Au Togo, le projet Silina MRS a remporté le prix de l’excellence du « Challenge Tech Santé », organisé par les autorités publiques avec l’appui de partenaires techniques pour renforcer la digitalisation du système de santé grâce à l’innovation locale.
Une cagnotte de 15 millions FCFA
Le projet Silina MRS est sacré champion parmi les dix projets finalistes qui ont été évalués pour la phase finale de cette compétition nationale, sur les critères de pertinence, leur faisabilité et leur impact. Silina MRS s’est distingué avec un logiciel intégré couvrant le dossier médical, la pharmacie et la facturation, capable de fonctionner sans connexion stable. Le projet reçoit 15 millions FCFA.
Nova Health (deuxième prix de la Recherche Appliquée d’une valeur de 10 millions) et Togohealth Innovators (Prix du meilleur pitch, doté de 5 millions FCFA) complètent le palmarès.
Le prix du public, d’une valeur de 200 milles, a été octroyé au projet Excelsis.
Pour Cina Lawson, ministre de la Transformation numérique, l’enjeu dépasse la compétition : « L’intelligence artificielle est une thématique qui semble compliquée pour tout le monde, mais vous avez su montrer tout l’intérêt du travail que nous faisons », a-t-elle indiqué. La responsable souligne que les solutions doivent répondre à des besoins concrets et « permettre de sauver des vies ».

Outre les enveloppes financières, les lauréats bénéficieront d’un accompagnement d’un an pour passer à l’échelle. L’objectif est de transformer ces prototypes en outils opérationnels intégrés aux politiques publiques.
Selon Aristide Gnassingbé, coordinateur national de la santé numérique, « le plus important est d’utiliser les outils qu’on est en train de mettre sur pied, d’encourager l’innovation ». Ce dernier insiste également sur l’usage de ces technologies pour la prévention et la promotion de la santé.
Lancé en novembre 2025, le concours a mobilisé 124 équipes, soit 464 participants, autour de l’usage des technologies pour répondre aux contraintes structurelles du système de santé. Ceci, dans un contexte où l’accès inégal aux soins, la surcharge des structures et le déficit de données fiables restent des défis majeurs.
Ayi Renaud Dossavi
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Au Togo, une nouvelle plateforme digitale dénommée Assinyon (« bon marché », en français) est opérationnelle depuis le 17 février 2026. Pensée comme une vitrine numérique dédiée à la promotion des produits locaux, l’initiative a été lancée par le ministère délégué chargé du Commerce et du Contrôle de la qualité.
Positionnée comme une solution innovante pour structurer le commerce en ligne au Togo, Assinyon vise à offrir aux entrepreneurs togolais un espace de visibilité et de promotion de leurs produits. À terme, la plateforme ambitionne également de contribuer au développement de l’e-commerce sur le marché national.
Conçue pour être fonctionnelle et autonome, la solution intègre un système d’auto-publication avancé. « Lorsqu’un entrepreneur publie un produit, celui-ci est d’abord validé par le ministère. Une fois la validation obtenue, le produit est automatiquement relayé sur les pages et réseaux sociaux dédiés à la plateforme », explique le développeur, Eastman Lokossa.
Au-delà d’une simple formalité administrative, ce mécanisme se veut un véritable label de confiance pour le consommateur. « Les produits mis en avant seront non seulement conformes aux exigences de qualité, puisqu’ils seront validés par les services de contrôle du ministère, mais les visuels seront également optimisés afin de mieux répondre aux standards du marché », précise-t-il.
Le dispositif permet ainsi de propulser les produits sur internet, sans que les entrepreneurs aient à maîtriser les algorithmes souvent complexes des réseaux sociaux. Les exigences, qualité du produit et qualité de la présentation, visent à professionnaliser l’image des TPME locales et à renforcer leur compétitivité face aux grandes plateformes internationales de e-commerce.
Pour Mensah Koffi Vinyo, directeur de cabinet du ministère, cette initiative répond aux difficultés de visibilité auxquelles font face de nombreuses très petites et moyennes entreprises (TPME). La plateforme entend ainsi combler un déficit d’accès au marché numérique et faciliter la mise en relation entre producteurs et consommateurs.
