Rencontre avec Kiyou Sama, fondateur de Zovu Corporation et du concours MêWê Long

Education
vendredi, 08 février 2019 21:31
Rencontre avec Kiyou Sama, fondateur de Zovu Corporation et du concours MêWê Long

(Togo First) - Jeune entrepreneur en informatique et patron d’une petite entreprise, SKE Group, Kiyou Ekpaou Sama s’est révélé au Togo le 15 février 2018, en lançant officiellement « Zovu », une plateforme qui se veut un accompagnateur éducatif dans un monde de plus en plus sous l’emprise des TIC.  Si le nom séduit d’emblée et fait même sourire dans les écoles parce que rappelant facilement les cartouches, ou ces épreuves déjà traitées qui reviennent en examen et assurant les bonnes notes, le concept plaît et est rapidement adopté. Mieux, le modèle d’entrepreneuriat est apprécié dans la sous-région où il décroche le prix du « Meilleur Manager d’entreprise de l’UEMOA à la 4ième édition du Salon des Banques et PME de l’UEMOA en 2018 ». Zovu, MêWê Long, SKE, Togo First a fait une immersion dans son monde. Interview.

T.F. : Pour les profanes, Zovu, c’est quoi ?

K.S. : Zovu est une plateforme numérique qui permet aux acteurs du monde éducatif d’opérer un certain nombre de choses pour le bien de l’apprenant. Une sorte d’accompagnateur dans le secteur de l’excellence, un secteur où le niveau des élèves est en train de baisser sérieusement, faute de moyens adéquats pour les suivre. Zovu, c’est la façon que nous avons trouvé pour accompagner les apprenants. Et dans un monde actuel où les TIC, et les réseaux sociaux surtout, font la loi, il est très important de leur offrir la possibilité de mieux utiliser les outils numériques pour accéder à l’excellence, qui est la clé pour réussir dans la vie.

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T.F. : Lorsque parlez d’apprenant, à qui pensez-vous précisément ? Elèves, Lycéens, Etudiants ?

K.S. : Ça va même au-delà des étudiants, le terme peut couvrir aussi ceux qui pour diverses raisons n’ont pas pu progresser dans leur scolarisation et se retrouvent un peu « analphabète ». A un certain moment, ces personnes cherchent également à s’insérer dans le monde d’aujourd’hui, qui demande un certain niveau éducatif. Cela dit, dans un premier temps, au niveau de notre plateforme, nous nous focalisons beaucoup plus sur les élèves, notamment, ceux du collège et du lycée. Plus tard, nous irons vers le primaire, et aussi le supérieur. Nous ambitionnons également d’offrir des programmes d’alphabétisation. Zovu se veut dans un futur proche, un moyen utile et facile d’apprendre, tout en faisant un bon usage des TIC.

T.F. : D’où est venue l’idée de créer cette plateforme ?

K.S. : Tout a commencé en 2012, lorsqu’une de mes cousines m’a demandé des épreuves du collège. Je lui ai promis de les lui trouver parce que je me disais que même si je ne trouvais pas les miennes propres, en quelques coups de fil, je les aurai par des amis, des camarades ou des connaissances. Figurez-vous que jusqu’à la fin de l’année, je n’ai pas trouvé une seule épreuve. Le plus douloureux est que ma cousine a échoué à son examen en fin d’année et a redoublé. Cela m’a profondément marqué. Je culpabilisais et je n’arrêtais pas de me répéter que si j’avais trouvé quelques épreuves pour elles, elle aurait peut-être réussi. Et en y réfléchissant, je me suis demandé pourquoi elle devrait avoir autant de mal à trouver des épreuves, et être obligée de le demander à des anciens élèves. Pourquoi n’y a-t-il pas une banque d’épreuves quelque part, un peu comme les annales qui se vendent souvent, où elle pouvait tout simplement aller les récupérer ?  

Dans un monde désormais dirigé par le numérique et dans lequel l’accès à l’information est de plus en plus aisé, pourquoi les contenus locaux ne sont pas facilement disponibles ? J’ai donc pris un calepin et un crayon et j’ai commencé par élaborer un programme qui pourrait faciliter tout cela. J’ai vu un peu mon propre parcours, mes difficultés, mon entourage, mes amis dans l’enseignement, à différents niveau et j’ai fait une petite étude.

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J’ai assemblé un cahier de charge, que j’ai bien structuré, et quelques années plus tard, en 2015, avec une équipe dont je me suis entouré, la version beta du logiciel a été conçue. Nous l’avons mise en exploitation pour observer les interactions et intégrer au fur et à mesure les corrections dans la mesure de nos moyens et par la grâce de Dieu, en février de l’année dernière, nous avons enfin procédé au lancement de la plateforme Zovu (qui signifie en argot scolaire de la langue mina, « épreuve déjà vue ou traitée », ndlr).

T.F : Aviez-vous au préalable une formation ou une qualification en informatique ?

