L'énergéticien français TotalEnergies annonce le lancement de la nouvelle édition de sa compétition « Challenge Startupper de l’Année » dans 32 pays africains, au bénéfice des jeunes entrepreneurs.
Plusieurs catégories au Togo
Pour cette édition 2024/2025, le Challenge Startupper cible les jeunes entrepreneurs togolais âgés de 18 à 35 ans, ayant des projets novateurs dans tous les secteurs d'activité. Trois catégories de prix sont prévues : "Innov’Up" pour l'entrepreneur le plus prometteur, "Cycle’Up" pour les projets liés à l'économie circulaire, et "Power’Up" pour les initiatives axées sur les énergies durables et abordables. De plus, quatre projets supplémentaires seront sélectionnés dans la catégorie "Power’Up" par un jury international.
Comme à l'accoutumée, plusieurs critères serviront à évaluer les projets, notamment leur contribution au développement durable, leur caractère innovant, leur faisabilité et leur potentiel de développement, ainsi que leur engagement en faveur de l'égalité des sexes et de l'inclusion des femmes.
4,5 millions par lauréat
Chaque lauréat recevra le titre honorifique de "Startupper de l’Année par TotalEnergies" ainsi qu'une dotation financière de 4 500 000 F CFA. Les prix sont dotés d'un accompagnement personnalisé et d'une visibilité accrue pour les porteurs de projets.
Depuis son lancement en 2015, le Challenge Startupper a récompensé et accompagné 365 lauréats à travers le monde, démontrant ainsi l'engagement de TotalEnergies en faveur de l'entrepreneuriat et de l'innovation. Les précédents lauréats togolais étaient Elsa M’béna, Ayitévi Firmin Elom et Andréa Magnon, respectivement avec les projets Auréole Monde, Safe Blood Management System et Fun’IO. Ouvertes depuis le 30 avril, les inscriptions se poursuivent jusqu'au 18 juin 2024 sur le site officiel du Challenge.
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Au Togo, le milieu de la décoration a enregistré depuis 2021, l’arrivée d’un nouvel acteur, Akadi. Visibles dans les hôtels, les galeries, devenues incontournables comme étrennes personnalisées dans le milieu professionnel, ces lampes éco friendly customisées avec des textiles africains séduisent.
“Nous apportons une touche authentique à votre décor”. Le mot, écrit subtilement au dos de l’un des emballages, résume au mieux le produit. Akadi, nom emprunté à plusieurs langues locales du Togo, est en effet avant tout, un symbole d’authenticité. “L’histoire autour de la naissance d’Akadi peut prêter à sourire”, raconte d’ailleurs Koffi Junior Awassiah, l’un des principaux visages derrière les lampes.

En 2021, cinq ans après un Baccalauréat Option Industrielle (Filière F2) décroché à Lomé et une série d’immersions et de formations dans des laboratoires de fabrications (Fablabs), le jeune entrepreneur passionné de technologies décide de monter une structure dédiée au développement de solutions créatives dans plusieurs secteurs : ‘Binary’.
“Au moment d’aménager nos locaux, nous avons voulu faire quelque chose de différent : associer le traditionnel à la modernité. La période a coïncidé avec l’accouchement de ma sœur qui quelques mois après, nourrissait également son bébé avec du lait. Du coup, nous avions à la maison beaucoup de boîtes qui s’entassaient, ce qui nous a donné l’idée de nous en servir pour créer quelque chose. C’est comme cela que Akadi est né”, raconte-t-il.
Une origine qui prête à sourire
Très vite, l’initiative emballe, et est appréciée par les différents visiteurs des locaux. L’idée mûrit un peu plus alors et la jeune pousse décide de faire de la conception des luminaires, un secteur d’activités à part entière. “Nous avons été vraiment surpris lorsqu’un prêtre nous a demandé de lui faire une lampe de table pour pouvoir lire”, se souvient Junior. A cette commande, s’ajouteront d’autres, propulsant définitivement le jeune entrepreneur et son équipe dans une nouvelle dimension.

Un volet éco affirmé
Pour renforcer le volet éco du projet, Junior Awassiah décide de n’utiliser que des matériaux recyclés : bouts de tissus locaux, morceaux de ferraille du quotidien en quête d’un second souffle, tout est bon à prendre. Rapidement, un circuit de production se dessine : des jeunes du quartier sont sollicités pour la collecte des matériaux nécessaires. Une autre équipe, installée dans un local dédié, s’occupe de la récupération et du tri. Enfin, la partie la plus technique et la plus fastidieuse, celle du conditionnement et de la transformation, qui mobilise les “ingénieurs”.
Sur le terrain, le côté novateur du produit séduit et emballe. Les lampes Akadi se révèlent un peu plus lors des foires et expositions, et intègrent les rayons des galeries et boutiques. Des hôtels et maisons d’hôtes, férus de décoration intérieure innovante, rejoignent également la vague d’engouement.

Résultat, un peu plus de deux ans après son lancement, Akadi vise déjà loin.
“Nous sommes en train de travailler sur d’autres prototypes actuellement, et nous voulons aller vers des conceptions qui prennent en compte la domotique”, annonce Junior, très porté sur les sujets liés aux nouvelles maisons connectées
Également, le jeune homme et son équipe réfléchissent à intégrer désormais des luminaires solaires dans leur catalogue. Après tout, “l’essentiel est que chacun trouve le modèle qui lui plaît”, conclut-il.
Octave A. Bruce
Au Togo, le FAIEJ (Fonds d’Appui aux Initiatives Economiques des Jeunes) revendique la création de 26 309 emplois durables, pour un total cumulé de 8,63 milliards FCFA (8,635,098,607 FCFA) de crédits octroyés, depuis son opérationnalisation en 2012 jusqu’à fin mars 2024.

