Lomé accueille depuis lundi 2 février 2026 une rencontre régionale des experts d’Afrique francophone en météorologie. Prévue sur cinq jours, cette session est coorganisée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et l’Agence nationale de la météorologie du Togo (ANAMET) et est axée sur la gestion des données climatiques et le calcul des indices climatiques, au profit des météorologues et hydrologues, à partir d’informations scientifiques fiables.
La rencontre réunit des experts des services nationaux de météorologie et d’hydrologie des Comores, de Madagascar, du Burkina Faso, du Cameroun, du Rwanda, de la Guinée et du Togo. À Lomé, ils échangent sur les méthodes d’analyse et d’interprétation des indices climatiques, en vue d’améliorer leurs applications socioéconomiques et d’évaluer leurs implications dans l’élaboration des politiques publiques et la prise de décision.
Selon le directeur général de l’ANAMET, Latifou Issaou, l’accès à une information climatique de qualité est devenu un levier stratégique. « Face à ces enjeux, la disponibilité, la qualité et l’utilisation efficace de l’information scientifique sur le climat constituent des outils indispensables d’aide à la décision, aussi bien pour les pouvoirs publics que pour les communautés locales, les producteurs agricoles et les gestionnaires des ressources naturelles. Il est donc essentiel de renforcer les capacités des services techniques, notamment en matière d’analyse et de contrôle qualité des données », a-t-il souligné.
Sur ce terrain, le Togo est présenté comme un exemple au sein de l’espace francophone. « Le Togo a réalisé des progrès notables dans le renforcement des capacités de son personnel. Son expérience sera partagée avec les autres pays participants », a indiqué Mariane Diop Kane, représentante du bureau régional de l’OMM.
À l’issue de la rencontre, les travaux techniques et le partage d’expériences devraient contribuer à un renforcement durable des capacités institutionnelles et à la consolidation de la coopération régionale dans le domaine des services climatologiques, indiquent les organisateurs.
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Au Togo, le taux d’intérêt légal applicable à l’année civile 2026 est fixé à 5,3637 %. La décision a été entérinée le mardi 2 février 2026 par décret en Conseil des ministres.
Conforme aux dispositions communautaires en vigueur dans l’espace UMOA, la décision a été arrêtée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et notifiée à l’exécutif togolais.
Notons que ce niveau marque une légère inflexion après le pic observé en 2025, où le taux avait atteint 5,5 % au Togo et dans l'espace communautaire.
Il s’inscrit néanmoins dans une trajectoire globalement haussière engagée depuis 2022. En effet, après un repli à 4 % cette année-là, l’intérêt légal est passé à 4,2205 % en 2023, puis à 5,0336 % en 2024, avant de culminer en 2025.

Au total, sur la période 2022-2026, la hausse cumulée demeure supérieure à 130 points de base.
Pour rappel, l’intérêt légal s’applique en cas de retard de paiement d’une dette lorsqu’aucun taux n’a été contractuellement prévu entre les parties. C’est une indemnité due au créancier et sert de référence dans de nombreux contentieux commerciaux, financiers et administratifs.
Du point de vue des acteurs économiques, ce niveau maintient une pression sur le coût des retards de paiement et renforce l’exigence de discipline contractuelle.
Pour les autorités togolaises (Conseil des ministres), « la fixation de ce taux contribue à garantir l’équité dans les relations financières et à renforcer la sécurité juridique ».
Ayi Renaud Dossavi
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Au Togo, le budget prévisionnel consacré par l’État au développement des pistes rurales pour l’exercice 2026 s’établit à 23 milliards FCFA. Cette enveloppe permettra au ministère chargé du désenclavement et des pistes rurales de poursuivre la mise en œuvre des projets destinés à améliorer les infrastructures en milieu rural.