K.S. : Disons que j’ai un parcours vraiment atypique. Après le bac, j’ai un peu déambulé sur le campus. « Je me suis cherché », comme on dit chez nous. Le temps passant, j’ai décidé de rentrer dans la vie active et ne plus dépendre des parents. J’ai donc enchainé les petits boulots, jusqu’au jour où un proche ayant une société dans le développement d’applications m’a proposé de venir travailler dans son entreprise. C’est là que j’ai découvert l’univers du développement et de l’informatique en général. Je n’étais pas forcément emballé mais au moins j’apprenais des choses et ça servait. Lorsque je me suis senti capable de voler de mes propres ailes, j’ai décidé de monter une structure dans le numérique parce que j’avais finalement accumulé assez de contacts et j’ai créé mon entreprise SKE Group. C’est d’ailleurs sous cette bannière qu’on a initié Zovu avec mon groupe d’amis.

T.F. : Comment ça fonctionne ?

K.S. : Il permet aux apprenants d’avoir accès aux épreuves corrigées des établissements partenaires qui sont sur la plateforme. Il y a donc les fournisseurs de contenus, les écoles, les professeurs qui veulent bien rendre accessible leur données et les utilisateurs de contenu qui sont les élèves et tous ceux qui sont intéressés par les contenus. Les professeurs sont eux aussi parfois utilisateurs de ces contenus.

Zovu en tant que structure ne crée aucun contenu. Nous sommes juste une interface qui héberge les épreuves que d’autres viennent consulter et utiliser. Maintenant Zovu compte offrir d’autres services. Nous ne concentrons plus uniquement sur la plateforme, parce que nous nous sommes rendu compte au bout de deux ans de phase pilote qu’au-delà de la plateforme elle-même, il y a pas mal de chose qu’il faut faire en amont.

Au niveau de notre entreprise, il n’était pas logique de commencer simplement avec cette plateforme pour être viable, parce qu’économiquement on ne peut pas tenir, surtout si l’on devait seulement compter sur les entrées liées aux fonctionnalités qu’on a développé.

La pénétration d’Internet au pays  n’est pas encore optimale et nous risquons de n’offrir des services qu’à une frange d’élèves. Vu que nous comptons à un moment rendre payants quelques services.

Nous développons donc actuellement d’autres stratégies, qui vont, tout en nous rendant plus visibles, permettre de poursuivre notre idéal qui est de voir le maximum d’apprenants ou de personnes dans le secteur éducatif s’épanouir et réussir.

D’où le concours « MêWê Long » par exemple, le « Tableau d’honneur », le « Meeting exam sport », activité que nous allons lancer bientôt et qui permet aux élèves qui ne pratiquent pas de matières sportives le long de l’année, faute d’installation sportives ou de personnel dans leur école, de bien se préparer pour leur examen sport.

Nous prévoyons également un Forum d’Orientation des apprenants, pour informer ceux qui sont en classe d’examen, et leur donner des conseils utiles afin de mieux s’orienter une fois à l’université.

T.F. : MêWê Long, on en parle ? Qu’est-ce que c’est ?

K.S. : Mêwê Long veut dire « Je suis intelligent » en Kabyè (langue du nord du pays, ndlr). C’est un concours qu’on organise via la plateforme, pour permettre à des élèves qui sont bons dans leur matière de base, mais pas dans toutes les matières, d’être récompensés. Notre système est tel qu’il fait la promotion de ceux qui sont juste excellents dans tous les domaines. Nous nous voulons détecter les cracks, disciplines par disciplines, surtout scientifiques.

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T.F. : Est-ce que vous bénéficiez d’un accompagnement, des partenaires ou des sponsors ?

K.S.: Oui nous avons quelques partenaires qui nous accompagnent au niveau de quelques activités comme Mèwê Long par exemple. Nous avons des sociétés comme Teolis, la DOSI (délégation à l’organisation du secteur informel, ndlr), T-Oil, Ogar Assurance qui ont décidé de nous accompagner. C’est le lieu de leur dire Merci.

Mais le défi est important et nous profitons de votre canal pour lancer un appel aux sponsors ou aux entreprises qui voudraient bien s’impliquer dans le secteur de l’éducation. Nous envoyons des centaines de courriers mais nous n’avons pratiquement pas de retour donc c’est un peu difficile de concrétiser notre vision.

T.F: Quelles sont vos ambitions ou vos perspectives pour le futur?

K.S.: Jusqu’à la fin 2019, l’objectif est de se déployer à l’extérieur et essayer notre modèle aussi là. D’ici là, nous voulons avancer encore un peu plus, mettre Zovu dans les habitudes. Il y a des opportunités qui s’offrent à nous et nous pensons qu’elles vont nous aider à mieux nous développer.

Zovu est le fruit d’un travail qui a commencé en 2015 et depuis tout ce temps nous avons évolué en auto financement. Bien sûr nous avons fait des progrès, gagné même un prix à l’extérieur mais il nous faut un accompagnement afin de nous permettre de sortir la tête de l’eau.

Aujourd’hui nous avons 25 établissements partenaires, 250 enseignants avec lesquels nous travaillons et près de 1000 personnes qui ont déjà utilisé Zovu. Mais pour que cela soit encore plus impactant, il faudra que les décideurs, les bonnes volontés nous accompagnent, parce que les élites qui constitueront le Togo de demain se trouvent justement sur les bancs et ils ont besoin de nous.

Interview réalisée par Octave A. Bruce

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