« Inventif », « innovant », « pratique » et surtout « écolo », les qualificatifs ne manquent pas à la vue du Civic Bag, le sac écologique togolais entièrement recyclé, fait à base de papier ciment. Devenu personnalisable, avec plus de sept tailles différentes selon l’usage souhaité, le sac est sans doute le symbole le plus palpable de la contribution des entrepreneurs togolais au bien-être économique et social. Togo First est allé à la rencontre de son père, Achille Noussia (photo à droite) qui a accepté de retracer l’histoire de ce produit innovant, outil commercial et publicitaire.

Interview.

Togo First : comment a démarré l’aventure Civic Bag ?

Achille Noussia : Elle a démarré le 16 décembre 2016. Le concept au départ était plus une contribution citoyenne destinée à trouver une solution sinon une alternative durable à la problématique des sachets plastiques non-dégradables qui abondaient à chaque coin de rue.

Nous sommes donc partis avec une matière première que beaucoup de Togolais connaissent, le papier ciment. On pouvait choisir une autre matière, disons plus propre, mais il fallait quelque chose qui frappe, qui retienne l’attention, qui a une histoire avec le citoyen. C’est là que l’idée de choisir le papier ciment, utilisé depuis toujours par nos mères pour emballer nos beignets, galettes, brochettes et autres aliments, a germé. Du coup, le défi était plus, de redonner une autre image de ce papier ciment. Il fallait le personnaliser, lui ajouter une plus-value et montrer aux gens que ce que l’on pouvait faire avec le papier utilisé pour confectionner des sacs, on pouvait le faire aussi avec du papier ciment.

Nous avions donc commencé et nous faisions notre com sur les réseaux sociaux. L’année suivante, l’équipe s’est agrandie et nous travaillions ensemble sur les quelques commandes que nous recevions. Ce n’était pas vraiment ça mais bon…

T.F : avez-vous obtenu un appui institutionnel ?

A.N : je suis allé voir le ministre de l’Environnement (André Johnson, ndlr) pour lui présenter le concept et lui expliquer que c’était une participation citoyenne. Il s’est montré émerveillé et a encouragé l’initiative.

Je me suis également approché de quelques chancelleries et représentations diplomatiques basées à Lomé pour leur présenter le produit. J’ai été reçu par l’ambassadeur d’Allemagne avec qui j’ai pu échanger.

En mars ou avril 2017, j’ai été contacté par un ami qui m’informait de la tenue d’une compétition pour entrepreneurs à Lomé et qui souhaitait que je participe. Il s’agissait du concours de start-up organisé dans le cadre du Forum international pour le développement (FIDEA 2017).

C’est vrai qu’avant de me lancer dans l’aventure Civic bag, j’étais déjà entrepreneur. J’avais une petite structure qui évoluait dans le marketing. Je collaborais également avec des amis sur Civic Lab, une initiative destinée à développer des solutions tech. J’ai donc participé à ce concours et quelques temps après, on m’a annoncé que je faisais partie des 10 meilleurs sélectionnés pour une séance ultime de pitch à l’issue de laquelle, le vainqueur serait choisi. Ainsi le 26 mai 2017, nous avons été sacrés lauréats de ce prix. Il n’y avait pas de récompense en espèces mais un accompagnement en communication et en coaching. C’est ce qui nous a vraiment lancé parce que j’avais certes foi en ce projet, mais je n’avais pas prévu un développement aussi rapide.

D’autres prix ont suivi, notamment le Forum socio-économique pour le développement (FOSED-kpékpé 2017), le Prix jeune entrepreneur influent de l’année 2017, etc.

T.F : 2018, l’année de la confirmation ?

A.N : Effectivement. Les commandes pleuvaient. Les gens ne voulaient plus seulement du papier ciment mais aussi d’autres types de sacs et là, nous avons repensé un peu notre business model. Nous personnalisions désormais les sacs, nous refaisions carrément le design. Nous en faisions donc pour des salons thé ou des boulangeries, et des sacs en couleur avec des motifs.

T.F : comment Civic Bag se fournit-il en papier ciment ? 

A.N : Nous nous approvisionnons auprès des maçons constructeurs, des briqueteries, et auprès des particuliers qui en disposent. Nous sommes en bons termes avec les différents acteurs du recyclage mais nous n’avons pas encore un partenariat formel avec eux.

T.F : comment se passe la transformation du papier ciment en sac? Décrivez-nous le processus.  

A.N : Après la collecte du papier ciment, nous procédons au traitement. On fait ensuite la coupe des plans qui doivent servir à faire le sac. Si le sac est à personnaliser, on procède à l'impression. Après cela, on procède au façonnage et à la finition enfin. 

T.F : 2 ans après le début de l'aventure, que donne Civic Bag en chiffres ?

A.N : En 2 ans d'activité, nous avons produit environ 44 900 sacs et emballages confondus. Nous avons recyclé 26 000 paquets de ciments. L'impact de CivicBag a permis d'épargner à l'environnement, 5 388 000 sachets plastiques non biodégradables. 

CivicBag emploie de façon permanente 4 personnes et 2 autres à temps partiel. Nous avons gagné 4 distinctions.

T.F : des perspectives ?

A.N : S’équiper en machines. Notre production est encore largement manuelle et vous comprenez qu’elle nous retarde un peu alors que la demande devient de plus en plus forte. Cela augmentera la capacité de production et réduira les coûts. L’objectif est que Civic Bag soit dans tous les marchés du Togo.

Interview réalisée par Octave A. Bruce et Renaud Ayi Dossavi

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Nous sommes en novembre 2017, Foire Internationale de Lomé. Le Premier ministre puis la ministre en charge du numérique, en visite sur le site s’invitent sur le stand d’une jeune équipe d’ingénieurs et de développeurs passionnés de culture générale, attirant sur ces derniers les flashes et caméras des journalistes. Après quelques encouragements et conseils prodigués, c’est le déclic. L’idée de créer un outil au service de l’éducation germe et fait son chemin. Un an après son lancement et 2000 utilisateurs plus tard, la mayonnaise tarde toujours à prendre complètement mais l’optimisme est de mise. Togo First est allé à leur rencontre. Interview.    

Togo First : Zonoa, qu’est-ce que c’est ?

Joseph Kodjo Atakpa : C’est une application qui intègre les contenus du programme scolaire togolais sous forme de jeu, étalé sur des quiz et basé sur des résumés de cours. L’ensemble est validé par une équipe d’enseignants qui nous accompagne. L’idée derrière est que les jeunes, surtout des élèves, font une utilisation pas toujours idéale des smartphones aujourd’hui et laisse cela empiéter sur les cours. Zonoa vient donc concilier l’éducation et la technologie dans un environnement ludique, pour ne plus voir les smartphones comme un handicap à la réussite de l’élève. L’élève jouera en répondant au quiz qui, on le rappelle, s’inspire du programme éducatif national en cours.

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T.F : D’où est venue l’idée de sa conception ?

J.K.A : Elle remonte à cinq ou six ans, alors que nous étions encore étudiants à l’école nationale supérieure des ingénieurs (ENSI-Université de Lomé, ndlr). Nous avions remarqué que pendant les activités culturelles, il n’y avait rien qui réunissait les étudiants au sein de l’école. Nous avions donc disposé des paniers dans lesquels nous avons déposé de petites questions de culture générale. Les passants étaient invités à tirer une question chacun et en cas de bonne réponse, repartir avec un petit prix.

L’engouement a été tel que nous avons décidé de le refaire l’année qui a suivi mais en y apportant des innovations. Il s’agissait désormais de s’inscrire et de défier quelqu’un. Nous avons informatisé le système et tout se déroulait en ligne et en réseau. Cela nous a poussés plus tard à développer carrément une application desktop avec laquelle nous avons initié une compétition inter-filières à l’Ensi. Nous avons donc participé avec cette application à quelques concours d’entrepreneurs et manifestations foraines où nous n’avons pas, malheureusement, été lauréats, mais où notre application a fait sensation.

C’est ainsi que plusieurs mois plus tard, nous avons été contactés par un des mentors d’un concours auquel on a participé, le concours Pépites d’Or de la Foire Adjafi. Il nous a aidé à repenser le produit et à le dédier aux élèves en changeant beaucoup de choses et le nommant Zonoa, (qui veut dire en langue locale, le surdoué ou l’intelligent dans le cadre scolaire, ndlr). Nous l’appelions « Carrefour des sciences » et c’était au début destiné de façon globale à toute la population. La nouvelle appli créée s’adressait désormais de façon distincte à 03 catégories de personnes : les élèves, les parents et « Monsieur Tout le monde ».  

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Pour les parents, Zonoa permet de faire le suivi scolaire, d’avoir accès à leurs performances dans telle ou telle discipline, afin de prendre des mesures d’accompagnement physique. Pour tout le monde, l’application offre de la culture générale avec un fort accent sur des questions en lien avec le Togo.

T.F : Outre l’accompagnement de ce mentor, avez-vous reçu un autre soutien ?

J.K.A : Celui d’Inov’up, une structure spécialisée dans l’incubation de jeunes startups. Nous avons été également suivis par le Centre de Gestion Agrée (CGA) pour tout ce qui est comptabilité et fiscalité. Rappelons que l’application a été développée par des étudiants de l’Ensi, au départ, auxquels se sont ajoutés plus tard d’autres personnes, donc l’équipe s’est quelque peu élargie à un moment.