Ce montant traduit toutefois une baisse significative de 28% par rapport aux 32 milliards FCFA inscrits en 2025. Une tendance baissière, la deuxième année consécutive. En 2025 déjà, la dotation avait reculé de 39 % comparativement à 2024, où les prévisions s’élevaient à 53 milliards FCFA. Aucune explication officielle n’a été fournie par les autorités togolaises.
Le pays a lancé plusieurs chantiers, notamment le projet de construction de 21 ouvrages modulaires répartis dans les cinq régions du pays, dont les travaux auraient connu des progrès à des niveaux variables, selon les autorités. Il y a entre autres également, le vaste programme de construction et de réhabilitation des pistes rurales qui a également enregistré des avancées ..
Avec ce budget, le gouvernement entend surtout poursuivre et achever les chantiers en cours. L’objectif demeure l’amélioration de l’accès des populations rurales aux services socioéconomiques de base, tout en facilitant l’écoulement des produits agricoles vers les marchés.
Esaïe Edoh
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Au Togo, une enquête réalisée au mois de janvier dernier révèle un bilan « très encourageant » pour le programme WEZOU dans trois régions du pays, la Centrale, la Kara et les Savanes.
Celle-ci révèle notamment « une amélioration notable du recours aux formations sanitaires pendant la grossesse et une diminution significative des accouchements à domicile », selon le ministère en charge de la Santé. De même, indique la source officielle, le programme est désormais bien implanté dans les centres de santé publics, et les réflexes de recours aux soins sont « bien ancrés ».
Ces constats ressortent d’une mission de supervision tenue du 18 au 24 janvier 2026, au cours de laquelle 18 formations sanitaires ont été visitées dans les régions des Savanes, de la Kara et de la Centrale.
Rappelons que le dispositif WEZOU prend en charge un ensemble d’actes de santé, notamment les consultations prénatales, les examens biologiques, les échographies et les médicaments indispensables avant et après l’accouchement. Cette prise en charge vise à réduire les dépenses directes de santé pour les ménages et à favoriser le recours aux soins dans les zones urbaines et rurales.
Rappelons en outre qu'à fin septembre 2024, plus de 600 000 femmes avaient été enrôlées dans le programme, selon des données officielles. Sur la même période, plus de 3,2 millions de prestations ont été fournies, dont plus de 360 000 accouchements réalisés dans le cadre du dispositif.
La mission de supervision a également permis d’identifier des insuffisances dans les procédures de facturation et de transmission des données. Des réunions régionales de restitution ont été organisées pour renforcer la gestion opérationnelle du programme. Le ministre a appelé à une maîtrise accrue de ces processus afin d’améliorer l’efficience globale du dispositif.
Le bilan de la mission est interprété par les autorités comme un point d’appui pour la consolidation du programme, en lien avec les objectifs de couverture sanitaire universelle et l’extension progressive de l’Assurance maladie universelle.
R.E.D
Au Togo, l’Université de Kara vient de lancer une enquête scientifique sur l’assainissement urbain, avec un focus sur la ville de Kara. Les travaux, lancés lundi 2 février 2026, se dérouleront jusqu’au 16 février et associent enseignants-chercheurs, étudiants en master et doctorants, dans un contexte de croissance urbaine rapide des villes secondaires du Togo.
Placée sous le thème « La problématique de l’assainissement dans les villes secondaires du Togo : cas de Kara », l’évaluation vise à analyser les pratiques existantes, les infrastructures disponibles et les contraintes sanitaires et environnementales.

Les participants mèneront des travaux méthodologiques, des immersions urbaines et des enquêtes de terrain dans la ville et ses périphéries, afin de produire des données empiriques sur les dynamiques locales.
L’enquête s’inscrit dans le cadre d’un partenariat académique entre l’Université de Kara, l’Université de Lomé et l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Cette coopération vise à renforcer la recherche appliquée sur les enjeux urbains en Afrique de l’Ouest.
La 8ᵉ édition de Togo Top Impact, dont l’apothéose s’est tenue le samedi 31 janvier 2026 à Lomé, a attribué le Grand Prix d’Excellence à Sandra Ablamba Johnson, Ministre et Secrétaire Générale de la Présidence du Conseil.
