Togo First

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La compagnie aérienne panafricaine Asky Airlines a acquis le vendredi 27 octobre 2023, un nouveau Boeing ET-BAG pour renforcer sa flotte.

« Nous sommes ravis de vous informer que, ASKY a accueilli en ce 27 octobre 2023 un tout nouveau Boeing ET-BAG au sein de sa flotte en constante expansion », a communiqué la compagnie basée à Lomé via ses canaux sociaux.

Le nouvel avion, selon une note du transporteur aérien, est « équipé des dernières technologies en matière de sécurité et de confort, garantissant des vols en toute sérénité ». Il va jouer un rôle clé dans sa mission de connecter davantage de destinations via la capitale togolaise depuis l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma qui depuis quelques années se métamorphose pour devenir le hub logistique de la sous-région.

L'acquisition de cet appareil après la réception de 2 autres en septembre dernier, va permettre à cette compagnie dont l’Etat togolais est actionnaire à 14%, d'accélérer le projet de nouvelle destination notamment Paris et des capitales en Asie.

Esaïe Edoh 

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Le quatrième remorqueur acquis par le port de Lomé en août dernier a été officiellement mis en service le vendredi 27 octobre dernier par le ministre chargé de l’économie maritime, Edem Kokou Tengué et des responsables du Port autonome de Lomé (PAL).

Ce remorqueur de catégorie ASD TUG 2312 acquis auprès de la société Boluda, grâce à “son design exceptionnel et sa puissance de son moteur”, va permettre à la plateforme portuaire de Lomé d'accueillir des navires de 400 m de long. “Le PAL peut désormais accueillir des navires encore plus grands que ceux qu'il accueillait”, a indiqué le ministère de l’économie maritime.

Ce nouvel équipement logistique, selon l’administration portuaire, sera “affecté au remorquage des megaships, et ses immenses porte-conteneurs. Ce qui “permettra au port de Lomé de renforcer son positionnement stratégique et concurrentiel par rapport à ses rivaux de la côte ouest-africaine”.

En effet, ce nouveau navire spécialisé est destiné à l'appareillage, à l'accostage et au sauvetage de navires commerciaux. In fine, cet équipement va améliorer les capacités opérationnelles du port et maintenir Lomé dans une position concurrentielle face aux ports d'Abidjan et de Tema dans la région ouest-africaine, ainsi qu'au port de Lekki au Nigeria, qui s'est récemment développé.

Esaïe Edoh

Au Togo, le nouveau schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme du Grand Lomé sera bientôt finalisé, a informé le ministre en charge de l’urbanisme et de l'habitat, Kodjo Adédzé, lors du Conseil des ministres tenu le jeudi 26 octobre 2023.

Ce document en finalisation, va contribuer à la réglementation de l’occupation spatiale de la ville et mettre fin aux déséquilibres structurels en vue d’enclencher un développement harmonieux du territoire.

Selon les autorités togolaises, le nouveau plan d’urbanisation du Grand Lomé facilitera également, non seulement la réalisation des projets d'investissements publics et le renforcement de l'attractivité de la ville, mais aussi l'amélioration du cadre de vie des populations de la capitale.

Ce plan, en effet, est actualisé sur la base de la forte expansion et importante dynamique démographique.

La disponibilité annoncée du plan directeur s’inscrit dans le cadre de la phase pilote d’un vaste programme d’élaboration du plan d’aménagement urbain des 117 communes du pays. Cette phase pilote prend aussi en compte les communes d'Avé 2 et Zio 2.

Esaïe Edoh 

Le Togo va ouvrir et rendre opérationnel, son Office national des aires protégées (ONAP). Le décret portant création, attributions, organisation et fonctionnement de cette entité a été examiné et rendu par l’exécutif en Conseil des ministres, jeudi 26 octobre 2023.

La prise de ce décret fait suite à l’adoption d’un avant-projet de loi, relatif à la création et à la gestion des aires protégées, lors du Conseil des ministres du 24 mai 2023. 