T.F : Comment obtenir et utiliser l’application ?

J.K.A : Zonoa est disponible en téléchargement gratuit sur Play Store ou peut être envoyée via Bluetooth ou Xender lorsque quelqu’un l’a à côté de vous. Une fois que vous l’avez, vous vous inscrivez. Vous avez besoin de connexion internet à ce niveau pour le faire. Si vous êtes élève, vous avez droit, après l’inscription, à 03 matières avec des contenus limités. Pour avoir accès à l’ensemble des matières inscrites à votre programme, selon votre classe ou niveau, vous devez vous abonner à 200 FCFA/mois ou à 500 FCFA/trimestre. L’abonnement se fait par Flooz ou par Code.   

T.F : Comment réagit le public vis-à-vis de Zonoa ?

J.K.A : Pas franchement de la meilleure des façons, enfin de celles que nous espérons. L’appli est certes destinée aux élèves mais il y a un travail à faire derrière par les parents et les responsables d’établissement, les enseignants ou tous ceux qui interviennent dans le monde éducatif.

Il faut que le parent ne pense plus nécessairement que le téléphone portable est un frein à l’éducation mais plutôt un moyen qui peut aussi aider l’élève dans son cursus. Nous allons parfois dans certains établissements scolaires pour nous entretenir avec certains responsables, pour leur présenter l’appli et parler de Zonoa aux élèves mais cela ne rencontre pas toujours un franc succès. Des fois, les responsables ne sont pas clairement intéressés. Il y a aussi certains qui vous accueillent à bras ouverts et vous font confiance.

Autre problème que nous rencontrons, celui de la connexion qui n’est pas toujours très bonne et qui altère un peu la qualité de notre travail et de nos démarches mais nous espérons que tout ira mieux bientôt. Les objectifs que nous nous sommes définis ne sont pas forcément atteints mais nous ne désespérons pas.

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T.F : Quelles sont vos attentes et perspectives ?

J.K.A : Couvrir d’ici trois ans, tous les niveaux d’éducation, du Primaire en Terminale et impliquer le plus possible de personnes. Nous pensons que Zonoa peut prendre parce que certains parents d’élèves ont manifesté un vif intérêt, ce qui nous laisse à croire que si nous creusons encore plus et explorons d’autres pistes, cela permettra à nos jeunes frères et sœurs de s’amuser tout en apprenant. Cela participera à coup sûr à la formation des futurs génies de demain.

Interview réalisée par Octave A. Bruce

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25 octobre 2018, Cap Town en Afrique du Sud, l’application Sos System de la startup Dashmake est lauréate du Prix Anzisha du « choix du public ». Rebelote quelques mois plus tard, en février 2019 où la même application séduit le jury du Prix Total Startupper de l’année et s’adjuge la 1ère place. La startup encore inconnue il y a un an se voit projetée en pleine lumière et veut capitaliser sur ce succès pour réaliser ses rêves de promotion d’un entrepreneuriat social, utile et innovant. Togo First a rencontré son porte-voix. Interview.

T.F : Avant de parler de votre application, présentez-nous votre startup.

Yaovi Agbewonou : Dashmake, qui pour nous veut dire « fabrique de traits », a été fondée par 4 jeunes. L’idée à la base c’était de créer une entreprise capable de développer des solutions permettant de lier les utilisateurs, un peu grâce à des traits d’union, « dash ». Au départ c’était juste un club de passionnés d’informatique que nous avons mis en place. Nous créons des logiciels et des solutions informatiques destinées aux entreprises mais aussi au grand public. Etant jeunes et dynamiques, nous avons pensé que nos solutions devaient apporter une valeur ajoutée à des secteurs restés jusqu’ici classiques, sans grande innovation technologique. C’est dans ce cadre que nous avons développé Sos System dédié à la santé, ou encore FarmApp dans le domaine de l’agriculture que nous prévoyons de lancer d’ici la fin de l’année ou début 2020 si tout va bien. Cette dernière permettra de révolutionner le domaine de l’élevage.  

T.F : On va maintenant s’intéresser à l’application qui vous a révélé, Sos System. Qu’est-ce-que c’est ?

Y.A : C’est un système informatique de gestion, de géolocalisation des sinistres, destiné aux assurances et aux secours, qui résout les problèmes de prise en charge adéquate des victimes et d'informations de santé des populations.

Il est constitué de 2 applications phares, SOS Mobile et SOS Ask, plateforme de diffusion des campagnes de sensibilisation sur la santé. Il y a aussi une interface de supervision, SOS Superviseur conçue pour localiser et gérer sur une carte, les signaux émis par les utilisateurs de la plateforme mobile. Elle est dédiée aux secouristes.

Vous lancez un signal en prenant une photo de ce à quoi vous assistez et vous l’envoyez. Nous réfléchissons sur certaines améliorations qui vont se faire cette année. Nous voulons simplifier au maximum SOS et la rendre plus soft et plus facile dans son maniement. Qu’elle soit la première plateforme digitale à proposer des produits d’assurance, qui correspondent à des besoins spécifiques de nos utilisateurs. L’assureur ne présente plus un large éventail de produits, mais propose le produit qui est adapté au client qui utilise notre application. Ceci sera dans le cadre d’un partenariat avec les assureurs.

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T.F : Parlons justement des assureurs. Comment perçoivent-ils votre application ?

Y.A : Nous avons travaillé en version test avec le département sinistre de NSIA-Togo, et c’est encourageant parce que l’idée en soit est innovante. Pendant longtemps, les assureurs ne sont pas arrivés à toucher le grand public. Ils ne touchent, soit que des entreprises, soit une classe aisée, mais la grande masse est encore délaissée. Après, nous allons l’étendre aux autres structures d’assurances.

T.F : Votre application est basée sur internet. Ne craignez-vous pas qu’elle ne suscite de l’engouement dans les zones à faible pénétration internet ? Le terreau est-il favorable ?

Y.A : Oui, nous pensons que le terreau est favorable. Par exemple, lorsque la version 1.0 de l’appli a été lancée, nous avons eu beaucoup de retours d’utilisateurs par rapport à l’instabilité internet, entre autres. Et aujourd’hui, la version 3.0 intègre une innovation intéressante : sans connexion vous pouvez lancer le signal et le système derrière donne aux secours vos latitudes et longitudes. Même sans photo, même sans interaction avec l’application, il y a un signal qui part et qui se retranscrit sous forme de SMS.

D’ailleurs, la version 2.0 permettait de lancer le Numéro vert automatiquement, lorsqu’il n’y avait pas de réseau. Cela vous permet d’appeler les secours.

Dans une certaine mesure, nous avons pris le Togo comme un laboratoire qui va nous permettre d’atteindre notre vision, parce que SOS n’est pas fait pour le Togo uniquement, mais pour l’Afrique et le monde. D’ailleurs notre application a cette particularité d’être répliquée très aisément dans d’autres pays. Nous sommes en train de prospecter sur les marchés en Côte d’ivoire, au Ghana, au Sénégal, au Maroc et au Gabon. Nous avons déjà entamé des discussions avec des partenaires là-bas.

T.F : Avez-vous bénéficié d’un accompagnement ?

Y.A : Oui en 2016, nous avons gagné le 2ème prix du concours AppsTogo lancé par le ministre de l’économie numérique et des innovations technologiques, et nous avons bénéficié du mentorat du Faiej qui nous a appris les rudiments de la préparation des projets entrepreneuriaux, notamment la rédaction de business plan. Aujourd’hui nous avons d’ailleurs considérablement avancé dans la recherche et la mobilisation de financement pour nos projets.

L’année qui a suivi, nous avons remporté le Prix Jambar Tech Lab qui récompense les meilleures innovations technologiques en Afrique francophone. Ce qui nous a donné droit à une incubation par le CTIC Dakar. Nous sommes l’une des rares entreprises basées au Togo mais incubées par le CTIC, qui ne prend généralement en charge que les startups sénégalaises. Si tout va bien sur le plan local avec Djanta Tech Hub, nous pourrions bénéficier de l’accompagnement et de financement à ce niveau.   

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« Nous voulons avoir plus de capital pour pouvoir développer de nouveaux trucs et offrir de meilleurs services. »

T.F : Quels sont vos challenges et ambitions ? 

Y.A : Avoir encore plus de crédibilité et atteindre cette année 250 000 utilisateurs. Plus d’un millier de Togolais utilisent aujourd’hui SOS System. Nous pouvons y arriver même si c’est difficile. Nous voulons avoir plus de capital pour pouvoir développer de nouveaux trucs et offrir de meilleurs services.

A côté, Dashmake travaille sur deux prototypes. Un bracelet à code QR, SOS Bracelet, qui servira de carnet de santé numérique, puisque nous sommes partis du constat selon lequel il n’y a pas de carnet de santé numérique. Aujourd’hui, vous achetez un carnet, on vous fait les soins, demain vous l’oubliez, et vous en achetez un nouveau en cas de pépin. Il n’y a aucun suivi. Donc avec un bracelet connecté, à code QR, qui sera vendu dans des pharmacies, vous permettra, lorsque vous allez dans un hôpital ou dans une clinique, de faciliter les choses.

