Au Togo, la qualité des services fournis par les deux opérateurs de téléphonie mobile, Moov Africa Togo et Togocel, reste globalement inférieure aux standards fixés par la réglementation. C’est ce qu’indique l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP), dans un communiqué diffusé mardi 30 août 2022, rendant compte de la dernière campagne nationale de mesure de la qualité des services (QoS) voix, internet 3G et 4G.
L'évaluation réalisée du 19 avril au 14 juin 2022, a couvert une partie du Grand Lomé avec le reste du pays sur un échantillon de 102 localités, représentant environ 40% de la population.
« L’analyse des résultats a révélé globalement un faible niveau de conformité des services par rapport aux exigences réglementaires » sur plusieurs indicateurs, relève l'ARCEP.
Ainsi, par exemple, en ce qui concerne les services voix, le taux d’établissement d’appel chez les deux opérateurs mobiles n’est conforme au seuil réglementaire dans aucune des 102 localités. Et ce, même si TogoCom présente des valeurs plus proches de ce seuil. S’agissant de Moov Africa Togo, il est très éloigné de ce seuil, souligne le régulateur.
De même, pour le « taux de succès d’appel », les deux opérateurs ne sont pas non plus conformes dans le grand Lomé. Le rapport révèle que Moov Africa Togo présente un taux de conformité de 11,24% contre 5,62% pour TogoCom, en dehors du Grand Lomé.
Ces constats se font dans un contexte d'amélioration des performances par rapport à la dernière campagne. L’ARCEP appelle les deux opérateurs de téléphonie mobile, à améliorer « dans les plus brefs délais », la qualité de leurs services.
Des « disparités inacceptables » entre Lomé et le reste du pays
Le gendarme des télécoms au Togo relève que la capitale et ses alentours, le « Grand Lomé », sont globalement mieux lotis que les autres régions du pays.
« De manière générale, il ressort que les localités de l’intérieur du pays affichent un plus faible niveau de conformité QoS que les autres localités du grand Lomé, créant ainsi une disparité inacceptable entre les consommateurs qui paient pourtant le même prix sur l’ensemble du territoire national. »
En rappel, l’institution régulatrice a plusieurs fois par le passé, sanctionné les opérateurs TogoCom et Moov Africa Togo, suite à des manquements. Il y a quelques mois encore, l’ARCEP infligeait une amende record de 2,3 milliards FCFA à Togocel, contrôlé majoritairement par le Malgache Axian, pour « manquements graves à son obligation d’assurer au public une disponibilité permanente, continue et régulière des services de communications électroniques mobiles ». L’an dernier, Moov écopait également d'une amende de près de 600 millions FCFA, suite à une audition à l’ARCEP tandis que son concurrent était condamné à payer une amende de 1 milliard FCFA pour pratique de différenciation tarifaire.
Consulter ici le rapport complet de l’enquête.
Ayi Renaud Dossavi
Lire aussi:
A la suite de son audition, Moov écope d'une amende de près de 600 millions FCFA - Togo First
Togo : plus de 60% des abonnés des opérateurs télécoms déplorent la cherté des services (ARCEP)
Télécoms : Togocel écope d’une amende de 2,3 milliards FCFA pour « manquements graves » - Togo First
Au Togo, le tourisme devrait à l’horizon 2025, contribuer à l’économie nationale à hauteur de 6,2%, conformément aux ambitions du gouvernement inscrites dans la feuille de route gouvernementale 2020-2025. En ligne avec cet objectif, le ministère de la culture et du tourisme a recueilli, le mardi 30 août 2022 à Lomé, des propositions en guise de contribution des acteurs du secteur, à la constitution de la base définitive des données, qui servira désormais de référence pour toutes les actions en faveur du tourisme au Togo.
« Des statistiques, le secteur en a besoin pour améliorer la qualité de son image dans son propre miroir et dans le rétroviseur du monde qui l’entoure », a déclaré le ministre du tourisme, Kossi Lamadoko lors de cette rencontre au cours de laquelle le rapport provisoire de la campagne de recensement des établissements touristiques, bouclée il y a quelques semaines, a été présenté.

