Zhejiang Native Produce & Animal By-Products I/E Group Co., une compagnie principalement engagée dans le commerce international, souhaite implanter une usine de transformation de tomate au Togo pour desservir le marché de la Cedeao.
Face aux coûts élevés dans sa chaîne de production et de commercialisation internationale, la compagnie chinoise qui revendique le statut d’exportateur vers la sous-région, notamment le Togo, le Bénin, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, ambitionne de renforcer sa présence en Afrique de l’Ouest. Dans le viseur, Lomé, la capitale togolaise, pour la « stabilité et la sécurité » qui prévaut au Togo, devrait servir de base pour la société hangzhounaise.
« Nous avons déjà exporté l’alimentation vers le Bénin, le Togo, le Nigeria, le Ghana, le Niger, la Côte d’Ivoire. Mais nos difficultés sont liées aux coûts excessifs. Nous sommes venus évaluer la possibilité d’établir une usine à Lomé pour pouvoir mieux y vendre nos produits et desservir les autres pays de la sous-région », a confié à Togo First, Franck Qian, responsable développement marché, lors du premier Business Forum du Togo à Hangzhou.
Dans sa stratégie, la firme basée à Hangzhou, prévoit d’installer dans un premier temps une petite usine pour emballage, avant de se lancer progressivement dans la mise en place d’une plus grande. A ce stade, elle déploiera toute sa chaîne de production pour la sous-région.
En Afrique de l’Ouest, « nous exportons essentiellement de la tomate concentrée. Nous allons donc faire d’abord l’emballage sur place. Après si tout va bien, on transformera directement de la tomate fraîche en tomate en boîte ou en sachet. », a précisé Franck Qian. Et d’ajouter : « Nous allons ... après, réfléchir à la possibilité de démarrer la production de zéro jusqu’au produit final. » A terme, le marché togolais pourrait servir de point d’approvisionnement en matières premières pour le groupe Chinois.
Créée en 1975, Zhejiang Native Produce & Animal By-Products I/E Group Co exporte vers plus de 100 pays et régions du monde des produits allant du textile de luxe à l’alimentation.
Au premier semestre, ses activités d’import-export ont totalisé 411 millions $, en hausse de 5%. Les exportations ont atteint 348 millions $, une augmentation de 2,5%, tandis que les importations ressortant à 62 millions $, affichent une hausse de 21,5%.
Fiacre E. Kakpo, envoyé spécial à Hangzhou
Colauréat avec 07 autres jeunes start-uppers sur les 26 finalistes au concours Pitch Agrihack Talent 2018, le Togolais Dona Etchri, concepteur de la plateforme E-agribusiness empoche 15 000 euros, soit environ 10 millions FCFA.
Ce concours, lancé par le Centre de Technique Agricole (CTA) en marge du 8ème Green Revolution Forum (AGRF) à Kigali (Rwanda), veut contribuer à la « transformation du secteur agricole et à la promotion de l’emploi des jeunes. Il est espéré que les meilleures start-ups impliquées offrent à terme des services efficaces à des centaines de milliers d’agriculteurs et de parties prenantes agricoles des pays Afrique Caraïbes Pacifique ».
Candidat dans la catégorie des solutions avancées pour l'Afrique, Dona Etchri relève tout le défi que représentait une place parmi les lauréats : « Les challengers au concours étaient vraiment de taille. Le niveau était vraiment élevé mais par la grâce de Dieu, je fais partie des 8 lauréats ». Il ajoute : « Le concours visait par catégorie à dégager 4 lauréats des solutions avancées et des solutions débutantes. J’ai reçu mon prix dans la catégorie des solutions avancées pour l’Afrique ».
Hormis l’enveloppe financière, ce prix, qui reconnaît l’utilité de la plateforme E-agribusiness comme un puissant instrument d'inclusion technologique et financière pour le monde agricole au Togo et en Afrique, comporte d’autres avantages pour le jeune Togolais notamment le networking avec le réseau du CTA. Dans ce réseau, il y a « des incubateurs qui vont nous aider à mieux adapter notre business et à rencontrer des investisseurs susceptibles de pouvoir nous financer », détaille-t-il.