Le deuxième prototype est un système embarqué pour véhicule.

Propos recueillis et retranscris par Ayi Renaud Dossavi & Octave A. Bruce

Publié dans TIC

« Difficile de faire plus direct…», penserait-on au sortir d’une discussion avec Ismael Kassime, jeune entrepreneur togolais et Co-promoteur du Label Lafiè, spécialisé dans la production et la commercialisation de produits issus du Néré, arbre aux mille et une vertus des savanes africaines. Car ce qui capte l’attention, ce n’est pas vraiment ce que deviennent les graines du Parkia Biglobosa, nom scientifique de cet arbre appelé sous divers vocables dans la sous-région ouest-africaine. Plutôt la détermination, la vision presque contagieuse et le franc-parler qui animent l’ex-pensionnaire du programme Tony Elumelu. Et de franc-parler, il en a justement fait montre dans cet entretien avec Togo First. Son parcours, Label Lafié, Néré Saveurs, écueils de l’entrepreneuriat togolais, Ismael s’est épanché… Lecture.  

Togo First : Pouvez vous vous présenter ?

Ismael Kassim : Je suis Ismael Kassim, jeune entrepreneur togolais, évoluant dans l’agroalimentaire. Je suis co-fondateur avec Rachidatou Morou (photo), du Label Lafiè, une structure qui ambitionne de devenir le premier label africain de produits locaux sains et nutritifs. Nous nous sommes concentrés sur la filière Néré et nous avons lancé une gamme de produits, « Néré Saveurs », qui est un bouillon culinaire 100% naturel, essentiellement à base de Néré et d’autres épices, tous cultivé localement.

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Le néré est un arbre très présent dans nos savanes et qui produit une gousse enrobée de farine jaune dans laquelle il y a une graine qui sert à faire une moutarde. Cette moutarde est répandue sous le nom « Afiti » et connue sous divers vocables dans la sous-région, « dadawa » au Ghana, « soumbala » au Burkina… En fait, elle est très prisée dans presque tous les pays de la sous-région où selon les estimations, elle est consommée par près de 200 millions de personnes. Pour cette année, nous envisageons de lancer une nouvelle gamme de produits issus du néré parce que nous avons décidé d’exploiter toute la filière en utilisant la farine jaune du Néré pour produire du jus naturel, une bouillie pour enfants et adultes, un couscous naturel, ou encore de la farine pour faire des pâtisseries. On espère d’ici 2020 attaquer d’autres marchés, notamment le marché de l’arachide.

T.F : Pourquoi avoir entrepris dans l’agroalimentaire et précisément dans la filière Néré ?

I.K : Comme tout entrepreneur, nous avons entrepris pour répondre à un besoin précis. Nous avons constaté que nous ne mangions plus du tout sainement et nous avions décidé d’y remédier. En essayant le plus possible de manger naturel, bio et sain. Nous avons donc décidé de mettre en place une structure capable d’aider à avoir une alimentation de qualité pour la population togolaise et africaine.

Pourquoi avoir donc commencé avec un bouillon industriel ? C’est parce que nous avons découvert des chiffres énormes et choquants. Je ne citerai pas de nom mais une grande marque internationale de bouillon industriel que tout le monde connaît vend 14 milliards de cubes de bouillon par an dans le monde. Et leur plus grand marché, c’est l’Afrique suivi de l’Inde.

14 milliards de bouillons, pas en argent mais en nombre multipliés par 25, vous verrez ce que ça donne. Le marché est juste énorme, et on a décidé de s’y lancer. Nos Etats perdent énormément de l’argent à laisser un filon aussi juteux à des exportateurs étrangers ou à des gros groupes industriels venus d’ailleurs.

Donc au-delà de l’aspect social de notre mission qui est d’apporter le bien-être aux gens, nous y avons trouvé une véritable opportunité économique à saisir.  

T.F : Avez-vous reçu un accompagnement dans la mise sur pied de votre structure ?

I.K : Nous avons d’abord commencé sur fonds propres, début 2016, nous avons entamé une phase « recherche et développement » et produit le premier prototype avec nos moyens.

Cela nous a conduits à être finalistes pour le meilleur projet entrepreneurial en décembre 2016 avec le Forum des jeunes entrepreneurs togolais. Après ce forum qui nous a donné un peu de visibilité, nous avons initié des petites rencontres avec des amis et des amis d’amis avec qui nous avons échangé sur notre projet et notre vision. Nous avons présenté le potentiel du projet et avons demandé aux gens de nous faire des micro-prêts de 50 000 FCFA sur 06 mois. Des gens l’ont fait quasiment sans intérêt et nous, en remboursant, nous avons symboliquement ajouté 10% dessus. Donc 06 mois après, nous avons retourné 55 000 FCFA à toutes les bonnes volontés qui ont accepté de nous prêter de l’argent.

Nous avions organisé cela avec Innov’up, (une structure spécialisée dans l’incubation des jeunes start-up, ndlr). Parce qu’il faut le rappeler, après notre place de finaliste au Forum dont j’ai parlé plus tôt, nous avons été placés en incubation au niveau d’Innov’up qui était partenaire avec le forum, pendant 06 mois.

Dans la même année, on a été lauréat Tony Elumelu. On a bénéficié de la formation, l’accompagnement, et un financement de 5000 $, soit près de 3 millions FCFA. Cela nous a permis de passer un nouveau cap et de faire quelques immobilisations.

Dans la foulée, nous avons été lauréat de « Finance ensemble », un site de financement participatif de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), ce qui a permis de faire une levée de fonds en collaboration avec « Ulule », une plateforme de crowdfunding en France. Nous avons levé 3000 euros alors que nous en voulions juste 2000.   

T.F : Comment les consommateurs ont-ils réagi ou réagissent-ils actuellement vis-à-vis de vos produits ?    

I.K : Nous sommes un nouveau produit et généralement les nouveaux produits ont plus de chance mourir tôt que de prospérer. On est donc allés très très doucement, en essayant de fidéliser les clients, pour après les transformer en ambassadeurs. Et les réactions ont été très positives, au Togo et surtout au niveau de la diaspora mais il reste beaucoup à faire. Aujourd’hui, nous sommes assez fiers de voir à quel point nos produits sont en train d’être consommés. Nous avons actuellement une niche propre à nous, nous savons qui sont nos clients et où ils se trouvent.

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T.F : Quelles difficultés rencontrez-vous au niveau de Néré saveurs ?

I.K : La plus grande difficulté reste la même que beaucoup d’entrepreneurs ont ici, le financier. L’écosystème entrepreneurial fait trop dans la promotion du nombre plutôt que dans la qualité et cela n’aide pas toujours.

Cela va ressembler à un procès mais si vous le permettez, nous avons plein de mécanismes mis en place par l’Etat mais je remarque personnellement qu’on a plus envie d’avoir des statistiques, dire que nous avons accompagné 300, 400 ou 500 jeunes entrepreneurs. Mais combien au finish s’en sortent réellement ?

Je pense qu’il faut faire la promotion des champions, se concentrer sur des modèles économiques qui sont en train de marcher. Pour avoir vu ce qui se fait dans les autres pays, et aussi à l’intérieur du Togo, j’ai remarqué que les jeunes ont plus de respect pour d’autres jeunes qui ont réussi. Ils ont juste besoin de référence. Donnez-nous des entrepreneurs millionnaires ou milliardaires et vous verrez que la barre sera haute et l’émulation, stimulée comme jamais.

Cela s’est déjà passé au Togo mais dans un autre domaine, la musique. Le groupe Toofan est aujourd’hui une référence et inspire une jeunesse qui veut leur ressembler, faire comme eux. Lorsqu’ils passent une étape, ils entraînent une partie de l’écosystème musical avec eux. Ils peuvent faire grandir en une seule chanson ou un seul clip vidéo, le niveau national. A titre d’exemple, ils sont allés faire des clips avec de grosses firmes africaines de réalisation et juste après, le niveau des réalisateurs togolais en a pris un coup et a augmenté.

C’est ce qu’il nous faut dans l’entrepreneuriat national. On a besoin de référence. Il ne faut plus donner 2 millions à un jeune et être fier uniquement de dire qu’il l’a remboursé. Lorsque nous participons à des fora et que nous rencontrons des entrepreneurs d’autres pays de la sous-région, nous nous cachons. J’ai un ami qui fait dans l’agropastoral au Mali qui a plus de 10 000 têtes de bétail et qui se fait au moins entre 30 et 50 millions FCFA par an.

Je ne dis pas qu’on va transposer ce modèle, parce que les réalités ne sont pas les mêmes, mais comment faire pour que les entrepreneurs togolais passent un cap et arrêtent d’évoquer le financier comme principale difficulté ? Un autre exemple, le Nigéria entrevoit d’interdire des importations de concentré de tomate. Cela veut dire que les jeunes entrepreneurs qui sont dans le secteur de la tomate viennent de voir leurs possibilités d’être plus visibles sur le marché, augmenter significativement. Et il ne faudra pas s’étonner si dans quelques années, un nouvel entrepreneur nigérian devenait millionnaire ou mieux. Il ne faut plus qu’on soit sous perfusion ici mais qu’on nous apprenne la culture financière, cela permettra de ne pas tuer les initiatives.