Ce prix récompense des parcours marqués par l’impact, la constance et la capacité à structurer l’action publique. À ce titre, le jury a salué le rôle de Sandra Ablamba Johnson dans la coordination des politiques publiques et le pilotage de réformes transversales au sein de l’exécutif. Son action s’est notamment traduite par un renforcement des mécanismes de gouvernance, une meilleure articulation entre les administrations et une attention accrue portée à l’efficacité de l’action publique.
Cette reconnaissance intervient dans un contexte où le pays poursuit ses efforts de transformation économique et institutionnelle, notamment en matière de climat des affaires, avec des objectifs affirmés de performance, de redevabilité et de coordination de l’action publique.
Sandra Ablamba Ahoéfavi Johnson est économiste de formation. Elle est titulaire d’un doctorat en sciences économiques, d’un DESS en sciences économiques obtenu à l’Université de Lomé, ainsi que de diplômes en programmation et politiques financières de l’Institut du Fonds monétaire international à Washington et en économie de l’emploi de l’Académie du Bureau international du Travail à Turin. Elle a débuté sa carrière au sein de l’administration publique togolaise au ministère de l’Économie et des Finances, puis au ministère de la Planification du Développement et de la Coopération, avant de rejoindre la Présidence de la République en 2012 en qualité d’économiste senior.
Elle a par la suite occupé les fonctions de conseillère du Président de la République chargée de l’amélioration du climat des affaires, coordonnant des réformes visant à renforcer l’attractivité de l’environnement économique, et contribuant notamment à l’amélioration du positionnement du Togo dans les classements internationaux. Nommée ministre et secrétaire générale de la Présidence de la République en septembre 2020, elle occupe depuis, une place centrale au sein de l’appareil exécutif.
Au total, l’édition 2026 de Togo Top Impact a distingué une vingtaine de personnalités et d’initiatives issues des secteurs public, privé et associatif. Le titre de Personnalité de l’Année est notamment attribué à Alexandre de Souza, directeur général du Centre Togolais des Expositions et Foires, pour son action à la tête du CETEF. D’autres distinctions ont mis en avant le management, l’entrepreneuriat, l’innovation, la culture et l’action sociale.
Au Togo, un programme d’appui à la régionalisation et au renforcement de la gouvernance locale a été officiellement lancé en fin de semaine dernière (le 29 janvier) à Sokodé, dans la Région Centrale.
Prévu pour la période 2025-2027, le dispositif doit renforcer les capacités institutionnelles, techniques et opérationnelles des acteurs régionaux et communaux, dans un contexte de montée en charge du processus de décentralisation au Togo.
Ce tout nouveau programme est porté en partenariat avec la Faîtière des communes du Togo (FCT) et mis en œuvre dans le cadre de la coopération décentralisée entre la Région Centrale et la Région Grand Est (en France).
L’atelier de lancement a permis de présenter les orientations stratégiques du programme, les actions retenues et les résultats attendus. Il a également servi de cadre pour clarifier les rôles des collectivités territoriales et des partenaires techniques, ainsi que pour renforcer la coordination entre le conseil régional et les communes. Les échanges ont porté sur l’alignement des activités avec les priorités locales et sur le calendrier de mise en œuvre.
Sur le plan économique, le programme entend améliorer la planification territoriale, la mobilisation des ressources locales et la gestion financière des collectivités. L’expérience de la commune Lacs 1, notamment en matière de digitalisation des recettes fiscales, a été partagée comme exemple de bonnes pratiques.
Exécutée par GESCOD-Togo, l'initiative bénéficie d’un financement du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.
R. E. D
Au Togo, le projet PROFIT, mis en œuvre par Lutheran World Relief avec l’appui du United States Department of Agriculture, veut consolider sa coordination avec les institutions publiques du pays.