Séna Akoda
Un documentaire togolais titré « L’or…dure » remporte 5 millions FCFA, grand prix du festival Clap Ivoire. De 13 minutes, ce court-métrage retrace le processus de recyclage des déchets électroniques et fait un zoom sur les initiatives dédiées à cette préoccupation environnementale.
Aux fins de la réalisation de ce film, Anita Afatchao a, en effet, rencontré des acteurs qui transforment ces équipements au Togo, rapporte le site d’informations agridigitale.com. Cette mise en valeur économique des déchets électroniques a été davantage illustrée par la conception d’une imprimante 3D à partir des UC usées, ou d’ordinateurs composés d’équipements électroniques recyclés.
Le quotidien de ces jeunes hommes et femmes qui s’adonnent à cette activité remplit un double objectif, la protection de l’environnement et la création de richesses.
Ce prix attribué à Clap Ivoire, « c’est en même temps une joie et du stress sur les grands défis qui restent à relever », relève la réalisatrice. Dans une certaine mesure, c'est également une reconnaissance de l'engagement de la jeunesse togolaise en faveur de la protection de l'environnement, une cause d'utilité publique.
Séna Akoda
Comme annoncé, le Chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé a ouvert les travaux du 1er business forum Togo-Chine hier, 07 septembre 2018 à Hangzhou dans la province de Zhejiang. Cette rencontre d’affaires a pour principal objectif de vendre le Plan National de Développement au secteur privé dont la participation à la réalisation des objectifs est attendue à hauteur de 65%.
« Ce forum participe à l’intensification des échanges économiques entre la Chine et le Togo, dans la lignée des ambitions exprimées par nos nations au cours du Forum sur la coopération sino-africaine qui s’est tenu en début de semaine à Beijing », déclare Faure Gnassingbé dans son discours.
Dans son discours d’ouverture, Faure Gnassingbé a mis en exergue le miracle économique de la province de Zhejiang qui abrite l’événement : « Le choix de la Province de Zhejiang pour accueillir cette première édition n’est pas fortuit. Hier « Mer des rizières », aujourd’hui capitale chinoise, demain mondiale, du e-commerce, elle est le symbole du miracle économique chinois qui inspire tant notre continent », a-t-il déclaré.
Le Togo et ses atouts
Il a présenté le Togo, ses potentialités et vanté son positionnement géographique et géopolitique ; des atouts qui en font une porte d’entrée naturelle en Afrique de l’Ouest.
« Le port de Lomé, port naturel en eaux profondes, peut accueillir des navires de 13 000 TEU, faisant de Lomé un hub portuaire de la sous-région facilitant les échanges. Depuis 2014, le port de Ningbo est ainsi à 29 jours de traversée du port de Lomé », s’est exprimé le n°1 togolais. Et de poursuivre : « L’aéroport de Lomé, relié à plus de 20 capitales d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale, peut accueillir jusqu’à 2 millions de passagers par an »
Leitmotiv: attirer les investissements
Le N°1 togolais a insisté sur la volonté des opérateurs économiques togolais de nouer des relations d’affaires avec leurs homologues chinois, avant d’inviter le secteur privé venu en nombre à ce forum à investir au Togo et à soutenir son Plan national de développement : « Produire au Togo, c’est la garantie de pouvoir exporter votre production sans barrière tarifaire vers les pays de la CEDEAO, un marché de plus de 300 millions de personnes en Afrique de l’Ouest dont le niveau de vie et la consommation augmentent rapidement ».
Le Président de la République a conclu son propos en s’adressant à l’assistance, composée de hautes autorités politiques mais aussi et surtout d’opérateurs économiques : « C’est un partenariat gagnant-gagnant que je vous propose, et sommes prêts à vous accompagner au quotidien dans la réalisation de projets structurants et créateurs d’emplois ».