Cette démarche, apprend-on, est également en conformité avec les recommandations de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT). « En 2008, l’OMT a, entre autres mesures, fortement recommandé aux États membres de réunir dans un seul et même document, l’ensemble des données sur les dépenses du tourisme, les comptes des industries du tourisme, l’offre intérieure, l’emploi dans les industries du tourisme, les investissements, la consommation touristique, etc ; ce qu’il est convenu d’appeler « compte satellite du tourisme », a rappelé l’autorité.
Notons que la campagne de recensement, lancée en septembre 2021, a concerné les hôtels, motels, auberges, agences de voyages, restaurants, et toutes les unités intervenant dans la chaîne de création de valeur touristique. En 2019, le secteur touristique a rapporté, selon le ministère du tourisme, environ 53 milliards FCFA à l’économie nationale, contre 19 milliards FCFA en 2020, soit une baisse de 64% en raison de la Covid-19.
Esaïe Edoh
Amener les jeunes entrepreneurs à participer au développement économique du Togo, c’est le but poursuivi cette année par les organisateurs de la foire Adjafi dont la 10è édition a été ouverte officiellement le lundi 29 août 2022.
Conformément à cet objectif, la rencontre est axée sur le thème « contribution des jeunes entrepreneurs à l’économie nationale : renforcer l’accès des jeunes entrepreneurs aux marchés nationaux et internationaux ».
Des conférences-débats, ateliers de formation et rencontres B to B sont aussi prévus autour de ce thème. Des journées des innovations sont également annoncées du 6 au 9 septembre prochain sur le site de la foire.
« Cette année, la foire se donne comme but d’engager auprès des entreprises de jeunes, le dynamisme qui leur permet de prendre une part active dans la marche vers le progrès en faisant d’eux des acteurs majeurs, des leaders sur les marchés nationaux et internationaux dans les 10 années à venir », a déclaré le promoteur de l’événement, Maxime Minasseh.
Pour sa part, la ministre du développement à la base, de la jeunesse et de l’emploi des jeunes, Myriam Dossou d’Almeida, qualifie l'événement de vitrine remarquable mettant en avant les potentialités de la jeunesse togolaise et créant des opportunités d’investissement et de développement.
« Depuis 2012, cette foire permet à un public très large de pouvoir découvrir le génie créateur de nos jeunes et leurs produits. Elle se positionne pour mettre en exergue les différents mécanismes mis en place par l’Etat pour accompagner les initiatives privées des jeunes. Cette réussite des promoteurs est vraiment à encourager », a-t-elle souligné.
Pour rappel, la foire Adjafi rassemble des jeunes entrepreneurs et fait la promotion de leurs créations et produits.
Esaïe Edoh
Au Togo, le ministère de la promotion de l’investissement a lancé un nouveau document synoptique afin de présenter le Togo comme une terre d’investissements. Dénommé Yearbook Togo 2022-2023, ce rapport économique a été présenté au public ce mardi 30 août 2022 par la ministre de la promotion de l’investissement, Rose Kayi Mivedor.
« Le yearbook Togo 2022-2023 a été édité dans le but de rendre accessibles des données économiques et dresser un aperçu des réalisations, effectuées et en cours, dans les secteurs clés de notre économie. », a expliqué la ministre, dans le cadre du lancement, qui s’est tenu au siège de la Société d'Administration de la Zone Franche (SAZOF) et de l’Agence de promotion de la Zone franche (API-ZF). « Nous mettons également en lumière des projets prioritaires de la feuille de route gouvernementale, les priorités de chaque secteur, les projets greenfield, de même que les incitatifs qui sont accordés aux investisseurs », ajoute-t-elle.

Le document de près de 190 pages, produit par la société LD Média développement, en partenariat avec le ministère de la promotion de l’investissement, fait notamment un zoom sur la situation macro-économique du pays, les réformes réalisées ces dernières années, les progrès capitaux dans les différents secteurs de développement ainsi que ses perspectives.
