Passionné par la protection de l’environnement, Bemah Gado fait partie des jeunes entrepreneurs togolais qui changent le quotidien de leurs communautés.
Lauréat en 2015 du concours « Projet Vert » organisé par le Faiej avec l’appui du Pnud, son projet dont l’utilité publique est reconnue, a reçu le soutien de nombreux partenaires au développement, sur le plan national comme international. Avec son entreprise, il réalise un chiffre d’affaires mensuel de 2 600 000 Fcfa. Il a créé 22 emplois directs et généré plus de 800 autres indirects. Togo First est allé à sa rencontre. Interview.
Togo First : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?
Bemah Gado : Je suis Bemah Gado, j’ai 28 ans. Je suis Directeur de l’ONG « Science et Technologie Africaine pour un Développement Durable » et Directeur Général de la société Green Industry Plast Togo, une société spécialisée dans le recyclage des déchets.
T.F : Pourquoi avoir entrepris dans l’environnement et particulièrement dans le recyclage des déchets plastiques ?
B.G : Je suis né dans le Grand Nord du Togo et je n’ai pas bénéficié d’assez de soutiens financiers pour réaliser mes études. J’ai été accompagné par mes frères pendant mon cursus scolaire et après l’obtention de mon baccalauréat, je suis arrivé à l’Université de Lomé où il fallait me défendre pour vivre et financer ma scolarité. Je m’intéressais donc à toute activité pouvant être source de revenus.
Depuis tout petit, j’avais à cœur les problèmes environnementaux et plus particulièrement de salubrité. J’aimais être propre et vivre dans un endroit qui l’est également. Or à mon arrivée au campus, j’ai remarqué l’état d’insalubrité dans lequel se trouvait cet endroit que je devais fréquenter. Donc, j’ai décidé d’y apporter une solution, sans oublier parallèlement de mener une activité qui me permettra de financer ma scolarité.
A partir de ma deuxième année universitaire, j’ai monté une association avec des amis étudiants, que nous avons dénommée « Science et Technologie Africaine pour un Développement Durable ». Nous avons commencé à mener des actions au sein de l’Université. C’est comme cela que tout est parti. Nous sortions chaque semaine pour faire des nettoyages des sites les plus fréquentés et les plus insalubres sur le campus. Nous dégagions les déchets et nous les entreposions à des endroits beaucoup plus discrets.
Un jour, un acteur de développement local passait et il nous a vus à l’œuvre. Il nous a interpellés et questionnés sur notre activité. A la question de savoir ce que nous faisions des déchets que nous amassions, nous avions répondu que nous nous contentions de les stocker quelque part, loin des regards. Il nous a dit que nous pouvions en faire un business ou une activité génératrice de revenus.
Nous avons donc eu une discussion, et il nous a indiqué une structure au Ghana où une industrialisation s’est développée autour du traitement et du recyclage des déchets.
Nous avons fait le déplacement et nous avons pu effectivement constater qu’il y avait une possibilité d’entreprendre un business tout en protégeant l’environnement.
A notre retour, nous avons collecté des déchets plastiques que nous sommes allés vendre là-bas et nous sommes revenus avec des sous. Cela a été le point de départ effectif des activités de l’association. Grâce aux sommes engrangées avec la multiplication de nos voyages au Ghana, nous avons loué un siège et nous nous sommes mis à réfléchir sur la manière de pérenniser cette activité de façon à ce qu’elle puisse impacter maintenant la communauté et non plus exclusivement l’Université.
Nous réfléchissions sur la question en 2015, au moment où le Fonds d’Appui aux Initiatives Economiques des Jeunes (Faiej), a lancé un concours des Projets Verts, lors des Journées de l’Entrepreneuriat et de Développement (JED) avec l’appui du PNUD. Nous y avons participé et nous avons été lauréats.

Avec la ministre du développement à la base, Victoire Tomégah-Dogbé.
C’est là que l’idée d’entreprise a germé, l’idée de pouvoir mettre en place une entreprise de recyclage de déchets au Togo, pour traiter directement ces déchets au Togo, au lieu de les envoyer au Ghana. Voilà un peu mon histoire et celle de mon entreprise.
T.F : En Dehors du Faiej, avez-vous bénéficié d’autres accompagnements?
B.G : Oui. Nous avons obtenu une subvention de 1,5 million Fcfa après notre victoire au concours, montant auquel se sont ajoutés des appuis complémentaires, aussi bien techniques que financiers, de la Mairie de Lomé et de bien d’autres partenaires.
En effet, le premier est la Mairie de Lomé. Lorsque nous avons commencé la collecte et que nous avons voulu sortir du cadre universitaire et aller dans la ville, c’est à la Mairie que nous nous sommes adressés. Elle nous a fourni les autorisations pour nous installer à proximité de leurs points de déchets. Cela nous a permis de récupérer les déchets que les pré-collecteurs venaient déposer.
Après avoir réussi au concours et au moment où nous devions bénéficier d’une subvention pour monter l’entreprise de recyclage, nous nous sommes encore tournés vers la Mairie pour qu’elle nous octroie un espace afin de pouvoir y développer l’activité. Ce qui a été fait, parce qu’ils ont compris l’utilité de ce projet.
Il y a également eu l’ANASAP, (Agence Nationale de Salubrité Publique) qui nous a aussi accueillis à bras ouverts et nous a accordé une subvention de 1 500 000 FCFA pour commencer le montage de l’unité de recyclage. Le directeur de l’Agence, le Général Béréna, a mobilisé des engins afin de déblayer l’espace que nous a accordé la Mairie de Lomé.
Donc vous remarquerez que c’est tout un maillage d’institutions étatiques qui étaient intéressées, pour gérer un problème qui n’était pas seulement le nôtre mais public. Nous avons également reçu l’appui de partenaires internationaux que je veux remercier par le canal de Togo First.
L’Ambassade de France à travers le Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC), nous a soutenus avec 3 370 000 Fcfa. Le PNUD par le biais du Programme de Micro financement de Fonds pour l’Environnement Mondial nous a accompagnés à hauteur d’environ 15 millions de Fcfa.
Tout ceci a contribué à mettre en place les infrastructures. C’est un grand site qui a nécessité beaucoup d’investissements, notamment la construction des murs et la clôture, les forages, l’électricité et le reste. Tous ces appuis nous ont aidés dans la mise en place des infrastructures. Compte tenu de ces investissements, les fonds de roulement disponibles étaient insuffisants.
Nous avons également sollicité le FAEIJ en 2015, après la subvention, pour un crédit additionnel de 3 000 000 Fcfa et c’est cela qui nous a permis d’acheter la machine et tous les autres outils nécessaires à la réalisation du projet.
T.F : Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous êtes confrontés ?
B.G : Ils sont techniques et financiers. Malgré toutes les sommes que j’ai mentionnées plus haut, il reste encore à faire. Il faut consolider ce qui a déjà commencé, renforcer la base existante en ajoutant des infrastructures. Nous avons besoin surtout d’équipements, de machines.
Il faut avoir une camionnette qui collectera les déchets au niveau des unités de récupération pour pouvoir les envoyer sur le site.
Pour ce qui est du site, il n’est pas encore une construction qui répond vraiment aux normes d’une usine, d’une entreprise ou d’une unité avec toutes les mesures de protection.
Le site de recyclage dans son état actuel, n’est pas encore ce qu’il doit être. C’est vrai que la machine a la capacité de recycler de grands tonnages, mais le site n’a pas encore la dimension d’une infrastructure adéquate pour pouvoir recevoir de grandes quantités pour faire la transformation ; donc il faut aménager des espaces de stockages, de dépôt des matières.
Nous désirons aller vers une production à grande échelle. Pour cela, il faut acheter des machines de qualité pour produire les objets au niveau local au lieu de les importer. Cela fera une plus-value si on produit la matière au niveau local. Ça va réduire les coûts sur les marchés.