A l’issue de la cérémonie d’ouverture, le Chef de l’Etat a enchainé des visites d’entreprises, notamment celle du géant Alibaba ou encore la Zone économique et technologique de développement industriel de Hangzhou.
La 3è édition du Forum Economique de Chicago est annoncée du 4 au 6 octobre 2018. En conférence de presse le 06 septembre dernier, les promoteurs ont énuméré quelques-unes des raisons pour lesquelles les hommes d’affaires togolais devraient s’enregistrer comme participants à cet événement.
La 1ère, c’est que le Togo est l’invité d’honneur de cet événement. La deuxième tient au thème retenu : « Digitalisation des entreprises : un atout pour l’avenir ». Les opérateurs économiques togolais devraient, en prenant part à cet événement, avoir connaissance des enjeux liés à la digitalisation des entreprises et l’enjeu de cette option pour le futur.
En outre, les participants à cette grand’messe du gratin du monde des affaires auront droit à des rencontres B2B, des ateliers, des panels, des conférences débats. Sont également prévues, des séances de networking, de formation et des stands d’exposition. Autant d’opportunités pour les hommes et les femmes d’affaires togolais, de nouer des partenariats économiques et d’attirer de nouveaux investissements dans leurs pays.
Le forum vise à promouvoir la digitalisation des systèmes de gestion dans les entreprises, en phase avec les exigences de l’heure, et à contribuer au renforcement des capacités de financement des pays. L’idée, c’est également de soutenir le financement des infrastructures numériques à travers le monde et de renforcer les investissements dans les pays participants.
Le Vendredi 10 août 2018, après un mois d’une intense bataille judiciaire et trois jours de délibérations, un jury de San Francisco condamnait le géant américain de l’agrochimie, Monsanto, à payer 289 millions $ à Dewayne Johnson. Ce jardinier californien de 46 ans, atteint d’un cancer incurable en phase terminale, avait mis la puissante firme sur le banc des accusés en 2016, l’accusant d’être à l’origine de sa maladie, après avoir utilisé quotidiennement pendant 3 ans, son désherbant Roundup, dont le principe actif est le Glyphosate.
Depuis 2015, le produit fait l’objet de houleux débats et de nombreuses évaluations. A l’annonce de l’OMS (l’Organisation Mondiale de la Santé) qui déclare le Glyphosate « cancérigène probable », les agences sanitaires et chimiques européennes déplorent une mauvaise catégorisation des effets du produit par l’instance onusienne en charge de la santé.
Toujours est-il que le verdict de ce procès, inédit en son genre, a une telle résonance, que l’utilisation du Glyphosate est remise en cause aux Etats-Unis, en Europe, en Amérique du Sud, où des mesures diverses sont prises, soit pour réguler son usage, soit pour l’interdire.
Au Togo c’est finalement « le Glyphosate non-homologué » qui est interdit
Au Togo où le Glyphosate est abondamment utilisé par les agriculteurs, l’affaire fait couler beaucoup d’encre et de salive. Et pour cause, les polémiques entourant ce produit en Occident et, depuis peu, partout en Afrique, se sont amplifiées au point que le gouvernement togolais a décidé de prendre des mesures.
Elles commencent par l’interdiction en avril 2018, de l’importation de l’herbicide Total et de tout autre herbicide sans une autorisation préalable et un agrément délivré en bonne et due forme par l’Etat. « L’introduction sur le territoire de tout pesticide est subordonnée à l’obtention d’agrément professionnel et d’autorisation d’importation, sous réserve que la matière soit homologuée conformément à la réglementation phytosanitaire au Togo », a annoncé le ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, Ouro-Koura Agadazi, à travers un communiqué.
Mais quid du Glyphosate ? A ce propos, le communiqué poursuit : « Dans le souci de préserver non seulement l’environnement mais aussi la santé humaine et animale, il est formellement interdit d’importer et de commercialiser les pesticides non homologués notamment le Glyphosate sur l’ensemble du territoire conformément à la loi N° 96-007/PR du 03 juillet 1996 ».