Sur la période, le dispositif intégré d’appui technique et financier du gouvernement togolais, visant l’insertion socioprofessionnelle des jeunes à travers la promotion de l’entrepreneuriat, a également sensibilisé près de 140 000 jeunes et enregistré près de 24 000 inscriptions, dans le cadre de ses activités, tout en formant près de 36 000 (35 822) jeunes et financé plus de 6 000 projets. Pour l’organisme, il s’agit d’ouvrir des opportunités pour que les jeunes togolais développent leurs compétences entrepreneuriales, en leur fournissant un soutien financier et technique.
En particulier, en 2023, le Fonds d’appui aux initiatives économiques des jeunes (FAIEJ) a mobilisé 2,68 milliards FCFA (2 687 905 380 FCFA), soit 31% de ses mobilisations depuis sa création, au profit de 1852 nouveaux projets de jeunes.
Ayi Renaud Dossavi
Au Togo comme dans une dizaine de pays de la planète, l'industrie du batik représente un segment historique de l'artisanat et de la culture textile. Depuis 2021, Ornela Ezi, une jeune togolaise, a fait de la réinvention de cet art ancestral de teinture, une passion et un sacerdoce.
“IYATAN Collection”, pouvait-on lire sur les nombreux autocollants éparpillés çà et là. A l’arrière de la nouvelle boutique aménagée devant sa maison, Ornela Ezi achevait de poser religieusement le dernier stick à l'effigie de sa marque sur le dernier pagne, avant d’emballer les différents lots. Après trois jours de travaux continus, une nuit blanche et quelques migraines, la commande était enfin bouclée, prête à être acheminée vers Lomé. La seconde partie du contrat était en passe d’être honorée.

Le périple Adétikopé-Lomé, la jeune femme en avait fait son train-train quotidien, avalant presque chaque jour de la semaine la trentaine de kilomètres du trajet aller-retour entre le nouveau pôle industriel (depuis l’implantation de la PIA, ndlr), du centre-ville de la capitale. Ni la fatigue, ni la météo pas toujours coopérative de cet espace périurbain, n'affectaient de toute façon sa détermination. Le batik, Ornela Ezi en a fait un sacerdoce.
De la curiosité à la passion
Rien ne laissait présager pourtant, quatre ans plus tôt, une telle trajectoire. Après un Baccalauréat, option Littéraire, obtenu en 2020, en plein contexte pandémique (Covid-19), Ornela s’inscrit en Faculté de Droit à l’Université de Lomé. Un choix tout à fait normal pour celle qui s’est toujours vue revêtue d’une toge d’avocat, malgré les énormes difficultés à s’exprimer alors en public.
Le pont vers le monde de l’art textile et des nuances chromatiques sera réalisé un an après, à la faveur d’une formation exclusivement dédiée aux jeunes filles. Ornela, qui s’essayait depuis quelques temps déjà au monde de la décoration, y fait la connaissance d’un spécialiste du domaine du batik, issu lui-même de l’école d’un maître en la matière, Ayaovi Atobian, que Togo First avait déjà rencontré en 2018 lors d’une immersion au Centre d’art Tayé Tayé.
Un passage au sein de ce temple voué à la création artistique et une seconde formation beaucoup plus approfondie plus tard, et la jeune femme se convertit définitivement.
“Une ode à la nature”
Désormais outillée, Ornela va se jeter à corps perdu dans cette nouvelle passion. “J’ai toujours aimé créer des choses, et avec les choses que j’ai apprises, j’étais parfaitement dans mon monde”, raconte-t-elle.
Les débuts sont difficiles. Les maigres économies partent dans l’achat de tissus au marché, puis, l’inspiration fait le reste. Le processus en lui-même est un rituel précis : définition des tons et préparation des couleurs, application de la cire, immersion, rinçage, retrait, séchage, une mécanique réglée.
Dans le garage paternel réquisitionné et reconverti en atelier, Ornela manipule dans le respect des matériaux, un nombre d’outils indispensables à la transformation du pagne : gants, bassines, masques, teintes, bougies…, et laisse la magie opérer.
La nature sert de muse, les arbres, le ciel étoilé, les éléments de l’environnement se retrouvent transposés dans les œuvres.

“Chaque pièce de batik pour moi est une ode à la nature, un tableau où s’harmonisent l'art et l'artisanat, tissé des motifs et de symboles”, poétise-t-elle. Et au moment de baptiser ses créations, la native des Plateaux ne cherche pas loin : IYATAN Collection.
“IYATAN vient de la langue Ifè parlée dans la région des Plateaux, plus précisément à Atakpamé, et veut dire ‘la souffrance est finie’, et COLLECTION pour exprimer la diversité des motifs et des couleurs”, explique-t-elle.
L’âge, un atout et un handicap
Les premières créations prêtes, survient le premier écueil : trouver une clientèle et la fidéliser. Ornela, qui a pris le soin de ne porter désormais que ses œuvres, multiplie les approches et les échanges avec les particuliers.
Mais l’âge devient rapidement un handicap : “J’avais à peine 20 ans, c’était déjà un peu difficile de convaincre les responsables ou personnes âgées à essayer ou adopter mes produits. On me trouvait trop jeune pour être prise au sérieux”, se souvient-elle.
La persévérance finit par payer, lorsque les responsables municipaux de sa commune la remarquent et passent commande. D’autres défis de taille comme la pénurie de main-d'œuvre, la méconnaissance du grand public sur la fabrication du batik occasionnant des demandes difficiles à satisfaire, les difficultés d'approvisionnement en matières premières, surgissent, mais la jeune femme au caractère bien trempé n’en a cure.
“Ces obstacles n'ont fait que renforcer mon esprit d'entreprise et me permettent d’ailleurs de développer des compétences en management, marketing, leadership et branding”, confie-t-elle.
La reconnaissance
Consciente de la place prépondérante des foires et expositions dans le paysage commercial togolais et particulièrement dans le secteur artisanal, Ornela multiplie les apparitions aux manifestations foraines à Lomé, et parfois en dehors. C’est d’ailleurs lors de la dernière édition du Marché international de l’Artisanat du Togo (MIATO 2023), qu’elle est distinguée, en raison de son très jeune âge.

Ce prix d’encouragement fait l’effet d’un spot de lumière. Les commandes affluent, venant désormais de diverses couches de la population, ce qui amène la jeune promotrice à diversifier ses productions : “Nous avons deux clientèles cibles. Premièrement, les amoureux du pagne Batik, ceux qui aiment avoir leurs touches uniques sur les créations, et deuxièmement les entreprises, écoles, associations et autres structures à qui nous offrons la possibilité de personnaliser leurs pagnes en y mettant leurs propres logos ou un texte. Elles peuvent elles-mêmes choisir les couleurs du pagne”.
Entreprises privées, restaurants, écoles privées entre autres, rejoignent le phénomène IYATAN qui séduit un peu plus.
Confiante, Ornela, jusque lors discrète sur les réseaux sociaux, se prend à communiquer davantage.