Encore du pain sur la planche…
A titre d’exemple, la ville de Lomé produit près de 313 000 tonnes de déchets par an selon les chiffres officiels. Vous avez à peu près 20% qui sont constitués de matières plastiques. C’est vous dire la quantité de travail que nous faisons quotidiennement.
Voilà donc tous les défis auxquels nous sommes confrontés mais nous travaillons sans relâche à la mobilisation des ressources pour atteindre nos objectifs.
T.F : Quelles sont vos projections pour les années à venir ?
B.G : Monter une grande entreprise de recyclage de déchets plastiques de renommée internationale. Pour cela, nous envisageons d’impliquer tout le monde. Quel que soit son statut social. Tout le monde, petit comme grand, peut faire ce travail en séparant les déchets. A notre niveau, nous ne sommes pas sélectifs au moment d’acheter les déchets plastiques qui nous sont apportés. Nous payons tout le monde selon le poids de ses déchets.
L’ambition à long terme, c’est de pouvoir amener tous les ménages à une gestion sociale des déchets en les triant et en revendant les fragments recyclables. C’est comme cela que nous arriverons à bout de nos déchets.
Aujourd’hui j’emploie directement 22 personnes et nous avons généré plus de 800 emplois indirects. Je veux augmenter ces chiffres et faire en sorte que d’ici à 2019, nous soyons autour de 5000 emplois indirects, et une centaine d’emplois directs.
Nous avons constaté que le déchet plastique est de l’or et au lieu de dire l’ordure, nous disons « l’or dure » pour faire un jeu de mots. Si on s’y met tous, chacun pourra en tirer parti.
T.F : Envisagez-vous de sortir de Lomé et conquérir d’autres villes avec votre entreprise ?
B.G : C’est déjà entamé. Nous avons commencé une collaboration avec la Mairie de Tabligbo, et dans un avenir très proche et peut être dans les semaines à venir, nous pourrions démarrer notre collaboration.
Nous avons également reçu les acteurs de Tsévié et de Sokodé dans nos locaux il y a quelques semaines. Ils sont venus voir dans quelle mesure nous pouvons travailler. Et nous sommes en train de voir comment anticiper dans la planification locale, comment participer en intégrant cette phase de gestion de déchets dans ces plans de développement locaux afin que les collectivités ou les villes que nous venons de citer n’éprouvent pas les mêmes difficultés que la ville de Lomé, avant de chercher des solutions. Cela a démarré avec un processus qui est déjà en cours.
Nous avons plusieurs entreprises avec lesquelles nous travaillons. Nous avons une entreprise à Accra, Family Industry Plast, Bel Aqua qui fait du recyclage en plus de l’eau, il y a également des entreprises chinoises avec lesquelles nous collaborons. Au Togo nous travaillons aussi avec plusieurs sociétés de la place.
T.F : Un conseil à un jeune qui a envie de « se salir les mains » comme vous le faites ?
B.G : La jeunesse est le moteur du développement d’un pays. C’est elle qui déborde d’énergie et a beaucoup à offrir à la nation. Le problème des déchets ne finira pas de sitôt. Tous les jeunes peuvent s’y mettre et se joindre à nous. Il n’y a pas que ça à faire. Beaucoup de problèmes sociaux sont là et attendent qu’on les prenne à bras-le corps.
La jeunesse, lorsqu’elle est responsable et consciente, peut participer au processus de développement du pays.
Si nous sommes arrivés à créer tous ces emplois que vous voyez, c’est parce qu’on a pris la responsabilité d’impacter notre société. Et les décideurs ayant compris l’utilité et le sérieux de ce que nous faisons, nous accompagnent.
Si nous arrivons à collaborer avec le gouvernement, avec les organisations internationales avec les administrations publiques, c’est parce que nous avons su montrer notre engagement, notre détermination et surtout notre honnêteté. C’est ce que la jeunesse doit démontrer, regarder où on va, regarder et d’où l’on vient. Il ne sert à rien de rester dans son confort pour dire que c’est parce qu’on n’a pas de relations. Les relations, on les crée à partir de son engagement.
La ministre du développement à la base, Victoire Tomégah-Dogbé, a dit lors de sa visite dans mon centre (à l’occasion de la tournée de proximité entreprise par le ministère en Juillet 2018, ndlr), qu’on crée sa marque et sa responsabilité à partir des actes qu’on pose.
Interview réalisée par Octave A. Bruce
Rien ne prédestinait Atchabao Achad à l’entrepreneuriat, encore moins dans le domaine de la santé. Féru de TIC, le titulaire d’une Licence en Informatique Réseaux et Télécommunications, a eu un jour une rencontre qui le bouleversera au point de modifier sa trajectoire professionnelle.
Après bien de pérégrinations et le concours du Faiej, il lance en 2017 Togo Vie, une entreprise qui produit des infusions thérapeutiques connues sous la marque Africa Thé. Désormais il emploie 18 personnes et génère un chiffre d’affaires mensuel de 1 600 000 Fcfa, selon les informations du Faiej.
Togo First l’a rencontré à l’occasion de l’immersion ministérielle dans l’écosystème entrepreneurial de juillet 2018. Entretien.
Togo First : Comment est né « Africa Thé » ?
Atchabao Achad : J’ai commencé très tôt à chercher à travailler. Quand j’étais en deuxième année en informatique, je me suis fait des cartes de visite que je distribuais aux ONG, pour leur montrer mes talents en conception de site web. Donc j’ai décroché des contrats et j’allais souvent du côté d’une banque de la place pour y déposer de l’argent afin de racheter des domaines pour héberger les sites de mes clients.
Un jour à la banque, j’ai vu un homme âgé qui avait perdu l’usage d’une partie de son corps et qui se faisait aider par un jeune. Je l’ai observé pendant un moment et les difficultés qu’il éprouvait pour poser un pied après l’autre m’ont tellement marqué que je me suis approché du jeune. Je lui ai demandé de quoi souffrait le vieux et il m’a dit qu’il était hypertendu. J’ai eu peur.
Quand je suis rentré à la maison dans la soirée et que je me suis mis au travail, l’image du vieux en difficulté, revenait sans cesse dans mon esprit. La question qui me taraudait était : « Est-ce qu’un jour je peux aussi passer par là » ? J’ai donc consacré quelques minutes sur mon ordinateur à chercher des informations sur l’hypertension, tout ce qui l’entoure et comment faire pour l’éviter. Dans mes recherches, j’ai remarqué qu’il y avait un ingrédient qui revenait : l’ail.
Je suis allé sur les sites de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé, ndlr) et d’autres institutions qui œuvrent pour la santé et j’y ai pu lire que lorsqu’une personne consomme au moins une gousse d’ail chaque jour, elle pourra être épargnée de l’hypertension, du cancer ainsi que d’autres maladies.
Je me suis dit alors qu’il aurait suffi que ce vieux consomme régulièrement de l’ail et il n’aurait pas été dans cette situation. Je me suis demandé s’il le savait lui-même. Parce qu’il se peut que beaucoup de gens n’en aient pas connaissance.
Les jours suivants, j’ai réalisé un petit sondage pour demander aux gens s’ils étaient au courant des vertus de l’ail et s’ils savaient que l’ail pouvait les protéger de l’hypertension, par exemple. Force a été de constater que beaucoup de personnes, même les personnes malades, le savaient parfaitement et connaissaient toutes ses applications.
Pourquoi ne le consommaient-ils pas alors ? J’ai posé la question et pour la grande majorité des réponses que j’ai reçues, soit l’odeur de l’ail était trop forte et indisposait facilement, soit ils n’avaient pas du temps pour l’écraser chaque matin pour l’utiliser. Que faire pour amener les gens à consommer cet ingrédient ? Comment parvenir à le mettre dans le quotidien du Togolais ?
Je rappelle que j’étais en deuxième année universitaire. A la fin de l’année, j’ai décroché un stage en télécommunications dans une structure de téléphonie mobile au Burkina.
Au Burkina, bien que j’allais au stage, la question était toujours là et je cherchais un moyen d’y répondre. Et un fait s’est présenté à moi : à midi, lorsque j’allais à la pause, je remarquais que tout le monde se dirigeait vers des sortes de kiosques où on vendait du thé. Ils raffolent extrêmement de thé et de café, quelle que soit la période de la journée. J’ai fini par m’habituer à force aussi et un jour je me suis dit que, vu la façon dont tout le monde prenait du thé, si on arrivait à mettre un peu d’ail dans chaque tasse, cela veut dire que chaque consommateur pouvait profiter des vertus de l’ail en même temps. Donc j’ai décidé d’explorer cette piste, quand bien même j’étais conscient que prendre quotidiennement du thé ne fait pas partie des habitudes du Togolais. Je me suis dit que ça va venir si on s’y essaie. Voilà donc comment est née et a germé l’idée de Africa Thé...