La note informative annonce par ailleurs des « contrôles inopinés sur toute l’étendue du territoire » et surtout au niveau des postes de contrôle phytosanitaires, pour vérifier l’effectivité des mesures. Le ministre Oura-Koura Agadazi a prévenu : « tout contrevenant à ces dispositions s’expose à la rigueur de la loi en vigueur au Togo ».
Pourtant, le flou persiste pour beaucoup. Dans la zone portuaire togolaise, comme le rapporte le site d’informations agricoles agridigitale.net, maraîchers et producteurs utilisent toujours le Glyphosate, ignorant tout d’une quelconque interdiction.
Le Glyphosate est-il finalement interdit au Togo ?
Si, à la lecture du communiqué de l’autorité en charge de l’agriculture, il apparaît clair que l’importation, la commercialisation voire l’utilisation de ce produit sont prohibées, pour Atsou Tagba, le Directeur de la Protection Végétale (DPV), toujours selon le site spécialisé dans l’actualité numérique agricole, cette lecture ne serait pas exacte. « Au Togo, c’est le Glyphosate non homologué qui est interdit tout comme les autres pesticides non homologués. Si non, le Glyphosate homologué n’est pas interdit au Togo », déclare-t-il, pointant une mauvaise compréhension du communiqué officiel.
De son côté, le Dr Kossi Kpemoua de l’institut Togolais de recherche agonomique (ITRA), pense qu’ « il faudrait que la science puisse clairement clarifier quel est le niveau de danger que cela peut présenter ». Et d’ajouter, « donc pour l’instant, on l’utilise ». Toutefois, il tient à rassurer : le « Togo intensifie les recherches sur l’herbicide à polémique et l’opinion sera bientôt située sur les résultats de ses recherches ».
Le Glyphosate ou le cadeau empoisonné racheté par Bayer
Molécule chimique, aux puissantes propriétés herbicides, le Glyphosate est breveté, fabriqué et commercialisé dans le monde depuis 1974, sous la marque Roundup et Ranger Pro, sa version professionnelle plus concentrée, par la multinationale américaine Monsanto. Cette dernière a été rachetée en juin 2018, par le géant allemand agrochimique Bayer pour 62,5 milliards $.
Le Glyphosate, c’est tout simplement le désherbant le plus vendu au monde, avec près de 720 000 tonnes écoulées chaque année, soit 25% du marché mondial. Seul, il est peu efficace ; aussi les industriels y ajoutent d’autres molécules chimiques pour le rendre plus létal et facilitent son absorption par les plantes. Il tue toutes les plantes excepté celles qui ont été génétiquement modifiées pour lui résister, ce qui explique son abondante utilisation dans les immenses plantations de maïs, de soja ou encore de tournesol.
Si aujourd’hui, l’herbicide dont l’utilisation de plus de 40 ans se retrouve à la barre des accusés, c’est également le puissant groupe allemand, plus connu dans le monde de la pharmacie, qui se retrouve dans une situation dont elle se serait bien passée.
En effet, Monsanto est aujourd’hui confronté à plus de 8000 procédures similaires à l’affaire Dewayne Johnson, enregistrées aux Etats-Unis, mais également en France, au Brésil.
En Europe, il a bénéficié, grâce à un vote au parlement européen, d’un sursis de 5 ans, mais rien ne lui semble définitivement acquis.
Octave A. Bruce
Sur invitation du président togolais, Faure Gnassingbe, apprend-on, Bénédict Oramah a assisté ce vendredi au premier Business forum du Togo qui s'est déroulé à Hangzhou, en Chine.
La présence du président d'Afreximbank vient doper l'opération de charme amorcée par le Togo pour "vendre son Plan national de développement 2018-2022."
