » Il relève que des producteurs, confiants dans la rentabilité retrouvée de la culture, se mobilisent déjà pour la prochaine saison sans attendre la fin des paiements de la campagne en cours.

Des défis structurels qui subsistent

Le tableau reste cependant incomplet. Le parc logistique de la NSCT est jugé vieillissant, et la cadence de collecte actuelle, entre 770 et 850 tonnes par jour, crée une pression sur les capacités d'absorption des usines. Des camions commandés en Chine n'arrivent qu'en juin 2026, après la fin de la campagne. 

Le président de la FNGPC a appelé à faciliter l'accès des transporteurs privés pour accélérer les rotations et garantir le paiement rapide des producteurs, facteur clé de motivation.

La dépendance aux aléas climatiques reste également structurelle, avec une plus grande variabilité des pluies, qui affecte directement les semis et les récoltes. Des stratégies d'adaptation sont déployées, et réposent sur une plus grande intelligence climatiques et une anticipations des saisons : semis précoces, semis directs avec herbicides, partage de prévisions pluviométriques en temps réel avec les producteurs. Des travaux sur l'agriculture régénératrice sont également en cours dans les centres agronomiques du pays. Mais une sécheresse ou une attaque parasitaire non anticipée suffit à remettre en question les projections.

Notons que sur les marchés d'export, la fibre togolaise s'écoule principalement en Asie du Sud-Est (Pakistan, Inde, Vietnam), dans un contexte de volatilité des cours mondiaux. Les premières usines de la Plateforme industrielle d'Adétikopé (PIA) ouvrent une perspective de valorisation locale encore embryonnaire. La filière attend de voir si ces investissements se traduiront par une demande industrielle soutenue en coton togolais.

Ayi Renaud Dossavi

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