Il convient de préciser que la plateforme numérique Assinyon est le fruit d’une initiative conjointe du ministère délégué chargé du Commerce et du Contrôle de la qualité et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), à travers le Projet d’Appui à l’Entrepreneuriat et au Développement des Opportunités dans les Chaînes de Valeur (PEDOC). Cette collaboration s’inscrit dans une dynamique de soutien à l’entrepreneuriat local et de structuration des chaînes de valeur au Togo.
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Les jeunes entrepreneurs et porteurs de projets togolais peuvent à nouveau candidater au Tony Elumelu Entrepreneurship Programme 2026, dont les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 1er mars de cette année.
Porté par la Tony Elumelu Foundation (TEF), ce programme panafricain appuie depuis plusieurs années la création et la consolidation de petites entreprises sur le continent, notamment au Togo, dans un contexte marqué par un chômage élevé des jeunes et un déficit de startups viables.
Dans le détail, le programme propose un capital d’amorçage non remboursable pouvant atteindre 5000 dollars, associé à une formation intensive de 12 semaines en gestion d’entreprise, un mentorat personnalisé et un accès à un réseau international d’investisseurs et d’entrepreneurs. Les porteurs de projets togolais, qu’ils soient au stade de l’idée ou déjà en activité, peuvent candidater, tous secteurs confondus. La formation est dispensée en français, en anglais, en portugais et en arabe.
Le processus comprend la sélection, la formation, le développement du plan d’affaires, une phase de pitch et l’attribution des fonds par virement électronique. À cet égard, il y a lieu de préciser que même les candidats non retenus conservent leur accès à la formation et peuvent postuler aux éditions suivantes.
Pour le Togo, où l’entrepreneuriat constitue un levier central de création de nouveaux emplois et de lutte contre le chômage, ce programme, qui n’en est pas à ses débuts, représente une source complémentaire de financement et de renforcement des capacités. Selon la Banque mondiale, une large part des jeunes actifs en Afrique occupe des emplois précaires, une réalité également observée sur le marché du travail togolais.
R.E.D
Lancée en 2015, l'application DokitaEyes revendique aujourd'hui 45 000 utilisateurs et plus de 230 structures de santé partenaires. Son co-fondateur, Koffivi Agbetiafa, revient sur une décennie de développement dans un secteur où l'adoption reste le principal défi.
De coursiers d'hôpital à la plateforme numérique
L'origine de DokitaEyes remonte à 2014, avec la création de l'association : « Coursier d'hôpital ». Le constat de départ : les personnes âgées, les femmes enceintes, les personnes en situation de handicap peinent à naviguer dans le système de santé togolais. « Vous voyez une personne âgée qui doit faire la queue à chaque étape, achat de bon de consultation, une queue interminable dans la salle d'attente du médecin », explique Koffivi Agbetiafa. En Afrique, le respect envers les aînés est profondément ancré dans la culture, mais cette considération ne se traduit pas toujours dans les formations sanitaires, observe-t-il.

L'association a d'abord déployé des « facilitateurs médicaux » dans les centres de santé pour accompagner physiquement ces populations vulnérables. Ces agents prenaient en charge l'ensemble du parcours administratif : formalités à la caisse, accompagnement au laboratoire, achat de médicaments en pharmacie. Le dispositif a démarré dans 4 structures publiques avant de s'étendre à 20 établissements, incluant des centres privés et confessionnels.
La digitalisation est venue répondre à une demande croissante, notamment de la diaspora souhaitant suivre la santé de leurs proches au Togo. « On a pensé mettre en place une application qui permettait aux patients de renvoyer eux-mêmes leur propre suivi », précise le co-fondateur. Les patients pouvaient désormais signaler directement au prescripteur les effets secondaires d'un traitement, sans attendre la visite d'un facilitateur.
Un carnet de santé numérique contre la fragmentation des données
DokitaEyes s'attaque à un problème structurel du système de santé togolais : l'absence de continuité dans le suivi médical. « Le patient achète un carnet à l'arrivée à l'hôpital. Il ne reviendra pas avec ce même carnet à la prochaine consultation. À chaque consultation, il achète un nouveau carnet », observe Koffivi Agbetiafa. Cette fragmentation empêche les professionnels de santé de construire un traitement sur la base d'un historique fiable.