Si cette présence peut être perçue comme un vote de confiance en faveur du PND, ce soutien du responsable d'origine nigériane pourrait se traduire bientôt concrètement par un financement au profit du Togo, de la banque panafricaine dont la mission est de promouvoir le commerce africain.
En lien avec l'annonce faite par docteur Oramah en juillet dernier lors du dernier sommet de l’Union Africaine, la banque panafricaine d’import-export basée au Caire, pourrait apporter un financement à un pool de pays dont le Togo.
Outre cette personnalité du monde financier, le No1 d'Ecobank, Ade Ayeyemi et son directeur de la région Uemoa, Paul-Harry Aithnard, étaient également présents.
À leurs côtés, Carlos Lopes, économiste Bissau-guinéen, est venu vanter les atouts du Togo devant un parterre d'investisseurs chinois. Plus de 30 entreprises chinoises et une forte délégation du secteur privé togolais ont honoré de leur présence la première édition de ce forum des investisseurs.
Fiacre E. KAKPO, envoyé spécial à Hangzhou"
Le géant Chinois Andaz Group veut investir au Togo. A l’occasion de la rencontre entre les premiers responsables de cette société et le Chef de l’Etat togolais Faure Essozimna Gnassingbé, le jeudi 06 septembre 2018, ceux-ci ont exploré des pistes d’investissements au Togo.
Comme pôles d’intérêt au Togo, le groupe a identifié les secteurs des transports et de l’énergie. Si ce projet d’investissement aboutit, ce sera un appui de plus à la mobilisation de capitaux en vue du financement de la stratégie nationale d’électrification du Togo et un accélérateur de la dynamique amorcée vers le service universel à l’horizon 2030.
Le groupe intervient dans d’autres secteurs d’activités, notamment le pétrole et le gaz, le ciment, les machines lourdes, la chimie, l'énergie électrique, et les transports. Il a réalisé à ce jour des transactions pour près d’un milliard de dollars, indique la note de presse de la cellule de communication de la présidence togolaise.
Il oriente principalement ses investissements vers les infrastructures, l’énergie, l’immobilier et le développement agricole en Afrique et dans le monde.
Faure Gnassingbe, le président togolais, s'est rendu ce jeudi, sur le campus Xixi d'Alibaba, le géant chinois du commerce en ligne.
En compagnie de Jack Ma, le président togolais et sa délégation ont eu droit à une visite guidée des grands projets du Chinois basé à Hangzhou.
Logistique intelligente, inclusion financière et agricole, intelligence artificielle, la présentation a débouché sur un entretien restreint au cours duquel, Faure Gnassingbé a salué la vision et l’humanisme de Jack Ma.
En ligne avec son ambition de devenir un hub logistique et numérique, le Togo compte nouer un partenariat avec Alibaba Group. Ce partenariat aura non seulement pour objectif de permettre aux jeunes Togolais de bénéficier de diverses formations, mais également de positionner la "Suisse de l’Afrique" comme une plateforme technologique dans la sous-région.
Dans la même lignée, Jack Ma espère recevoir des jeunes Togolais dans l'un de ses programmes d'incubation et de promotion du e-commerce en Afrique.
Ce dernier programme annoncé l'année dernière par le responsable, est doté d'un portefeuille 10 millions $. Les financements serviront à soutenir le développement des sites de ventes en ligne en Afrique.
Fiacre E. KAKPO, envoyé spécial à Hangzhou
Passionné par la protection de l’environnement, Bemah Gado fait partie des jeunes entrepreneurs togolais qui changent le quotidien de leurs communautés.
Lauréat en 2015 du concours « Projet Vert » organisé par le Faiej avec l’appui du Pnud, son projet dont l’utilité publique est reconnue, a reçu le soutien de nombreux partenaires au développement, sur le plan national comme international. Avec son entreprise, il réalise un chiffre d’affaires mensuel de 2 600 000 Fcfa. Il a créé 22 emplois directs et généré plus de 800 autres indirects. Togo First est allé à sa rencontre. Interview.
