Au Togo, quand on parle d’entrepreneuriat des jeunes, ça rime avec Ismaël Tanko. Modèle à 33 ans, il représente une jeunesse togolaise résolument décidée à changer le visage de l’entrepreneuriat, qui tente de se défaire du mythe de l’élitisme.

Togo First a rencontré pour vous le jeune promoteur de Tanko Timati, la PME spécialisée dans la transformation de tomates en purée sans additifs chimiques, qui tente actuellement de lever 250 millions de FCFA, à travers une ouverture de capital pour développer ses activités. Dans cette première partie de son interview où il donne sa vision de l’agro-industrie togolaise, Ismael nous confie son histoire. Parcours d’une vie, celle de l’entrepreneur-né.

Togo First : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, qui est Ismaël Tanko et qu’est-ce que c’est que Tanko Timati ?

Ismaël Tanko (IT) : Ismaël Tanko est mon nom. Je suis un jeune entrepreneur. J’ai 33 ans. J’ai démarré mes activités génératrices de revenus, mes activités entrepreneuriales en 1999 avec un fonds de départ de 1000 FCFA. De fil en aiguille, d’activité en activité, en commençant par les papiers mouchoirs en passant par la photographie, la vente du jus de fruits, je suis arrivé en 2008, donc 11 ans plus tard, à créer ma première entreprise formelle qui était une entreprise de prestation de services informatiques à partir d’un crédit de 800 000 FCFA obtenu auprès de la Banque Régionale de Solidarité (BRS). Après 2008, et cette 1ère entreprise qui a plutôt très bien marché, en 2012 j’ai racheté pour 2 millions FCFA, encore sur un crédit de la BRS, l’entreprise d’un ami, qui avait un centre informatique et un cybercafé. En 2014, j’ai créé Tim Agro qui avait pour produits principaux les farines de maïs et les farines de manioc. Après Tim Agro, j’ai lancé en 2016, Tanko Timati qui s’appelait au départ Togo Timati.  

Togo First : Et comment expliquez-vous Tanko Timati?

IT : Tanko Timati est une purée de tomates naturelle, qui est sans additif, sans conservateur chimique, contrairement à tout ce que nous avons sur le marché aujourd’hui comme purée de tomates ou tomate concentrée qui ne contient que 40 à 45% de vraies tomates et qui contient plein de conservateurs chimiques. Notre purée de tomates se conserve pendant 24 mois ; elle est en bouteille et aujourd’hui nous sommes présents au Togo dans tous les supermarchés : Le Champion, dans certains supermarchés Ramco, dans tous les supermarchés Dauphine ; nous sommes présents aussi au Bénin, au Mali, au Niger et en Côte-d’Ivoire. De façon résumée, voilà qui je suis. Et ce qu’est Tanko Timati. Côté formation, j’ai fait une Maîtrise en Gestion et un Master en accompagnement à la création d’entreprise.

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Togo First : Comment vous est venue l’idée de lancer ce produit?

IT : L’idée de lancer Tanko Timati est partie d’un double constat ; le 1er constat est qu’en période d’abondance, en période de récolte de tomates, les paysans perdent une très grosse partie de leurs productions, ils perdent jusqu’à 30% de leurs récoltes. Il fallait trouver une solution à ce gaspillage. La 2è raison, c’est qu’à certains moments de l’année, on ne trouve pas de tomates sur le marché ; les tomates sont excessivement chères. Donc nous nous sommes dit pourquoi ne pas acheter quand c’est moins cher ; on règle le souci de marché et de débouché pour les paysans et puis on vend à un prix stable pour que les populations puissent être certaines qu’elles ne vont pas manger de la tomate à une certaine période de l’année et manger du piment pendant l’autre période.

Togo First : On a tendance à confondre Togo Timati et Tanko Timati. Où se trouve le pont?

IT : Nous sommes passés de Togo Timati à Tanko Timati pour deux (02) raisons fondamentales. La 1ère, nous sommes partis à l’Institut National de la ¨Protection Industrielle et on nous a dit que nous ne pouvions pas protéger Togo Timati parce que « Togo » est un nom usuel qui appartient à tout le monde, Timati également est un nom usuel qu’on utilise pour désigner la tomate ; donc on ne peut pas le protéger. C’est la 1ère raison. La 2ème raison, c’est que, quand nous avons commencé à envoyer les produits dans les autres pays, les gens ont commencé à demander là-bas pourquoi ce sont des produits qui viennent du Togo ; pourquoi est-ce qu’on n’en fabrique pas chez eux ? Alors nous nous sommes dit. Attention !  Il ne faut pas nous créer de la concurrence sur place. Autant prendre un produit qui ait un nom neutre, un nom qui ne dit pas l’origine du produit, pour qu’il puisse être bien écoulé surplace et qu’il n’y ait pas de concurrence.