C’est ce qu’illustre une récente annonce de la Lutheran World Relief. L'organisation a lancé un appel à recrutement, pour un consultant chargé de l’engagement du secteur public. Sa mission portera notamment sur la coordination des parties prenantes, le renforcement des capacités institutionnelles et l’appui à l’élaboration de cadres stratégiques et réglementaires pour trois filières ciblées : le manioc, le piment et le gombo.
L’objectif est de structurer la gouvernance de ces chaînes de valeur et d’améliorer l’environnement institutionnel de l’horticulture.
Lancé en 2024 en partenariat avec le Ministère chargé de l’Agriculture, le projet PROFIT est inscrit dans le cadre de la feuille de route gouvernementale.
À terme, le programme ambitionne de toucher 25 000 producteurs, de structurer 1000 coopératives et d’atteindre une production cumulée de plus de 230000 tonnes sur environ 51000 hectares.
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Données satellitaires, intelligence artificielle, drones, agriculture de précision, sécurité, finance climatique… Longtemps cantonné à des usages techniques, le géospatial est devenu aujourd’hui un levier stratégique de souveraineté, de résilience et de compétitivité pour les États africains. Au Togo, comme ailleurs sur le continent, l’écosystème se structure progressivement, entre initiatives citoyennes, montée en puissance du secteur privé et prise de conscience des pouvoirs publics.
Dans cet entretien accordé à Togo First, Richard Folly, fondateur et directeur général d’African Geospace, décrypte les grandes mutations à l’œuvre : l’irruption de l’intelligence artificielle dans l’analyse des données spatiales, les usages concrets de la geodata dans l’agriculture, la finance ou la gestion des risques climatiques, mais aussi les choix stratégiques auxquels sont confrontés les États africains, entre satellites nationaux et solutions mutualisées.
Passé par la NASA, analyste géospatial et entrepreneur engagé dans la transformation digitale, Richard Folly livre également sa vision du développement de l’écosystème africain du spatial, des modèles économiques viables pour les start-up locales et des conditions nécessaires pour que l’Afrique ne soit plus seulement consommatrice, mais actrice de la révolution géospatiale mondiale.
Togo First : Vous avez récemment été cité dans un article de BBC Afrique à propos d’un programme international de leadership et de coopération. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
Richard Folly : Il s’agit du Cool Czechia Programme, souvent abrégé en Czechia. C’est un programme d’échanges et de formation destiné aux jeunes leaders africains, avec pour objectif : créer un pont entre les talents émergents du continent et la République tchèque, un pays d’Europe centrale encore peu connu en Afrique, mais extrêmement avancé sur le plan technologique.
La République tchèque développe ses propres technologies, que ce soit dans les transports – trains, automobiles – mais aussi dans des secteurs de pointe comme le spatial. Le programme vise donc à exposer les jeunes Africains à cet écosystème, à ses méthodes de gouvernance et à ses capacités industrielles.
Concrètement, nous avons participé à des simulations de prise de décision au niveau européen, notamment sur des sujets sensibles et complexes comme la gouvernance des données, l’implantation de puces, l’accès à l’eau potable ou encore la protection de l’environnement. Nous avons également eu des échanges approfondis avec le ministère tchèque des Affaires étrangères, ce qui nous a permis de mieux comprendre leur politique extérieure et les initiatives déjà en cours à destination des pays africains.
C’était une immersion à la fois institutionnelle et technologique, menée avec un groupe d’environ une vingtaine de participants africains.
Togo First : Quel est le point de jonction entre ce programme et votre travail sur la data et le géospatial ?
Richard Folly : Pour moi, le lien est très direct. Notre entreprise, African Geospace, collabore déjà avec une société spatiale tchèque appelée TRL Space. Cette entreprise était d’ailleurs présente à Lomé en avril dernier, où nous avons coorganisé un forum consacré à l’espace et aux technologies géospatiales.