Togo First : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?
Bemah Gado : Je suis Bemah Gado, j’ai 28 ans. Je suis Directeur de l’ONG « Science et Technologie Africaine pour un Développement Durable » et Directeur Général de la société Green Industry Plast Togo, une société spécialisée dans le recyclage des déchets.
T.F : Pourquoi avoir entrepris dans l’environnement et particulièrement dans le recyclage des déchets plastiques ?
B.G : Je suis né dans le Grand Nord du Togo et je n’ai pas bénéficié d’assez de soutiens financiers pour réaliser mes études. J’ai été accompagné par mes frères pendant mon cursus scolaire et après l’obtention de mon baccalauréat, je suis arrivé à l’Université de Lomé où il fallait me défendre pour vivre et financer ma scolarité. Je m’intéressais donc à toute activité pouvant être source de revenus.
Depuis tout petit, j’avais à cœur les problèmes environnementaux et plus particulièrement de salubrité. J’aimais être propre et vivre dans un endroit qui l’est également. Or à mon arrivée au campus, j’ai remarqué l’état d’insalubrité dans lequel se trouvait cet endroit que je devais fréquenter. Donc, j’ai décidé d’y apporter une solution, sans oublier parallèlement de mener une activité qui me permettra de financer ma scolarité.
A partir de ma deuxième année universitaire, j’ai monté une association avec des amis étudiants, que nous avons dénommée « Science et Technologie Africaine pour un Développement Durable ». Nous avons commencé à mener des actions au sein de l’Université. C’est comme cela que tout est parti. Nous sortions chaque semaine pour faire des nettoyages des sites les plus fréquentés et les plus insalubres sur le campus. Nous dégagions les déchets et nous les entreposions à des endroits beaucoup plus discrets.
Un jour, un acteur de développement local passait et il nous a vus à l’œuvre. Il nous a interpellés et questionnés sur notre activité. A la question de savoir ce que nous faisions des déchets que nous amassions, nous avions répondu que nous nous contentions de les stocker quelque part, loin des regards. Il nous a dit que nous pouvions en faire un business ou une activité génératrice de revenus.
Nous avons donc eu une discussion, et il nous a indiqué une structure au Ghana où une industrialisation s’est développée autour du traitement et du recyclage des déchets.
Nous avons fait le déplacement et nous avons pu effectivement constater qu’il y avait une possibilité d’entreprendre un business tout en protégeant l’environnement.
A notre retour, nous avons collecté des déchets plastiques que nous sommes allés vendre là-bas et nous sommes revenus avec des sous. Cela a été le point de départ effectif des activités de l’association. Grâce aux sommes engrangées avec la multiplication de nos voyages au Ghana, nous avons loué un siège et nous nous sommes mis à réfléchir sur la manière de pérenniser cette activité de façon à ce qu’elle puisse impacter maintenant la communauté et non plus exclusivement l’Université.
Nous réfléchissions sur la question en 2015, au moment où le Fonds d’Appui aux Initiatives Economiques des Jeunes (Faiej), a lancé un concours des Projets Verts, lors des Journées de l’Entrepreneuriat et de Développement (JED) avec l’appui du PNUD. Nous y avons participé et nous avons été lauréats.

Avec la ministre du développement à la base, Victoire Tomégah-Dogbé.
C’est là que l’idée d’entreprise a germé, l’idée de pouvoir mettre en place une entreprise de recyclage de déchets au Togo, pour traiter directement ces déchets au Togo, au lieu de les envoyer au Ghana. Voilà un peu mon histoire et celle de mon entreprise.
T.F : En Dehors du Faiej, avez-vous bénéficié d’autres accompagnements?
B.G : Oui. Nous avons obtenu une subvention de 1,5 million Fcfa après notre victoire au concours, montant auquel se sont ajoutés des appuis complémentaires, aussi bien techniques que financiers, de la Mairie de Lomé et de bien d’autres partenaires.