L’ONAP, avec un statut d’établissement public à caractère administratif, doté de l’autonomie de gestion administrative et financière, « aura notamment pour mission de mettre en œuvre la politique forestière nationale en matière de gestion durable des parcs nationaux, des réserves de faune, des réserves de gestion des habitats et des espèces, des zones de gestion des ressources naturelles, des zones d’intérêt cynégétique et des jardins zoo-botaniques ».

Placée sous la tutelle technique du ministère de l’environnement et la tutelle financière du ministère de l’économie et des finances, la nouvelle structure va aussi assurer la coordination des interventions, garantir la durabilité des différentes réalisations, ainsi que faciliter la mobilisation des ressources humaines, matérielles et financières appropriées pour remplir les missions.

La création de cette entité, selon l’exécutif, tire sa source des conclusions de l’audit institutionnel de la gestion des ressources naturelles dans le pays. En effet, le rapport relève qu’il est indispensable de confier la gestion des aires protégées nationales à une structure autonome pour une meilleure efficacité des interventions.

Avec l’ONAP, l’exécutif togolais pourrait accélérer la réalisation des prévisions du pays d’étendre à 25% sa couverture forestière à l’horizon 2025. 

Esaïe Edoh 

La Banque mondiale et les autorités togolaises ont procédé, jeudi 26 octobre 2023, à une revue du portefeuille de l'institution multilatérale au Togo. Cet examen s'est déroulé en présence de Sandra Johnson, Ministre, Secrétaire Générale de la Présidence et également gouverneure de la Banque mondiale pour le Togo, ainsi que de Fily Sissoko, Représentant pays de la Banque mondiale pour le Togo.

Cap des 2 milliards $ dans trois années

Selon les équipes de la Banque mondiale, les indicateurs sont encourageants. De nouveaux projets étant en cours de négociation, le portefeuille devrait franchir la barre des 2 milliards de dollars dans les trois années à venir, après avoir quadruplé entre 2018 et 2023, porté par les réformes. "Sur le plan opérationnel, le Togo se distingue par un taux de décaissement exceptionnel, le plus élevé en Afrique centrale et de l'Ouest, soit 43 %", s’est réjoui Fily Sissoko.

1 Fily

Actuellement, le portefeuille de la Banque mondiale au Togo s'élève à 1,2 milliard de dollars et comporte 16 projets en cours d'exécution, soit sept projets nationaux, neuf projets régionaux et un appui budgétaire. En chiffres, cela représente 452,1 millions de dollars pour les projets nationaux, 597 millions de dollars pour les projets régionaux, et 150 millions de dollars d'appui budgétaire. Ce portefeuille de 1,2 milliard de dollars couvre divers secteurs, tels que le développement humain, les infrastructures et la croissance économique.

Nouveau pipeline de projets

Si la Banque mondiale salue la performance annuelle de décaissement, elle note également une tendance à la baisse des décaissements. Une situation expliquée en partie par l'inclusion de nouveaux projets de taille accrue.

1 Sandra

"Nous sommes en fin de cycle pour la plupart de nos projets", a fait savoir Sandra Johnson, tout en promettant d'inverser cette tendance avec la nouvelle vague de projets en cours de négociation avec l’institution dirigée par Ajay Banga.

"Actuellement, nous sommes engagés à hauteur de 1,2 milliard de dollars, et lorsque l'on prend en compte les engagements à venir, nous atteindrons probablement 2 milliards de dollars, voire davantage", a indiqué un responsable du Bureau pays de la Banque mondiale.

Concernant les projets en cours de négociation, les attentes sont grandes. Avec le projet IDEA (Increased Digital Connectivity and Electricity Access), le Togo devrait bénéficier d'une enveloppe globale de 200 millions de dollars, ce qui serait un record pour le pays. Ce projet important est censé améliorer la connectivité numérique et l'accès à l'électricité au Togo, en s'appuyant sur le réseau de la défunte CEB que partageaient le Bénin et le Togo en commun.