« On ne peut pas construire la santé individuelle et arriver à faire la prise en charge correctement lorsque le professionnel de santé fait un traitement à vue parce qu'il n'a pas eu accès à l'historique », selon le co-fondateur. Un médicament inefficace peut être prescrit à nouveau, une analyse récente peut être redemandée, générant des coûts supplémentaires pour le patient.
La plateforme centralise l'historique médical accessible via un QR code. Chaque patient crée son dossier de façon sécurisée et présente sa carte lors des consultations. Seul le prescripteur autorisé peut accéder aux informations. « Les patients n'ont pas accès au dossier des autres patients », précise Koffivi Agbetiafa, soulignant les mesures de protection des données mises en place.
L'application intègre désormais plusieurs fonctionnalités : prise de rendez-vous avec les facilitateurs médicaux, envoi d'ordonnances aux pharmacies partenaires, transmission des prescriptions aux laboratoires, paiement en ligne via Mobile Money et réception des résultats d'analyses directement dans l'application. Les résultats sont également transmis automatiquement au médecin prescripteur, garantissant un suivi complet du parcours de soins.
Un volet assurance maladie permet des compléments santé des patients auprès de l’AMU et des assureurs privés. La startup espère ainsi se positionner sur le déploiement de l'Assurance maladie universelle (AMU) ou des assureurs privés, actuellement en cours dans le pays. L'application calcule automatiquement les parts respectives du tiers payant et du ticket modérateur, simplifiant les démarches administratives.
Déjà, une nouvelle fonctionnalité permet de rechercher médicaments et analyses dans les structures partenaires situées dans un rayon de 5 km autour de l'utilisateur, avec paiement intégré.

Des résultats probants en zone rurale
Entre 2018 et 2022, DokitaEyes a déployé un projet de suivi communautaire ciblant les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans dans les zones reculées. Le constat initial était simple : lorsqu'une femme enceinte vit à plus de 5 km d'une unité de soins périphériques (USP), elle ne se déplace pas pour les consultations prénatales. Les enfants ne sont pas vaccinés.
Les agents de santé communautaire utilisaient l'application pour créer des dossiers patients directement à domicile. Ils renseignaient l'état vaccinal, le statut des consultations prénatales, les signes de danger liés à la grossesse ou les symptômes pathologiques observés chez les enfants. Ces informations étaient transmises en temps réel aux USP, permettant aux sage-femmes d'organiser des interventions dans les communautés.

« Nous avons suivi près de 15 000 femmes enceintes et il y a eu zéro décès », indique Koffivi Agbetiafa, alors que le taux de mortalité maternelle au Togo avoisine 401 décès pour 100 000 naissances vivantes. Le projet a également couvert près de 70 000 enfants de moins de 5 ans sur la période. « La digitalisation permet de sauver des vies », résume le cofondateur.
Le programme a toutefois ralenti depuis la fin de l'accompagnement des bailleurs. L'activité se poursuit avec un engagement réduit sur le terrain.
Une application accessible en ligne et hors connexion
L'une des forces de DokitaEyes réside dans son accessibilité. « DokitaEyes est accessible online et offline », souligne Koffivi Agbetiafa. Les utilisateurs en milieu urbain utilisent la version en ligne, tandis que les zones rurales, souvent mal couvertes par les réseaux, bénéficient de la version hors connexion. Les agents de santé communautaire travaillent avec cette application offline pour le suivi des populations excentrées à faibles compétences numériques.
Un modèle économique mixte
La plateforme propose des services gratuits, comme la demande de livraison de résultats d'analyses dans les laboratoires partenaires. Le patient paie uniquement la course de livraison. D'autres services sont payants : la prise de rendez-vous avec un facilitateur est facturée pour filtrer les demandes non sérieuses.
La création d'un dossier patient numérique coûte 2500 FCFA pour une carte virtuelle et 4500 FCFA avec carte physique à QR code. Ces tarifs permettent d'accéder à l'ensemble des fonctionnalités de digitalisation des soins chez les partenaires.