Participer à ce programme et me rendre à mon tour en République tchèque, c’était en quelque sorte boucler la boucle. Cela s’inscrit parfaitement dans la logique de coopération technologique et de circulation des savoirs que nous cherchons à construire autour de la data, du spatial et de leurs applications concrètes pour l’Afrique.

Togo First : Justement, quel est aujourd’hui l’état des lieux de la data géospatiale au Togo ?
Richard Folly : Il y a eu des avancées significatives. Pour donner un peu de perspective, le travail a réellement commencé dès 2013 avec la création de OpenStreetMap Togo, un projet open source que j’ai contribué à lancer pour la production et la diffusion de données géographiques libres.
Depuis, un véritable écosystème s’est progressivement structuré. Il y a des initiatives issues de la civic tech, comme OpenStreetMap, mais aussi des entreprises privées comme African Geospace, qui travaillent activement sur l’exploitation des données géospatiales.
Du côté de l’État, on observe également une montée en compétences. Plusieurs ministères s’intéressent désormais à l’utilisation des données satellitaires et forment des jeunes à leur exploitation. Le projet PRISE – le recensement des infrastructures socio-économiques – a notamment permis la mise en place de deux géoportails nationaux, aujourd’hui utilisés comme outils d’aide à la décision publique.
Si l’on fait la synthèse, entre initiatives citoyennes, entreprises privées et projets étatiques structurants, le Togo est clairement en train de se positionner sur l’exploitation stratégique de la data géospatiale.
“Sans compétences nationales capables de porter ces ambitions, même les meilleurs partenariats internationaux resteront limités à des projets ponctuels, sans appropriation durable”.
Togo First : A l’échelle africaine, où en est l’industrie de la geodata et du géospatial ?
Richard Folly : À l’échelle du continent, les initiatives se multiplient. Une observation revient souvent : l’Afrique anglophone est globalement en avance sur l’Afrique francophone, comme dans beaucoup de secteurs technologiques.
Aujourd’hui, on estime à environ 20.000 le nombre de professionnels du secteur géospatial en Afrique, avec un marché qui pourrait dépasser 22 milliards de dollars à l’horizon 2026. Il existe des acteurs régionaux, mais aussi de plus en plus d’entreprises nationales, publiques comme privées.
Il faut toutefois souligner que l’industrie de la data géospatiale est étroitement liée à celle du spatial. À ce titre, le lancement de l’Agence spatiale africaine, en avril dernier au Caire, marque une étape structurante. Elle joue un rôle de catalyseur en mettant en relation des entreprises spatiales africaines avec des agences et entreprises européennes afin de constituer des consortiums capables de répondre à des projets d’envergure sur le continent.
Il existe également une coopération formalisée entre l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA), avec un portefeuille estimé à environ 100 millions d'euros, dont une part significative est consacrée aux projets spatiaux et géospatiaux. Tout cela contribue à structurer progressivement un véritable marché africain du géospatial.

Togo First : Lorsqu’on observe les avancées de pays comme le Rwanda, le Nigeria, l’Égypte, le Maroc ou plus récemment le Sénégal – notamment en matière d’investissements dans les satellites, les infrastructures numériques ou l’agriculture de précision –, le Togo est-il aujourd’hui sur la bonne trajectoire ? Quelles seraient, selon vous, les trois priorités stratégiques pour combler le retard ?
Richard Folly : Je pense que le Togo peut clairement rattraper son retard. Lorsqu’il y a une volonté politique affirmée, les moyens peuvent suivre. S’il faut identifier trois axes prioritaires, le premier est sans hésitation, la formation et le renforcement des capacités.
Tout ce dont nous parlons – satellites, données, intelligence artificielle – repose avant tout sur les ressources humaines. Sans compétences nationales capables de porter ces ambitions, même les meilleurs partenariats internationaux resteront limités à des projets ponctuels, sans appropriation durable. Il est donc essentiel de former massivement, aussi bien dans l’analyse de données géospatiales que dans les métiers plus techniques liés au spatial.