Encore des défis à relever 

Néanmoins, au-delà des avancées et des initiatives prometteuses, des défis opérationnels persistent et nécessitent une attention accrue. Comme l'a souligné Sandra Johnson, des réformes majeures sont à l'horizon pour "améliorer la gouvernance et la gestion sociale" en suivant les directives présidentielles. Un décret sur la gouvernance des projets financés par les institutions multilatérales serait sur la table, selon la ministre. 

Or, pour maintenir cette dynamique positive et assurer la réussite de ces futurs programmes, une exigence se dessine clairement aux yeux des experts de la Banque mondiale : accélérer les procédures de passation des marchés publics, qui affichent aujourd'hui des délais supérieurs à la moyenne de 100 jours. Pour l'institution de Bretton Woods, ce point pourrait, en effet, constituer un frein à la mobilisation rapide des fonds et à la mise en œuvre effective des projets.

Fiacre E. Kakpo



À Lomé, plus de 350 femmes de l'espace francophone se forment aux négociations internationales sur les changements climatiques, en prévision de la prochaine Conférence des parties sur le Climat (COP 28), qui se tiendra du 30 novembre au 12 décembre à Dubaï.

En effet, la capitale togolaise accueille depuis le mardi 24 octobre une session de formation dédiée aux femmes francophones issues de plusieurs pays, axée sur les négociations climatiques. Ces travaux sont organisés par l'Institut de la francophonie pour le développement durable (IFDD) pour la quatrième fois consécutive, dans le cadre des préparatifs de la COP28.

Sous la direction du ministre de l'Environnement et des Ressources Forestières, Katari Foli-Bazi, ces travaux visent à outiller plus de 350 femmes francophones en vue de leur participation active aux négociations internationales sur les changements climatiques. L'objectif principal est de leur fournir des connaissances de base concernant les processus et les acteurs des négociations climatiques, ainsi que de les familiariser avec les outils et les meilleures pratiques dans ce domaine crucial.

La rencontre explore notamment les stratégies de négociation visant à défendre les positions des pays africains et des régions les plus touchées par le changement climatique. L'objectif ultime est de mobiliser davantage de financements en prenant en compte les besoins des populations vulnérables, selon Issa Bado, l'un des responsables de la formation.

Il convient de rappeler que le Togo s'est engagé activement depuis plusieurs semaines dans les préparatifs de cette importante conférence mondiale sur la question climatique.

Le pays, dont le Chef d'État Faure Gnassingbé est invité à la rencontre, prépare lui-même sa participation aux travaux, notamment en promouvant l'agriculture durable et une économie résiliente au changement climatique, tout en visant des émissions de CO2 réduites.

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Au Togo, l'État souhaite mettre à jour la protection des droits d'auteur. Hier, jeudi 26 octobre 2023, le Conseil des ministres a en effet adopté un projet de loi visant à renforcer la protection des droits d'auteur, des droits voisins et des expressions du folklore dans le pays. Cette décision fait suite à une évolution significative de la législation nationale, en cohérence avec les développements communautaires et internationaux en la matière.

Il est à noter que la loi actuellement en vigueur, datant de 1991, est devenue obsolète face aux évolutions survenues au niveau de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) et du fait des accords internationaux. Dans cet esprit, l'UEMOA a adopté deux directives visant à harmoniser les dispositions relatives aux droits d'auteur et aux droits voisins, ainsi qu'aux droits à rémunération pour copie privée au sein de ses États membres.

« On constate que la législation nationale présentait, après trois décennies de mise en œuvre, des insuffisances et des inadéquations auxquelles il était essentiel de répondre afin de consolider les droits existants et de prendre en compte les exigences des accords internationaux ratifiés par le Togo. », indique-t-on.

Par exemple, le projet de loi actuel prend en compte les « nouveaux droits reconnus aux créateurs d'œuvres et aux artistes par les instruments internationaux et communautaires. », notamment un allongement de la durée de protection des œuvres de l'esprit de 50 à 70 ans, une rémunération pour copie privée, ainsi que la perception des droits de reproduction par reprographie.