Promotion et distribution
Ornela a su habilement utiliser les réseaux sociaux et les plateformes en ligne pour promouvoir ses produits. “En attendant d’avoir des ambassadeurs reconnus, nous essayons de nous faire connaître sur Instagram, Twitter, Tiktok, mais aussi sur Coin d'Afrique, une application de marché en ligne”, indique-t-elle.
Le reste est confié aux acteurs du réseau de distribution, qui, lors des livraisons, s’efforcent de dévoiler un peu plus les activités de la jeune pousse.
S’ancrer durablement
Désormais bien investie, Ornela rêve grand : devenir une référence dans le domaine du batik au Togo, collaborer avec des organisations nationales et internationales, et ouvrir une boutique de prêt-à-porter.
D’ailleurs, souffle-t-elle, la prochaine étape est la création d’une ligne de vêtements (chemises et robes en pagne batik) accessibles à tous, où chaque client trouvera son goût.
“Je veux tisser des rêves à travers le batik”, conclut-elle, des étoiles dans les yeux.
Octave A. Bruce
Au Togo, Ahoé, une web-série suscite de l’engouement depuis le 1er décembre 2023. Tournée en langue locale, façonnée selon les standards internationaux et ancrée dans les réalités togolaises et africaines, la série est diffusée gratuitement sur les réseaux sociaux. Dans une interview accordée à Togo First et l’Agence Ecofin, la scénariste Madie Foltek, co-autrice de la série revient sur l’univers de l'œuvre, son succès, et les perspectives.
Qui est Madie Foltek ?
Madie Foltek est une femme togolaise au large sourire, comme vous pouvez le voir souvent. J'ai fait des études cinématographiques avec une spécialisation en scénarisation aux États-Unis. Je suis la scénariste de la web-série Ahoé.
J'ai toujours été passionnée par la culture. Tout a commencé avec la lecture : j'adore lire. Toute petite, j'étais le genre à aller au CCF (Centre culturel français, ndlr), lire des livres. En cours primaire, ma matière préférée était donc bien évidemment le français. J’adorais écrire et inventer de petites histoires. Mais c'est vraiment à l'âge de 12 ans que j'ai écrit une histoire à proprement parler, après l’hospitalisation de ma mère. J’ai voulu lui écrire une histoire, pour la divertir, et elle y a trouvé énormément de potentiel et m'a encouragée à écrire. Mais pour moi, cela restait toujours un loisir, malgré les encouragements d’un de mes professeurs de français au collège.
En même temps, j'étais passionnée par le cinéma. Avec mes frères et ma sœur, on regardait beaucoup de films, analysait les scènes, les pièces de théâtre et tout ça. Je crois que c'est là où mon esprit, on va dire analytique, s'est réveillé en ce qui concerne les films. Mais cela restait un hobby, pas un probable métier.
Le déclic est venu après mes études aux États-Unis où je me suis formée à la publicité et à la scénarisation. Entre temps, je suis revenue au Togo pour m'assurer qu'il y avait quand même une demande pour les scénaristes. Pendant notre parcours de formation, l’accent était surtout mis sur la pratique, donc j’ai essayé des vidéos, des films, des courts-métrages, où j’ai assumé plusieurs rôles.
A mon retour au Togo, j'ai travaillé avec Angéla Aquereburu et Jean-Luc Rabatel de Yobo Studios. On s'est rencontrés parce qu’ils cherchaient un scénariste, et que j’ai été recommandée. Je leur ai parlé du projet d'Oasis, série qui sera diffusée sur Canal+. C'est là qu’a débuté notre collaboration, et qui a vu des projets comme Hospital IT, la série médicale qui est sur TV5 Monde, ou Zem.
? Grâce aux scénaristes, les idées deviennent des histoires qui prennent vie sur nos écrans !
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Comment est né Ahoé ?
Depuis toujours, Angéla avait toujours en tête de faire quelque chose pour les Togolais. Puisque Oasis et Hospital IT, c'étaient pour des chaînes panafricaines. Donc, ça veut dire qu'il faut un peu plaire à tout le monde. On ne peut pas faire un truc uniquement adressé aux concitoyens, parce que ces chaînes sont regardées partout.
“ Si on parle aux Togolais, pourquoi ne pas raconter nos réalités ?”
Donc, on voulait vraiment faire quelque chose pour nous. Surtout que nous sommes parties du constat que la plupart des compatriotes au pays et en Occident n'ont pas accès à nos séries, parce qu'ils n'ont pas forcément accès à Canal+, TV5 Monde. Même au pays, tout le monde n’a pas les moyens de payer un abonnement Canal+, par exemple. On réalisait des choses, mais les gens n'y avaient pas accès, et la diaspora se plaignait énormément.
Avec Angela, on a donc lancé un sondage pour voir si la diaspora, je le précise parce qu’à la base c'était cela, voudrait bien nous accompagner, pour qu’on leur fabrique du contenu qui sera diffusé gratuitement sur YouTube en mina. Il faut dire aussi qu’Angela avait déjà essayé une démarche similaire de cagnotte participative mais cela n'avait pas vraiment marché. Je lui ai dit, “jetons la bouteille à la mer, on verra”.
Et ça a pris. Tout le monde était partant, il y avait des retours très positifs. Les gens ont dit, “oui, on va faire” quand la cagnotte a été lancée. Nous avons demandé 15 millions FCFA. Ça ne coûte pas 15 millions pour faire une série, mais on savait qu'on ne pouvait pas demander plus. On voulait faire un test, en fait. Donc, on s’en est tenu à cela. Au total, nous avons eu 8 millions. Yobo Studios a ajouté un peu de ressources, tout comme l'association de promotion culturelle Vegon qui a porté le projet.
Mais avec ça, on ne pouvait pas payer toute l'équipe. Parce qu'on va dire que pour lancer une série, un épisode, il faut minimum 15 millions. Une série comme ça. Donc, on a dit à l'équipe dès le début : “Voici le projet qu'on a, mais on ne peut pas vous payer. Nous pourrons assurer le transport, la nourriture et tout ça. Mais c'est tout. Est-ce que ça vous intéresserait ?”.
Toute l'équipe, tous les techniciens, tout le monde a accroché et a adhéré. On a insisté sur le fait qu’on voulait le faire en Mina, et qu'on voulait cibler le Togolais de façon générale. Ils ont adhéré au projet et ils ont travaillé sur ce projet sans recevoir un seul franc. Pour nous, c'était incroyable.
Donc, une fois que les gens ont accepté de nous accompagner avec la cagnotte, Angela et moi, avons fait des séances de remue-méninges pour trouver une histoire, créer une histoire avec d'autres volontaires qui voulaient bien nous aider. Et on s'est demandé ce qu'on voulait raconter.
Si on parle au Togolais, pourquoi ne pas raconter nos réalités, nos quotidiens, les problèmes que nous avons, les joies, les peines, ce qui se passe dans nos familles ? C'est comme cela que nous avons eu l'idée de faire rentrer Eli, (Bienvenue Gagalo, NdlR) qui est le personnage principal, de France, après des années passées là-bas, pour enterrer sa mère.
Donc, pour lui, qui a des idées préconçues vu que cela fait des années qu'il est parti, il rentrerait juste inhumer sa mère et repartirait. Or, au Togo, cela ne se passe pas comme cela. On ne peut pas rentrer de l’extérieur et essayer d'imposer les choses et tout ça. C’est comme ça que l'idée est venue.