T.F : Quelles sont donc vos perspectives à court comme à long terme ?

I.K : Augmenter notre capacité de production.

Notre objectif 2019, est de fidéliser 1000 clients pour notre nouvelle gamme que nous appelons « dosette » et qui est vendue à 100 FCFA. A terme nous projetons un chiffre d’affaire de 36 millions l’année avec ce millier de clients.

Nous voulons grandir, mais grandir au bon moment. Nous avons un plan et une stratégie pour notre entreprise et nous comptons bien le suivre. Nous sommes actuellement dans plusieurs pays de la sous-région, le Sénégal, le Bénin, le Burkina, les Etats-Unis, la France… Nous envisageons même de délocaliser notre unité de production dans les Savanes, à Dapaong plus précisément où nous avons plus de matière première. 

Interview réalisée par Octave A. Bruce.

Publié dans Agro

Jeune entrepreneur en informatique et patron d’une petite entreprise, SKE Group, Kiyou Ekpaou Sama s’est révélé au Togo le 15 février 2018, en lançant officiellement « Zovu », une plateforme qui se veut un accompagnateur éducatif dans un monde de plus en plus sous l’emprise des TIC.  Si le nom séduit d’emblée et fait même sourire dans les écoles parce que rappelant facilement les cartouches, ou ces épreuves déjà traitées qui reviennent en examen et assurant les bonnes notes, le concept plaît et est rapidement adopté. Mieux, le modèle d’entrepreneuriat est apprécié dans la sous-région où il décroche le prix du « Meilleur Manager d’entreprise de l’UEMOA à la 4ième édition du Salon des Banques et PME de l’UEMOA en 2018 ». Zovu, MêWê Long, SKE, Togo First a fait une immersion dans son monde. Interview.

T.F. : Pour les profanes, Zovu, c’est quoi ?

K.S. : Zovu est une plateforme numérique qui permet aux acteurs du monde éducatif d’opérer un certain nombre de choses pour le bien de l’apprenant. Une sorte d’accompagnateur dans le secteur de l’excellence, un secteur où le niveau des élèves est en train de baisser sérieusement, faute de moyens adéquats pour les suivre. Zovu, c’est la façon que nous avons trouvé pour accompagner les apprenants. Et dans un monde actuel où les TIC, et les réseaux sociaux surtout, font la loi, il est très important de leur offrir la possibilité de mieux utiliser les outils numériques pour accéder à l’excellence, qui est la clé pour réussir dans la vie.

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T.F. : Lorsque parlez d’apprenant, à qui pensez-vous précisément ? Elèves, Lycéens, Etudiants ?

K.S. : Ça va même au-delà des étudiants, le terme peut couvrir aussi ceux qui pour diverses raisons n’ont pas pu progresser dans leur scolarisation et se retrouvent un peu « analphabète ». A un certain moment, ces personnes cherchent également à s’insérer dans le monde d’aujourd’hui, qui demande un certain niveau éducatif. Cela dit, dans un premier temps, au niveau de notre plateforme, nous nous focalisons beaucoup plus sur les élèves, notamment, ceux du collège et du lycée. Plus tard, nous irons vers le primaire, et aussi le supérieur. Nous ambitionnons également d’offrir des programmes d’alphabétisation. Zovu se veut dans un futur proche, un moyen utile et facile d’apprendre, tout en faisant un bon usage des TIC.

T.F. : D’où est venue l’idée de créer cette plateforme ?

K.S. : Tout a commencé en 2012, lorsqu’une de mes cousines m’a demandé des épreuves du collège. Je lui ai promis de les lui trouver parce que je me disais que même si je ne trouvais pas les miennes propres, en quelques coups de fil, je les aurai par des amis, des camarades ou des connaissances. Figurez-vous que jusqu’à la fin de l’année, je n’ai pas trouvé une seule épreuve. Le plus douloureux est que ma cousine a échoué à son examen en fin d’année et a redoublé. Cela m’a profondément marqué. Je culpabilisais et je n’arrêtais pas de me répéter que si j’avais trouvé quelques épreuves pour elles, elle aurait peut-être réussi. Et en y réfléchissant, je me suis demandé pourquoi elle devrait avoir autant de mal à trouver des épreuves, et être obligée de le demander à des anciens élèves. Pourquoi n’y a-t-il pas une banque d’épreuves quelque part, un peu comme les annales qui se vendent souvent, où elle pouvait tout simplement aller les récupérer ?  

Dans un monde désormais dirigé par le numérique et dans lequel l’accès à l’information est de plus en plus aisé, pourquoi les contenus locaux ne sont pas facilement disponibles ? J’ai donc pris un calepin et un crayon et j’ai commencé par élaborer un programme qui pourrait faciliter tout cela. J’ai vu un peu mon propre parcours, mes difficultés, mon entourage, mes amis dans l’enseignement, à différents niveau et j’ai fait une petite étude.

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J’ai assemblé un cahier de charge, que j’ai bien structuré, et quelques années plus tard, en 2015, avec une équipe dont je me suis entouré, la version beta du logiciel a été conçue. Nous l’avons mise en exploitation pour observer les interactions et intégrer au fur et à mesure les corrections dans la mesure de nos moyens et par la grâce de Dieu, en février de l’année dernière, nous avons enfin procédé au lancement de la plateforme Zovu (qui signifie en argot scolaire de la langue mina, « épreuve déjà vue ou traitée », ndlr).

T.F : Aviez-vous au préalable une formation ou une qualification en informatique ?

K.S. : Disons que j’ai un parcours vraiment atypique. Après le bac, j’ai un peu déambulé sur le campus. « Je me suis cherché », comme on dit chez nous. Le temps passant, j’ai décidé de rentrer dans la vie active et ne plus dépendre des parents. J’ai donc enchainé les petits boulots, jusqu’au jour où un proche ayant une société dans le développement d’applications m’a proposé de venir travailler dans son entreprise. C’est là que j’ai découvert l’univers du développement et de l’informatique en général. Je n’étais pas forcément emballé mais au moins j’apprenais des choses et ça servait. Lorsque je me suis senti capable de voler de mes propres ailes, j’ai décidé de monter une structure dans le numérique parce que j’avais finalement accumulé assez de contacts et j’ai créé mon entreprise SKE Group. C’est d’ailleurs sous cette bannière qu’on a initié Zovu avec mon groupe d’amis.

T.F. : Comment ça fonctionne ?

K.S. : Il permet aux apprenants d’avoir accès aux épreuves corrigées des établissements partenaires qui sont sur la plateforme. Il y a donc les fournisseurs de contenus, les écoles, les professeurs qui veulent bien rendre accessible leur données et les utilisateurs de contenu qui sont les élèves et tous ceux qui sont intéressés par les contenus. Les professeurs sont eux aussi parfois utilisateurs de ces contenus.

Zovu en tant que structure ne crée aucun contenu. Nous sommes juste une interface qui héberge les épreuves que d’autres viennent consulter et utiliser. Maintenant Zovu compte offrir d’autres services. Nous ne concentrons plus uniquement sur la plateforme, parce que nous nous sommes rendu compte au bout de deux ans de phase pilote qu’au-delà de la plateforme elle-même, il y a pas mal de chose qu’il faut faire en amont.

Au niveau de notre entreprise, il n’était pas logique de commencer simplement avec cette plateforme pour être viable, parce qu’économiquement on ne peut pas tenir, surtout si l’on devait seulement compter sur les entrées liées aux fonctionnalités qu’on a développé.

La pénétration d’Internet au pays  n’est pas encore optimale et nous risquons de n’offrir des services qu’à une frange d’élèves. Vu que nous comptons à un moment rendre payants quelques services.

Nous développons donc actuellement d’autres stratégies, qui vont, tout en nous rendant plus visibles, permettre de poursuivre notre idéal qui est de voir le maximum d’apprenants ou de personnes dans le secteur éducatif s’épanouir et réussir.

D’où le concours « MêWê Long » par exemple, le « Tableau d’honneur », le « Meeting exam sport », activité que nous allons lancer bientôt et qui permet aux élèves qui ne pratiquent pas de matières sportives le long de l’année, faute d’installation sportives ou de personnel dans leur école, de bien se préparer pour leur examen sport.

Nous prévoyons également un Forum d’Orientation des apprenants, pour informer ceux qui sont en classe d’examen, et leur donner des conseils utiles afin de mieux s’orienter une fois à l’université.

T.F. : MêWê Long, on en parle ? Qu’est-ce que c’est ?

K.S. : Mêwê Long veut dire « Je suis intelligent » en Kabyè (langue du nord du pays, ndlr). C’est un concours qu’on organise via la plateforme, pour permettre à des élèves qui sont bons dans leur matière de base, mais pas dans toutes les matières, d’être récompensés. Notre système est tel qu’il fait la promotion de ceux qui sont juste excellents dans tous les domaines. Nous nous voulons détecter les cracks, disciplines par disciplines, surtout scientifiques.

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T.F. : Est-ce que vous bénéficiez d’un accompagnement, des partenaires ou des sponsors ?

K.S.: Oui nous avons quelques partenaires qui nous accompagnent au niveau de quelques activités comme Mèwê Long par exemple. Nous avons des sociétés comme Teolis, la DOSI (délégation à l’organisation du secteur informel, ndlr), T-Oil, Ogar Assurance qui ont décidé de nous accompagner. C’est le lieu de leur dire Merci.