T.F : Comment la transition « de l’idée à la réalisation » s’est-elle faite?
A.A : Dès que l’idée a germé, j’ai réfléchi à trouver une unité de transformation vu que je ne savais pas comment on faisait du thé.
J’ai cherché et trouvé une structure de transformation du thé Safari au Burkina et dont le promoteur a bien voulu me montrer leurs installations. Il était évidemment très surpris que quelqu’un en stage en télécommunications, s’intéresse d’un coup à la production de thé. Il m’a mis dans de bonnes conditions. Les soirées après le stage, j’étais là-bas et j’ai pu suivre pendant deux (2) mois comment ça se fait.
Quand je suis revenu à Lomé, j’avais cette chaleur en moi, parce que je savais comment faire maintenant pour sauver aussi les gens à travers cela. Du coup, j’ai fait des tests chez moi à la maison, avec de l’ail, parce que là-bas, j’ai suivi tout cela, mais je n’ai pas utilisé de l’ail pour le faire donc je ne pouvais pas être sûr totalement.
J’ai donc produit de petits sachets avec de l’ail selon les techniques apprises et je les ai distribués à des amis et des connaissances en leur disant de l’essayer. Je ne leur disais pas que c’était mes propres créations, plutôt qu’on me les avait offerts aussi. Les retours ont été très excellents et encourageants et c’est lorsqu’on a commencé à me presser de questions pour que je leur ai indiqué le fabricant pour passer éventuellement commande, que j’ai fini par leur avouer que tout avait été fait dans ma chambre à mon retour.
J’ai appris que le Faiej aidait les jeunes à se mettre en place. Je leur ai expliqué l’idée, je me suis inscrit et je suis allé suivre une formation en entreprenariat qui m’a permis de mieux maîtriser les contours de l’activité entrepreneuriale. Après la formation, il fallait laisser un plan d’affaires, ce que j’ai fait. Mais avec la chaleur qui m’animait, je ne pouvais pas attendre le temps que le Faiej étudie nos dossiers. Parce que j’ai compris, lors de la formation, qu’un projet aujourd’hui n’est plus le même dans 6 mois. Donc, il me fallait le commencer à temps.
Avec l’argent que me rapportaient mes petites conceptions de sites, j’ai pu louer une pièce pour y installer ma petite entreprise. J’ai recruté une secrétaire et deux agents de productions. J’ai séparé la pièce pour aménager un petit bureau puis j’ai commencé à produire.
C’est de là que Togo Vie est parti. J’ai produit pendant près d’un an avec mes propres fonds. Les gens appréciaient et c’est ce qui m’a encouragé. Les retours dépassaient les attentes et y avait cette motivation qui m’a permis de continuer.
Avec le temps, j’ai été surpris de recevoir des messages du Cap-Vert, de la Côte d’Ivoire, de gens qui ont dégusté mon thé et qui en demandaient en plus importante quantité. J’ai compris que c’était devenu grand le jour où j’ai reçu une commande de près de 2000 boîtes. Dans la foulée, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo m’a appelé et m’a envoyé au Sénégal pour aller représenter le pays à l’occasion des journées économiques et commerciales entre les deux pays. J’y ai décroché d’autres marchés qui ont révélé la nécessité de produire maintenant en grandes quantités.

T.F : Vous n’avez donc pas bénéficié d’un accompagnement institutionnel ?
A.A : Si, bien sûr. Il fallait donc plus de moyens après avoir décroché les contrats. Je devais maintenant acquérir des équipements adaptés pour renforcer l’activité et produire plus. C’est là que je suis retourné vers le Faiej, vu que mon dossier y était toujours. J’ai également rencontré la Ministre du Développement à la base, Victoire Tomégah-Dogbé qui m’a recommandé à la directrice du Faiej. Tout s’est accéléré et j’ai pu bénéficier d’un financement de 2 497 500 Fcfa. Donc j’ai pu satisfaire la demande.
Nous disposons aujourd’hui d’un laboratoire dans lequel la partie la plus importante du travail se fait. Nous travaillons en partenariat avec un groupement de femmes de Badou (à l’intérieur du pays), qui nous envoie le gingembre et l’ail. Ici, les ingrédients sont soigneusement lavés, désinfectés broyés et séchés avec des machines, avant de passer au papier filtre. C’est tout un travail de longue haleine que nous faisons et qui nous est rendu un peu plus facile par les équipements dont nous disposons.
Aujourd’hui, je suis en train de multiplier les activités au sein de Togo Vie. Nous développons 3 marques : la marque Africa Thé qui comprend elle-même 3 variétés de thé, Ail-gingembre-citron, Adako et Artémisiane.
Il faut préciser que ce n’est plus seulement de l’ail que nous utilisons, mais aussi du gingembre, qui a un grand pouvoir dans l’épuration du corps, et le citron qui n’est plus à présenter.
La boîte d’Africa Thé contient 25 sachets de thé prêts à consommer en infusion, sous forme de thé, avec du lait et du pain ou tout ce que vous voulez.
Elle se vend à 2000 Fcfa sur le marché. A sa sortie de chez nous, il coûte 1500 Fcfa. Nous travaillons avec les supermarchés, les pharmacies et toutes les structures chez qui nous l’écoulons, afin d’harmoniser le prix. Il ne faudrait pas qu’il soit plus cher dans certains endroits que dans d’autres.
La deuxième marque tire vers l’informatique, qui est ma formation de base. Je ne l’ai pas abandonné. Je suis en train de développer une application que je vais bientôt lancer.
Le troisième volet de notre entreprise consiste en une approche de solution que nous sommes en train de trouver pour les problèmes de peau des jeunes filles et des jeunes garçons. C’est un savon produit au Togo mais que nous appelons Brésilien, en référence à la très belle peau brésilienne.

T.F : Comment se comporte la demande d’Africa Thé sur le marché togolais?
A.A : Nous ne sommes pas encore assez connus sur le plan national. La preuve, si nous sortons maintenant et que nous demandons à 3 ou 4 personnes, ce qu’est qu’Africa Thé, il sera difficile d’avoir des réponses affirmatives.
Comme je l’ai dit, il n’est pas dans les habitudes du Togolais de consommer régulièrement du thé comme cela se fait dans d’autres pays, mais je gage que cela viendra. Les retours sont encourageants. La production qui se fait dans nos laboratoires s’écoule toujours. Je n’ai jamais vu une production faire une semaine après sa mise en boîte depuis que j’ai lancé cette structure, donc cela nous rend optimiste quant à la suite. Nous exposons sur presque toutes les foires sur le plan national, les plus réputées surtout. Et c’est pareil à l’extérieur du pays. Nos produits ont été exposés au Burkina, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Bénin, au Ghana et en France à plusieurs reprises par le biais du Faiej.
T.F : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans vos activités ?
A.A : Les difficultés d’avant ne sont plus celles de maintenant. Au début, la première difficulté était l’entourage qui ne comprenait pas ce que je faisais. Cela ressemblait plus à une folie, surtout que j’ai une formation en informatique et que rien ne m’empêchait de chercher un métier dans ce sens. Actuellement, les difficultés sont financières. On a envie d’aller plus loin, mais il faut des moyens pour vulgariser le produit et il en faut encore plus pour le produire. Nous n’avons pas de difficultés techniques en tant que telle, vu que les machines dont nous disposons actuellement sont adaptées pour le moment à notre production. Bien-sûr que sur le long terme, il faudra penser à tout agrandir.
T.F : Parlant justement de long terme, quelles sont vos projections pour les années à venir ?
A.A : Parvenir à mettre notre thé dans toutes les boutiques, les pharmacies, tous les supermarchés et tous les endroits où on pourra en vendre. C’est à ce moment que nous estimerons avoir conquis le marché togolais. Ensuite, mettre Africa Thé partout en Afrique, dans tous les coins, même dans les villages les plus reculés pour essayer de sauver le maximum de gens. Avoir si possible des unités de productions dans tous les pays où ce sera possible. Nous en avons une seconde au Burkina Faso et on voudrait l’étendre aux autres pays.
Je vais faire le lancement officiel de Africa Thé bientôt et j’espère qu’à travers cela, les gens s’intéresseront encore plus à ce produit qui peut facilement les prémunir contre cette maladie et toutes celles qui l’accompagnent.
Ce qui fait que ce thé que je produis à base de l’ail et du gingembre est apprécié est que les gens ont connaissance des vertus de ces ingrédients. C’est comment l’utiliser ou le prendre pour se prémunir qui est la principale difficulté. Maintenant que quelqu’un se propose de leur offrir une façon de le prendre et qui plus est, agréable, c’est plus facile.