Le document devrait être distribué dans les ambassades à l'international, auprès des représentations diplomatiques, ainsi que lors des grandes rencontres internationales. « Notre cible ne se limite pas aux hommes d’affaires et investisseurs, nous visons des profils variés d'acteurs, notamment les organisations internationales, les ONG, les organisations nationales, politiques économiques et sociales, les écoles, les bibliothèques et les particuliers », poursuit Rose Kayi Mivedor.

L’ouvrage est préfacé par le président togolais Faure Gnassingbé. « Notre pays se félicite de demeurer un pôle d’attraction fort pour les investisseurs. Nous vous invitons donc, chers investisseurs, à venir au Togo pour réaliser vos ambitions de développement et de croissance », plaide notamment le N°1 togolais, dans sa note introductive.
Publié en français, le Yearbook Togo 2022-2023 sera également traduit en anglais, et rendu disponible en numérique sur la plateforme de l’API-ZF, indique le ministère de la promotion de l’investissement, tout en ajoutant que l’ambition est de le produire, sur une base bisannuelle.
Ayi Renaud Dossavi
Lire aussi:
8è TICAD : le Japon annonce 30 milliards $ pour l’Afrique, le Togo compte en tirer avantage
On est encore bien loin des plus de 2 millions de tonnes des années 1980-1990, période faste où la production du phosphate togolais avait atteint des niveaux records. Mais depuis deux ans, l’extraction de la roche phosphatée a repris de plus belle. 1,3 million de tonnes en 2020, 1,45 million en 2021, il faut remonter à l’an 2003 pour voir le Togo, tutoyer de telles performances de production.
Cette augmentation annuelle de 10% intervient alors que les cours mondiaux du minerai, principal ingrédient dans la fabrication des engrais, ont presque doublé l’an dernier, passant de 88 dollars la tonne en février 2021 à 176 dollars en décembre. Une bonne nouvelle pour le Togo qui a vu également ses ventes progresser en volume. Les ventes de phosphate ont atteint 1 389 811 tonnes. C’est le niveau de ventes le plus élevé depuis au moins 1999.
Sur le marché, les conditions restent favorables à l’export, d’autant que sur le premier semestre, le prix est passé de 173 dollars en janvier 2022 à 287 dollars en juin, son plus haut niveau depuis 2009.
Selon la base de données des Nations-Unies, Comtrade, les recettes ont atteint 205 millions $ pour les exportations togolaises de la catégorie « Sel, soufre, terre, pierre, plâtre, chaux et ciment », à laquelle appartient le minerai de phosphate selon la nomenclature du commerce international. Pour le Togo, le phosphate et le clinker sont les produits les plus importants de ce segment.
La base de données Trade Map, qui est propulsée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), donne plus de détails, en affichant 129 millions $ de ventes de phosphate pour la seule année 2021.
Fiacre E. Kakpo
La présidente de l'Assemblée nationale togolaise, Yawa Tsegan a émis dimanche 28 août 2022, au nom du Togo, le vœu d’une union de l’Afrique et de la mise en œuvre d’actions d’envergure pour la paix et la sécurité sur le continent. C’était en marge de la 8ème conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 8) qui s’est tenue à Tunis.
« Nous en appelons à plus de mobilisation de nos Etats et réitérons notre invitation aux partenaires pour davantage d’actions coordonnées en faveur de la paix et de la sécurité », a-t-elle lancé devant environ 5000 participants parmi lesquels 30 chefs d’État et de gouvernement d’Afrique, au cours d’un panel consacré à la paix et à la stabilité en Afrique.
Cet appel est émis dans un contexte où les pays du Sahel et du Golfe de Guinée dont le Togo, sont confrontés à « la recrudescence des attaques terroristes et actes de grande criminalité », sources d’instabilité sociopolitique, économique et d’insécurité alimentaire. Un contexte d’insécurité qui, d’après la représentante du Chef de l’Etat togolais, empêche le continent de relever des défis économiques et sociaux.
L’officielle togolaise prône ainsi la solidarité internationale en faveur de la promotion de la paix et de la sécurité, pour triompher de ce mal.
Esaïe Edoh
Au 30 juin 2022, sur les 312 activités de réformes programmées pour le compte l’année 2022, 43 ont été réalisées et 222 sont en cours de réalisation dans le cadre de la feuille de route Togo 2025. En revanche, 47 n’ont pas connu de début de réalisation. Ce qui dégage un taux moyen d’exécution physique d’environ 43% et un taux d’exécution financière de 25%.