Donc voilà, fabriquer du contenu pour les Togolais. Mais on s’est toujours dit qu'il fallait des sous-titres en français et en anglais pour ne pas limiter l’accès.
Comment se sont fait le casting et le tournage ?
Il faut savoir que la plupart des acteurs qui sont dans Ahoé, sont déjà sur les deux projets précédents, Oasis et Hospital IT. Atavi-G, (alias Cyprien, ndlr) par exemple, était dans la première saison d'Hospitalité. Il y avait déjà tout un monde dans le répertoire de Yobo Studios.
Donc le casting n’a pas été très difficile, du point de vue de la recherche des acteurs. Une fois les rôles affinés, on a quand même organisé des auditions pour trouver qui serait l’idéal pour tel ou tel personnage. Atavi-G et Sanvee Beno (alias Lionel, ndlr) faisaient déjà partie du pool d’acteurs, mais on les a contactés pour savoir s'ils seraient intéressés. Le premier a accepté de revenir sur le projet parce qu'il savait que le second serait là. Cela faisait des années qu'il essayait de le retrouver, donc on leur a donné l'occasion de le faire.
?Atavi-G alias Cyprien LE GOAT est reçu à la Télévision Nationale Togolaise.
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Rendez-vous ce jeudi 18 Janvier 2024 à 11h30 GMT dans l'émission "La Poz".
Préparez-vous à découvrir un homme qui a consacré sa vie à l'excellence du théâtre togolais.#Ahoewebserie #Ahoe #lapoztvt pic.twitter.com/W2rmKoU9WN
D’autres exemples sont là, comme Florent Banissa (alias Socrate), qui avait aussi fait partie d’Oasis.
Le texte a été écrit pendant le Covid-19, c’est d’ailleurs pour cela que nous avons fait allusion pendant la série à des frontières fermées. Quant au tournage, cela s’est fait en un mois. De juin à juillet l’année dernière. Et c’est là où nos partenaires ont été précieux.
Quand nous lancions la cagnotte, on avait précisé que ce n’était pas que financièrement que nous voulions de l’accompagnement. Pas juste de l'argent, mais aussi des maisons, des boutiques, des restaurants, des voitures, à nous prêter. A Aného (Préfecture des Lacs), le maire a également accepté de nous accompagner.
✨ Derrière chaque grand projet, se trouve une productrice déterminée !
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Découvrez l'essence de ce métier avec notre productrice Angela Aquereburu. ?
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Avez-vous été confrontés à des défis pendant la production ?
Tout revenait à l'argent. Déjà, il nous fallait du talent pour ce projet. Ce n'est pas parce que c'est bénévole que ça doit être mauvais. La même attention, la même qualité que nous avons exigé pour les précédentes œuvres, étaient de nouveau là.
Donc il s’agissait surtout de réussir à produire quelque chose de beau, malgré le fait que tout le monde travaillait gratuitement, sans un franc. Et c’est valable pour l'équipe technique aussi. Que ce soit au niveau de l’équipe de communication qui travaille depuis un an dessus, à tout ce qui est lié à la musique, la bande originale, tout le monde a donné du sien, sans rien prendre en retour.
Il y a eu des imprévus, mais on a su avancer. Yobo Studios a toujours été dans la mentalité de « il faut cultiver l'excellence », et pour nous, ce n’est pas parce qu'il n'y a pas d'argent qu'on va servir, excusez-moi le terme, du caca, aux gens.
Il y a une semaine, vos comptes sociaux ont annoncé : ‘Ahoé, c’est fini’. Dans la foulée, vous avez lancé une cagnotte pour soutenir la suite de la série. Est-ce dû à l’engouement du public ?
En fait, c’était le deal depuis le début. Si vous voulez qu'on fasse du contenu, il va falloir contribuer. On voulait faire cette série sans compter sur les diffuseurs classiques qui auraient un droit de regard sur ce qu'on dit et comment on le dit. L'idée, c'était vraiment d'être libre et de pouvoir raconter nos histoires à nous. Donc, depuis le début, on avait décidé que si on devait faire ce truc, ce serait grâce au financement participatif.
Quand on a fait Ahoe, on avait dit que même avec les 8 millions FCFA, on voulait quand même montrer aux Togolais ce qu'on peut faire avec le peu qu'on a eu. On voulait leur dire « Imaginez ce qu'on peut faire si on a plus ».
Pour soutenir la suite d’AHOÉ, c’est par ici ? https://t.co/T3sbjD2EAb
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T-MONEY : 70 50 00 00 / FLOOZ : 96 01 01 96#Ahoewebserie #Ahoe #Togolais228 pic.twitter.com/RTGhLCAVQL
C'est vrai qu'on savait que l'histoire allait plaire, mais l'engouement qu'il y a eu autour de la série, disons que ça nous a dépassé nous-mêmes. C'était une belle récompense pour l'équipe, mais c'était toujours prévu qu'on allait lancer une nouvelle cagnotte pour pouvoir en faire plus.
Donc, quand dans les commentaires, les gens disent « Ah, on adore, dites-nous comment on peut soutenir, on veut plus », là, on vous annonce « Ok, d'accord, nous allons faire plus, mais là, il faut que vous mettiez la main à la poche ». C'est le nerf de la guerre, l'argent. C'était une stratégie digitale, une stratégie de communication de dire « Ahoe, c'est fini » … Les gens l'ont pris de façon littérale. « Ah oui, c'est fini. Il ne reste que deux épisodes ».
"Là, si on a les sous, c'est vraiment pour que les gens soient payés. Je vais vous donner l'exemple de l’actrice qui joue le personnage de Prénam (Jessica Djadoo, ndlr). Celle que tout le monde veut tuer sur les réseaux sociaux (Rires). Elle par exemple, est venue au casting du projet Oasis et nous avons eu un coup de foudre. Elle n'avait jamais joué avant. Elle était naturelle. Donc on lui a dit : On aimerait te proposer un rôle. Elle est tellement passionnée qu'elle a démissionné de son travail pour se concentrer sur le projet, et elle a joué sans être rémunérée sur Ahoé."