Le texte ainsi adopté sera soumis pour validation au Parlement en vue de renforcer la protection des droits patrimoniaux des créateurs et artistes togolais.

Le Togo entend finaliser son accord "Compact" avec la Millennium Challenge Corporation (MCC) jusqu’à fin 2024. Le pays a choisi deux secteurs clés à cet effet : l'énergie et le numérique.

Dans cette perspective, la cellule de mise en œuvre du programme compact du Togo (CMC-Togo), qui a obtenu un soutien financier de la MCC, s'est mise à la recherche de consultants spécialisés pour mener des "Études de faisabilité relatives aux Services Digitaux". La clôture des candidatures est prévue pour le 4 décembre 2023.

Rappelons que c'est en décembre 2022 que le Togo est devenu éligible au Compact, après plusieurs années de réformes et de positionnement sur ce programme de financement américain. 

Pour le pays, il s'agira de profiter de ce financement pour répondre aux défis majeurs dans les deux secteurs, tels que la réduction des coûts élevés, une couverture satisfaisante de la population en énergie et une démocratisation des services numériques.

Au Togo, plus de 800 artisans exposent près d’un million d’articles, à la faveur de la 3è édition du Marché international de l’artisanat du Togo (MIATO) qui a démarré officiellement le mercredi 25 octobre.

Durant deux semaines, soit jusqu’au 5 novembre, ces artisans vont promouvoir leurs produits sur l’esplanade du Palais des Congrès de Lomé qui accueille l’événement et par la même occasion, valoriser le “made in Togo” et l’artisanat togolais.

Parallèlement aux expositions, plusieurs activités sont programmées, notamment, des spectacles, caravanes et concours ainsi que des panels sous le thème de cette édition : « l’artisanat à l’ère de l’autonomisation de la femme et du numérique ».

Ces panels de discussions prévus, selon Eke Kokou Hodin, ministre délégué, chargé de l'enseignement technique, « vont contribuer à sensibiliser davantage les artisans et amener la femme à faire usage du numérique pour assurer son autonomisation ».

Notons qu'à cette foire qui connait la participation des pays voisins comme le Mali, l’invité d’honneur, les organisateurs attendent 120.000 visiteurs.

Dans un contexte marqué par la pandémie de Covid-19 et les chocs économiques mondiaux qui en ont résulté, le Togo a réussi à maintenir une croissance économique résiliente. La Banque mondiale vient de publier son tout premier rapport sur les Perspectives économiques du Togo, intitulé “Libérer le potentiel de croissance du pays". Ce document offre un aperçu complet de la situation économique actuelle du Togo et de ses perspectives. 

Dans la foulée de ce lancement, Marc Stocker, économiste principal à la Banque mondiale, revient pour Togo First sur les points saillants de ce rapport. 

Togo First : La Banque mondiale vient de publier son rapport intitulé " Perspectives économiques - Libérer le potentiel de croissance du pays" ? Quels sont les principaux enseignements de cette édition ?

Marc Stocker :  L'économie togolaise a manifesté une résilience remarquable face aux divers chocs depuis l'année 2020, notamment l'émergence de la pandémie de Covid-19. Nous observons une stabilisation de la croissance économique du Togo autour de 4 à 5 % depuis cette période. Bien sûr, il y a eu un ralentissement net en 2020, mais également un rebond significatif en 2021-2022. En examinant la performance moyenne à travers cette période agitée, elle reste robuste et en phase avec les performances historiques du pays. C'est un premier constat.

Malgré une reprise attendue de la consommation privée, la croissance devrait légèrement ralentir en 2023, entraînée par une décélération des dépenses publiques et de la demande extérieure. Elle devrait ensuite se stabiliser en 2024 avant de s’accélérer en 2025, notamment soutenue par le rebond attendu de l’économie mondiale.