En ce qui concerne les ressources humaines, l'équipe varie selon les projets : une dizaine de personnes en période d'activité normale, jusqu'à 50 collaborateurs en temps plein lors des phases de déploiement intensif, sans compter les volontaires mobilisés sur le terrain. Le co-fondateur n'a pas souhaité communiquer sur le chiffre d'affaires.
L'adoption, principal obstacle
Dans son parcours, DokitaEyes a été finaliste du prix RFI Challenge App Afrique en 2016 et lauréat de plusieurs distinctions internationales. Le ministère de la Santé a accompagné le développement de la solution. La reconnaissance des professionnels de santé ayant exercé à l'étranger est souvent plus immédiate. « Ceux qui captent tout de suite ce dont on parle, ce sont ceux qui ont fait un peu l'Europe, qui ont vu comment ça se passe », note Koffivi Agbetiafa. Certains lui confient que la plateforme dépasse même des solutions connues comme Doctolib en France.
L'enjeu reste la généralisation de l'usage. « C'est très difficile de convaincre les professionnels de santé de passer à la digitalisation », reconnaît-il, évoquant les questions de formation, d'équipement et de cadre réglementaire. Les modules de digitalisation sont peu présents dans les cursus des facultés de médecine.
La protection des données mobilise désormais l'essentiel des ressources de l'équipe technique. « Aujourd'hui, on n'est plus sur le développement. La plupart de notre temps est consacrée à suivre les choses, à faire de la protection, à sécuriser », explique le co-fondateur.
Expansion régionale en vue
DokitaEyes est déjà présent au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire, et amorce son entrée au Bénin. Une implantation au Ghana a été mise en suspens faute d'équipe locale suffisamment structurée. L'objectif affiché : atteindre 4 millions d'utilisateurs d'ici deux ans, en s'appuyant sur l'expansion sous-régionale.
Ayi Renaud Dossavi
La start-up togolaise Rôbalôtô vient de décrocher le 1er Prix Afrique francophone lors de l’Africa Climate Innovation Challenge 2025 en Ouganda, avec à la clé une cagnotte de 10 000 $. Le concours a distingué sa solution de gestion communautaire des déchets plastiques appuyée par le numérique, parmi plusieurs projets provenant du continent.
Le modèle porté par Rôbalôtô repose sur la valorisation des déchets comme ressource économique locale. Il s’agit notamment de mobiliser les ménages, écoles et jeunes autour du tri et du recyclage, avec un mécanisme d’incitations financières et sociales ; en vue de réduire la pollution tout en créant des opportunités de revenus.
Pour Aymane Gbadamassi, fondateur de l’entreprise, cette distinction consacre “plusieurs années d’expérimentation sur le terrain”. Il a salué les partenaires du programme, dont la Green Africa Youth Organization, 3E’s4Africa, UNDP Uganda, The Earthshot Prize et Start.Up Lounge Africa, ainsi que les institutions togolaises engagées dans la transformation numérique. « Ce prix montre que le plastique peut devenir une ressource à valoriser », a-t-il indiqué.
Rôbalôtô prévoit d’étendre son modèle à d’autres localités et de renforcer ses programmes éducatifs, notamment les sacs solaires destinés aux élèves. L’entreprise veut notamment toucher un plus grand nombre de familles et d’établissements scolaires afin de consolider l’impact économique et environnemental de son approche.
Ayi Renaud Dossavi
À Lomé, le CERSA, à l’Université de Lomé, a accueilli samedi 22 novembre 2025 la phase interuniversitaire du programme “Student Tech Pulse”. L’événement marque une nouvelle étape dans cette initiative portée par Dagba, avec l’appui d’IYBA-Seed Togo, un programme financé par l’Union européenne pour soutenir l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes en Afrique subsaharienne.
La compétition a réuni des équipes venues de plusieurs établissements universitaires, sélectionnées après une première série de pitchs intra-campus. Les projets présentés couvrent l’agroalimentaire, l’agritech, l’éducation numérique, le voyage ou encore la robotique.