C’est le bilan présenté par les départements ministériels et institutions de l’Etat, il y a quelques jours, à la faveur de la revue nationale des réformes à fin juin 2022, organisée en visioconférence par le ministère de l’Economie et des Finances.
Ainsi, note-t-on, les principales activités en lien avec l’axe 1 de la feuille de route (qui vise à renforcer l’inclusion et l’harmonie sociales et garantir la paix) concernent la transformation des médias d’Etat (Radios et Télévision) en office, le projet d’Assurance maladie universelle (AMU), l’amélioration du rendement des enseignants et l’encadrement pédagogique du système éducatif.
Sur l’axe 2 qui vise à dynamiser la création d’emplois en s’appuyant sur les forces de l’économie, sont enregistrées des activités visant à développer l’offre touristique de loisir en vue d’attirer plus de clientèle nationale et de la sous-région. Il s’agit notamment du renforcement de la chaîne de valeur culturelle, du lancement du processus d’actualisation des politiques culturelle et touristique. La poursuite de l’adoption des textes du nouveau code foncier a également été enregistrée.
Sur l’axe 3 où il s’agit de moderniser le pays et renforcer ses structures, les principales réformes mises en œuvre, portent sur le renforcement du processus de professionnalisation du secteur des transports et la réforme du budget-programme.
D’après Kofi Agbenoxevi Paniah, Secrétaire général du ministère de l’Economie et des Finances qui a présidé la rencontre, « l’atteinte des objectifs de développement est conditionnée par la mise en œuvre des réformes » conformément à la vision du gouvernement.
En rappel, la feuille de route gouvernementale est déclinée en 3 axes regroupant 42 projets et réformes prioritaires.
Esaïe Edoh
La route de Ségbé (Adidogomé, commune Golfe 7) est de nouveau opérationnelle. Après huit mois de travaux, le tronçon long de 10 km a été rouvert à la circulation.
Le #bruit de la nouvelle route de Segbé. #Govatwork #PourleTogo pic.twitter.com/gVaK9hyMLm
— Kanka-Malik Natchaba (@kmnatchaba) August 29, 2022
Il y a encore 4 mois, les travaux, lancés en 2020 et exécutés par EBOMAF, affichaient un taux de réalisation de 60%.
« Inscrit dans le cadre des travaux publics d'urgence du gouvernement, le chantier visait à réhabiliter complètement la voie, en la dotant d’un nouveau revêtement et d’une nouvelle emprise. En outre, les soucis d’évacuation d’eau ont également été corrigés, avec la réalisation d’un bassin de rétention d’eau de plusieurs hectares », relève le Portail officiel de la république togolaise.
La route de Segbe est en 2 x 1 voie, et permet notamment de relier la N5 (Lomé-Kpalimé) à la frontière du Ghana.
Lire aussi:
Route de Ségbé : 5 mois après leur lancement, les travaux réalisés à 60%
Togo : Des travaux de bitumage annoncés sur le petit contournement de Lomé
Le Togo a pris part ce week-end à la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 8), rencontre de partenariat entre le continent africain et le Japon, qui s'est tenue les 27 et 28 août 2022 à Tunis. Y étaient présents, des chefs d’Etat et de gouvernement, des institutions, des opérateurs économiques, des membres du gouvernement du Japon, l’Union Africaine, le PNUD, la Banque Mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) et le Secrétariat général de l’ONU pour l'Afrique.
La délégation togolaise était dirigée par la Présidente de l’Assemblée nationale, Yawa Djigbodi Tsegan, représentant le Chef d’Etat Faure Gnassingbé et, comportait comme membres, le ministre en charge du commerce et de la consommation locale, Kodjo Adedze, et la ministre déléguée en charge de l'accès universel aux soins, Dr Mamissilé Akla Agba-Assih.