Le moteur de cette résilience réside dans la réponse proactive du gouvernement qui a mis en place diverses mesures, notamment l'augmentation des dépenses publiques. Nous parlons ici de dépenses d'investissement et de transferts courants comme les subventions aux engrais, aux carburants, entre autres. Ces mesures ont été particulièrement utiles pour contrer l'augmentation de l'inflation qui a eu un impact sur le pouvoir d'achat des ménages.

Toutefois, cette hausse des dépenses publiques a un revers. Elle a engendré une croissance rapide des déficits budgétaires. C'est une priorité pour le gouvernement d'entamer une consolidation budgétaire dans les années à venir, avec un objectif précis : réduire le déficit à 3 % d'ici à 2025. C'est un défi de taille.

Si nous observons l'impact sur les populations ces dernières années, l'inflation a effectivement grignoté le pouvoir d'achat, malgré les interventions étatiques. L'effort continu pour stabiliser cette inflation et appuyer les populations vulnérables est donc crucial.

Enfin, ce que nous ne devons pas perdre de vue, c'est la nécessité de réformes structurelles pour débloquer le potentiel de croissance du Togo. Le gouvernement est déjà engagé dans cette voie depuis une dizaine d'années, mais il doit accélérer le rythme des réformes, surtout dans les secteurs clés comme l'agriculture.

Si les indicateurs tels que les taux d'investissement, tant public que privé, l'amélioration du capital humain et la participation au marché du travail se maintiennent aux niveaux observés avant la pandémie, la croissance potentielle du Togo pourrait connaître une baisse graduelle. Elle passerait de 5,4 % avant la crise du COVID-19 à environ 5 % d'ici à 2030, principalement due à un déclin des dividendes démographiques. Toutefois, avec la mise en œuvre de réformes structurelles ciblées et ambitieuses, le taux d'investissement privé pourrait augmenter de 10 points de pourcentage du PIB, conduisant potentiellement à une accélération de la croissance économique jusqu'à 7 % à l’horizon 2030.

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Togo First : Quelles devraient être ces réformes ?

Marc Stocker :  Les réformes essentielles concernent principalement le secteur agricole. L'une des priorités est la sécurisation de l'accès aux terres, un levier pour stimuler l'investissement, améliorer la productivité et accroître la compétitivité du secteur. De plus, le développement de l'agriculture irriguée est indispensable et requiert des investissements conséquents.

En ce qui concerne l'accès aux intrants, la disponibilité de semences résistantes au changement climatique, ainsi que d'engrais biologiques et phosphatés, est cruciale. Il convient également d'examiner les options pour la production locale ou régionale de ces engrais.

Les opportunités d'exportation pour le secteur agricole sont un autre axe d'intervention. Ici, l'objectif est de minimiser les entraves commerciales et de capitaliser sur les initiatives telles que la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine pour élargir les marchés d'exportation. Selon les données de ce rapport, la ZLECAf pourrait notablement renforcer l'attrait du Togo pour les investisseurs étrangers. Cette dynamique pourrait entraîner une hausse jusqu'à 135 % du volume d'investissements directs étrangers d'ici à 2035. L’intensification des réformes réglementaires et des efforts visant à améliorer la facilitation des échanges sera particulièrement cruciale pour soutenir cette tendance. 

Le renforcement du capital humain sera un autre objectif essentiel pour améliorer l’inclusion et la résilience. Les réformes visant à renforcer la participation au marché du travail et l’accès à une éducation de qualité, aux soins de santé et à la protection sociale sont essentielles pour stimuler le capital humain. L’intensification des réformes réglementaires et des efforts visant à améliorer la facilitation des échanges sera particulièrement cruciale pour soutenir cette tendance.

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Togo First : Étant donné que l'industrialisation du Togo est en cours mais encore naissante, et que la mise en œuvre de la ZLECAf s'intensifie, les pays faiblement industrialisés comme le Togo ne risquent-ils pas de se désindustrialiser au profit des acteurs plus importants ? Par ailleurs, pensez-vous que la position du Togo en tant que hub logistique puisse être à double tranchant plutôt qu'un avantage dans ce contexte ?