« On a voulu identifier les projets dans les universités, les accompagner pour avoir un très bon pipeline de projets à présenter à nos partenaires qui sont des investisseurs et qui veulent investir dans les petites entreprises du Togo », selon Brice Tchendo, fondateur et patron de l’accélérateur Dagba.
Ces équipes de jeunes pitcheurs ont été évaluées par un jury composé d’acteurs de l’écosystème entrepreneurial, qui a évalué la pertinence de chaque initiative ainsi que son potentiel de déploiement dans un marché en structuration.
« Nous pensons qu’il faut renforcer toutes les initiatives qui poussent les jeunes à entreprendre, notamment les jeunes intellectuels qui représentent le levier de développement du pays », indique pour sa part Massémé Gagnon, chef de projet à IYBA-Seed Togo.

10 équipes sélectionnées
Dix équipes ont été retenues pour la phase suivante. Elles participeront en janvier à un bootcamp national à Kpalimé. Ce stage doit consolider leur modèle économique, renforcer leur prototypage et préparer les porteurs à des discussions futures avec des investisseurs et des business angels. Selon Brice Tchendo, l’objectif est de développer un pipeline de projets capables d’intéresser les fonds actifs au Togo, tout en renforçant la culture entrepreneuriale dans les universités du pays.
La démarche s’inscrit dans une stratégie plus large. IYBA-Seed Togo, mis en œuvre dans cinq pays pilotes, soutient les structures qui encouragent la création d’entreprise chez les jeunes. Le diagnostic mené au lancement du programme a identifié le milieu universitaire comme une priorité, compte tenu du potentiel d’innovation et du niveau de formation des étudiants.

Les dix projets sélectionnés sont : “Pain de banane” (Institut Supérieur Monseigneur BAKPESSI de Kara), “Irrigation et apport nutritif automatisés” (Université de Kara), “World Atlas Travel” (DEFITECH), “AGNIGBAN GNA” (ESCEN), “Afro Explorer AI” (IAEC), “SmartFarm Energy AI” (Université de Lomé), “SMARTEDUC” (ESCEN), “AGRILA” (ESAG NDE), “MYLOOPS” (ESGIS) et “Bras robotique” (ESIG Global Success).
Selon les initiateurs, les finalistes seront accompagnés sur plusieurs mois avant une séance de présentation finale prévue l’an prochain devant des investisseurs.
Ayi Renaud Dossavi
Au Togo, la 15ᵉ édition de la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat (SME) s’est ouverte ce lundi 17 novembre 2025, à la faveur d’une conférence de presse inaugurale à Lomé.
Sous le thème : « Ensemble, construisons », l’évènement est coorganisé par le Global Entrepreneurship Network Togo (GEN-Togo), l’Agence de Développement des Très Petites et Moyennes Entreprises (ADTPME) et l’ON-IJD ; et bénéficie de l’appui conjoint de l’Union européenne et de la coopération allemande (GIZ).
Pendant une semaine, des ateliers, conférences, concours de pitch, séances de formation et espaces de réseautage se tiendront à Lomé et dans les chefs-lieux de régions. L’objectif : renforcer la culture entrepreneuriale et offrir aux jeunes porteurs de projets des outils concrets pour développer leurs activités.
Selon Pascal Edoh Agbové, directeur général de GEN-Togo, cette édition « vise à inspirer la nouvelle génération d’entrepreneurs et à reconnaître le rôle essentiel des PME dans l’économie nationale ». L’Union européenne, partenaire stratégique de l’événement, mobilise notamment deux programmes régionaux : IYBA SEED, centré sur le financement des jeunes entreprises, et IYBA Women Empowerment for Africa, dédié à l’entrepreneuriat féminin.
Au-delà de la sensibilisation, la SME se positionne comme un levier d’opportunités économiques. Elle contribue à structurer l’écosystème entrepreneurial togolais et à promouvoir l’innovation locale, dans un contexte où les PME représentent plus de 80 % du tissu économique et une part importante des emplois formels.