En effet, le premier est la Mairie de Lomé. Lorsque nous avons commencé la collecte et que nous avons voulu sortir du cadre universitaire et aller dans la ville, c’est à la Mairie que nous nous sommes adressés. Elle nous a fourni les autorisations pour nous installer à proximité de leurs points de déchets. Cela nous a permis de récupérer les déchets que les pré-collecteurs venaient déposer.
Après avoir réussi au concours et au moment où nous devions bénéficier d’une subvention pour monter l’entreprise de recyclage, nous nous sommes encore tournés vers la Mairie pour qu’elle nous octroie un espace afin de pouvoir y développer l’activité. Ce qui a été fait, parce qu’ils ont compris l’utilité de ce projet.
Il y a également eu l’ANASAP, (Agence Nationale de Salubrité Publique) qui nous a aussi accueillis à bras ouverts et nous a accordé une subvention de 1 500 000 FCFA pour commencer le montage de l’unité de recyclage. Le directeur de l’Agence, le Général Béréna, a mobilisé des engins afin de déblayer l’espace que nous a accordé la Mairie de Lomé.
Donc vous remarquerez que c’est tout un maillage d’institutions étatiques qui étaient intéressées, pour gérer un problème qui n’était pas seulement le nôtre mais public. Nous avons également reçu l’appui de partenaires internationaux que je veux remercier par le canal de Togo First.
L’Ambassade de France à travers le Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC), nous a soutenus avec 3 370 000 Fcfa. Le PNUD par le biais du Programme de Micro financement de Fonds pour l’Environnement Mondial nous a accompagnés à hauteur d’environ 15 millions de Fcfa.
Tout ceci a contribué à mettre en place les infrastructures. C’est un grand site qui a nécessité beaucoup d’investissements, notamment la construction des murs et la clôture, les forages, l’électricité et le reste. Tous ces appuis nous ont aidés dans la mise en place des infrastructures. Compte tenu de ces investissements, les fonds de roulement disponibles étaient insuffisants.
Nous avons également sollicité le FAEIJ en 2015, après la subvention, pour un crédit additionnel de 3 000 000 Fcfa et c’est cela qui nous a permis d’acheter la machine et tous les autres outils nécessaires à la réalisation du projet.
T.F : Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous êtes confrontés ?
B.G : Ils sont techniques et financiers. Malgré toutes les sommes que j’ai mentionnées plus haut, il reste encore à faire. Il faut consolider ce qui a déjà commencé, renforcer la base existante en ajoutant des infrastructures. Nous avons besoin surtout d’équipements, de machines.
Il faut avoir une camionnette qui collectera les déchets au niveau des unités de récupération pour pouvoir les envoyer sur le site.
Pour ce qui est du site, il n’est pas encore une construction qui répond vraiment aux normes d’une usine, d’une entreprise ou d’une unité avec toutes les mesures de protection.
Le site de recyclage dans son état actuel, n’est pas encore ce qu’il doit être. C’est vrai que la machine a la capacité de recycler de grands tonnages, mais le site n’a pas encore la dimension d’une infrastructure adéquate pour pouvoir recevoir de grandes quantités pour faire la transformation ; donc il faut aménager des espaces de stockages, de dépôt des matières.
Nous désirons aller vers une production à grande échelle. Pour cela, il faut acheter des machines de qualité pour produire les objets au niveau local au lieu de les importer. Cela fera une plus-value si on produit la matière au niveau local. Ça va réduire les coûts sur les marchés.

Encore du pain sur la planche…
A titre d’exemple, la ville de Lomé produit près de 313 000 tonnes de déchets par an selon les chiffres officiels. Vous avez à peu près 20% qui sont constitués de matières plastiques. C’est vous dire la quantité de travail que nous faisons quotidiennement.
Voilà donc tous les défis auxquels nous sommes confrontés mais nous travaillons sans relâche à la mobilisation des ressources pour atteindre nos objectifs.