Togo First : Vous avez eu de la facilité à décrocher le financement de la BRS…y-a-t-il eu accointance ?

IT : Non non! Il n’y a pas d’accointance. Au départ, quand la BRS est arrivée à Lomé, j’ai l’impression que l’optique dans laquelle elle s’est implantée à Lomé, c’était de pouvoir démocratiser le crédit, faciliter l’accès au crédit. A ce moment, ils ne demandaient pas de garantie en tant que telle; ils demandaient juste qu’une personne caution vienne signer pour vous et à l’époque, c’était ma maman. Ma mère avait signé pour moi et j’avais déposé juste 10% du montant que je voulais, 10% de 800 000 FCFA. Autrement dit, j’avais déposé 80 000 FCFA comme garantie financière et ma mère avait signé pour moi.

Mais la seconde fois, les conditions ont été durcies parce qu’ils (les responsables de la BRS) ont dit qu’il y avait certains jeunes qui ne remboursaient pas, qu’ils n’étaient pas sérieux. Donc la seconde fois, au lieu de 10% de garantie financière, ils ont exigé 20%.  J’avais donc déposé les 20% de garantie financière et quelqu’un avait signé pour moi. Et en plus, il fallait quelqu’un qui devait payer pour vous au cas où vous ne le faites pas. Aujourd’hui la BRS n’existe plus ; elle a entretemps été rachetée par Oragroup.

Togo First : Comment voyez-vous l’évolution de l’agro-industrie en Afrique subsaharienne plus particulièrement au Togo ?

IT : Je dirai que la complexité, à mon sens, de l’agro-Industrie au Togo vient du fait qu’elle nécessite beaucoup d’équipements qui coûtent cher en général et que derrière, jeunes que nous sommes, n’avons pas forcément les moyens d’acquérir ces équipements sur fonds propres ; nous n’avons pas des facilités bancaires non plus pour prendre des crédits et acquérir ces équipements ; ce qui oblige tout jeune qui veut se lancer dans l’agro-Industrie à commencer très petit ; à acheter des équipements disons artisanaux et qui ne lui permettent pas de faire ses preuves, de démontrer sur le terrain qu’il est capable de ceci, il est capable de cela ou de mettre à disposition des produits qui peuvent attirer l’attention ; qui peuvent plaire au consommateur : et ce n’est que quand il aura démontré cela qu’il pourra trouver des institutions de l’Etat ou des personnes physiques pour l’accompagner vers ce qu’on appelle vraiment l’agro-Industrie. Voilà…

(La suite de cette interview la semaine prochaine)

Propos recueillis et transcris par Fiacre E. Kakpo et Séna Akoda.

Publié dans Agro

Quand le souci de régler le problème de malnutrition chez les enfants rencontre une volonté d’entreprendre et de créer de la richesse pour soi et pour les autres, on obtient « Etablissement Binayah », spécialisé dans la production d'épices et de farines enrichies.

Sa promotrice, Bolognima Anouton Claire, qui a surfé sur des marées, a bien voulu nous parler de ses débuts, sa motivation, ses contraintes et difficultés. Même si elle relève ses succès, elle n’insiste pas moins sur ses besoins de financement dans une perspective de croissance et de production à moindres coûts. Car, c’est uniquement lorsque les coûts et le temps de production seront moindres que ses produits seront plus accessibles à la population, assure-t-elle. Lecture !

Togo First : Comment avez-vous eu l’idée de produire des farines alimentaires ?

B.A.C : J’ai constaté qu’au Togo les enfants étaient malnutris. Dans ma propre famille, nous avons eu des ennuis de santé, carence en fer, sang. J’ai donc voulu régler ce problème dans ma famille et soutenir tous  les enfants au Togo en produisant et en mettant à disposition des farines alimentaires qui puissent remonter leur système immunitaire, le fer, le sang ; être en bonne santé comme tous les enfants …

Nous composons nos farines avec les céréales qu’on peut trouver au Togo comme le mil, qui est très nourrissant et qui comporte l’acide folique. Beaucoup trouvent banale cette céréale et ignorent tous ses bienfaits. Le plus souvent, on  le retrouve au nord. Ma farine préférée, je l’appelle « Manne Farine de Moringa » qui est aussi très nourrissante qui se compose du soja, de la souche, des épinards, de Moringa et autres. C’est une farine qui est certifiée par l’ESTBA (ndlr : Ecole supérieure des Techniques et Biologie Alimentaires) et c’est très bien. Elle a un pourcentage en fer et est riche en d’autres éléments nutritifs.

12419 marchands

« Je suis très contente que les gens apprécient mes produits. »

Togo First : Que faisiez-vous avant de vous lancer dans l’auto-emploi ?