R.E.D
La PME togolaise Chom Factory, fondée par Kossiwa Midjresso-Amouzou, a récemment inauguré son site de production à Dakar (Sénégal). Spécialisée dans la transformation de céréales, tubercules et fruits en biscuits et snacks nutritifs, l’entreprise amorce ainsi une nouvelle étape de son développement, avec des visées d’expansion régionale.
« Nous avons choisi le Sénégal pour son dynamisme économique, sa stabilité et la maturité de son écosystème entrepreneurial », explique la promotrice. Le marché sénégalais, caractérisé par une population jeune et une forte demande de produits locaux, offre selon elle, un terrain favorable à l’innovation alimentaire et à la consommation de proximité.
L’installation du site a nécessité environ 25 millions FCFA, financés par des fonds propres, des associés sénégalais et la diaspora. Le projet a aussi bénéficié de l’appui technique du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD Togo) à travers son initiative d’appui à l’entrepreneuriat féminin, dans le contexte de la ZLECAF, indique-t-on.

Chom Factory adapte désormais sa production au goût local en valorisant des ingrédients sénégalais comme le mil, le bissap et la poudre de baobab. « Installer une production locale nous permet de répondre rapidement aux attentes des consommateurs et de contrôler la qualité de nos produits », souligne Kossiwa Midjresso-Amouzou.
Dans le cadre de cette expansion sénégalaise, la PME s’appuie sur un réseau de partenaires locaux, dont BIOSENE et le Club Thiossane, pour atteindre une capacité mensuelle de 5 tonnes. Chom Factory prévoit de distribuer ses produits dans 500 points de vente d’ici à fin 2026 et envisage à terme une extension vers le Bénin, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire.
Ayi Renaud Dossavi
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Le Togolais Guema Batama, concepteur d’une machine récolteuse et décortiqueuse de courges, a remporté le premier prix dans la catégorie 1 des innovations visant à améliorer la production et la productivité agricoles dans le cadre du Prix Abdoulaye Touré de l'Innovation Agricole. La distinction lui a été décernée lors de la 5ᵉ édition du Marché des innovations et technologies agricoles (MITA), tenue la semaine dernière à Bamako, au Mali.
Son innovation a séduit le jury par son originalité et son utilité pratique. Elle permet notamment d’alléger les tâches des femmes et des producteurs de courges lors de la récolte et du traitement post-récolte, améliorant ainsi l’efficacité et la rentabilité de la filière. En remportant ce prix, le jeune inventeur togolais décroche une enveloppe de 10 000 dollars, soit près de 6 millions FCFA.
L’initiative de Guema Batama visant à résoudre les difficultés rencontrées lors des travaux post-récolte des courges a été rendue possible grâce à l’appui du Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO), lancé par la CEDEAO. Selon le concepteur, ces extracteurs ont une capacité d’entre 7 et 10 m³ pour traiter des courges sans altérer la qualité des graines.
Le deuxième prix du concours a été attribué à Faye Mariama du Sénégal pour son biostimulant Silico Derma, un produit innovant à base d’acide orthocyclique qui agit efficacement contre les insectes et les pathogènes. Elle repart avec une récompense de 5000 dollars.
Selon Kalifa Traoré, président du conseil d’administration du CORAF, ces innovations méritent un accompagnement soutenu des pouvoirs publics. « Pour que les technologies développées dans les laboratoires et les start-up atteignent les producteurs sur le terrain, il faut renforcer les passerelles entre la recherche, la vulgarisation, les politiques publiques et le secteur privé », a-t-il souligné.
Esaïe Edoh
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L'origine de Bo-Bateaux remonte à 2011. Alors qu'il se trouve à Sokodé, Bodjona apprend le décès de 36 personnes lors d'un naufrage sur le Lac Togo. Une pirogue en bois a chaviré durant une traversée par temps venteux. « J'ai vu ça à la télé et je me suis dit, pourquoi ne pas réfléchir à des embarcations beaucoup plus sécurisées », confie-t-il.
