(Togo First) - À Lomé, l'Office togolais des recettes (OTR) doit collecter 1338,9 milliards de francs CFA en 2026, en hausse de 10,8 % par rapport aux prévisions initiales de 2025. Un objectif sans précédent, qui se heurte à un obstacle actuellement difficile à chiffrer mais bien réel. C’est la relation parfois tendue entre l'administration fiscale et les contribuables.
Vendredi 5 juin, un dîner-débat, l'Afterwork d'Edem d'Almeida, rendez-vous économique loméen organisé en partenariat avec l'OTR à l'hôtel Onomo, posera ouvertement la question : « L'impôt, devoir citoyen, contribution volontaire ou désillusion collective ? » Une précédente rencontre du même format, en avril 2026, avait été marquée par l'absence de tout chef d'entreprise sur le panel, signe d'un climat tendu avec l'administration fiscale.

Les chiffres expliquent l'urgence du dialogue. La pression fiscale togolaise est estimée à 13,1 % du produit intérieur brut en 2025, nettement en deçà de la norme communautaire de 20 % fixée par l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Pour 2026, les recettes fiscales doivent représenter plus de 82 % des recettes budgétaires de l'État, ne laissant aucune marge à un déficit de civisme fiscal.
C'est dans ce contexte que Yawa Djigbodi Tségan, ancienne présidente de l'Assemblée nationale et inspectrice des impôts formée à Clermont-Ferrand, a pris la tête de l'OTR en octobre 2025, succédant à Philippe Kokou Tchodié. Dès décembre, elle a engagé un dialogue formel avec le secteur privé. Le ministre des Finances Georges Barcola, le Conseil national du patronat et l'Association des grandes entreprises ont posé les bases d'un partenariat plus constructif avec l'administration fiscale.
Pour les observateurs régionaux, la question togolaise est celle de toute l'UEMOA : sans adhésion citoyenne, l'élargissement de l'assiette fiscale ne tient pas dans la durée. La taxe sur les entreprises de télécommunications introduite en 2025, le renforcement des contrôles, l'intégration de nouveaux contribuables ont déjà permis à l'OTR de progresser. Mais la « performance technique » bute désormais sur la perception : à quoi sert l'impôt payé, et que voient concrètement les Togolais en retour ?
« Le consentement à l'impôt est la matière première du financement public. Quand il s'effrite, aucune réforme administrative ne le compense », rappelle Edem d’Almeida.
Le dossier reste ouvert : les prochaines échéances budgétaires, à commencer par le cadrage 2027-2029 en cours d'élaboration, diront si la trajectoire ascendante des recettes peut se poursuivre sans rupture avec les contribuables.
Fiacre E. KAKPO