Mais le défi est important et nous profitons de votre canal pour lancer un appel aux sponsors ou aux entreprises qui voudraient bien s’impliquer dans le secteur de l’éducation. Nous envoyons des centaines de courriers mais nous n’avons pratiquement pas de retour donc c’est un peu difficile de concrétiser notre vision.

T.F: Quelles sont vos ambitions ou vos perspectives pour le futur?

K.S.: Jusqu’à la fin 2019, l’objectif est de se déployer à l’extérieur et essayer notre modèle aussi là. D’ici là, nous voulons avancer encore un peu plus, mettre Zovu dans les habitudes. Il y a des opportunités qui s’offrent à nous et nous pensons qu’elles vont nous aider à mieux nous développer.

Zovu est le fruit d’un travail qui a commencé en 2015 et depuis tout ce temps nous avons évolué en auto financement. Bien sûr nous avons fait des progrès, gagné même un prix à l’extérieur mais il nous faut un accompagnement afin de nous permettre de sortir la tête de l’eau.

Aujourd’hui nous avons 25 établissements partenaires, 250 enseignants avec lesquels nous travaillons et près de 1000 personnes qui ont déjà utilisé Zovu. Mais pour que cela soit encore plus impactant, il faudra que les décideurs, les bonnes volontés nous accompagnent, parce que les élites qui constitueront le Togo de demain se trouvent justement sur les bancs et ils ont besoin de nous.

Interview réalisée par Octave A. Bruce

Publié dans Education

Il a été propulsé au-devant de la scène nationale et internationale l’année dernière avec le prix de l’entreprise la plus innovante dans le domaine de l’éducation en Afrique et depuis, il est devenu un acteur majeur de la question de la promotion des sciences au Togo. Son entreprise, « Mobile Labo », couplée à son association, « Les Archimèdes » s’est donnée pour mission de révolutionner l’apprentissage de la science et de dénicher, ambitieux vous en conviendrez, le prochain Einstein sur le continent. Togo First est allé à la rencontre de Dodji Aglago, qui a bien voulu revenir sur ses motivations, son parcours et ses ambitions. Interview.

Togo First : Qui est Dodzi Aglago ?

Dodji Aglago : C’est un jeune entrepreneur à sa façon, directeur de la société Mobile Labo, une entreprise spécialisée dans la conception et la vente des matériels d’expérimentation. Je suis acteur de l’éducation scientifique et je préside une association dénommée Les Archimèdes. Sur le plan international, je représente au Togo le « Next Einstein Forum », une initiative de l’Institut Africain de Sciences mathématiques, qui veut que le prochain Einstein soit Africain. Donc j’ai pour rôle de mon côté, de tout faire pour que  le prochain Einstein soit Togolais.

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Ensuite, je représente également pour le compte de l’Onu, le point de contact du Togo, du Spécial Generation  Advertising Council, une organisation qui œuvre pour les sciences spatiales. Ils disposent de points focaux au sein de chaque pays et je suis celui qui assure cette fonction au Togo.

TF : Intéressons-nous à Mobile Labo et aux Archimèdes. Que faites-vous concrètement ?

D.A : Mobile Labo œuvre dans la conception de matériels d’enseignement des sciences en général comme la physique, la chimie, la géologie, la géographie, la médecine, les mathématiques ou encore l’informatique. On s’attelle à monter les circuits électriques et électroniques afin de montrer aux élèves comment on peut produire de l’énergie, comment à partir de telle substance, on peut produire des réactions chimiques. Nous concevons des supports d’expérience chimique. On travaille sur des cartes géographiques, des espèces biologiques, des roches, bref tout ce qui peut être scientifique et peut aider l’apprenant à mieux assimiler son cours, mais en misant fortement sur la pratique.

« Les Archimèdes », par contre, c’est l’association qui accompagne Mobile Labo et qui regroupe des jeunes scientifiques de formation, qui œuvrent pour la promotion et la vulgarisation des sciences ainsi que la formation des meilleures élites scientifiques de notre pays.

 

TF : Comment est née l’idée de monter Mobile Labo ?

D.A : L’idée de monter Mobile Labo est intimement liée à celle des Archimèdes et a commencé il y a quelques années, lorsque j’étais encore étudiant. Je suis physicien de formation. Après avoir obtenu mon premier diplôme en 2012 et quelques soucis relatifs à des cours de Master, je suis entré dans l’enseignement. Il ne m’a pas fallu longtemps pour observer plusieurs problèmes à corriger dans notre système éducatif. Et le principal était le manque, voire l’absence, de pratique, dans l’enseignement des matières scientifiques. Les cours étant essentiellement théoriques, pour la plupart. J’ai participé à la correction d’épreuves du baccalauréat, et j’ai observé les résultats catastrophiques en sciences physiques. Sur un lot de 200 copies que j’ai eu à corriger, seulement 25 élèves ont obtenu la moyenne. Pour des séries scientifiques, c’est assez problématique, quand on connaît la grande valeur des coefficients des matières scientifiques dans ces filières.

Les échecs qui en résultent, en plus de ruiner l’investissement des parents, minent le développement de nos pays, qui n’arrivent pas à produire suffisamment d’ingénieurs ou de scientifiques.  

Dans des conditions normales, les cours de sciences physique, par exemple, devraient s’appuyer sur des expériences.

TF : C’est à dire, concrétement ?

D.A : Montrer aux enfants ce qu’est un circuit électrique, comment une pile ou un générateur alimente le circuit pour allumer la lampe, est plus bénéfique et mieux pédagogique que l’explication littéraire qui se fait généralement. L’élève apprend mieux, vite et ne risque pas d’oublier de sitôt, parce qu’ayant touché du doigt le mécanisme.

Pour donc pallier à ce problème, j’ai décidé de monter un laboratoire mobile. Lorsque j’ai commencé, je n’avais que ma moto et une simple caisse dans laquelle je mettais des matériels divers, et je me promenais d’école en école.

Il faut dire que beaucoup de chefs d’établissement étaient réticents à l’époque, et certains le sont encore, à me laisser faire des présentations aux élèves. Je demandais juste une demi-heure pour m’entretenir avec eux et je les laissais apprécier. La première victoire a été, lorsqu’après mes passages, les responsables m’ont rappelé et sollicité pour que je revienne réitérer ces brèves présentations qui emballaient les élèves et leur faisait prendre goût aux cours.   

Peu à peu, la demande est devenue importante et variée et j’ai atteint mes limites personnelles. Je vous l’ai dit, j’ai été formé en Sciences physiques. Il me fallait donc m’entourer de gens qui ont d’autres compétences, notamment en biologie, en géologie, en géographie, etc…

C’est ainsi qu’est née l’association « Les Archimèdes » et « Mobile Labo », un mix de diverses compétences qui se sont agrégées pour la vulgarisation de la science dans notre pays.

Plus tard, nous avons constaté que les matériels que nous utilisions nous coûtaient un peu plus parce qu’on les commandait en France. On s’est résolu, à un moment donné, à les fabriquer nous-mêmes, avec nos moyens. Et nous avons ouvert un atelier.  

TF : N’avez-vous pas bénéficié d’une aide extérieure, d’une subvention ou d’un fonds d’appui ?

D.A : En 2016, nous avons eu le soutien de Total Togo, via le concours Total Startupper de l’année que nous avons remporté.

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Ce succès nous a aidés à monter notre structure, et nous a ouvert des portes. Car dans le jury de ce prix, il y avait des membres du Faiej (Fonds d’aide aux initiatives économiques des jeunes, ndlr), que nous ne connaissions pas à l’époque.

Nous les avons rencontrés pour la première fois là-bas. Le jury posait toutes sortes de questions sur la comptabilité et la gestion, des questions auxquelles nous étions peu habituées en ce temps, n’ayant été formé que dans « nos » sciences. Ils ont été cependant emballés par notre présentation et notre projet, et nombreux nous ont félicité et remis leurs cartes de visite, dont Mme Céline Mivédor Gbadamassi Sahouda, la directrice du Faiej.

J’ai écrit à toutes ces personnes une fois rentré et Mme Mivédor a répondu très favorablement. Elle a convoqué à notre intention une grande réunion au siège du fonds, où j’ai mis pied pour la première fois et nous a présenté l’institution, ce qu’ils font pour la jeunesse. C’est là qu’est née la collaboration qui nous a permis de bénéficier d’un accompagnement technique du Faiej. Nous avons été outillés lors de formations techniques, sur l’élaboration d’un Business Plan, la gestion d’une entreprise, etc…

Donc oui nous avons bénéficié d’un accompagnement de la part du Faiej, et cela continue toujours aujourd’hui vu qu’ils nous suivent de près.

TF : Quels sont les succès que vous avez obtenus ?

D.A : Pour moi, le succès ne se résume pas qu’aux prix. Je ne les considère pas vraiment. Le premier succès pour moi et « Les Archimèdes » en général, est d’avoir concrétisé ma vision en démystifiant les sciences.

Que ce soit au niveau du ministère (en charge de l’éducation, ndlr), dans la sous-région ou maintenant en Afrique, lorsqu’on veut citer aujourd’hui des exemples de modèles de formation scientifique, on appelle Mobile Labo et pour moi, c’est une grande réussite.