T.F : Si vous avez un pouvoir décisionnel, quelles seraient vos priorités ?
A.A : J’aimerais bien que l’entrepreneuriat soit inclus d’une façon ou d’une autre dans les écoles. Si les enfants sont au courant de la chose entrepreneuriale, les idées muriront plus facilement et ils auront tout le temps de les peaufiner et de les adapter aux besoins de la société en grandissant.
Je ferai également en sorte que l’on encourage la promotion du Made in Togo un peu partout sur le territoire, dans les écoles surtout et les marchés. Il faut que les gens consomment ce que nos entrepreneurs fabriquent ici. Cela les boostera et les poussera à être plus compétitifs et à rechercher l’excellence.
Je prends l’exemple des jus de fruits que les jeunes produisent. S’il y avait une politique qui leur permettait d’écouler ces produits dans les cours de récréation, dans les centres d’apprentissage ou encore dans tous les lieux d’affluence, cela donnerait un bon coup de fouet à l’entrepreneuriat togolais.
Nous utilisons beaucoup de produits aujourd’hui sans savoir si on se soigne ou si on se tue. Autant miser sur les produits que nous avons sous nos yeux et à portée de nos mains.
Togo Vie est parti sur un objectif simple au départ : résoudre ce problème de santé qu’est l’hypertension principalement, que les populations togolaises rencontrent. Problème auquel on n’a jamais apporté de solution à la base. Tout est parti de ce constat et aujourd’hui nous essayons d’apporter notre plus pour combattre toutes ces petites maladies de façon thérapeutique.
Propos recueillis par Octave A. Bruce
Icare qui veut voler tout près du soleil. C’est l’image qui vient à l’esprit lorsqu’on échange avec Baga Kossivi, promoteur et directeur général de Veso, le Village d’énergie solaire. Rares sont en effet les jeunes entrepreneurs togolais qui s’attaquent aux questions des énergies renouvelables au point de se proposer comme solution alternative, puis comme complément aux services proposés par l’Etat. C’est pourtant ce défi, en apparence fou, que s’est lancé le jeune promoteur, titulaire d’un BTS en électronique, option énergie, qui s’est par la suite renforcé dans les énergies renouvelables. Préoccupé par la question de l’électricité au Togo, il s’inscrit au programme d’appui du Faiej et participe à des concours qu’il remporte pour la plupart, au point de représenter le Togo à l’extérieur. Dans son plan d’ascension, il finit par monter sa structure. Togo First l’a rencontré lors de la tournée ministérielle organisée il y a quelques semaines par les ministres en charge de la Jeunesse et de l’Emploi des jeunes ainsi que celui de la Communication. Fiat Lux ! (Que la lumière soit !)
Togo First : D’où vous est venue l’idée de monter le village solaire ?
Baga Kossivi: Après mes études, j’ai commencé dans une toute petite boîte en tant que stagiaire. J’ai été embauché et j’ai connu une belle progression. Stagiaire, technicien puis chef technicien, directeur technique après et enfin directeur technico-commercial. Il n’y avait plus de poste à prendre au-dessus à part celui du directeur général… Or je voulais passer à cette étape-là. Donc il fallait créer ma propre structure. Après six ans donc, j’ai eu une discussion avec mon supérieur, au cours de laquelle je lui ai fait part de mon projet de lancer ma propre boîte. Il a été compréhensif et je suis donc parti. Pendant mes deux dernières années de travail là-bas, j’ai commencé à mettre Veso en place à la maison, parce que je voulais faire un truc qui innove et qui aide en même temps…
Et une fois parti, j’ai ouvert la structure. Je le précise, j’ai mis la structure en place, avant de chercher le financement. On ne cherche pas le financement d’abord avec l’idée de créer la structure après. Mes jeunes frères commettent ces erreurs aujourd’hui et connaissent des difficultés dans la mise en place de leur structure. Même si leurs idées et projets sont bons. J’ai monté Veso et j’ai pu avoir une idée de mes besoins, des conséquences que telle action engendrerait et ainsi de suite.
La recherche des clients est allée vite parce que dans le domaine, la demande est forte.
Il n’y a presque pas d’électricité après Mission Tové et dans certaines zones alentours, or ce sont ces nouveaux quartiers qui abritent de nombreux salariés et de nombreuses personnes qui ne peuvent pas vivre en ville, vu qu’il n’y a plus de place ou que le loyer y est cher.
Si nous analysons la couverture énergétique sur l’étendue du territoire, vous remarquez que c’est dans les villes que l’électricité se trouve. Et encore. Même les nouveaux quartiers périphériques de Lomé n’ont pas accès à l’électricité. Et c’est difficile pour les populations de vivre au quotidien. Quand on sait que l’énergie joue un grand rôle, si ce n’est le premier moteur du développement d’un pays, cela interpelle. Quand on regarde également les statistiques nationales, près de 60% de la population n’a pas accès à l’électricité.
C’est eu égard à tout cela que je me suis dit que si on a une alternative qui est le soleil, qui nous est offerte gratuitement, pourquoi ne pas la proposer aux couches de populations vulnérables qui vivent dans les zones les plus reculées ? Surtout lorsqu’on sait que ces populations n’ont aucun accès à l’électricité. C’est alors que je me suis lancé dans la mise sur pied de cette structure qui visait principalement à servir les plus défavorisés en leur proposant de l’énergie solaire.

T.F : Comment les populations ont-elles réagi à votre alternative qu’est l’énergie solaire?
B.K : Positivement. La question de l’énergie concerne tout le monde. Même ceux qui utilisent l’électricité sont concernés par les autres alternatives, pourvu qu’elles soient plus économiques et pas néfastes pour la santé. Donc je n’ai pas eu de difficulté à expliquer ou convaincre les gens avec le sujet. J’ai mis beaucoup de temps à parcourir le terrain et réaliser des sondages, d’autant plus que j’ai eu à travailler dans ce domaine dans une entreprise de la place qui évoluait sur le terrain. J’ai évalué les avantages et l’impact que cela pouvait avoir sur les populations. Donc je peux dire que j’ai eu mes clients avant de démarrer mon entreprise.
T.F : La visite du binôme ministériel chez vous signifie que vous avez bénéficié d’un soutien de la part des institutions de l’Etat. Comment cela s’est-il fait ?
B.K : J’ai été très ébahi lors de leur visite de la dernière fois. Tout ce qui me venait à l’esprit est que Veso a fait se déplacer deux ministres. J’ai été extrêmement ravi de les voir venir s’enquérir de la progression de nos activités.

Maintenant, pour revenir à la question des financements reçus, je voudrais d’abord remercier avant tout, l’Etat Togolais qui, par le canal du ministère du développement à la base, soutient les entrepreneurs togolais et les aide à monter leurs projets. Veso est parti de rien du tout. Je n’avais pour allié que le soleil.
J’ai démarré en janvier 2014 et, dans mes recherches de financement, je suis tombé sur le ministère du développement à la base par le biais du Faiej. Cette année, il était organisé des ateliers de formation, qui visaient à permettre aux jeunes entrepreneurs de rédiger un plan d’affaires. Pour la petite histoire, c’est lors de cette formation en Mars 2014 que j’ai entendu pour la première fois les mots « Plan d’affaires ».
On nous avait informés qu’on sélectionnerait les meilleurs projets qu’on enverrait sur un autre programme à portée internationale. A la fin de la formation, on nous a accordé un temps pour rédiger nos projets, ce que j’ai fait et déposé au niveau du Faiej. C’est après que j’ai appris que mon projet avait été retenu parmi les meilleurs et avait été envoyé sur le plan international. A ce niveau, on ne parle plus de crédits à accorder, mais de subventions.
Nous étions 10 sélectionnés et c’est là que Veso a été choisi comme meilleur projet de l’année 2014, ce qui nous a permis de bénéficier de la subvention PPEJ, l’ancien Fonds d’Insertion des Jeunes, à hauteur de 1 800 000 Fcfa en Décembre 2014.
T.F : Vous avez été lauréat de plusieurs concours et avez pris part à de nombreux évènements qui ont renforcé votre crédibilité au Togo comme à l’extérieur. Pouvez-vous nous en dire plus ?
B.K : Le premier motif de satisfaction est venu avec le Prix PPEJ en 2014. Nous étions plus de 3000 jeunes en formation à l’ENI de Notsè, tous porteurs d’un projet. Le simple fait que Veso ait été déclaré 1er, m’a tellement apporté de joie et de volonté que j’ai décidé de pousser un peu plus loin.
Après cela, nous avons participé au concours du meilleur projet vert, toujours organisé par le ministère du développement à la base par le biais du Faiej et du Pradeb, où nous avons occupé la deuxième place. Nous avons été également 1er prix national et 3ème prix international du « Meilleur Entrepreneur PPEJ » 2016.
Sur le plan international, la cellule ECREEE, qui s’occupe des besoins énergétiques de la zone Cedeao nous a invité pour un renforcement de nos capacités dans le domaine, au Burkina, au Ghana et au Cap-Vert. Après cette série de formations, la cellule a organisé un concours à l’endroit des jeunes qu’elle avait formés, dans le courant 2016, concours où nous avons également remporté le premier prix. Ce sont ces succès rencontrés qui nous ont rendu plus forts et ont conforté notre vision d’avancer et d’aider les autres.
Parlant d’aide, il y a un adage qui dit que « lorsqu’on t’aide à te lever et que tu es debout, tu dois aussi aider un autre à faire pareil. » Nous avons formé à Veso, 145 étudiants. Certains se sont lancés dans leur propre structure et d’autres peinent encore à y arriver. Ce qui est tout à fait normal, parce que le chemin de l’entrepreneuriat est très long et pas facile. Mais à force de persévérance, on finit par y arriver. Nous avons installé sur le territoire près de 13 000 lampadaires solaires qui visent à réduire la consommation électrique et à éclairer les coins les plus reculés.

T.F : Que fait Veso concrètement aujourd’hui ?
B.K : A ses débuts, Veso était dans l’étude, la vente et l’installation des équipements solaires. De nos jours, on a grandi. Veso est devenue une Sarl (société à responsabilité limitée). Nous avons quitté l’étape Etablissement pour être une société en bonne et due forme.
Nous avions lancé un appel pour avoir des souscriptions de parts et on en a reçu énormément, mais nous nous sommes juste arrêtés sur 3. Nous avons donc des associés aujourd’hui et c’est devenu plus sérieux.
Pour donc répondre à la question, nous faisons dans le solaire en général. Tout ce qui se rapporte au solaire. Que ça soit l’installation, l’éclairage, public ou pas, le froid associé au solaire ou encore le pompage d’eau également associé pour les mini-adductions d’eau photovoltaïques. Nous installons des kits, des mini-kits et des mini-centrales. Tout dépend du nombre de ménages ou de clients.
Nous faisons de la formation dans le domaine et nous allons sur des projets photovoltaïques. A part cela, Veso s’est spécialisée aussi dans l’électricité-bâtiment. Câblages électriques pour les grands immeubles entre autres. Nous sommes aussi dans la perforation de nappes phréatiques.
D’ici à deux ans, Veso sera équipée de ses propres machines de perforation et nous pourrons alors nous porter sur le marché plus sereinement.