A la faveur de cette rencontre, le Pays du soleil levant, plus précisément son Premier Ministre Fumio Kishida, a annoncé que 30 milliards $ seront consacrés sur 3 ans aux différents projets de développement en Afrique. Le Japon « donne la priorité à une approche valorisant l'investissement humain et une croissance de qualité », a déclaré le dirigeant nippon, dans son allocution par visioconférence.

Coopération Togo-Japon
Cette annonce intervient alors que le Japon appuie le Togo sur plusieurs projets prioritaires de développement notamment, le renforcement de son corridor logistique et l’appui à la mise en œuvre des services sociaux de base dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’eau, de l’énergie, de la pêche et de l’agriculture. Elle est faite également à un moment où Lomé veut redynamiser sa coopération avec le Japon.
Pour rappel, le Japon a entre autres, financé la mise en place du Port de pêche de Gbétsogbé, et plus récemment, apporté un soutien au Togo pour faire face à la Covid-19. Il appuie par ailleurs le Togo à travers le Kennedy Round.
En prélude à cette rencontre, le Togo, avait plaidé auprès de Tokyo pour une réallocation des DTS ( Droits de tirages spéciaux), en faveur de la relance des économies africaines.
Ayi Renaud Dossavi
Lire aussi:
Kennedy Round : le Japon offre au Togo, du riz pour 1,5 milliard FCFA
Coopération : Le Japon offre 2,5 milliards FCFA au Togo
L’Unicef reçoit 2 millions $ du Japon pour soutenir le Togo dans sa riposte contre la Covid-19
Militante, web-activiste, entrepreneure sociale, conseillère technique de Plan International au Togo et au Bénin, patronne d’Auréole Monde, Elsa M’béna BA a plusieurs casquettes. Dans son regard, on découvre rapidement la fougue d’une féministe, prête à défendre les droits des femmes partout, advienne que pourra. Ce combat pour la cause des femmes, elle le mène aussi sur le plan de la santé. De fait, elle a créé une marque de serviettes hygiéniques réutilisables sous la marque Yannis-Lotiyé, qui signifie « double grâce ».
Dans son atelier situé à Sagbado, une banlieue de Lomé, quelques femmes donnent des coups de pédale aux machines à coudre. C’est le soir et, indifférentes aux caprices et grimaces de leurs enfants, elles se pressent pour terminer certaines commandes.
C’est ici que sont produites les serviettes hygiéniques réutilisables. Dans la salle, des distinctions sont accrochées au mur, dont un tableau qui rappelle l’un des prix de la francophonie du concours Forum Agora remporté en 2019, au tout début de l’initiative. L’enveloppe financière de ce prix (500 000 FCFA) a permis à la jeune entrepreneure d’acheter ses toutes premières machines à coudre. La même année, l’entreprise sociale Auréole Monde verra le jour. Alors âgée de 31 ans, Elsa M’béna ne s’est appuyée que sur ses propres expériences pour lancer ce projet. « J’avais beaucoup de difficultés lors de mes menstrues. Après une formation sur la gestion de l’hygiène menstruelle, j’ai découvert qu’il existait des alternatives plus saines. J’ai ainsi voulu moi-même les expérimenter, mais je n’en avais pas trouvé sur le marché togolais. J’ai dû les commander mais c’était hyper cher », témoigne-t-elle. Face à cette difficulté, elle décide de fabriquer ses propres protections, après avoir passé trois mois à apprendre à coudre. Une fois l’expérience réussie, elle convainc sa sœur et sa mère, d’autres femmes aussi se rallient à l'initiative.

Retour à une vieille tradition
En Afrique, l’utilisation des serviettes recyclables remonte à plusieurs années, mais cette pratique a laissé place aux serviettes jetables qui ne sont pas sans conséquences chez les utilisatrices. Ces conséquences, en effet, sont d’abord d'ordre sanitaire. « Les serviettes jetables que nous utilisons sont fabriquées avec des produits chimiques qui causent des maladies », explique Elsa. En dehors de la santé, l’innovation participe à la protection de l’environnement. « Une fille ou une femme produit jusqu’à une tonne et demie de déchets liés à ses menstruations. Parmi ces déchets, on retrouve essentiellement des serviettes jetables », ajoute-t-elle. Pour couronner le tout, les serviettes recyclables permettent de faire des économies. « Une fille sur dix en moyenne manquerait les cours trois à cinq jours par mois en Afrique subsaharienne à cause de leurs menstruations. C’est l’Unesco qui l’a dit », précise-t-elle. L’entreprise s’est alors engagée dans le recyclage, à travers la récupération des chutes de tissus dans certains ateliers pour leur donner une seconde vie.