Nous disposons aujourd’hui de 3 boutiques sur l’étendue du territoire, à  Lomé, Atakpamé et à Dapaong. Nous commercialisons du matériel pour l’enseignement scientifique, sous forme de kit et plus d’un demi-million d’élèves bénéficient de nos produits. Nous vendons et fournissons des services à des écoles, à des ONG dans le domaine de l’enseignement, à des parents d’élèves aussi. Bref, tous ceux qui tournent autour de l’éducation.

Maintenant pour pouvoir accompagner cette vision, on a remporté l’année dernière le 2ème Prix de l’entreprise la plus innovante en Afrique à Dakar avec l’Union Africaine, doté d’une enveloppe de 40 000 $. (Ndlr : lire https://togofirst.com/fr/education/0810-1755-la-start-up-mobile-labo-du-togolais-dodzi-agaglo-remporte-le-prix-africain-de-linnovation-dans-leducation).

Ces fonds vont nous permettre de quitter la production artisanale pour une production industrielle, pour ne plus seulement servir le marché togolais mais sous régional, voire africain pourquoi pas.

TF : Vous avez également représenté le Togo à Addis Abeba.

D.A : Pas seulement là-bas. Dans le cadre du Next Einstein Forum, et des initiatives de l’Union Africaine, nous avons pu partager ce que nous faisons et découvrir ce qui se fait ailleurs. Nous avons ainsi eu l'occasion d'aller présenter notre projet dans différents pays, grâce à notre prix, notamment à Lilongwe au Malawi, où il y a eu le sommet des dix chefs d’Etat « Champions en termes d'éducation sur le Continent ». A Addis, c'était dans le cadre d'un Forum d'entrepreneuriat sur le continent africain, Il faut noter d'ailleurs que dans le système anglophone, l'entrepreneuriat est très intégré au système scolaire.

TF : Mobile Labo aujourd’hui en chiffres, ça donne quoi ?

D.A : 10 laboratoires construits à Lomé et à l’intérieur, dans des écoles publiques comme privées, nationales comme internationales (Lycée Français, Cours Lumière...). Nos laboratoires, ce sont des salles construites, sécurisées, dotées d’équipements pouvant permettre aux élèves et aux enseignants de s’outiller un peu plus.

520 écoles ont bénéficié de nos kits. Ce sont les chiffres obtenus après les comptes effectués en janvier 2018. Nos kits sont un ensemble de matériels regroupés à partir duquel l’élève peut facilement retrouver en pratique ce qu’il a appris ou noté dans son cahier. 400 enseignants accompagnés ou avec qui on a des engagements pour utiliser nos gadgets et produits. Nous allons même travailler avec eux dans les écoles.

TF : Vos perspectives ?

D.A : Aller encore plus loin et faire en sorte que la science soit mieux comprise. Quant à nous, nous aimerions nous voir dans quelques années conquérir plusieurs pays d’Afrique, si ce n’est tout le continent ou que d’autres puissent s’inspirer de notre modèle. Et il faudra l’aide des autorités compétentes, ce que celles du Togo font déjà en nous permettant d’aller librement vers les écoles.

Interview réalisée par Octave A. Bruce et Renaud A. Dossavi

Publié dans Education

Cette année 2019, Champiso projette un chiffre d’affaires de 100 millions FCFA, confie à Togo First, Edem Bessanh, le jeune entrepreneur qui produit et commercialise les boissons à base de champignons.

En ce sens, il dévoile une stratégie qui se décline en trois points : faire une meilleure étude du marché pour connaitre plus précisément les zones où les produits Champiso sont plus consommés.

Le deuxième point consiste à trouver des grossistes qui achètent à la source les boissons. L’avantage avec cette mesure, est que l’équipe de Champiso disposera de plus de temps pour développer et optimiser la qualité de ses produits, détaille le n°1 de Champiso.

La troisième disposition adoptée en ligne avec  l’objectif 100 millions FCFA de chiffre d’affaires, un corollaire de la deuxième étape de la stratégie, est de travailler à ce que le consommateur des produits Champiso ait plus d’impact sur sa santé qu’auparavant. « Si nous développons cette stratégie et que le climat des affaires demeure favorable (ndlr : les tensions politiques ne prévalent pas dans le pays), nous atteindrons et dépasserons même ce chiffre d’affaires », a déclaré rassurant, le jeune entrepreneur.

Séna Akoda

Ayant découvert qu’après plus d’un siècle de culture de cacao, le Togo ne disposait pas de structure de transformation dans le secteur, un groupe de jeunes entrepreneurs s’est lancé en mars 2014 un pari ambitieux : poser le Togo sur la carte mondiale du chocolat. Mus par ce noble idéal, le groupe va aller à la rencontre des producteurs de cacao. Ainsi, naît Choco Togo, une coopérative qui a pour mission de transformer la fève du cacao dans le but de produire du chocolat et ses dérivés, tout en se battant pour la cause des cacaoculteurs, longtemps négligés. Risqué.

Aujourd’hui, la coopérative a (presque) réussi son pari, au point de desservir les lignes d’Asky Airlines ou encore d’exporter 2,2 tonnes de fèves de cacao au Japon.  Togo First a rencontré leur porte-voix, Eric Agbokou. Interview.

Togo First : Comment est né Choco Togo ?

Eric Agbokou : Choco Togo est née d’une association, Enfant-Food-Développement qui a participé à un projet initié par l’Union Européenne en 2013. Le projet, dénommé « Fair Young Sustainable Inclusive and Cooperative » donnait l’opportunité aux jeunes de réfléchir en tant que coopérative et de penser de manière inclusive.

L’association a postulé en tant que partenaire, avec 3 autres pays, la Côte d’Ivoire, la République Tchèque et l’Italie, pays promoteur du projet. Il fallait former une soixantaine de jeunes aux pratiques entrepreneuriales. Un appel a été lancé pour tous les jeunes Togolais désireux d’y participer et près de 180 candidatures ont été enregistrées. 60 ont été retenues et outillés en technique de création d’entreprise et de vie dans une coopérative. S’en est suivi une sélection au terme de la formation et de la phase pratique qui a vu les 6 meilleurs s’envoler pour l’Italie. Je les ai accompagnés. Là, nous avons suivi une formation de fabrication traditionnelle de chocolat à base de pâtes de cacao, en Sicile, et participé à la foire internationale du chocolat équitable.

Au retour, nous avons décidé de nous lancer dans la fabrication du chocolat. Mais devrait-on importer de la pâte de cacao d’Italie, alors que le Togo produit du cacao ?

Des investigations ont été faites et nous avons découvert que depuis l’introduction de cacao par les allemands au Togo en 1884, aucune structure ne transformait le cacao en chocolat. Surprenant.

On a visité des fermes de cacao et le constat a été que près de 80% des cacaoculteurs n’avaient jamais mangé de chocolat, pire, ne savaient pas exactement ce à quoi était destiné le cacao qu’ils produisaient. Dans nos pérégrinations, nous avons rencontré une famille qui, sur 3 générations, a cultivé du cacao sans en connaître les différentes applications.

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« Près de 80% des cacaoculteurs n’avaient jamais mangé de chocolat.»

Notre mission était toute trouvée : transformer d’abord et donner l’opportunité aux Togolais d’avoir accès au chocolat. Il s’agissait désormais de faire en sorte que le producteur togolais sache ce à quoi est destiné son cacao, qu’il en vive décemment sans être spolié et que ce cacao soit aussi transformé et consommé localement. C’est ainsi qu’est né Choco Togo.

TF : Pourquoi une coopérative et non une société ?

E.A : L’objectif à la base était de développer une économie solidaire, un social business, basé sur un développement personnel des membres et aussi sur la recherche des moyens pour survivre. Donc créer des emplois, fait partie des objectifs premiers de la coopérative. Les 7 personnes qui ont suivi la formation en Italie sont les membres fondateurs de la coopérative. Ensemble, nous abordons en équipe toutes les décisions.

Une coopérative, parce que cela permet d’être au plus près des cacaoculteurs, de leurs familles. Tout le monde peut librement exprimer et partager ses craintes, ses appréhensions, sa façon de voir les choses. Ce sont eux qui constituent le premier maillon et il est important qu’ils aient leur mot à dire. L’essentiel est que ce soit le cacao togolais et toute la filière qui en sortent bénéficiaire. Ce modèle de coopérative nous a permis de sillonner tout le Togo, du nord au sud. 600 km à rencontrer, discuter, partager, insuffler une nouvelle dynamique. C’est surtout cela Choco Togo : être au contact de ceux qui sont les premiers acteurs. 

Nous nous battons pour que le cacaoculteur togolais soit bien payé et vive de son travail. Nous avons doublé le prix de nos achats auprès de ces producteurs pour les encourager à continuer et à inciter d’autres jeunes à se lancer aussi dans le secteur.

TF : Avez-vous bénéficié d’accompagnement institutionnel ?

E.A : Choco Togo a commencé en 2014 sur fonds propres. Tout ce dont on disposait au départ, c’était le capital humain. Les débuts ont été difficiles parce qu’il fallait des machines performantes pour produire un chocolat de qualité, bien fondant, comme appris en Italie. Tout se faisait à la main avec quelques équipements inadaptés. On n’arrivait donc pas à vendre ni à décoller véritablement.