Nous travaillons avec des partenaires comme Yandalux en Allemagne (spécialisé dans l’électrification rurale, le solaire thermique, l’éclairage solaire, etc…) et le groupe chinois Sunny International Power Corp (fabricant de panneaux photovoltaïques).
T.F : Le Togo a récemment initié une table ronde des bailleurs de fonds, pour le lancement de sa stratégie d’électrification, rencontre à laquelle a participé l’envoyée spéciale de l’Alliance Solaire Internationale, Ségolène Royal. Que faites-vous à votre niveau pour participer à cette stratégie ?
B.K : Nous avons aussi participé à cet évènement que vous avez évoqué tout à l’heure, étant donné que nous intervenons sur le plan national sur la question énergétique. Nous avons fait quelques propositions et avons rencontré des bailleurs afin de travailler de concert pour parvenir à cet objectif cher au Chef de l’Etat et au gouvernement. Nous agissons sur le contrôle qualité. Nous aidons les clients à installer le solaire chez eux car ils ont divers moyens de se le procurer. Nous agissons en fonction des besoins du client et nous faisons tout ce que nous pouvons pour le satisfaire et faire en sorte que la lumière soit chez lui.
Nous agissons en compléments de la Ceet (la Compagnie nationale énergétique). Quoi que l’on dise aujourd’hui, il sera difficile pour la Ceet de couvrir l’intégralité du territoire national du jour au lendemain. C’est là que nous intervenons. Nous sommes là pour pallier les limites de la Ceet pour le moment, et c’est réciproque. Le solaire, en tant qu’alternative, n’est pas non plus une fin en soi. Il a aussi ses limites.
T.F : Quelles sont vos ambitions ou vos perspectives sur les 5 ou 10 prochaines années ?
B.K : Asseoir Veso avec une unité de production des panneaux solaires. C’est notre première vision. C’est ce qui nous a poussés à avoir une relation avec un partenaire. Nous sommes en train d’étudier les moyens de fabrication de panneaux au Togo. Cela fera baisser les coûts et engendrera une forte consommation du produit.
Après cela, nous prévoyons d’installer d’autres unités de productions de batteries, de régulateurs, etc… Bref tout ce qui est nécessaire pour notre travail. L’idée est de faire en sorte que Veso soit une référence dans la sous-région en élargissant son champ d’action.
Tout le monde a besoin de l’électricité. Après l’eau, c’est l’électricité, et elle est le moteur de tout développement. Nous sommes en bons termes avec les autorités chargées de la question énergétique au Togo et je pense qu’ensemble, nous pourrons gagner ce pari.
Propos recueillis par Octave A. Bruce (Stagiaire)
La tournée de proximité de trois (03) jours entamée le mercredi 25 juillet 2018 par la ministre du développement à la base, de l’artisanat, de la jeunesse et de l’emploi des jeunes, Victoire Tomegah-Dogbé, s’est poursuivie ce jeudi 26 juin 2018.
A cette étape, la ministre, en compagnie de son homologue en charge de la culture, Guy Madjé Lorenzo, a mis à l’honneur des entrepreneurs évoluant dans le domaine de l’art et de l’innovation aussi bien manuelle que technologique.
L’art et la création artistique sous toutes ses formes à l’honneur
Le binôme ministériel est allé au village d’art « Tayé Tayé » de Steven Agbétoglo.

Pur produit du Village artisanal de Lomé, le jeune sculpteur a rassemblé autour de lui des jeunes issus du même centre que lui et excellant dans divers domaines : sculpture, art et peinture, couture, fabrication de perles, etc. …

La visite des deux membres du gouvernement a été l’occasion pour ce passionné de bois et de tout ce qui peut en découler, de leur exposer ses difficultés et de solliciter leur appui afin de faire de ce village d’art qui regorge de magnifiques œuvres, un lieu incontournable de l’art et de la création togolaise.

La seconde étape a été au Village Artisanal de Lomé, un cadre tout aussi riche en découvertes artistiques pour les deux ministres. Là, sous la conduite de la directrice du site et du conservateur du village, les deux personnalités ont pu apprécier les diverses créations exposées dans les stands de dessin, peinture, tissage, sculpture et autres arts… Elles ont également saisi l’occasion pour échanger avec les divers artistes et artisans présents sur place.

Jimmy Hope, l’étape surprise
Après ce passage au village artisanal, la délégation a mis le cap sur Baguida, quelque peu à la périphérie de la capitale pour une visite à l’artiste de la chanson et peintre togolais Senaya Koffi, plus connu sous le nom de Jimmy Hope.

Le célèbre rockeur togolais qui a plusieurs cordes à son arc, a offert aux ministres et aux journalistes, une visite guidée de son domicile qui s’est révélé un véritable musée dédié à l’art et surtout à la peinture.
Plus de deux cents (200) œuvres achevées et d’autres en cours de finition ont émerveillé les visiteurs. Le musicien au chapeau et à la guitare, que le ministre de la culture Guy Madjé Lorenzo a qualifié de « patrimoine national », a esquissé quelques toiles avant d’emballer la délégation conquise avec quelques-uns de ses morceaux préférés.

Se prêtant au jeu, la ministre du développement à la base a d’ailleurs demandé à l’icône du rock togolais une composition a capela tirée d’une inspiration subite. Visiblement conquis, les représentants du gouvernement ont ensemble formulé le vœu de voir une école d’art se créer avec comme figure principale l’auteur du morceau culte « It’s too late ».
Jean Koumy, le « tonton amour » de l’art togolais
L’immersion dans le monde de l’art s’est poursuivie avec un tour chez l’artiste peintre plasticien togolo-belge Jean Koumy.
En compagnie de Limda Awesso, son agent Afrique, également artiste, celui en qui « on retrouve à la fois du Picasso, du Chagall, ou encore du Alechensky », tous des artistes peintres de renom, a dévoilé ses œuvres à la délégation.

Comme chez Jimmy Hope, les ministres ont pu constater l’omniprésence de l’art dans le vécu et toute la résidence de Jean Koumy. Ils ont également réitéré le vœu de voir une école d’art s’ériger à Lomé, afin que « les grands artistes du Togo fassent profiter les plus jeunes de leurs expériences ».
La visite s’est achevée par la remise solennelle d’un tableau de l’artiste, grand fan de Paul Ahyi, à la ministre Victoire Tomegah-Dogbé.
Kossi Elom Lovenou : saint crépin qui rêve des chaussures « Made in Togo »
La suite de ce deuxième acte de la tournée s’est effectuée à « Elégance Plus », une entreprise de fabrication de chaussures et ceintures en cuir. Son promoteur, Elom Kossi Lovenou, a été lauréat du concours « Meilleurs Entrepreneurs 2017 », organisé par le ministère du développement à la base.
Celui qui ambitionne de « créer une marque de chaussures typiquement togolaise », a reçu du FAIEJ, un financement de 1 200 000 FCFA en Février 2015, qui lui a permis de créer son entreprise de cordonnerie et de le doter d’un centre de formation.
Formé lui-même en fabrication de chaussures en cuir, il emploie aujourd’hui quatre (04) personnes et a un chiffre d’affaires mensuel moyen de 835 000 FCFA pour un taux de rentabilité évalué à 51%.

Les ministres l’ont félicité pour sa créativité et l’ont encouragé à continuer dans la même lignée.
« L’Abidjanaise », l’hymne à la tresse
Ce salon de coiffure ouvert par Aziandjipe Afiwa, vice-championne du plus grand concours de coiffure africaine, diffusée sur la Chaine A+ et qui emploie près de 26 personnes dont 2 hommes, a été ouvert à Agoè-Assiyéyé dans la banlieue nord de Lomé, il y a encore moins d’un an.