Titulaire d'une licence en allemand, Patient ne possède aucune formation initiale en ingénierie navale. Son parcours professionnel repose sur l'auto-formation, la pratique, et le bricolage. « Tout jeune, je fabriquais des petites voitures, des jeux, des petits robots », précise-t-il. Cette passion pour le bricolage le conduit à s'intéresser à la construction d'embarcations après avoir observé le bassin d'eau de Bodjona, créé dans sa commune de résidence. « Ce sont des bassins qui doivent nous donner de l'argent et non nous coûter de l'argent », selon le jeune entrepreneur, qui envisage déjà des activités de plaisance.
En 2014, son projet est retenu lors du Forum des Jeunes Entrepreneurs Togolais (FJETS). Ce prix, décaissé quelques mois plus tard, va lui permettre de fabriquer un premier prototype en bois. « Ça nous a fait dépenser beaucoup d'argent. Ça a marché, mais ça n'a pas duré », confie-t-il. Cette expérience le convainc de se tourner vers l'acier recyclé dès 2016.

Pour maîtriser son nouveau matériau, Bodjona suit une formation de 41 jours en soudure à l'arc. « C'est la seule formation que j'ai eue », précise-t-il. Il obtient une carte professionnelle d'artisan en soudure. Le reste de ses compétences, il les acquiert par observation et pratique. « J'ai appris la tôlerie en regardant des tutoriels YouTube. Aujourd'hui, je soude mes propres équipements », affirme-t-il, désignant deux postes à souder qu'il a lui-même fabriqués.
Cette approche autodidacte a un coût en temps et en ressources. « Tourner ça, faire la soudure, aller plier le tout, c'est dur. Hier encore, j'étais ici à travailler », témoigne Patient, devant trois pirogues en cours de fabrication. Le travail en solo ralentit la cadence de production.

Depuis 2018, Bo-Bateaux a fabriqué 12 embarcations : dix pirogues et deux maquettes. Les pirogues, dimensionnées pour trois à cinq personnes, utilisent de l'acier recyclé ou neuf selon les commandes. Les deux maquettes représentent des embarcations insubmersibles. « Vous pouvez renverser ça dans tous les états, ça va toujours flotter », explique Bodjona, qui a testé le concept en piscine et en bassin.
L'acier présente des avantages par rapport au bois traditionnel. « Quand la pirogue en bois a une brèche, elle doit sortir de l'eau au moins une semaine pour sécher avant qu'on ne la répare. Avec l'acier, on envoie un soudeur sur la mer », détaille l'entrepreneur. La durabilité supérieure du métal constitue un argument commercial, même si le coût initial reste plus élevé.
En 2024, Bo-Bateaux a réalisé un chiffre d'affaires de 5 millions de francs CFA. « C'est un petit chiffre d'affaires », reconnaît Bodjona. L'entreprise n'est pas encore rentable. Son activité principale reste la prestation de services pour des acteurs comme l'Agence Nationale d'Assainissement et de Salubrité Publique (ANASAP), où il appuie avec ses équipements dans le nettoyage des bassins et retenues d’eau. « En août 2024, j'ai travaillé sur le bassin “Kabara” pour l'ANASAP. Ce sont mes embarcations que j'ai utilisées ».
Ces contrats portent sur l'entretien des bassins d'eau : évacuation des herbes aquatiques, curage des caniveaux, abattage d'arbres. « C'est une source de revenus conséquente…quand il y a des contrats », note l'entrepreneur, qui cherche à développer d'autres débouchés, notamment dans le tourisme et la pêche durable.
La commercialisation des pirogues se heurte à la réticence des acheteurs potentiels. « L'acheteur veut voir. C'est comme une voiture. Vous n'allez pas donner l'argent sans essayer si ça marche », analyse Bodjona. Le problème : fabriquer des produits de démonstration nécessite des capitaux qu'il ne possède pas. « Si on n'a pas l'argent pour fabriquer, pour qu'il vienne acheter, ça ne va pas », résume-t-il.
Pour la petite entreprise dans un secteur fortement dominé par l’importation des embarcations par des coopératives ou groupements, les coûts d'immatriculation constituent un frein majeur. « Ça coûte environ 830 000 francs CFA pour immatriculer une pirogue », chiffre l'entrepreneur. Cette somme représente une barrière pour une jeune entreprise dont le chiffre d'affaires annuel s'élève à 5 millions. « Les démarches administratives sont coûteuses. Nous venons avec une innovation, mais on ne sait pas vraiment comment traiter ça », déplore-t-il.