Depuis le début, c'était prévu que pour pouvoir arriver à un certain niveau, pour que la série puisse vivre et générer des revenus, il fallait à un moment que les Togolais de façon générale ou les amoureux du Togo mettent la main à la poche. Les gens avaient littéralement pensé qu’on n’allait plus diffuser les deux épisodes restants (le financement participatif a été lancé après la sortie de l’épisode 8, ndlr) alors que ceux qui nous suivent depuis le début ont compris. On avait toujours prévu qu'après le dernier épisode d'AHOÉ, on lancerait une campagne de financement participatif pour la suite.
Alors, est-ce que depuis le lancement de cette cagnotte-là, les retours sont intéressants à ce niveau ? Y-a-t ’il de l'espoir ?
Là sur le site on est à plus de 4,3 millions FCFA. On ne cache pas les choses, tout est visible sur la plateforme de la cagnotte. Je crois que la communication qu'on fera autour de la campagne de financement va jouer un rôle. Il y a encore des Togolais qui n'ont aucune idée que cette série existe. Il y a quelqu'un du Cameroun qui a demandé le lien de la cagnotte, des gens du Burkina Faso…etc.
La série restera-t-elle sur YouTube ou évoluera vers d’autres plateformes ?
Ahoe sera toujours sur YouTube, ça c'est sûr. Mais on n'est pas fermé, on réfléchit à différentes alternatives. Toujours sur YouTube, pour le futur mais pour qu'on n'ait pas toujours à demander aux gens de contribuer, il faut qu'on trouve une solution.
Pourquoi ne pas avoir une plateforme de streaming local ? Notre Netflix…Y fournir du contenu et faire payer les gens avec ce qu'ils ont. L'idée, c'est vraiment que ça reste accessible. On ne va pas faire un truc super cher que les gens ne peuvent pas payer. L'idée de base, c'est toujours de faire un truc accessible pour la population.
Actuellement, notre compte YouTube n'est pas monétisé. Il n'y a pas le Togo dans la liste des pays pour la monétisation et puis il y a un certain nombre de vues même quand la monétisation est possible. De toutes les façons, si Ahoé était monétisé, l'idée, encore une fois, serait de réinjecter ce revenu dans les prochains projets.
Avez-vous reçu une sorte d'appui, de soutien du ministère togolais de la culture, d'autorités ?
Au début du projet, de la diffusion, vous savez que la page X du ministère de la Culture et du Tourisme a réagi, pour nous encourager. Je sais que la page de la présidence avait aussi partagé nos publications. Le directeur de la cinématographie et de l'image animée, c'est l'un des plus grands fans de la série. On reçoit des messages de personnalités, d’autorités qui aiment beaucoup la série.
Avez-vous un mot à l’endroit de la communauté togolaise, de tous les suiveurs d’Ahoé ?
J'aimerais dire un grand merci à l'équipe parce que sans eux, on ne serait pas là. Merci à eux d'avoir accepté de soutenir ce projet. Ils ont fait du bébé d'Angéla et moi, leur bébé. Sans argent. Merci à Sanvee Beno et Atavi-G de nous avoir rejoint. Aujourd’hui, ils arrivent à avoir la visibilité qu'ils méritent. Parce que ça fait des années qu’ils sont dans le domaine.
J'aimerais remercier Angéla, je l'appelle ma « soulmate » (âme-sœur, ndlr) parce que c'est avec elle qu'on réfléchit à des idées folles et qu'on offre du contenu au public. Mais j'aimerais vraiment remercier aussi tous les internautes, au Togo et partout. Merci à eux pour l'engouement qu'il y a autour de la série. Merci à eux d'accepter de recevoir la chaleur d'Ahoé. Merci à ces gens qui regardent la série avec leur famille, Ils sont en mesure de regarder une série, un truc avec leurs parents et leurs enfants.
? Plus d’un Million de Vues ! ?
— AHOÉ | La web-série (@ahoewebserie) January 12, 2024
Nous avons franchi le cap du million de vues sur YouTube, et c'est grâce à vous, notre communauté extraordinaire !
Un million de mercis pour chaque clic, chaque vue et chaque partage. ? #Ahoewebserie #Ahoe #1MillionViews #TgTwittos pic.twitter.com/qeofsITgEx
Merci à vous les médias de nous accompagner, tous les commentaires, tous les likes, tous les partages, tout ce que vous faites pour que nous. On est émerveillés, on est reconnaissants. A très vite pour la suite.
Propos recueillis par Octave Bruce, Gilles Lawson et Servan Ahougnon.
Au Togo, Komi Medzessiwo Nyaledome se distingue par sa trajectoire plus ou moins particulière. Titulaire d'une licence en Histoire, le jeune entrepreneur est aujourd’hui un aviculteur à succès. Découverte.
A Zanguéra (Golfe 5) dans la banlieue de la capitale, deux fermes distantes de 500 mètres l'un de l'autre détonnent dans le décor. A l’intérieur, plusieurs milliers de tête de poules, toutes couvées avec le même amour par un homme : Komi Medzessiwo Nyaledome.
Trois poules et un coq
Si la fibre avicole découle d’une tradition familiale, c’était loin d’être gagné, deux décennies plus tôt. L'odyssée avicole de Nyaledome débute en effet en 2005, dans la foulée de l'obtention d’un baccalauréat scientifique. Le jeune entrepreneur se lance dans un parcours académique supérieur à l’Université de Lomé, tout en gardant dans un coin de la tête, l’ambition de monter un projet. : « Pendant que je poursuivais mes études à l'Université de Lomé, je me passionnais pour cette activité avicole », confie-t-il.
Quelques années plus tard, sa Licence en poche, l’idée prend forme, lorsqu’il saisit une opportunité offerte aux jeunes diplômés sans emploi. Il postule et à sa sélection, bénéficie d'une formation en aviculture et en gestion de micro-entreprises à l'INFA de Tové.
"Nous étions alors sous l'illusion que l'emploi viendrait de l'extérieur. Cependant, la réalité, telle qu'exposée par nos formateurs, nous a rapidement rattrapés. Ils nous ont fait comprendre que nous devions être les artisans de notre propre destin, créateurs d'opportunités non seulement pour nous-mêmes mais également pour autrui", se souvient-il.
Il initie alors son projet avec une modeste installation comprenant trois poules et un coq à Wonyomé (Golfe 5), qui connaîtra une croissance rapide et fructueuse.
Il se consacre alors pleinement à l'aménagement et à l'entretien de son modeste élevage, observant une reproduction aviaire remarquable. « À ma propre surprise, des clientes me sollicitaient pour l'achat de poules et d’œufs. Peu à peu, j’ai assisté à une augmentation significative du chiffre d'affaires lié à mes ventes », précise-t-il.