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« Les débuts ont été difficiles.»

Mais l’année suivante, nous avons postulé et remporté le 1er prix du PPAO (Projet d’Amélioration de la Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest, ndlr) initié par le PASA (Projet d’Appui au Secteur Agricole, ndlr), ce qui a permis de s’équiper en matériel.

La coopérative a gagné d’autres prix comme le 2ème Prix Sialo (Salon International de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire de Lomé) initié par la Coopération Allemande, le Prix du Meilleur Entrepreneur de l’année 2015 au Togo avec à la clé une cagnotte de 2 millions FCFA. Toujours dans la même année, Choco Togo a reçu une commande de 4000 barres de chocolat du ministère des postes et de l’économie numérique et nous avons lancé le 1er salon du chocolat au Togo.

TF : Comment se fait le travail au niveau de Choco Togo, de la fève au chocolat fondant par exemple ?

E.A : Nous sommes membres de l’association des transformateurs du café-cacao au Togo (ATCC), elle-même membre du Conseil interprofessionnel de la filiale du café-cacao. Au sein de ce conseil, il y a les producteurs, les acheteurs, les exportateurs et les consommateurs. Pour trouver du bon cacao, nous signons un contrat avec la FUPROCAT (Fédération des Unions des Producteurs de Café Cacao) qui identifie pour nous des producteurs avec une certification biologique.

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«… tri, torréfaction, décorticage, mouture… »

La fédération a sélectionné pour nous un producteur dans l’Akébou (au nord du pays). Une fois l’opération réalisée, la coopérative convoie le cacao sur Kpalimé où une première transformation est faite : tri, torréfaction, décorticage, mouture.

C’est après cette étape que la poudre obtenue est envoyée à Lomé où, à l’aide d’une machine de raffinage, on produit la pâte de chocolat. Suit le tempérage et enfin le moulage pour donner ce chocolat qui se retrouve dans nos rayons.

A nos chocolats, nous ajoutons certains ingrédients pour relever le goût comme le gingembre, la noix de coco, l’arachide ou du baobab, des extraits naturels pour donner un peu plus de particularité à nos produits.

Aujourd’hui, Choco Togo ne se résume pas qu’à des tablettes de chocolat. Il y a d’autres produits dérivés comme des cakes, du chocolat chaud, des friandises.   

TF : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

E.A : La coopérative n’arrive pas encore à être véritablement connue sur le plan national. Nous sommes très connus à l’extérieur, grâce notamment aux expositions auxquelles nous avons participé un peu partout en Europe et dans le monde. Choco Togo a participé aux salons du chocolat de Paris, de Bruxelles, de Milan et nous avons impressionné les gens avec notre cacao.

Dans la sous-région, quand on parle du cacao, on pense directement à la Côte d’Ivoire et au Ghana. La coopérative a réussi à mettre le Togo sur la carte du Chocolat dans la sous-région. Maintenant, au Togo, on peine à avoir cette notoriété et cette popularité. C’est pour cela que nous essayons de faire en sorte d’être plus connus, en mettant nos produits dans les rayons d’un maximum de points de vente. Nous sommes actuellement dans une phase où la demande est en train de s’accroître. Bien entendu, cela nécessite d’autres équipements mais Choco Togo veut desservir le plus possible d’endroits sur le territoire. C’est un produit qui donne une identité aux Togolais et nous aimerions qu’ils s’en approprient.

TF : Quelles sont vos perspectives de croissance sur les prochaines années ?

E.A : Dans les 10 prochaines années, nous aimerions transformer toute la production du Togo de cacao en chocolat et dérivés. Le Togo produit chaque année près de 10 000 tonnes de cacao et nous n’en transformons à Choco Togo, qu’une quinzaine tout au plus. Si nous pouvons augmenter notre production, cela va créer d’autres emplois et permettre d’élargir la superficie des terres cultivables du cacao. Le marché africain du chocolat est très vaste mais la coopérative ambitionne juste de s’approprier celui de la sous-région.

Interview réalisée par Octave A. Bruce

Publié dans Agro

Ingénieux, inventif et surtout beau : les qualificatifs ne manquent pas lorsqu’on entre dans l’univers de Gnebi Essohanam, le visage togolais des multiprises en bois. Electrotechnicien et informaticien de formation, le jeune homme âgé aujourd’hui de 33 ans s’est lancé il y a 2 ans dans l’entrepreneuriat en créant ElectroInfo, une structure spécialisée dans la fabrication et la distribution de multiprises et de luminaires décoratifs. Passionné d’innovations technologiques, ce Prométhée des temps modernes ambitionne tout simplement de poser sa marque sur la carte des conceptions utiles du continent. TogoFirst est allé à sa rencontre. Interview.

 

TogoFirst : Comment est venue l’idée de monter ton entreprise ?

Gnebi Essohanam : J’ai obtenu un Bac F3 au lycée après une formation de base en électronique et j’ai poursuivi après des études supérieures en informatique et réseau. A la fin de ma formation, j’ai ouvert une petite boutique dans laquelle je vendais du matériel électrique et électronique. Et j’ai pu constater que les clients achetaient souvent des multiprises en demandant à chaque fois si c’était de bonne qualité. J’ai  alors fait une petite immersion sur le marché des multiprises, et j’ai pu remarquer que la quasi-totalité est importée. Je me suis donc dit qu’avec mes connaissances académiques et mes compétences acquises, je pouvais créer des multiprises Made In Togo, avec un design différent et d’autres fonctionnalités et qui répondent aux normes de ces produits importés. C’est ainsi que j’ai dressé un jour, une liste de matières que l’on trouve partout comme du bois, du plexiglas, des câbles de courant que je suis allé chercher.

L’idée était de créer des produits utiles et décoratifs à la fois. Et chemin faisant, j’ai pensé à ajouter aux multiprises, des luminaires, des lampes de chevet et d’autres accessoires, toujours à partir de produits locaux. J’ai donc réalisé des croquis de quelques échantillons que j’ai soumis à des ébénistes et des spécialistes du bois, pour les sculpter. Cela a été admirablement fait et je me suis chargé d’y mettre des câbles et les ajustements répondant à des sections de sécurité conventionnelles. Ça a été le déclic.   

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TF : Comment les consommateurs ont-ils réagi à tes produits ?

GE : Très favorablement. Les gens ont aimé le concept, et aimé le produit. J’ai présenté ma multiprise pour la première fois à la foire Made In Togo et ça a tout de suite pris. J’ai reçu beaucoup de commandes parce que j’ai su convaincre les visiteurs des garanties qu’offrent nos multiprises, en plus, bien entendu, du caractère décoratif. Il faut reconnaitre que l’idée des multiprises avec des socles en bois existent depuis plus d’une dizaine d’années dans notre quotidien. La principale innovation dans ma création a été de constituer toute la prise à partir de bois et de ne laisser que l’espace pour insérer les prises femelles et les fils. Il en va de même pour toutes les autres créations. Lampes de chevet, de bureau, de table ou encore luminaires et cadres de photos, j’ai apporté une touche décorative à tous ces objets que nous utilisons presque chaque jour.

Au niveau de mes prises électriques ou des lampes par exemple, j’ai ajouté des ports USB. Aujourd’hui on se balade systématiquement avec le chargeur ou le câble donc cela est un plus dans le quotidien.  

TF : As-tu bénéficié d’un accompagnement institutionnel dans la mise en place de ton entreprise ?

GE : Non. Je n’ai bénéficié d’aucun accompagnement jusqu’alors. J’ai entrepris dans un domaine où on ne reçoit en principe pas de formation et dans lequel beaucoup de gens ne s’aventurent pas. J’ai identifié un besoin et une opportunité et j’ai décidé de m’essayer à cela pour voir ce que cela allait donner. J’ai démarré avec mes propres moyens et c’est aujourd’hui maintenant que j’ai le plus grand besoin d’un accompagnement, qu’il soit institutionnel ou pas. Parce que maintenant que j’ai fait mes preuves, exposé mes œuvres et que je reçois des commandes, il me faut plus de moyens. L’achat du bois, la sous-traitance avec les ébénistes, la recherche des meilleurs matériaux électriques et électroniques, tout cela nécessite désormais une plus grande organisation. Pour cela, je multiplie les participations aux concours et appels d’offres pour essayer de gagner un prix ou une enveloppe conséquente qui puisse me permettre de mieux m’établir. A ce titre, j’ai postulé pour le concours J’NOV pour les ODD organisé par le Pnud et le ministère en charge de la jeunesse, que vous avez relayé sur votre site.

Parlant toujours d’un éventuel accompagnement, je suis actuellement en discussion avec un partenaire qui est basé en Côte d’Ivoire, passionné par ce que je fais et qui voudrait investir dans mon entreprise. L’idée étant d’ouvrir dans un an, un relais de mon entreprise là-bas pour vendre mes produits.

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TF : Quelles sont les difficultés que tu rencontres ?

GE : Mes difficultés sont de deux ordres : financier et communicationnel. Comme tout entrepreneur qui se lance dans son activité sur fonds propres, ce n’est jamais évident d’arriver à s’en sortir, sans à un moment ou un autre croiser ces soucis financiers. C’est une chose d’avoir l’idée mais c’est une autre d’avoir des moyens, même s’ils sont dérisoires, pour matérialiser cette idée.