Devant les médias, elle n’a pas caché son émotion pour l’honneur de recevoir les deux ministres. Je suis très « émue aux larmes et fière de recevoir la visite des deux ministres », a-t-elle déclaré. Elle a également annoncé avoir des projets afin d’« aider ses jeunes frères et sœurs qui veulent lui emboîter le pas » et compte sur « le soutien et l’accompagnement des deux ministres ».
L’énergie solaire pour se requinquer
La délégation quelque peu éreintée par cette journée-marathon, aura pour point de chute le Village d’Energie Solaire de Baga Kossivi, 3ème prix international du « Meilleur Entrepreneur PPEJ » édition 2016.
Titulaire d’un BTS en électrotechnique, option énergie, le jeune entrepreneur s’est investi dans l’étude, la vente, l’installation et la réparation des équipements solaires à travers son entreprise VESO (Village d’Energie Solaire).
Il a bénéficié d’un accompagnement de 1 800 000 FCFA en 2016. Il emploie dix (10) personnes dont huit (08) permanents pour une charge mensuelle de 900 000 FCFA et a un chiffre d’affaires mensuel de 1 000 000 FCFA. Le jeune patron, qui a été primé Meilleur Etudiant de sa promotion, a, à ce jour, des partenaires comme Yandalux Allemagne et Sunny International Power Corp de la Chine.
Guy Madjé Lorenzo : « Chercher l’excellence, le prix à payer pour être le numéro 1 »
Dans son mot à l’endroit des médias, le ministre Guy Madjé Lorenzo a dressé le bilan de la journée et exhorté la jeunesse à s’inspirer de ces modèles. « On n’a rien sans rien. Quand on a un don, il faut le cultiver et croire dans l’avenir » a-t-il déclaré en substance. Il a également, pour finir, prôné « la recherche de l’excellence afin de devenir le numéro 1 » et aussi la culture de la paix que tous ces artistes magnifient à travers leurs œuvres.
La tournée de proximité initiée par la ministre du développement à la base, de l’artisanat, de la jeunesse et de l’emploi des jeunes s’achèvera ce 27 juillet 2018 avec la visite dans la région des plateaux de plusieurs entrepreneurs tous aussi inventifs.
Reportage de Octave A. Bruce
Le gouvernement togolais ambitionne de faire du commerce électronique un maillon fort de la croissance économique. Pour y parvenir, des acteurs de premier plan comme Semoa, start-up togolaise, crée et déploie des solutions à destination des particuliers et des entreprises en matière de paiement et d’accès à des services dématérialisés.
Son Ceo, Edem Adjamagbo participait aux travaux de consultation nationale sur l’évaluation de l’état de préparation au commerce électronique au Togo, la semaine dernière. Objectif de la jeune pousse qui s’est vu décerner le fameux « Fintech Africa of the Year 2018 » en début d’année : présenter son nouveau joyau, le Semoa Kiosk. Semoa-Kiosk est un réseau de bornes automatiques de paiements qui permet aux populations africaines de payer des transactions en ligne, notamment auprès des e-commerces, avec leur moyen de paiement privilégié : le cash. Edem Adjamagbo a bien voulu se prêter aux questions de Togo First.
Togo First : Qu’est-ce que les bornes Semoa Kiosk apportent aux Togolais ?
Edem Adjamagbo : Notre objectif est de décentraliser le paiement de factures. Aujourd'hui, tout le monde paie presque partout en espèces. Conséquence : pour payer sa facture d'électricité, il y a de longues queues dans les agences. Grâce au réseau de bornes Semoa-Kiosk nous décentralisons le paiement de ces factures. Ainsi, il est possible de payer sa facture l'électricité dans un Digital Corner équipé de Semoa Kiosk.
Togo First : Outre le paiement de facture d’électricité, quels autres services fournissent-ils ?
Edem Adjamagbo : Aujourd'hui les kiosks proposent le dépôt d'argent sur compte mobile Tmoney, l'achat de crédit téléphonique Togocel, l'achat d'internet mobile Togocel ou encore l'achat de crédit téléphonique Moov.
Nous travaillons avec notre équipe R&D à Lomé pour pouvoir déployer un nouveau service par mois. De la même façon qu'un téléphone devient un smartphone parce qu'on y télécharge des applications, nous travaillons à déployer des nouveaux services pour rendre Semoa-kiosk SMART.
Togo First : Où peut-on retrouver ces kiosks ?
Edem Adjamagbo : Aujourd'hui ces kiosks sont déployés chez nos « early partners » à CCT Batimat (assivito) et Wiistore à Kégué. Ce sont des partenaires qui ont vite saisi l'importance de ce qui se prépare et ont souhaité soutenir cette initiative en accueillant les bornes. Nous les en remercions.
Différents lieux de la ville vont bientôt être équipés : l'aéroport, les supermarchés Champion et Super Ramco, les agences Ecobank Togo.
Nous travaillons également sur un dossier pour le Ministère du Tourisme pour permettre de proposer aux touristes des événements culturels, des circuits touristiques qu'ils pourraient découvrir et payer directement sur des bornes dans les hôtels.
Propos recueillis par Fiacre E. Kakpo
Renforcer les capacités des jeunes artisans Togolais et leur offrir des opportunités. C’est la mission que s’est donnée la ministre du développement à la base, de l’artisanat, de la jeunesse et de l’emploi des jeunes.
Comme une chasseuse de talents, Victoire Tomegah Dogbé multiplie les rencontres avec les jeunes entrepreneurs Togolais. Après avoir visité trois jeunes entrepreneurs la semaine dernière, ce mardi 29 mai, la ministre accompagnée de l’Ambassadeur de Chine, a mis le cap sur l’atelier d’Ayité Gaba, créateur de la marque Franco Dimélo, spécialisée dans la couture et broderie, et surtout, dans la broderie chinoise.
Faisant partie d’une cohorte de six (06) artisans ayant bénéficié d’une formation de 3 mois en Chine sur les techniques de broderie chinoise en 2017, le jeune homme qui dirige un atelier de 45 apprenants impressionne plus d’un. Avec le diplomate chinois, Victoire Tomegah Dogbé a encouragé le jeune entrepreneur Togolais, tout en réitérant son engagement à continuer à appuyer le secteur de l’artisanat à travers des initiatives comme la formation en Chine.
« Nous souhaitons qu’à l’avenir, on puisse donner plus d’opportunités à d’autres jeunes de faire cette belle expérience de la Chine, c’est-à-dire aller apprendre pour pouvoir améliorer ce qu’on sait faire », a déclaré la patronne de l’artisanat togolais.
« J’ai appris par cette belle expérience que les jeunes Togolais sont très doués dans leur travail. Ceci nous encourage à encore faire plus, surtout dans le domaine de la technologie », a assuré Liu Yuxi, Ambassadeur de Chine au Togo.
Le Diplomate n’a pas manqué de féliciter le gouvernement togolais pour les efforts qu’il fournit à l’endroit des jeunes.
Fiacre E. Kakpo
Son rêve : bâtir une entreprise à succès continental à partir du Togo. Pour y arriver, Edeh Dona ETCHRI peut compter sur un impressionnant talent oratoire et une détermination féroce. Car à 31 ans, il a déjà une solide carrière d’entrepreneur derrière lui.
Le parcours est pour le moins atypique. Baccalauréat scientifique, études supérieures d’anglais et de gestion... Avant de découvrir il y a bientôt dix ans le monde de nouvelles technologies en autodidacte.
Il créé en 2011, EDZEPROCOM INFO, sa première entreprise avec laquelle il lance « E-orga », premier système de sécurisation de tickets, de billets et de documents au Togo. « Le E-orga est venu au secours des organisateurs de spectacle et de ceux qui travaillent dans la billetterie». Son système de sécurisation lui vaut en 2014 le prix de l’émergence professionnelle de l’Agence Nationale pour la Promotion de Garantie de Financement (ANPGF). Un système qui a été sollicité par les éliminatoires CAN MONDIAL AFRIQUE DU SUD 2013 comptant pour le match Togo-Gabon, ou encore par la 10è foire internationale de Lomé et par la plupart des grands spectacles à Lomé.
Il lance dans la foulée MIABETOGO MARKET, une plateforme de E-commerce afin d’offrir de la visibilité aux entreprises. Puis WassaSMS une plateforme de SMS marketing qui permet aux entreprises de communiquer avec leur clientèle.
Son application numérique citoyenne Doomevi destinée à favoriser la démocratie participative lui permet d’être lauréat connexions citoyennes 2016 parmi les 15 jeunes d’Afrique francophone sélectionnés par CFI Médias (Agence Française de la Coopération Média). Ce qui lui permet de renforcer ses capacités en gestion de projets numériques avec des formations à Paris, au Sénégal, au Bénin et en Côte d’ivoire au cours de l’année de 2017.
A la tête désormais de la société CLIN SARLU, Dona Edeh ETCHRI a créé «e-agribusiness », une application destinée à « révolutionner le secteur agricole au Togo en prenant en compte les populations à la base ».
Il s’agit en réalité d’une plateforme de mise en relation des acteurs du secteur agricole. Elle permet aux agriculteurs (y compris les plus vulnérables) vivant dans les zones les plus reculées et ne disposant ni d'Internet, ni de smartphones, de trouver de nouveaux débouchés pour leurs productions sur les marchés locaux, régionaux et internationaux. Et d’autre part il met à la disposition des acheteurs des informations pertinentes pour faciliter leurs achats.
Le même système permet de recevoir des conseils d’experts sur les nouvelles méthodes culturales et la météo par SMS pour éviter les risques liés aux aléas climatiques lors de l'étape de production.
Le mérite de la plateforme est également de disposer d’un centre d’appel en langues locales qui permet aux acteurs, la plupart étant analphabètes, d’accéder à des fonctionnalités disponibles sur le canal SMS, USSD, application mobile (play store) et le site web (www.e-agribusiness.com). A noter encore l’introduction des services tels que l’épargne, le financement agricole, l’assurance (santé, individuel accident, perte de récolte, matériel agricole) avec les institutions bancaires et d’assurance classiques.
Un projet avec lequel il remporte en mai 2016 le premier prix des applications innovantes au Togo et le premier prix du Hackathon AgriPME 2017.
A trois mois du lancement du produit, depuis le 10 mai 2017, avec seulement quelques fonctionnalités offertes (la publication, la demande de contact, les alertes sur la disponibilité des produits agricoles par SMS, la consultation des prix du marché et le service météo pour les champs) e-agribusiness compte déjà plus de 3000 utilisateurs inscrits et on peut y retrouver des annonces provenant du Togo, du Bénin, du Burkina Faso, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire.
Prochaine étape, porter le nombre de ses salariés de 7 à 20 pour « bien couvrir le territoire », former le plus grand nombre d’agriculteurs à l’utilisation du système et ouvrir très vite les services financiers afin d’accélérer l’inclusion technologique et financière, et ainsi contribuer à l’amélioration véritable des conditions de vie des acteurs.
L’agriculture occupe plus de 70% de la population active et contribue à hauteur de 40% au PIB du Togo, l’introduction de cette innovation contribuera à coup sûr à la faire décoller davantage.
Jus Délice, une société togolaise au capital d’environ 15 000 € (exactement 10 millions FCFA), créée seulement en janvier 2017, vient de lever le pactole de 2,6 millions € (1,7 milliard FCFA) auprès du fonds Moringa, fonds capital-investissement spécialisé dans les projets d'agroforesterie en Afrique subsaharienne et Amérique latine.
Ce deal est le troisième de rang pour le compartiment Africain du fonds, créé notamment à l’initiative de la Compagnie Benjamin de Rothschild (CBR), et soutenu par la Banque Africaine de développement (BAD).
Grâce à ce partenariat qui marque l’entrée du fonds Moringa au capital de l’entreprise togolaise, Jus Délice va produire du pur jus d'ananas haut de gamme, pressé à partir d'ananas bio frais. Dans le viseur, ce jus d'ananas togolais "pur jus", qualité premium, cible le florissant marché européen des jus de fruit naturels et sains qui représente actuellement plus de 50% de la consommation mondiale. Et dont la croissance annuelle est estimée à environ 10%.
L'investissement de Moringa permettra entre autres la construction de l'unité de transformation de jus la plus sophistiquée au Togo. Aussi visera-t-il le développement du vaste réseau de cultivateurs utilisant les méthodes de l'agriculture biologique avec l’appui de Label d'Or, une entreprise togolaise créée en 2012, actuellement la principale exportatrice de produits Bio.
Concrètement, Jus Délice bénéficiera d’un puissant réseau de producteurs réunissant plus de 7500 agriculteurs organisés en coopératives et repartis dans les filières ananas, papayes, mangues et oléagineux.
Avec ce nouvel horizon, Jus Délice se dote des moyens pour réaliser son ambition : devenir leader de la production de jus Bio de la région comme l’explique Gustav Bakoundah, son PDG.
Une vision partagée globalement du côté des investisseurs : « Notre objectif est de faire de l'entreprise [NDLR : Jus Délice] une référence en matière de jus Bio », soutient Clément Chenost, directeur d’investissement à Moringa.
Pour rappel, chaque année, le Togo produit 600 000 tonnes d’ananas très prisés sur le marché mondial.
Fiacre E. Kakpo
Au Togo, quand on parle d’entrepreneuriat des jeunes, ça rime avec Ismaël Tanko. Modèle à 33 ans, il représente une jeunesse togolaise résolument décidée à changer le visage de l’entrepreneuriat, qui tente de se défaire du mythe de l’élitisme.
Togo First a rencontré pour vous le jeune promoteur de Tanko Timati, la PME spécialisée dans la transformation de tomates en purée sans additifs chimiques, qui tente actuellement de lever 250 millions de FCFA, à travers une ouverture de capital pour développer ses activités. Dans cette première partie de son interview où il donne sa vision de l’agro-industrie togolaise, Ismael nous confie son histoire. Parcours d’une vie, celle de l’entrepreneur-né.
Togo First : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, qui est Ismaël Tanko et qu’est-ce que c’est que Tanko Timati ?
Ismaël Tanko (IT) : Ismaël Tanko est mon nom. Je suis un jeune entrepreneur. J’ai 33 ans. J’ai démarré mes activités génératrices de revenus, mes activités entrepreneuriales en 1999 avec un fonds de départ de 1000 FCFA. De fil en aiguille, d’activité en activité, en commençant par les papiers mouchoirs en passant par la photographie, la vente du jus de fruits, je suis arrivé en 2008, donc 11 ans plus tard, à créer ma première entreprise formelle qui était une entreprise de prestation de services informatiques à partir d’un crédit de 800 000 FCFA obtenu auprès de la Banque Régionale de Solidarité (BRS). Après 2008, et cette 1ère entreprise qui a plutôt très bien marché, en 2012 j’ai racheté pour 2 millions FCFA, encore sur un crédit de la BRS, l’entreprise d’un ami, qui avait un centre informatique et un cybercafé. En 2014, j’ai créé Tim Agro qui avait pour produits principaux les farines de maïs et les farines de manioc. Après Tim Agro, j’ai lancé en 2016, Tanko Timati qui s’appelait au départ Togo Timati.
Togo First : Et comment expliquez-vous Tanko Timati?
IT : Tanko Timati est une purée de tomates naturelle, qui est sans additif, sans conservateur chimique, contrairement à tout ce que nous avons sur le marché aujourd’hui comme purée de tomates ou tomate concentrée qui ne contient que 40 à 45% de vraies tomates et qui contient plein de conservateurs chimiques. Notre purée de tomates se conserve pendant 24 mois ; elle est en bouteille et aujourd’hui nous sommes présents au Togo dans tous les supermarchés : Le Champion, dans certains supermarchés Ramco, dans tous les supermarchés Dauphine ; nous sommes présents aussi au Bénin, au Mali, au Niger et en Côte-d’Ivoire. De façon résumée, voilà qui je suis. Et ce qu’est Tanko Timati. Côté formation, j’ai fait une Maîtrise en Gestion et un Master en accompagnement à la création d’entreprise.