Dans la foulée, un concours est organisé à l'issue de la formation, visant à récompenser les projets d'entreprise les plus prometteurs. Nyaledome y participe, présentant un ambitieux projet de développement dans le secteur avicole. L’initiative retient l'attention du jury et fait mouche : un financement initial d'un million de FCFA pour amorcer la phase de lancement, et consolider le début prometteur de son aventure entrepreneuriale. “L’élevage constitue ma mission dans cette vie”, déclarera-t-il, convaincu désormais d’avoir trouvé sa voie.
De poulets locaux, il en arrive aux pondeuses plus rentables, selon le marché togolais. Là encore, le succès ne s’est pas fait attendre. Il raconte : “Le 25 décembre 2012, j’ai officiellement lancé la première vague de mon poulailler”. 2 ans plus tard, le nombre augmente. Sa société "Mon nid d’Oiseau", avec ses 300 pondeuses, obtient de beaux résultats, mais reste confronté à des défis techniques et financiers.
Il bénéficie alors du soutien de son père, lui-même connaisseur du milieu, qui lui apporte terrain, expertise et aide financière.

Le FAIEJ, ou le tournant décisif
En 2016, l'entreprise de Nyaledome connaît un tournant décisif, grâce au Fonds d’appui aux initiatives économiques des jeunes (FAEIJ). Grâce un appui technique essentiel, et surtout une enveloppe bancaire de 2,5 millions FCFA, l’entrepreneur consolide l'expansion de son activité entrepreneuriale.
Grâce à ces ressources, Nyaledome réussit à augmenter de manière significative son cheptel avicole, passant de 600 volailles à un impressionnant total de 3 000 têtes de divers âges à la fin 2019. C’est l’envol. "Mon nid d’Oiseau", revendique alors un effectif de 13 employés, et un chiffre d’affaires de 5 millions de FCFA.
Mais le coup de pouce du mécanisme gouvernemental ne s’arrête pas là, puisque la jeune structure continue de bénéficier du réseau, de l'accompagnement technique et professionnel offert par le Fonds, jusqu'au remboursement total de son crédit.
“Le FAIEJ m’a permis d’entrer en contact avec les entrepreneurs dans la même chaîne de valeurs que mon activité, que ce soit les producteurs de soja, de soja, etc.”, précise-t-il.
Les bonnes nouvelles continuent d’affluer, puisque dans la même année, Nyaledome se distingue en tant que troisième meilleur jeune entrepreneur dans la catégorie des très petites entreprises, à la suite d’un nouveau concours national. Rapidement, un solide dossier de financement à hauteur de 20 millions FCFA est été constitué auprès d’Ecobank, avec l’appui du FAIEJ et du Ministère en charge de la jeunesse.
Les fonds, mis à disposition deux ans plus tard, propulsent définitivement l’entreprise dans une nouvelle dimension. À l'aube de l'année 2024, la jeune pousse affichait un effectif de 17 collaborateurs, dont 7 occupant des postes permanents. Surtout, le chiffre d’affaires explose, excédant les 50 millions FCFA en 2023.

Cap sur l’industrialisation
Fort de ces excellents résultats, Nyaledomé voit désormais plus grand. Et pour cause, les deux deux sites d’élevage, approuvés et reconnus par le ministère compétent, abritent 2000 poules pondeuses et se spécialisent dans une gamme de productions diversifiées, comprenant à la fois des poulets de chair et des œufs de consommation, mais sont maintenant trop petits, face aux besoins.

Prévoyant, Nyalédomé a acquis au pied levé un terrain de 2 hectares à Kévé, dans la préfecture de l'Avé. Objectif, transférer progressivement au cours de l’année les activités sur le nouveau site, et agrandir les horizons.
Outre l'élevage avicole, Nyaledome planche déjà sur le maraîchage, avec la culture d'ananas et de papayes. Un cycle vertueux bien dessiné, et où les déjections de son cheptel avicole, serviront d'engrais naturels, enrichissant ainsi la fertilité des sols de ses cultures.
“J’ai l’intention de passer le cap des 15.000 têtes de volailles. Ce ne sera pas difficile, si nous maintenons l’engagement et le niveau d’exigence. J’aimerais que mon parcours inspire les jeunes entrepreneurs ”, assure-t-il, avant de lancer un appel aux jeunes à rejoindre ce domaine où, “la ténacité, la force psychologique, la rigueur, et l'honnêteté”, doivent être les principales forces.
Au Togo, le paysage urbain et culturel enregistre l’avènement d’une nouvelle plateforme digitale sociale : Artybe. L’initiative, une solution 2 en 1, est l’œuvre de Laura Nouhova Kpegli, franco-togolaise au parcours marqué par la culture. Découverte.
« Artybe, c’est le souhait que j’ai toujours eu, même en étant étudiante », explique la jeune femme, titulaire entre autres d’un Master en coopération artistique internationale.
Réseau social pour créatifs
Lancée officiellement en 2023, et sélectionnée par la GIZ pour accompagner son entrée sur le marché grâce à son programme ProDigiT, Artybe est imaginé comme un réseau social spécialisé pour profils créatifs, l'objectif est, selon sa conceptrice, d’en faire le n°1 de la vente d’expériences créatives et de services culturels et sportifs en ligne depuis l'Afrique.
Dans l'optique d'incarner cet idéal, la startup s'appuie sur deux piliers : la monétisation du savoir-faire et la transmutation des données utilisateurs en essence culturelle. “Artybe se veut une agora où convergent sport, culture et urbanité, sous la tutelle de coachs spécialisés”, détaille Laura.