Marc Stocker : La question de la faible industrialisation face à des géants industriels déjà bien établis est légitime. Cependant, chaque pays, via une initiative comme la ZLECAf, a l'opportunité de mettre en avant ses avantages comparatifs. Pour le Togo, il s'agit notamment de ses infrastructures portuaires, qui sont déjà un actif majeur pour l'économie et qui peuvent être davantage valorisées.

En outre, le développement du secteur logistique et des services associés offre des perspectives. De même, la possibilité d'élargir les marchés pour l'agriculture au niveau régional, la transformation agricole domestique, ainsi que le développement de secteurs manufacturiers, comme le textile, peuvent être des leviers de croissance.

Il est vrai qu'une zone de libre-échange engendre inévitablement des gagnants et des perdants. Par conséquent, la capacité d'adaptation et d'ajustement devient cruciale pour maximiser les bénéfices tout en atténuant les risques et les pertes.

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Togo First : Le Togo ne présente-t-il pas les caractéristiques des pays qui pourraient être perdants dans un tel marché ?

Marc Stocker : Non, la réponse est sans équivoque. Selon le rapport, le Togo fait partie des pays qui pourraient grandement bénéficier de la ZLECAf, notamment en raison des investissements centrés autour des activités portuaires. Ces dernières peuvent être particulièrement valorisées pour les exportations régionales. En somme, cela devrait stimuler la productivité dans les secteurs les plus compétitifs et servir de plateforme pour aller au-delà de cette zone, améliorant ainsi la compétitivité globale de certains secteurs togolais.

Bien sûr, la réussite de ce projet nécessite des réformes importantes, notamment sur le plan réglementaire, et une adaptation du marché du travail, d'où l'importance de la formation.

Togo First : Le Togo tire une grande partie de ses recettes fiscales de la TVA sur les valeurs en douane par exemple, près de 20% selon les données compilées par Togo First. Avec l'avènement de la ZLECAf, ne risque -t-on pas de se voir privé d’une source  importante des ressources domestiques ?

Marc Stocker : Notre rapport sur les perspectives économiques traite de ces enjeux en profondeur. En particulier, il estime les pertes potentielles en recettes douanières avec la mise en place de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) à environ 0,2 % du PIB. Bien que ce chiffre ne soit pas négligeable, il reste relativement modeste par rapport aux recettes totales de l'État, qui représentent 13 % du PIB.

Il est important de souligner que ces réformes tarifaires n'affecteront que la réduction progressive des droits d'importation sur le commerce intrarégional de produits "non sensibles". Environ 19 % des recettes publiques totales du Togo viennent effectivement des taxes commerciales, mais ces réformes n'impacteront pas d'autres sources de revenus fiscaux, comme la TVA ou les droits d'accise.

De plus, comme vous l'avez judicieusement mentionné, l'activation de cette zone de libre-échange aura pour effet de dynamiser globalement l'activité économique. À long terme, certains secteurs actuellement à faible contribution fiscale pourraient bien devenir des vecteurs clés dans l'élargissement de l'assiette fiscale et la génération de revenus pour l'État.

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Togo First : Sur quels leviers le Togo devrait-il s'appuyer pour bénéficier pleinement de l’Open Market ? 

Marc Stocker : L'importance du secteur agricole dans le marché du travail togolais est manifeste, d'autant plus dans le contexte de croissance inclusive et de potentiel régional. Le Togo se révèle être un exportateur net de produits agricoles, notamment via le commerce informel et transfrontalier. Ceci met en lumière la compétitivité intrinsèque du secteur. Cependant, le manque de modernisation et la vulnérabilité aux chocs climatiques, tels que la sécheresse, rendent le secteur fragile. Des investissements dans la modernisation, notamment dans l'irrigation, pourraient renforcer la résilience de l'agriculture face aux défis environnementaux.