Togo First : Comment vous est venue l’idée de lancer ce produit?
IT : L’idée de lancer Tanko Timati est partie d’un double constat ; le 1er constat est qu’en période d’abondance, en période de récolte de tomates, les paysans perdent une très grosse partie de leurs productions, ils perdent jusqu’à 30% de leurs récoltes. Il fallait trouver une solution à ce gaspillage. La 2è raison, c’est qu’à certains moments de l’année, on ne trouve pas de tomates sur le marché ; les tomates sont excessivement chères. Donc nous nous sommes dit pourquoi ne pas acheter quand c’est moins cher ; on règle le souci de marché et de débouché pour les paysans et puis on vend à un prix stable pour que les populations puissent être certaines qu’elles ne vont pas manger de la tomate à une certaine période de l’année et manger du piment pendant l’autre période.
Togo First : On a tendance à confondre Togo Timati et Tanko Timati. Où se trouve le pont?
IT : Nous sommes passés de Togo Timati à Tanko Timati pour deux (02) raisons fondamentales. La 1ère, nous sommes partis à l’Institut National de la ¨Protection Industrielle et on nous a dit que nous ne pouvions pas protéger Togo Timati parce que « Togo » est un nom usuel qui appartient à tout le monde, Timati également est un nom usuel qu’on utilise pour désigner la tomate ; donc on ne peut pas le protéger. C’est la 1ère raison. La 2ème raison, c’est que, quand nous avons commencé à envoyer les produits dans les autres pays, les gens ont commencé à demander là-bas pourquoi ce sont des produits qui viennent du Togo ; pourquoi est-ce qu’on n’en fabrique pas chez eux ? Alors nous nous sommes dit. Attention ! Il ne faut pas nous créer de la concurrence sur place. Autant prendre un produit qui ait un nom neutre, un nom qui ne dit pas l’origine du produit, pour qu’il puisse être bien écoulé surplace et qu’il n’y ait pas de concurrence.
Togo First : Vous avez eu de la facilité à décrocher le financement de la BRS…y-a-t-il eu accointance ?
IT : Non non! Il n’y a pas d’accointance. Au départ, quand la BRS est arrivée à Lomé, j’ai l’impression que l’optique dans laquelle elle s’est implantée à Lomé, c’était de pouvoir démocratiser le crédit, faciliter l’accès au crédit. A ce moment, ils ne demandaient pas de garantie en tant que telle; ils demandaient juste qu’une personne caution vienne signer pour vous et à l’époque, c’était ma maman. Ma mère avait signé pour moi et j’avais déposé juste 10% du montant que je voulais, 10% de 800 000 FCFA. Autrement dit, j’avais déposé 80 000 FCFA comme garantie financière et ma mère avait signé pour moi.
Mais la seconde fois, les conditions ont été durcies parce qu’ils (les responsables de la BRS) ont dit qu’il y avait certains jeunes qui ne remboursaient pas, qu’ils n’étaient pas sérieux. Donc la seconde fois, au lieu de 10% de garantie financière, ils ont exigé 20%. J’avais donc déposé les 20% de garantie financière et quelqu’un avait signé pour moi. Et en plus, il fallait quelqu’un qui devait payer pour vous au cas où vous ne le faites pas. Aujourd’hui la BRS n’existe plus ; elle a entretemps été rachetée par Oragroup.
Togo First : Comment voyez-vous l’évolution de l’agro-industrie en Afrique subsaharienne plus particulièrement au Togo ?
IT : Je dirai que la complexité, à mon sens, de l’agro-Industrie au Togo vient du fait qu’elle nécessite beaucoup d’équipements qui coûtent cher en général et que derrière, jeunes que nous sommes, n’avons pas forcément les moyens d’acquérir ces équipements sur fonds propres ; nous n’avons pas des facilités bancaires non plus pour prendre des crédits et acquérir ces équipements ; ce qui oblige tout jeune qui veut se lancer dans l’agro-Industrie à commencer très petit ; à acheter des équipements disons artisanaux et qui ne lui permettent pas de faire ses preuves, de démontrer sur le terrain qu’il est capable de ceci, il est capable de cela ou de mettre à disposition des produits qui peuvent attirer l’attention ; qui peuvent plaire au consommateur : et ce n’est que quand il aura démontré cela qu’il pourra trouver des institutions de l’Etat ou des personnes physiques pour l’accompagner vers ce qu’on appelle vraiment l’agro-Industrie. Voilà…
(La suite de cette interview la semaine prochaine)
Propos recueillis et transcris par Fiacre E. Kakpo et Séna Akoda.
Quand le souci de régler le problème de malnutrition chez les enfants rencontre une volonté d’entreprendre et de créer de la richesse pour soi et pour les autres, on obtient « Etablissement Binayah », spécialisé dans la production d'épices et de farines enrichies.
Sa promotrice, Bolognima Anouton Claire, qui a surfé sur des marées, a bien voulu nous parler de ses débuts, sa motivation, ses contraintes et difficultés. Même si elle relève ses succès, elle n’insiste pas moins sur ses besoins de financement dans une perspective de croissance et de production à moindres coûts. Car, c’est uniquement lorsque les coûts et le temps de production seront moindres que ses produits seront plus accessibles à la population, assure-t-elle. Lecture !
Togo First : Comment avez-vous eu l’idée de produire des farines alimentaires ?
B.A.C : J’ai constaté qu’au Togo les enfants étaient malnutris. Dans ma propre famille, nous avons eu des ennuis de santé, carence en fer, sang. J’ai donc voulu régler ce problème dans ma famille et soutenir tous les enfants au Togo en produisant et en mettant à disposition des farines alimentaires qui puissent remonter leur système immunitaire, le fer, le sang ; être en bonne santé comme tous les enfants …
Nous composons nos farines avec les céréales qu’on peut trouver au Togo comme le mil, qui est très nourrissant et qui comporte l’acide folique. Beaucoup trouvent banale cette céréale et ignorent tous ses bienfaits. Le plus souvent, on le retrouve au nord. Ma farine préférée, je l’appelle « Manne Farine de Moringa » qui est aussi très nourrissante qui se compose du soja, de la souche, des épinards, de Moringa et autres. C’est une farine qui est certifiée par l’ESTBA (ndlr : Ecole supérieure des Techniques et Biologie Alimentaires) et c’est très bien. Elle a un pourcentage en fer et est riche en d’autres éléments nutritifs.