“La plateforme se distingue de ses concurrents par son approche centrée sur l'humain, avec un accent particulier sur la valorisation des talents locaux”. Avec un portail web et une application mobile en cours de métamorphose grâce à la startup lyonnaise Tooap, Artybe “repose sur un modèle d'affaires où les coachs dictent leurs émoluments et la startup s'octroie un pourcentage sur chaque transaction. Ainsi, les utilisateurs jouissent d'un accès aisé et sécurisé à un kaléidoscope d'activités, tissant, selon leur loisir et budget, un programme d'enseignement, d'entraînement ou d'activités sur mesure”, souligne-t-elle.
Initialement plateforme de mise en relation et de réservation d’activités sportives, urbaines et culturelles avec un coach spécialisé, la solution s’ouvre à plusieurs professions et corps de métiers

Selon Laura, sa structure se drape d'une base d'utilisateurs et d'offreurs hétéroclite, et attire touristes et professionnels en quête de services réguliers. Les perspectives de croissance de la jeune pousse sont teintées d'ambitions qui promettent une expansion géographique d'envergure africaine.
Soutien
Accompagnée entre autres par les experts de 10 000 codeurs, la jeune startup a reçu plusieurs distinctions et participé à des conférences à l’international. Elle est notamment sélectionnée parmi les 10 projets phares de l'incubateur PAPRICAI (Tech & ICC) en 2022, élue parmi les 5 Meilleurs Médias/Outils aux Togo Digital Awards 2022, et se retrouve parmi les 10 meilleures start-ups en Intelligence Artificielle du continent au World Africa Startup Summit en 2021.
L’intérêt pour la solution reste fort, puisqu’en 2023, elle est retenue parmi la délégation officielle pour les Rendez-vous d'affaires de la Francophonie à Québec (Canada), pour le Viva Tech en France !
Pour Artybe, l’ambition est désormais de se faire adopter par le plus grand nombre, et apporter un plus à l’industrie culturelle togolaise et africaine.
« Il est intéressant de penser la culture de façon quotidienne, qualitative et récurrente, que ce soit en présentiel ou en ligne. Pas seulement spectaculaire et éphémère. Cette approche permet de faire se rencontrer des populations qui se rencontrent peu : créatifs et sportifs précaires et utilisateurs prêts à investir dans leur épanouissement personnel, diasporas et populations locales, jeunes et seniors », conclut Laura.
Au cours de cette année 2023 finissante, le Fonds d’appui aux initiatives économiques des jeunes (FAIEJ) a mobilisé 2,68 milliards FCFA (2 687 905 380 FCFA) au profit de 1852 nouveaux projets de jeunes. L’information a été rapportée par la ministre de tutelle, Myriam Dossou-d’Almeida, chargée du développement à la base et de l’emploi des jeunes, en fin de semaine dernière à Kara, lors d’une rencontre d’échanges avec les jeunes bénéficiaires des produits du Fonds.
La rencontre a également permis de couronner les 12 lauréats de la quatrième édition du Concours Meilleurs Jeunes Entrepreneurs (CMJE), soit deux par région, y compris le Grand Lomé. Ceux-ci ont été récompensés avec des chèques de 1 000 000 FCFA et plus.
La directrice générale du FAIEJ, Sahouda Gbadamassi-Mivedor, a exprimé à cette occasion, sa reconnaissance au gouvernement pour ses orientations et son soutien.
Les échanges se sont déroulés en présence des représentants des partenaires techniques et financiers, des directeurs et coordonnateurs des programmes de la jeunesse, ainsi que des autorités administratives, politiques et traditionnelles.
Cette rencontre, initiée autour du thème : « L'Entrepreneuriat et l'Innovation Durable », a réuni les jeunes entrepreneurs de micro et petites entreprises des cinq régions économiques du pays, avec l’appui du Centre de Ressources en Entrepreneuriat Social (CeRES).
Ayi Renaud Dossavi
Le paysage sanitaire togolais observe depuis quelques mois l’apparition d’une nouvelle structure exclusivement dédiée à la santé mentale. Officiellement ouvert en Octobre dernier, le CPASE (Centre de psychologie et d’accomplissement de soi) s’est donné une mission : aborder autrement les questions de traitement psychologique des jeunes et enfants, et devenir une référence dans le pays.
« Comme tout bon psychologue, il est de mon devoir de veiller à l’entretien de l’esprit de toute personne, surtout en ce qui concerne son bien-être émotionnel, mental et personnel », explique Eli-Kpim Adzo, devant sa trentaine d’interlocuteurs, réunis lors d’un forum d’entrepreneurs.
La jeune femme, titulaire d’un Master en Psychologie Clinique et de la Santé obtenu à l’Université de Lomé, se considère en effet comme une entrepreneure. Et pour cause, la fibre entrepreneuriale ne date pas d’hier : « Je suis passionnée par l'initiative, la création d'entreprise et le leadership. Depuis l'époque du collège, en plus de mon rêve de travailler dans le domaine de la santé, j'ai toujours nourri l'ambition de bâtir une grande structure. Quel que soit le service offert, je me voyais évoluer au sein d'une entreprise prospère, fréquentée par de nombreuses personnes pour des achats ou des services. Cependant, après mes études, faute de moyens, j'ai d'abord travaillé pour gagner de l'argent avant de me lancer dans l'entrepreneuriat », relate-t-elle.
Le chemin sera long, jalonné d’expériences diverses et d’embûches. Mais la proximité éprouvée avec les jeunes et tout petits, durant trois ans au siège de Kara de SOS Village d’Enfants contribuera sans doute à créer le déclic : « Durant cette période, j'ai commencé à économiser une partie de mon salaire, préparant ainsi le terrain pour mon projet entrepreneurial. Initialement, je pensais créer une association et avais déjà constitué une équipe et entamé les démarches administratives. J'avais réuni tous les documents nécessaires, mais j'ai finalement opté pour l'entrepreneuriat, car cela correspondait davantage à mon épanouissement personnel », ajoute-t-elle.
Une autre approche de la santé mentale
Si la cartographie nationale de la santé mentale montre une forte proportion de troubles, addictions et handicaps liés à la dépression, et à l’utilisation de substances psychoactives, les « décompensations psychiques », expression utilisée par les spécialistes pour marquer la phase de rupture de l'équilibre psychologique d'une personne, sont également observées chez les enfants et les jeunes. En cause notamment, les difficultés scolaires, ou encore la perception et la gestion de l’énurésie chez ces derniers, qui peuvent affecter les comportements.
Eli-Kplim tient son cheval de bataille. Un soutien social, des consultations individuelles, un suivi personnalisé, etc…, les idées affleurent, donnant naissance au Centre. En deux mois, plus de 70 jeunes et enfants et quelques rares adultes sont ainsi pris en charge et accompagnés par la dizaine de psychologues cliniciens de la structure. Des conférences et formations de sensibilisations sur la santé mentale se multiplient, et la promotrice est régulièrement sollicitée.
Le projet, soumis lors de la troisième édition du programme ‘L’Afrik De Demain’, est retenu aux côtés de 19 autres, parmi les 275 en lice. L’initiative, portée par le magazine Ocean’s News offre entre autres aux lauréats, une exposition médiatique de même qu’un accompagnement spécifique dans des domaines clés de leur périple entrepreneurial.
Pour Eli-Kpim Adzo, « c’est le début d’une nouvelle aventure », et les aspirations sont désormais légion : « Nous visons à devenir la référence au Togo dans la prise en charge psychologique des jeunes et des enfants. Nous voulons être le premier choix des familles en quête de soutien psychologique de qualité, en nous appuyant sur notre expertise, Nous prévoyons d'établir des partenariats financiers avec des organisations nationales et internationales, nous permettant ainsi de toucher un plus grand nombre de jeunes dans leur parcours personnel et professionnel. Ces partenariats nous fourniront les ressources nécessaires pour financer des programmes de soutien, d'éducation et d'orientation, contribuant ainsi au bien-être des jeunes au Togo », énumère-t-elle.
Et ce n’est pas tout. La jeune professionnelle entend « élargir l’équipe », et en faire un centre pluridisciplinaire : « En plus de nos psychologues cliniciens, nous compterons sur des professionnels tels que des médecins et des éducateurs spécialisés. Cette approche holistique nous permettra de prendre en charge de manière globale les besoins physiques, mentaux et émotionnels des jeunes et des enfants, les aidant à atteindre leur plein potentiel », confie-t-elle.
Pour le CPASE, ce n’est que le début, et l’aventure promet d’être éprouvante. « De nombreux mythes entourent la visite chez un psychologue, tels que la stigmatisation, la croyance que seules les personnes mentalement fragiles consultent, ou encore le coût des services. Beaucoup de gens préfèrent se tourner vers d'autres alternatives, comme les pasteurs ou les charlatans, pour des problèmes psychologiques. L'un de mes principaux défis est donc de briser ces mythes et de sensibiliser le public aux avantages de la consultation psychologique », conclut celle qui, désormais, est devenue Sainte Dypne.
Octave A. Bruce
Au Togo, le paysage des acteurs du financement participatif enregistre depuis peu l’arrivée d’un nouvel acteur : FINTOU. La startup, portée par deux jeunes entrepreneurs locaux, se veut une alternative crédible en misant sur un point : « prendre en compte les réalités locales ».
Mi-novembre 2023. Devant une cinquantaine de personnes invitées dans les locaux de l’incubateur gouvernemental NunyaLab à Lomé, deux jeunes développeurs, Kokou Nouvor et Fandam Tahalgbanti achèvent de dévoiler leur dernière création, la plateforme de collecte de fonds Fintou.
Le projet, qui s’inspire d’une précédente solution d’encaissement de fonds et de transferts d’argent dénommée DobbeePay, se présente comme une plateforme simplifiée de collecte en ligne.
« La balle est désormais dans votre camp. La réalisation de projets puissants est possible lorsque chaque individu contribue à la réussite commune », martèle le premier, en reprenant une célèbre phrase en guise de conclusion de sa présentation.
Cet appel à l’engagement communautaire semble en effet être la trame même de la nouvelle solution qui vient d’être lancée : « Fintou est né d’un besoin de financement pour la réalisation d’une idée d’entreprise. Dans la quête de financement nous avons découvert le Crowdfunding, un mode de financement alternatif, qui permet de mobiliser des personnes intéressées pour le financement d’un projet. Cela nous a donné l’idée de mettre en place une plateforme similaire et de tester le concept. Nous avons alors remarqué l’importance d’un tel mode de financement, qui répond à la problématique du manque de financement en Afrique, la méthode du ‘Un pour tous, et Tous pour un’ », expliquent les promoteurs, par ailleurs consultants en digitalisation.