T.F : Quelles sont vos projections pour les années à venir ?
B.G : Monter une grande entreprise de recyclage de déchets plastiques de renommée internationale. Pour cela, nous envisageons d’impliquer tout le monde. Quel que soit son statut social. Tout le monde, petit comme grand, peut faire ce travail en séparant les déchets. A notre niveau, nous ne sommes pas sélectifs au moment d’acheter les déchets plastiques qui nous sont apportés. Nous payons tout le monde selon le poids de ses déchets.
L’ambition à long terme, c’est de pouvoir amener tous les ménages à une gestion sociale des déchets en les triant et en revendant les fragments recyclables. C’est comme cela que nous arriverons à bout de nos déchets.
Aujourd’hui j’emploie directement 22 personnes et nous avons généré plus de 800 emplois indirects. Je veux augmenter ces chiffres et faire en sorte que d’ici à 2019, nous soyons autour de 5000 emplois indirects, et une centaine d’emplois directs.
Nous avons constaté que le déchet plastique est de l’or et au lieu de dire l’ordure, nous disons « l’or dure » pour faire un jeu de mots. Si on s’y met tous, chacun pourra en tirer parti.
T.F : Envisagez-vous de sortir de Lomé et conquérir d’autres villes avec votre entreprise ?
B.G : C’est déjà entamé. Nous avons commencé une collaboration avec la Mairie de Tabligbo, et dans un avenir très proche et peut être dans les semaines à venir, nous pourrions démarrer notre collaboration.
Nous avons également reçu les acteurs de Tsévié et de Sokodé dans nos locaux il y a quelques semaines. Ils sont venus voir dans quelle mesure nous pouvons travailler. Et nous sommes en train de voir comment anticiper dans la planification locale, comment participer en intégrant cette phase de gestion de déchets dans ces plans de développement locaux afin que les collectivités ou les villes que nous venons de citer n’éprouvent pas les mêmes difficultés que la ville de Lomé, avant de chercher des solutions. Cela a démarré avec un processus qui est déjà en cours.
Nous avons plusieurs entreprises avec lesquelles nous travaillons. Nous avons une entreprise à Accra, Family Industry Plast, Bel Aqua qui fait du recyclage en plus de l’eau, il y a également des entreprises chinoises avec lesquelles nous collaborons. Au Togo nous travaillons aussi avec plusieurs sociétés de la place.
T.F : Un conseil à un jeune qui a envie de « se salir les mains » comme vous le faites ?
B.G : La jeunesse est le moteur du développement d’un pays. C’est elle qui déborde d’énergie et a beaucoup à offrir à la nation. Le problème des déchets ne finira pas de sitôt. Tous les jeunes peuvent s’y mettre et se joindre à nous. Il n’y a pas que ça à faire. Beaucoup de problèmes sociaux sont là et attendent qu’on les prenne à bras-le corps.
La jeunesse, lorsqu’elle est responsable et consciente, peut participer au processus de développement du pays.
Si nous sommes arrivés à créer tous ces emplois que vous voyez, c’est parce qu’on a pris la responsabilité d’impacter notre société. Et les décideurs ayant compris l’utilité et le sérieux de ce que nous faisons, nous accompagnent.
Si nous arrivons à collaborer avec le gouvernement, avec les organisations internationales avec les administrations publiques, c’est parce que nous avons su montrer notre engagement, notre détermination et surtout notre honnêteté. C’est ce que la jeunesse doit démontrer, regarder où on va, regarder et d’où l’on vient. Il ne sert à rien de rester dans son confort pour dire que c’est parce qu’on n’a pas de relations. Les relations, on les crée à partir de son engagement.
La ministre du développement à la base, Victoire Tomégah-Dogbé, a dit lors de sa visite dans mon centre (à l’occasion de la tournée de proximité entreprise par le ministère en Juillet 2018, ndlr), qu’on crée sa marque et sa responsabilité à partir des actes qu’on pose.
Interview réalisée par Octave A. Bruce