Nutrition infantile : Lomé adopte un appel à l'action régional pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre

Santé
jeudi, 14 mai 2026 18:33
Nutrition infantile : Lomé adopte un appel à l'action régional pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre

(Togo First) - Lomé capitale togolaise a accueilli, du 11 au 13 mai 2026, la Conférence régionale sur la nutrition et le développement de la petite enfance en Afrique de l'Ouest et du Centre. Organisée sous l'égide du Groupe de la Banque mondiale, en partenariat avec le gouvernement togolais, l'OMS, l'UNICEF et le Programme alimentaire mondial (PAM), la rencontre a mobilisé des ministres et délégations de vingt-deux pays. Elle s'est conclue par l'adoption d'un appel à l'action commun, la Déclaration de Lomé, articulée autour de six axes d'engagement pour les trois années à venir.

IMG1

Un diagnostic convergent

Les intervenants ont dressé un tableau uniforme des défis de la région. Un quart des enfants souffrent de retard de croissance ; 65 millions de femmes sont atteintes d'anémie. En République centrafricaine, le taux de malnutrition chronique atteint 40 % et la mortalité maternelle s'établit à 800 décès pour 100 000 naissances vivantes. Au Tchad, les flux de réfugiés fuyant les conflits des pays voisins pèsent sur un système de santé déjà contraint. 

La représentante du Groupe de la Banque mondiale au Togo, Tony Verheijen, a précisé que le nombre absolu d'enfants souffrant de malnutrition continuait d'augmenter dans la région, sous l'effet conjugué de la hausse des prix alimentaires, de la contraction du pouvoir d'achat, des crises sécuritaires et des coupes dans l'aide au développement.

Quatre priorités opérationnelles identifiées

Dans son allocution, la directrice régionale du PAM, Kinday Ndella Samba, a identifié quatre chantiers prioritaires : l'intégration des services de santé à chaque point de contact avec les femmes et les enfants ; la transformation des systèmes alimentaires pour rendre les aliments nutritifs accessibles et abordables ; l'investissement dans la scolarisation des filles comme levier contre la malnutrition ; et le renforcement du pouvoir d'achat des familles par les systèmes de protection sociale et les emplois générateurs de revenus.

La Banque mondiale a, de son côté, mis en avant des mécanismes de financement comme le Mécanisme de financement mondial, et rappelé que des engagements chiffrés devaient être réalisés dans les vingt-quatre prochains mois.

La Déclaration de Lomé

La séance de clôture a été présidée par la ministre togolaise des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l'Enfance, Mme Martine Moni Sankaredja, qui a déclaré les travaux clos et appelé à « traduire les engagements en actions concrètes ». 

La Déclaration de Lomé (Appel à l'action pour la nutrition et le développement de la petite enfance) a été lue par Dr Marthe-Augustine Kirimat, ministre de la Promotion du genre, de la protection de la femme, de la famille et de l'enfant de la Centrafrique, au nom de l'ensemble des États participants. 

En voici le texte intégral :

Déclaration de Lomé Appel à l'action pour la nutrition et le développement de la petite enfance Lomé, Togo (13 mai 2026)

Nous, les ministres représentants des pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre, les partenaires au développement et la société civile, réunis du 11 au 13 mai 2026 à l'occasion de la Conférence régionale sur la nutrition et la petite enfance à Lomé, au Togo, autour de la reconnaissance commune que la nutrition et le développement de la petite enfance sont fondamentaux pour un développement optimal du capital humain ; notamment pour la santé, l'éducation, la formation, la création d'emplois et la croissance économique à court et long terme ;

Des éléments solides confirment que les investissements dans la nutrition et le développement de l'enfant au cours des 2 000 premiers jours de vie ont des rendements économiques et sociaux élevés et sont essentiels pour briser les cycles intergénérationnels de malnutrition, de pauvreté, de vulnérabilité et d'inégalités. Pourtant, les programmes restent très inégaux d'un pays à l'autre et au sein des pays de la région, avec d'importantes disparités liées à la pauvreté, à la situation géographique, au genre et aux contextes de fragilité, de conflits et de déplacement. La malnutrition demeure préoccupante et une majorité d'enfants dans la région n'arrivent pas à réaliser pleinement leurs droits fondamentaux à une croissance saine et à un développement cognitif optimal.

L'amélioration de l'état nutritionnel et des résultats en matière de développement de la petite enfance nécessite un leadership soutenu et déterminé à tous les niveaux de l'administration, des systèmes solides pour la prestation de services à grande échelle, ainsi que des politiques et actions coordonnées dans tous les secteurs (santé, agriculture, éducation, eau, assainissement, protection de l'enfance et protection sociale).