La nouvelle solution prévoit plusieurs produits, qui vont de la collecte de fonds aux constitutions de cagnottes, en passant par les donations.
Fintou, dénomination valise formée par la fusion de l’expression ‘Finance pour tous’, aspire à servir de rampe de financement pour une diversité de projets, notamment des initiatives sociales, culturelles, entrepreneuriales. Pour se démarquer, les promoteurs indiquent offrir aux utilisateurs, la collecte des fonds via mobile money dans plusieurs pays d'Afrique et par voie bancaire à l'échelle mondiale.
Leurs cibles, « les organisations, les acteurs culturels et les entreprises », détaille Fandam.
Modus operandi
« Tout débute par la création d’un compte », poursuit le jeune développeur. Une fois passée cette étape, l’utilisateur peut créer et lancer sa collecte de fonds (cagnotte ou compagne), via un gestionnaire accessible depuis le tableau de bord. Cette fonctionnalité débouche sur un monde d'informations : des données sur les vues et les interactions, ainsi que la liste des contributeurs, prête à être téléchargée pour une consultation.
« Les utilisateurs peuvent également connecter leurs réseaux sociaux pour étendre leur communauté, partager des actualités sur leur projet, et choisir entre un mode de campagne privé ou public selon leurs préférences », explique l’équipe projet. Enfin, une fois la campagne terminée, il est possible d'effectuer la demande de reversement des fonds collectés.
Le plafond pour la collecte de fonds (stockés auprès d’un opérateur agréé) est de 3 millions FCFA pour les comptes gratuits, élargi à 500 millions de FCFA pour l’offre Pro (avec coaching et assistance personnalisée). La tarification de l’offre Expert (sur demande), embarque la rédaction de projet, en son sein.
« Bien évidemment, nous percevons une commission sur chaque transaction opérée », précise l’équipe, qui annonce d’ores et déjà travailler sur de nouvelles plateformes (application mobile, logiciel associatif et espace dédié aux organisations).
Si « plusieurs entrepreneurs et entités sont venus aux nouvelles », Fintou espère décoller rapidement, et s’imposer comme la référence du crowdfunding dans le pays et dans la sous-région. Pour commencer.