Togo First : Manque-t-on aujourd’hui de profils spécialisés, comme des géomaticiens ou des data scientists orientés géospatial ?
Richard Folly : Le secteur se divise en réalité en deux grands blocs. D’un côté, il y a l’axe applicatif : les data scientists, les analystes, ceux qui exploitent les données. Sur cet aspect, le Togo dispose déjà de certains profils, y compris au sein des ministères.
De l’autre côté, il y a l’axe plus technique et industriel, lié à la conception, à la fabrication et au lancement des satellites. C’est là que se situe le véritable déficit. Les données viennent du spatial, et cette expertise-là est encore très peu présente au niveau national. Il existe des Togolais dans la diaspora qui travaillent dans ce domaine, mais localement, les compétences restent insuffisantes. C’est pourquoi la formation doit couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur, du spatial jusqu’à l’analyse des données.
Togo First : Au-delà de la formation, quels sont les autres leviers à activer ?
Richard Folly : Le deuxième axe stratégique est la coopération, à la fois régionale et internationale. Travailler avec des pays africains plus avancés, mais aussi avec des partenaires européens ou américains, permet d’aller beaucoup plus vite. Il n’est pas nécessaire de réinventer la roue : s’appuyer sur ceux qui ont déjà parcouru ce chemin permet de gagner du temps et d’améliorer l’efficacité des politiques publiques.
Le troisième axe consiste à identifier clairement les priorités nationales. Pour le Togo, certains secteurs apparaissent comme évidents. L’agriculture, par exemple, peut tirer un bénéfice immense des technologies spatiales, en augmentant la productivité tout en respectant l’environnement.
Un autre domaine crucial est celui de la sécurité et de la défense nationale. La sous-région est confrontée à des défis sécuritaires majeurs, et le Togo n’est plus totalement épargné. Les satellites peuvent jouer un rôle clé dans la surveillance des frontières terrestres et maritimes, la détection d’activités illicites et la prévention des menaces. À partir de ces deux priorités, d’autres cas d’usage émergeront naturellement, comme la gestion des risques de catastrophes, l’urbanisation résiliente ou l’aménagement du territoire.
Togo First : Le business model de la geodata reste encore flou dans beaucoup de pays africains. Quelles sont aujourd’hui les pistes de rentabilité les plus solides ?
Richard Folly : Les opportunités sont pourtant considérables. Le modèle le plus simple et le plus répandu repose sur des plateformes en mode SaaS, basées sur des données satellitaires. Les utilisateurs souscrivent pour accéder à des services sectoriels : agriculture, environnement, climat, etc.
C’est précisément ce que nous développons avec African Geospace. Nous préparons le lancement, au premier trimestre 2026, d’une plateforme dédiée à l’agriculture. Elle s’adresse à trois profils : les agriculteurs, les assureurs et les décideurs publics. Chacun accède à des informations climatiques et géospatiales adaptées à ses besoins, afin de prendre de meilleures décisions, qu’il s’agisse de gestion d’exploitation, d’évaluation des risques ou de conception de politiques agricoles.
Un deuxième modèle, plus institutionnel, repose sur le business-to-government. Il s’agit de transformer les données satellitaires en indicateurs directement actionnables pour les États ou les organisations impliquées dans la gestion des risques de catastrophes. Ici, on est sur des modèles contractuels, avec des licences ou des accords annuels, plutôt que sur de simples abonnements.
Enfin, il existe un troisième modèle plus industriel. L’Afrique dispose d’un important réservoir de jeunes talents. S’ils sont bien formés, ces profils peuvent intervenir dans la fabrication, le test ou le contrôle de composants de missions spatiales pour des acteurs internationaux. C’est une logique comparable à ce que l’on observe dans d’autres industries technologiques mondiales, et elle ouvre des perspectives importantes à moyen terme.
“Pour que l’écosystème progresse rapidement, il faut des institutions publiques capables de créer un environnement réglementaire favorable.”