Par conséquent, nous nous engageons, au cours des trois prochaines années, aux actions suivantes pour élargir et maintenir l'accès à des services intégrés, rentables et abordables, afin d'améliorer la nutrition et le développement de la petite enfance dans toute la région :

  1.  Renforcement de la gouvernance et de la redevabilité

Nous nous engageons à renforcer l'environnement politique et institutionnel requis pour améliorer les résultats de la petite enfance, en faisant de la nutrition et du développement de la petite enfance des urgences et priorités nationales dans les programmes d'action en faveur du capital humain et de la croissance économique ; à clarifier les rôles et responsabilités entre les ministères et les différents échelons de l'administration ; à renforcer les mécanismes de coordination pour réduire la fragmentation et promouvoir un suivi et un rapportage transparent des performances ; et à améliorer la disponibilité, la qualité et l'utilisation des données pour guider la prise de décision, le ciblage, l'allocation des ressources et le suivi des performances.

  1.  Hiérarchisation et maximisation de l'efficacité des investissements

Nous nous engageons à accroître et maintenir les investissements dans la nutrition et le développement de la petite enfance en mobilisant davantage les ressources intérieures, en explorant des approches de financement innovantes ; notamment en tirant parti des investissements du secteur privé, et en assurant un meilleur alignement des budgets aux niveaux national et international. Nous améliorerons l'efficience, l'efficacité et la durabilité de ces financements en liant plus étroitement les budgets aux résultats et en optimisant davantage les ressources disponibles.

  1.  Fourniture de services intégrés tout au long du cycle de vie

Nous nous engageons à mettre en place les fondements politiques, réglementaires, de gouvernance et de financement nécessaires dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'agriculture, de l'alimentation, de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène, de la protection de l'enfance et de la protection sociale, afin de créer un environnement propice à des résultats équitables et durables en matière de nutrition et de développement de la petite enfance. Dans ce cadre systémique, nous veillerons à ce que les enfants et les personnes qui s'en occupent bénéficient d'un ensemble cohérent, intégré et continu d'interventions à fort impact tout au long des 2 000 premiers jours, et à ce que soient prodigués des soins attentifs, une stimulation précoce et un environnement sûr et bienveillant pour chaque enfant.

  1.  Renforcement des capacités de la main-d'œuvre et création d'emplois pour les femmes et les jeunes

Nous nous engageons à renforcer le personnel responsable de la prestation de services intégrés en investissant dans la formation, la supervision, l'encadrement, le mentorat et les incitations, dans le but d'améliorer les conditions de travail et la qualité des services ; en particulier pour les femmes et les jeunes sur le marché du travail ; et à renforcer la coordination entre les travailleurs de premier niveau dans tous les secteurs, afin de soutenir la prestation de services au plus près des ménages et des communautés.

  1.  Promotion de l'équité et de l'inclusion

Nous nous engageons à donner la priorité aux femmes et aux enfants les plus exposés à de mauvais résultats dans la petite enfance ; notamment ceux touchés par la fragilité, les conflits, les déplacements et l'exclusion économique et géographique, et à soutenir des approches novatrices et adaptatives de prestation de services afin d'améliorer l'accès, la continuité et la qualité de la nutrition et des services de la petite enfance dans les environnements fragiles et difficiles d'accès, en veillant à ce qu'aucun enfant ne soit laissé pour compte.

  1.  Promotion du partage des connaissances et de la collaboration régionale

Nous nous engageons à favoriser l'apprentissage, le partage de connaissances et de données, la production d'éléments probants et la collaboration entre pays sur des solutions innovantes et transposables à grande échelle pour la nutrition et le développement de la petite enfance. Nous renforcerons le dialogue régional, encouragerons la création de réseaux, partagerons les enseignements et les bonnes pratiques, encouragerons l'harmonisation des approches et des normes, suivrons les progrès collectifs et maintiendrons la dynamique au-delà de la présente conférence de Lomé.

Nous veillerons à traduire ces priorités en actions ciblées, mesurables et à fort impact, mises en œuvre par le biais des systèmes nationaux et infranationaux ; à assurer l'harmonisation et l'alignement des partenaires et des financements autour de priorités communes ; à renforcer l'appropriation au niveau des communautés et des districts ; et à suivre les améliorations mesurables des résultats de la petite enfance.

Nous exhortons les dirigeants et les partenaires de la région à s'engager en faveur de ces actions afin d'accélérer le développement du capital humain et de faire en sorte que chaque enfant ait la possibilité de s'épanouir et de contribuer activement à la société. Nous sommes convaincus que pour garantir la génération de dirigeants de demain, il faut investir dès aujourd'hui dans la génération actuelle de jeunes enfants en Afrique de l'Ouest et du Centre.

Forts du succès de la conférence régionale de Lomé, nous nous engageons à rendre compte de ces engagements conformément aux plans d'action nationaux et aux cadres existants. Le groupe de travail consultatif pour la nutrition et la petite enfance soutiendra les plateformes multisectorielles de coordination en tant qu'entité unique de coordination de la nutrition et du développement de la petite enfance au niveau des pays.

Pour nous contacter: c o n t a c t [@] t o g o f i r s t . c o m

Please publish modules in offcanvas position.