Le second obstacle que je rencontre est celui de la communication. Je suis un technicien et je suis plus doué avec mes outils qu’avec mon verbe. Je ne maîtrise pas vraiment l’art de la communication et il m’est souvent difficile d’arriver à porter mes produits un peu plus loin que par le biais des canaux standards, raison pour laquelle je remercie TogoFirst de me faire découvrir.

D’autres petites difficultés techniques surgissent, bien entendu au fur et à mesure que j’évolue, mais elles sont rectifiées grâce aux divers conseils et apports que je reçois.   

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TF : Quelles sont tes perspectives de croissance dans les prochaines années ?

GE : Devenir une entreprise nationale, spécialisée dans la fabrication de produits électriques à partir de produits locaux, réalisés avec design, goût et innovation, selon le vouloir du client.

L’ambition est de partir un jour à la conquête de l’Afrique, tout en commençant par la zone Uemoa. Je veux faire de ElectroInfo une marque internationale mais qui résonnera d’abord Togolais avant toute chose.

J’ai actuellement un projet en cours autour des rallonges et multiprises étanches destinées aux personnes qui vivent dans les zones inondables ou sinistrées et qui sont en proie aux intempéries. Si j’arrive à mettre sur pied cela, cela fera une innovation de plus à partir d’un objet usuel.

A plus long terme, j’ai de micro-projets allant dans le sens de l’informatique, vu que je n’ai pas oublié que j’y ai des compétences. Mais tout cela va passer par de l’abnégation, de la foi et de la persévérance.  

Interview réalisée par Octave A. Bruce

Publié dans Formation

A quelques encablures de la Colombe de la Paix et sa fresque de l’Espérance, sur la voie pavée qui borde le quartier Amoutivé en plein cœur de la capitale togolaise, une « maison » à l’apparence austère et à l’entrée surmontée d’un panneau, attire le regard.

Tout semble indiquer un lieu sans commune mesure avec les habitations qui l’entourent, tant par l’apparence, que par la nature des activités qui y sont menées.

« Village d’art Tayé Tayé », peut-on lire en empruntant l’espèce de pont-levis qui enjambe la rigole devant l’entrée. A l’intérieur, le visiteur est tout de suite happé par les énormes masques en bois qui observent de leurs yeux inexpressifs l’espace découvert où s’entassent statues, sculptures et autres chefs-d’œuvre.

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Le silence de ce jardin assez curieux, contraste avec l’activité qui règne dans l’arrière-cour. Là, le « village d’art » prend tout son sens : sculpture, peinture, tissage, teinture, batik, perlage…. Un mélange de talent, d’inspiration, d’abnégation, de passion et de volonté qui doit sa création à une personne, Steven.

« J’ai toujours voulu partager ce que j’ai appris avec les enfants démunis et qui n’ont personne »

Agbétoglo Kwami Dodji ou Steven comme nom d’artiste, n’avait pourtant rien d’un meneur d’hommes. Plutôt le genre à demeurer dans son coin et attendre patiemment son heure, comme le raconte un de ses anciens camarades du Village artisanal de Lomé : « Steven est le gars gentil et sympa envers tout le monde, qui déteste l’injustice mais que je ne voyais pas rassembler un jour des gens ou les diriger ».

Steven naît le 23 février 1989 à Lomé dans une famille modeste. Pas franchement doué pour les études, il décide d’arrêter en classe de seconde et se prend de passion pour le bois et ses formes d’applications. Il entre en 2009 au Village Artisanal de Lomé, un centre d’excellence de l’artisanat national où coexiste plus d’une dizaine de sections d’apprentissage allant de la sculpture à la cordonnerie, en passant par la bijouterie ou la calligraphie.

Très appliqué, le jeune homme apprend vite et se perfectionne. Il mûrit de grandes ambitions mais, a un peu de mal avec l’autorité et se rebelle régulièrement lorsqu’il se sent lésé ou incompris. L’histoire avec le Village Artisanal de Lomé s’interrompt alors brutalement : à la suite d’une brouille avec sa direction, Steven se voit contraint de quitter le centre en 2012, trois ans après l’avoir intégré.

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Pendant deux ans, l’ex-pensionnaire du centre multiplie les petits boulots pour survivre et lancer son propre atelier.  

« Mon père est un washman (blanchisseur). Donc je l’aidais de temps en temps en lavant et repassant des habits pour les gens, pour économiser un peu », s’émeut-il.  

Il prend connaissance un jour de l’existence d’un programme de l’Etat qui facilite l’accès des jeunes aux services financiers. Il y souscrit et bénéficie d’un prêt qui lui permet de payer du bois et de commencer à travailler. Lors du remboursement, la directrice de l’institution financière, l’informe qu’un autre programme avait été créé spécialement pour les artisans et qu’il pourrait en bénéficier. Le jeune sculpteur accepte donc et reçoit un financement de 300 000 Fcfa. Le déclic.

« C’était un endroit abandonné, plein d’immondices et d’herbes à qui j’ai redonné vie »  

Les fonds étant désormais acquis, il se lance à la recherche d’un endroit où il peut enfin laisser libre cours à son imagination débordante et à son talent.

« J’ai longtemps cherché l’endroit idéal. Un jour en 2015, en passant sur la voie d’Amoutivé, j’ai vu cet endroit. C’était à la fois une sorte de dépôt d’ordures et de petite forêt où poussaient des herbes hautes et des arbustes. Il y avait une planche qui obstruait l’entrée. Je me suis faufilé à l’intérieur à l’aide d’une machette et j’ai tout de suite décidé que ce sera mon site ».

A la question de savoir pourquoi avoir choisi cet endroit qui n’était pas vraiment ce que l’on pouvait espérer de mieux pour un atelier, il répond l’air enjoué : « J’aime transformer ce que les autres trouvent gâté ou pourri pour leur montrer qu’ils ont tort ».

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Facile à dire. L’aménagement du site lui prendra 8 mois, au cours desquels, la configuration des lieux se dessine peu à peu dans son esprit.

Mû au départ par l’idée de réaliser un centre destiné à aider les jeunes défavorisés, Steven se décide d’abord à contacter ses anciens camarades du Village Artisanal, qui comme lui, étaient à la maison après leur cursus de formation. L’ancien apprenti encourage, motive, harangue et finit par se  découvrir un talent insoupçonné de leader.

Progressivement, ses amis adhèrent et rejoignent. Les idées se précisent. Les ateliers se créent dans une atmosphère conviviale. Ci et là, l’ancienne « forêt » prend des allures d’un pôle artisanal où émergent des ateliers.

« J’ai rejoint Steven dès qu’il m’a contacté et m’a expliqué son idée », raconte Atobian Yaovi, créateur de la marque Ayaov Batik« Je l’ai trouvée géniale et j’ai trouvé que ce serait une bonne chose afin de regrouper nos connaissances acquises lors de nos apprentissages », conclut-il.

Akogogna Amélia, en apprentissage à Tayé Tayé, et seule fille du centre, confie : « J’ai toujours rêvé de faire de la sculpture, faire le métier des hommes. J’aime polir, poncer et créer, donc lorsque j’ai vu le centre, j’ai tout de suite demandé à l’intégrer et j’ai été accueillie comme s’ils me connaissaient toujours ».

Au moment de baptiser son sérail, Steven, revanchard, le nomme « Village d’Art Tayé Tayé ».

« Tayé Tayé vient de l’éwé « Ayé », qui signifie à la fois ruse et prudence. Je l’ai nommé ainsi parce que j’ai appris de mes expériences au Village Artisanal et dans ma vie en général. Je me sers de la ruse et de la prudence pour les nouer autour de moi comme un pagne afin de ne plus commettre les mêmes erreurs ou me faire avoir ».

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Aujourd’hui Steven a plus de 600 œuvres à son actif, réalisées dans divers types de bois (acacia, acajou, ébène, teck…). Il travaille également avec des institutions gouvernementales et privées qui lui commandent des œuvres et des prix pour des festivals et des concours. Certaines de ses créations ont été même exposées dans la sous-région et en Europe.

« D’ailleurs, ajoute-t-il, le nom du centre changera bientôt. Une association (Perle du monde) aura bientôt un partenariat avec nous pour vendre et exposer quelques-unes de nos plus belles œuvres en Europe. Donc son nom s’associera au nôtre sur tous nos produits ». Visionnaire.

« Que les autorités valorisent l’art et multiplient les centres de ce type sur le territoire »

A la fin de cette passionnante immersion dans son monde, Steven généralement gai, prend un air sérieux et lâche : « J’espère que les autorités liront ce message. Si j’avais le pouvoir de le faire, je multiplierai ces centres partout au Togo, au moins dans les 5 régions du pays, et je ferai en sorte qu’après 5 ans dans un centre, que l’effectif soit renouvelé. Des jeunes sont en attente. Donnez-leur les moyens de montrer ce qu’ils savent faire et c’est tout l’artisanat togolais qui en sortira grandi. Pour ma part, j’en aiderai autant que je pourrai grâce à Tayé Tayé et Dieu faisant, la misère, le crime et le banditisme ne toucheront plus autant la jeunesse ».

Octave A. Bruce     

Publié dans Culture

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