« Je suis très contente que les gens apprécient mes produits. »
Togo First : Que faisiez-vous avant de vous lancer dans l’auto-emploi ?
B.AC : Après l’école, j’ai eu une formation en maraîchage. En plus de cela, mon père est paysan ; je m’intéressais beaucoup à l’alimentation. En Allemagne, j’ai également fait des études en nutrition. Pour composer la farine, je sais que dans telle céréale, on peut trouver telle quantité de ceci ou cela et quand je fais la combinaison, je cherche à certifier. Une fois qu’on l’approuve, je mets cela sur le marché. J’ai jugé nécessaire d’avoir un marché complémentaire et je m’intéresse à tout ce qui est légume. Je vends les épices, ou mélange d’épices, le curcuma que je me suis mise à cultiver, l’ail, le gingembre en poudre, etc.
Nous mettons en valeur tout ce qu’on peut trouver au Togo. Nous faisons par exemple des confitures avec des mangues parce qu’en saison des pluies, il y a beaucoup de gaspillages. On conserve les mangues, les tomates et tout ce qu’on peut trouver.
Togo First : Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontée au quotidien ?
B.AC : Il faut dire que nous travaillons manuellement et les choses vont très lentement. Tout de suite, on constate que c’est la fin du mois et il faut payer le personnel… on a le problème de débouchés aussi ; on a un problème de place ; il faut trouver une place appropriée. Nous avons également des problèmes d’argent. Nous voulons mettre des machines plus performantes pour mieux satisfaire la population. Parce que s’il pleut, c’est avec le séchoir solaire qu’on se débrouille mais ce n’est pas aussi grand pour satisfaire toute la population, quand même.
Togo First : A vous suivre, la demande de vos produits est si forte que vous ne parvenez pas à satisfaire les commandes, pourtant vous disiez tantôt avoir des difficultés pour trouver des marchés.
B.A.C : Oui, la demande est très forte quand bien même nous n’avons pas commencé la publicité. C’est vrai. Les gens que nous avons touchés de bouche à oreille sont si nombreux. Il faut courir au moulin pour les satisfaire. Ce n’est pas vraiment ce que nous voulons. Notre souhait, c’est d’avoir tous les produits un peu partout pour que la population elle-même puisse s’approvisionner. Je fais les foires, même internationales, mais ce n’est pas encore ça. Il faudrait mettre un accent sur la communication pour mieux booster les choses.
Togo First : Parlez-nous un peu de vos succès
B.A.C : Des succès, j’en ai eu effectivement. Nous avons commencé tout petit. Je suis très contente que les gens apprécient mes produits. Les commerciaux que j’interroge sur ce point, me font souvent le rapport selon lequel les produits sont appréciés à 100%, parfois à 90%, parfois à 80%. Mais pour être raisonnable, je peux vous assurer que mes produits sont appréciés. Ils sont naturels et ne comportent aucun mélange chimique.
Donc, la satisfaction du client est un motif de satisfaction pour moi-même. Ce n’est pas encore grand-chose mais, je suis parvenue à créer de l’emploi pour moi-même et pour d’autres personnes ; c’est déjà un succès. On a pu résoudre aussi le problème d’emballage. Effectivement, nos produits ne sont pas exposés au soleil comme au marché ; les supermarchés les acceptent quand même ; comme le « supermarché La Concorde », les dauphines, les RMS et les supermarchés comme Epiceries « Le Levant » ; « RAMCO » bientôt. Parfois, nous sommes à 50 000 FCFA par jour, 30 000 FCFA par jour et quelquefois, s’il n’y a pas le marché, 20 000 FCFA par jour. Mensuellement, nous sommes à 1 000 000 FCFA.
Togo First : Quel est votre prochain challenge ?
B.A.C : Je veux avoir des séchoirs performants ; je me bats pour en finir avec la production manuelle. Il faut avoir des machines pour accélérer le processus de production ; c’est cela, mon rêve. Quand on passe tout le temps pour faire la production, on calcule ce temps et le produit devient un peu cher et réservé à une certaine catégorie de personnes ; or moi je veux que le produit soit accessible à toutes les bourses. Il me faudra du financement conséquent. Le PRADEB nous a financés. Mais on n’a pu avoir qu’un séchoir. Dans les années à venir, il faudrait que ma structure soit stable, c’est ça mon plus grand défi.
Togo First : Avez-vous un message pour les jeunes Togolais en quête d’emploi ?
B.A.C : C’est très passionnant d’entreprendre. Je ne dis pas que vous aurez votre succès en dormant ; il y a vraiment des nuits sans sommeil ; il faut réfléchir…, cela te pousse à être responsable car tu es devenu chef de ton entreprise. Aucun paresseux ne peut entreprendre.
Le champ est trop vaste libre ; il y a tellement de créneaux porteurs au Togo…, dans n’importe quel domaine on peut entreprendre ; c’est à chacun de se demander qu’est-ce qu’il est capable de faire… d’ailleurs on n’a pas de concurrent. Même si nous sommes dans l’agroalimentaire où on est en concurrence avec les produits venant de l’extérieur, tout le monde a compris au Togo que les produits naturels sont préférables. Donc à chacun d’oser.
Propos recueillis par Séna Akoda