B.AC : Après l’école, j’ai eu une formation en maraîchage. En plus de cela, mon père est paysan ; je m’intéressais beaucoup à l’alimentation. En Allemagne, j’ai également fait des études en nutrition. Pour composer la farine, je sais que dans telle céréale, on peut trouver telle quantité de ceci ou cela et quand je fais la combinaison, je cherche à certifier. Une fois qu’on l’approuve, je mets cela sur le marché. J’ai jugé nécessaire d’avoir un marché complémentaire et je m’intéresse à tout ce qui est légume. Je vends les épices, ou mélange d’épices, le curcuma que je me suis mise à cultiver, l’ail, le gingembre en poudre, etc.

Nous mettons en valeur tout ce qu’on peut trouver au Togo. Nous faisons par exemple des confitures  avec des mangues parce qu’en saison des pluies, il y a beaucoup de gaspillages. On conserve les mangues, les tomates et tout ce qu’on peut trouver.

Togo First : Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontée au quotidien ?

B.AC : Il faut dire que nous travaillons manuellement et les choses vont très lentement. Tout de suite, on constate que c’est la fin du mois et il faut payer le personnel… on a le problème de débouchés aussi ; on a un problème de place ; il faut trouver une place appropriée. Nous avons également des problèmes d’argent. Nous voulons mettre des machines plus performantes pour mieux satisfaire la population. Parce que s’il pleut, c’est avec le séchoir solaire qu’on se débrouille mais ce n’est pas aussi grand pour satisfaire toute la population, quand même.

Togo First : A vous suivre, la demande de vos produits est si forte que vous ne parvenez pas à satisfaire les commandes, pourtant vous disiez tantôt avoir des difficultés pour trouver des marchés.

B.A.C : Oui, la demande est très forte quand bien même nous n’avons pas commencé la publicité. C’est vrai. Les gens que nous avons touchés de bouche à oreille sont si nombreux. Il faut courir au moulin pour les satisfaire. Ce n’est pas vraiment ce que nous voulons. Notre souhait, c’est d’avoir tous les produits un peu partout pour que la population elle-même puisse s’approvisionner. Je fais les foires, même internationales, mais ce n’est pas encore ça. Il faudrait mettre un accent sur la communication pour mieux booster les choses.

Togo First : Parlez-nous un peu de vos succès

B.A.C : Des succès, j’en ai eu effectivement. Nous avons commencé tout petit. Je suis très contente que les gens apprécient mes produits. Les commerciaux que j’interroge sur ce point, me font souvent le rapport selon lequel les produits sont appréciés à 100%, parfois à 90%, parfois à 80%. Mais pour être raisonnable, je peux vous assurer que mes produits sont appréciés. Ils sont naturels et ne comportent aucun mélange chimique.

Donc, la satisfaction du client est un motif de satisfaction pour moi-même. Ce n’est pas encore grand-chose mais, je suis parvenue à créer de l’emploi pour moi-même et pour d’autres personnes ; c’est déjà un succès. On a pu résoudre aussi le problème d’emballage. Effectivement, nos produits ne sont pas exposés au soleil comme au marché ; les supermarchés les acceptent quand même ; comme le « supermarché La Concorde », les dauphines, les RMS et les supermarchés comme Epiceries « Le Levant » ; « RAMCO » bientôt. Parfois, nous sommes à 50 000 FCFA par jour, 30 000 FCFA par jour et quelquefois, s’il n’y a pas le marché, 20 000 FCFA par jour. Mensuellement, nous sommes à 1 000 000 FCFA.

Togo First : Quel est votre prochain challenge ?

B.A.C : Je veux avoir des séchoirs performants ; je me bats  pour en finir avec la production manuelle. Il faut avoir des machines pour accélérer le processus de production ; c’est cela, mon rêve. Quand on passe tout le temps pour faire la production, on calcule ce temps et le produit devient un peu cher et réservé à une certaine catégorie de personnes ; or moi je veux que le produit soit accessible à toutes les bourses. Il me faudra du financement conséquent. Le PRADEB nous a financés. Mais on n’a pu avoir qu’un séchoir. Dans les années à venir, il faudrait que ma structure soit stable, c’est ça mon plus grand défi.

Togo First : Avez-vous un message pour les jeunes Togolais en quête d’emploi ?

B.A.C : C’est très passionnant d’entreprendre. Je ne dis pas que vous aurez votre succès en dormant ; il y a vraiment des nuits sans sommeil ; il faut réfléchir…, cela te pousse à être responsable car tu es devenu chef de ton entreprise. Aucun paresseux ne peut entreprendre.

Le champ est trop vaste  libre ; il y a tellement de créneaux porteurs au Togo…, dans n’importe quel domaine on peut entreprendre ; c’est à chacun de se demander qu’est-ce qu’il est capable de faire… d’ailleurs on n’a pas de concurrent. Même si nous sommes dans l’agroalimentaire où on est en concurrence avec les produits venant de l’extérieur, tout le monde a compris au Togo que les produits naturels sont préférables. Donc à chacun d’oser.

Propos recueillis par Séna Akoda

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