Togo First : Comment voyez-vous l’évolution de l’écosystème géospatial au Togo et en Afrique dans les cinq à dix prochaines années ?
Richard Folly : Cet écosystème est déjà en train de se structurer progressivement, et il sera de plus en plus dynamique. On observe d’abord l’émergence d’acteurs issus de la société civile, notamment à travers des initiatives de type Civic Tech comme OpenStreetMap, très présentes aujourd’hui en Afrique. Ces projets jouent un rôle essentiel de formation, de sensibilisation et de démocratisation des usages du géospatial.
À un autre niveau, les acteurs privés – comme African Geospace et d’autres entreprises du continent – vont connaître une croissance rapide, portée par les partenariats internationaux. Le développement de cet écosystème ne peut pas se faire en silo : il faut casser les barrières, multiplier les collaborations et s’inscrire dans des réseaux globaux, comme nous le faisons avec nos partenaires européens.
Mais il ne faut pas négliger le rôle fondamental des États. Dans de nombreux pays africains, il n’existe pas encore de cadres juridiques clairs pour l’exploitation des technologies spatiales. L’absence de lois et de régulations complique l’innovation, car les acteurs ne savent pas toujours ce qui est autorisé ou non. Pour que l’écosystème progresse rapidement, il faut des institutions publiques capables de créer un environnement réglementaire favorable.
C’est pourquoi je plaide depuis plusieurs années pour la mise en place, au niveau national, de conseils spatiaux ou d’agences spatiales nationales. L’Agence spatiale africaine joue un rôle de coordination continentale, mais elle ne peut agir efficacement que si des initiatives existent au niveau des États. Sans structures nationales, même avec des ressources disponibles, il est difficile d’intervenir.
À terme, l’avenir du spatial en Afrique reposera sur quatre piliers : les acteurs privés, la société civile, les institutions publiques et les investisseurs. C’est l’interaction entre ces quatre composantes qui définira la trajectoire du continent dans ce secteur stratégique.
Interview réalisée par Fiacre Enagnon Fiacre
Au Togo, Togo Apparels Source (TAS), une entreprise spécialisée dans le textile, a officiellement démarré ses activités sur la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) le 28 janvier dernier. Le lancement a été marqué par une cérémonie officielle, à l’issue de laquelle les premières machines de production ont été mises en service.
Implantée sur la PIA, TAS se positionne sur le segment de la confection textile, avec une orientation principalement tournée vers l’exportation. À terme, cette activité devrait générer environ 1500 emplois, contribuant ainsi à la création d’emplois industriels et au renforcement du tissu économique local.
Au-delà de son impact direct sur l’emploi, l’entrée en production de cette nouvelle unité industrielle est appelée à soutenir la transformation structurelle de l’économie togolaise et à dynamiser le secteur textile national. Togo Apparels Source vient en effet s’ajouter à plusieurs autres entreprises déjà opérationnelles sur la PIA, confirmant la montée en puissance de ce pôle industriel dans la filière textile.
Pour les responsables de la PIA, cette nouvelle implantation « illustre l’attractivité croissante de la PIA auprès des investisseurs du secteur textile et renforce la dynamique d’industrialisation en cours au Togo ». La plateforme ambitionne de s’imposer comme un hub industriel régional, en particulier dans les activités manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre.
Depuis son lancement en 2021, la PIA joue un rôle central dans la stratégie d’attractivité industrielle du Togo À fin juin 2024, la plateforme revendiquait avoir attiré plus de 150 millions d’euros d’investissements, soit près de 100 milliards de FCFA.
Au-delà des flux d’investissements, la PIA met en avant sa contribution aux finances publiques. Entre 2021 et 2023, les activités industrielles hébergées sur le site ont généré environ 8,8 millions d’euros de taxes, équivalant à 5,7 milliards de FCFA, au profit des caisses de l’État.
Esaïe Edoh
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