(Togo First) - L'OQSF-TG existe depuis 2022 sur papier, pas dans les faits. Au moment où le Togo prépare sa SNIF 2026-2030 et préside la FAPBEF-UEMOA, opérationnaliser cet outil est la condition pour traduire l'inclusion quantitative en qualité réelle.
C'est un aveu rare au sommet de l'État. Le conseil des ministres du 19 février 2026 a reconnu que la consolidation de l'inclusion financière requiert un renforcement du cadre institutionnel et opérationnel, notamment via une meilleure opérationnalisation de l'OQSF-TG. Traduction : l'Observatoire de la qualité des services financiers du Togo, dont le décret de création a été pris en conseil des ministres à Kpalimé en septembre 2022, n'a pas encore livré ce que l'on attend de lui. L'asymétrie est d'autant plus criante que Lomé préside, depuis le 4 mars 2025, la Fédération des associations professionnelles de banques et établissements financiers de l'UEMOA (FAPBEF-UEMOA), via le directeur général d'Orabank Togo Guy Martial Awona, pour un mandat de deux ans.
Le paradoxe est curieux. Le taux d'inclusion financière atteint 89,04 % en 2024, en hausse de 1,34 point sur un an, plaçant le Togo au deuxième rang de l'UEMOA. Le FNFI cumule 1,94 million de crédits pour 117,7 milliards FCFA décaissés entre 2014 et 2025, avec un taux de remboursement de 94,98 % (bilan présenté en conseil des ministres le 25 février 2026). Quatorze banques et trois établissements financiers à caractère bancaire sont agréés au Togo à fin 2025, selon la BCEAO. Derrière ces chiffres, la relation entre banques et clients reste opaque : tarifications mal affichées, frais de tenue de compte parfois injustifiés, services normalement gratuits selon l'Instruction BCEAO 004-06-2014 du 25 juin 2014 facturés en violation flagrante de la règle.
L'observatoire est précisément l'outil prévu pour traiter ce contentieux. Le voisin sénégalais, qui a institué son OQSF par le décret n° 2009-95 du 6 février 2009, en démontre l'utilité depuis seize ans. Son rapport 2024 fait état de 308 saisines en médiation bancaire et microfinance, contre 77 en 2023, avec un taux de résolution de 93 %. Le cumul depuis 2010 atteint 4131 dossiers, dont 2576 pour les banques, les SFD et La Poste. La plateforme SATIS recense et classe les typologies de plaintes, du défaut de transparence à la fraude sur services financiers numériques. C'est la donnée granulaire dont le régulateur togolais a besoin pour orienter sa politique de protection du consommateur.
Que faut-il pour franchir cette dernière marche ? Quatre actions concrètes. Premièrement, désigner un médiateur financier sur le modèle sénégalais et lui adosser un budget pluriannuel dès la loi de finances 2027. Deuxièmement, publier la grille tarifaire effective de chaque établissement de crédit sur un portail public, condition de la transparence imposée par l'Instruction BCEAO. Troisièmement, instituer un rapport annuel d'activité de l'observatoire, soumis au Conseil national du crédit. Quatrièmement, articuler explicitement l'OQSF-TG avec la SNIF 2026-2030 en préparation, plutôt que de le laisser flotter à côté de l'architecture d'inclusion.
Le Togo ne peut pas prétendre piloter le secteur bancaire ouest-africain tout en laissant ses propres usagers sans recours organisé. Un observatoire dont le décret a près de quatre ans, le comité de pilotage dix-huit mois, et zéro activité, donne l'illusion d'un dispositif là où le client reste seul face à son banquier.
Fiacre E. Kakpo