De la terrasse à un atelier
Au départ, Elsa fabriquait les serviettes à la maison, sur sa terrasse ou dans l’atelier de sa couturière avant de bénéficier des appuis à travers les concours auxquels elle participait. En effet, il y a un an, Elsa M’béna BA a reçu le prix de la meilleure entrepreneure au concours Challenge Startupper de Total Energies. La récompense a permis à l’entreprise d’augmenter sa capacité de production, d'acquérir d’autres outils de travail et d’élargir l’espace de travail. Mais avant ce prix, elle avait remporté plusieurs distinctions dont le prix du meilleur entrepreneur leadership féminin du fonds féministe « Xoese ». Cette cagnotte d’environ 800 000 FCFA lui a permis d’équiper l’atelier.

Auréole Monde emploie principalement les jeunes femmes en fin d’apprentissage qui manquent de moyens pour ouvrir leurs ateliers. L’objectif est de leur offrir un premier emploi pour leur permettre d’économiser, afin d’ouvrir plus tard leur propre atelier. Pendant ces vacances, l’entreprise s’ouvre à plusieurs filles qui viennent toucher du doigt cette réalité. La société accompagne aussi les victimes de violences sexuelles, sexistes ou conjugales. Pour ce faire, l’entrepreneure a mis en place un projet dénommé « survivantes anonymes » qui permet d’accompagner psychologiquement les survivantes des Violences basées sur le genre (VBG).
L’entreprise emploie six femmes dont trois à temps partiel. Ici, les femmes ont la possibilité de venir librement au boulot avec leurs enfants. Des babysitters sont même mis à leur disposition.
Les succès …en chiffres !
Lancée principalement avec pour socle une force de conviction, la marque Yannis-Lotiyé connaît un succès progressif auprès de la cible, les femmes.
En effet, indique la promotrice, environ 3000 femmes utilisent les serviettes Yannis-Lotiyé. Le chiffre d’affaires de l’entreprise a aussi évolué au fil des années. D’un million en 2020, il est passé à 19 millions FCFA l’année suivante, puis à 20 millions à la moitié de 2022. La grande clientèle est constituée d’associations et d’ONG qui achètent le produit et le distribuent dans les milieux ruraux. Les serviettes sont aussi commercialisées au Mali, au Burkina et au Bénin.

Plusieurs défis restent à relever
La startup est confrontée à différents défis liés notamment au matériel. Certains outils utilisés dans la production du produit sont importés. Conséquence, au plus fort de la crise sanitaire liée à la Covid-19 et compte tenu de la complexité des formalités douanières, les commandes n’ont pu être honorées, à temps. Elsa M’béna fait également face à une réticence des clientes, habituées aux serviettes jetables. « Une grande campagne de communication avait été faite contre les bouts de tissus traditionnels pour inciter les gens à passer aux jetables. Des publicités ont déconstruit l’utilisation du réutilisable dans la tête de la femme et planté l’usage des jetables. Aujourd’hui, nous faisons le travail en sens inverse », informe-t-elle. Pour cela, elle passe par les réseaux sociaux, spécialement TikTok et son blog pour sensibiliser et « changer les mentalités ».
Comme perspectives, l’entreprise ambitionne de devenir une multinationale. Dans les dix prochaines années, Elsa veut faire de Yannis-Lotiyé, la marque de serviette réutilisable N°1 en Afrique.
Mariée et mère de trois enfants dont des jumeaux, celle qui fait de la natation un loisir, a également un faible pour les voyages, la lecture et la découverte des « lieux emblématiques » d’Afrique. « J’ai la réputation d’avoir une grande gueule », reconnaît-elle. L'ancienne basketteuse professionnelle défend ardemment les droits des femmes pour une société plus égalitaire qu’elle appelle de tous ses vœux.
La rédaction