Le financement initial repose sur les fonds propres. Les subventions obtenues lors de concours ont permis de démarrer, mais ne suffisent pas à développer l'activité. « Les subventions ne sont pas de la productivité. Nous devons être capable de nous faire payer pour des services et produits que nous livrons. », souligne-t-il.
En 2018, Bo-Bateaux subit une perte significative. Après un contrat d'entretien dans le bassin dit “Deux Lions” (à Agoè), Bodjona laisse deux pirogues dans les caniveaux au lieu de les ramener à l'atelier. Une forte pluie emporte les embarcations, qui se retrouvent ensevelies sous le sable. « Je n'ai pas pu les récupérer depuis 2018. C'était un échec puissant », se remémore-t-il.
Cet incident le conduit notamment à développer le concept d'embarcation insubmersible. « Je me suis dit que je ne pouvais plus perdre de pirogue dans ces conditions », explique l'entrepreneur. Il suivra notamment une formation en plongée sous-marine pour pouvoir, le cas échéant, récupérer des équipements perdus. « Je ne parlerai pas d'échec, mais d'apprentissage ».
Bodjona identifie plusieurs débouchés pour ses produits. Au-delà de l'entretien des bassins, il vise le tourisme aquatique et la pêche artisanale. « Il y a des gens qui font de la plongée dans nos eaux marines. Il y a le tourisme. Ce sont beaucoup de domaines qu'on peut développer », énumère-t-il.
La pêche représente un marché potentiel important, notamment du côté des pêcheurs professionnels. Il constate que ce secteur reste dominé par des acteurs étrangers.
Pour l'entrepreneur, une partie de l'économie bleue souffre d'un déficit de visibilité et d’un manque d’intérêt de la part de la jeunesse togolaise. « Je pense que ce secteur pèse plusieurs de milliards…mais je ne sais pas comment on s'est arrangé pour ne pas nous ouvrir les yeux là-dessus », regrette-t-il. Il plaide pour une sensibilisation accrue. « C'est le rôle de l'éducation, qu'on éduque les gens à ouvrir les yeux vers les secteurs porteurs comme l'économie bleue ».
Bodjona formule plusieurs demandes aux autorités. En premier lieu, il souhaite des facilités administratives. « De façon exceptionnelle, on peut prendre des entreprises jeunes comme nous, essayer sur un mois, deux mois, six mois, un an, avoir des facilités pour qu'on puisse faire grandir cette jeunesse », propose-t-il.
Il appelle également à réserver certains créneaux aux entrepreneurs locaux. « L'État a ouvert ce domaine aux étrangers. C'est vrai, ils ont raison. Mais au moins, certains petits secteurs, gardez-les pour la jeunesse », suggère-t-il. L'objectif : permettre aux jeunes entreprises togolaises de se développer avant d'affronter la concurrence internationale.
L'entrepreneur insiste sur la nécessité de garder le savoir-faire au Togo. « La pêche au Togo a encore une grande marge de progression. Vous avez vu le nombre de pays anglophones qui sont devant », fait-il remarquer, évoquant sa participation au forum Blue Invest qui s’est tenu au Togo.
« Bo-Bateaux, ce ne sont pas seulement les pirogues. Il y a le tourisme. On peut créer vraiment de la richesse avec », conclut-il.
Pour l'heure, Patient Pouwereou Bodjona poursuit son travail dans son atelier, soudant et assemblant ses embarcations en acier recyclé. Il prépare une commande et cherche les autorisations nécessaires pour organiser des démonstrations publiques.
Le parcours de ce pionnier illustre les défis de l'innovation industrielle au Togo : un savoir-faire technique développé par auto-formation, un marché potentiel important mais difficile d'accès, et des contraintes financières et réglementaires qui freinent la croissance. Dans un secteur où les acteurs locaux restent minoritaires, Bo-Bateaux tente de tracer une voie, un nouveau sillon, vers une économie bleue togolaise.
Propos recueillis par Ayi Renaud Dossavi