Togo First : Le rapport indique qu'il est nécessaire de mettre en place des mesures pour atténuer l'impact de l'inflation des prix de l'énergie et des denrées alimentaires sur les ménages. Dans le même temps, il appelle à l’élargissement de l'assiette fiscale et à la réduction de certaines subventions qui bénéficient peu aux ménages les plus modestes. De quelles subventions s'agit-il ? Ces recommandations ne sont-elles pas en elles-mêmes quelque peu antinomiques ?

Marc Stocker : Concernant les préoccupations fiscales et inflationnistes, le rapport ne préconise pas l'augmentation des subventions comme moyen de lutte contre l'inflation, qui est d'ailleurs en déclin par rapport aux années précédentes. L'élément problématique demeure le coût de l'énergie, qui a un impact en cascade sur d'autres secteurs tels que le transport et le logement. L'inflation sur les produits alimentaires, qui touche particulièrement les populations vulnérables, est en baisse significative. Le rapport appelle donc à un renforcement de la capacité de production domestique, plutôt qu'à des subventions, pour rendre le pays moins sensible aux chocs externes et renforcer la résilience du mode de production.

Togo First : Quelles solutions la Banque mondiale suggère-t-elle pour améliorer la productivité agricole au Togo, étant donné les contraintes actuelles comme les faibles taux d'utilisation d'engrais, de semences améliorées et d’irrigation ? Une refonte du secteur est-elle nécessaire ?

Marc Stocker : Il n'existe pas de panacée pour moderniser un domaine aussi vaste et crucial que l'agriculture. Le maintien de la population dans des activités agricoles de subsistance s'explique aussi par le manque d'alternatives économiques. Fournir des opportunités hors du secteur agricole s'avère donc essentiel pour sa modernisation.

Sur le plan strictement agricole, l'infrastructure revêt une importance capitale. Il s'agit notamment de la maintenance des voies de communication rurales, cruciales pour l'accès au marché, et de l'électrification rurale, qui demeure une priorité majeure pour stimuler l'économie en milieu rural. Le gouvernement a déjà mis en œuvre des Zones d'aménagement agricole planifiées (ZAAP) dans des cantons spécifiques, une initiative qui pourrait servir de modèle pour le reste du secteur.

Pour compléter cette modernisation, des facteurs tels que les services de vulgarisation agricole, l'accès à la technologie, aux installations de stockage, et aux infrastructures de distribution, sont également déterminants. Ces éléments, combinés à une expansion des meilleures pratiques observées dans les ZAAP, pourraient contribuer à une modernisation plus globale du secteur agricole.

Togo First : Le rapport évoque notamment la mise en place d'un marché volontaire de crédit carbone qui est présenté comme une opportunité potentielle pour mobiliser des investissements, générer de l'emploi et contribuer à la transformation structurelle du Togo. De quoi s'agit-il et quelles sont les étapes concrètes que le Togo devrait suivre pour bénéficier réellement de ce mécanisme ? 

Marc Stocker : Le Togo, avec le soutien de la Banque mondiale, a entamé la mise en œuvre de la législation nécessaire pour établir des marchés carbone, une initiative envisagée à moyen terme. Bien que les projets éligibles aux crédits carbone ne se développent pas immédiatement, l'importance de créer les institutions, les infrastructures et les capacités nécessaires pour mobiliser ce type de financement est cruciale. Selon des estimations, le Togo pourrait bénéficier d'environ 60 millions de dollars par an en termes de crédits carbone volontaires, qui pourraient générer 100 000 d’emplois d’ici à 2030. Ce financement supplémentaire pourrait accélérer l'adaptation au changement climatique et contribuer à la transformation structurelle du pays.

Les secteurs les plus prometteurs pour cette initiative sont l'agriculture, la foresterie et la gestion des ressources naturelles, domaines où les avantages comparatifs du Togo sont particulièrement manifestes.

Interview réalisée par Fiacre E. Kakpo

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