Indice du capital humain du Togo : décryptage en 5 points

Education
jeudi, 18 octobre 2018 15:25
Indice du capital humain du Togo : décryptage en 5 points

(Togo First) - Il vaut mieux naître au Togo, qu’au Burkina Faso, Rwanda, Côte d’Ivoire, Sénégal, Nigeria, Angola, Mozambique, Tanzanie, Cameroun, Ouganda, ou encore Zambie, selon les conclusions du tout nouvel indice du capital humain (ICH).

Lancé jeudi 11 octobre à Bali (Indonésie) à l’occasion des Assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods, le nouvel indice de la Banque mondiale mesure la productivité future d’un enfant né aujourd'hui, comparée à celle qu'il aurait pu atteindre s'il avait bénéficié de conditions de santé optimales et d'une scolarisation complète et de qualité. 

Il se veut l’outil de référence qui permettra aux pays d’évaluer le manque à gagner résultant de leurs déficits de capital humain, et dans quelle mesure, ils pourraient progresser plus vite et transformer ces pertes en autant de gains en agissant maintenant, dans les secteurs de la santé et de l’éducation. 

Plus clairement, l’ICH permet de savoir si les enfants nés aujourd'hui atteindront leur plein potentiel ou pas, à l’âge adulte. 

Pour le concevoir, la Banque mondiale s’est appuyée sur 5 indicateurs d'éducation et de santé qu’elle estime être en corrélation directe avec la productivité et le développement : la survie des enfants nés aujourd’hui, la durée de leur scolarité, la qualité des apprentissages, le développement en bonne santé, la survie une fois à l’âge adulte.

Décryptage de l’ICH du Togo

Les enfants d’aujourd’hui pourraient perdre 59% de leur revenu à l’âge adulte
Bien que la Banque souligne qu’aucun pays dans le monde n’investit encore assez dans sa population pour lui permettre de profiter à 100% des retombées économiques que cela pourrait générer, les déficits d’investissements dans les secteurs de l’éducation et de la santé, en Afrique en particulier, sont encore plus criants. 
A l’exception des Seychelles (0,68) et de Maurice (0,63), qui ont réussi à se hisser dans la catégorie des puissances mondiales comme la Chine, la plupart des pays africains au sud du Sahara affichent des performances très en dessous de la moyenne mondiale qui est de 0,57 sur 1. La moyenne régionale s’est établie à 0,40 et l’institution multilatérale dresse un état des lieux assez hétérogène sur le continent.

Le Togo, crédité d’un score de 0,41, est logé à la 14e place continentale, première partie de tableau, au même rang que le Bénin, les Comores et l’eSwatini (ex-Swaziland). A l’échelle mondiale, il occupe la 122e place.

Quelles sont les implications de cet indice ?

A travers ce score, l’institution de Bretton Woods signifie qu’au Togo, la productivité de la génération d’aujourd’hui, une fois parvenue à l’âge adulte, s'élèvera à 41% de ce qu'elle aurait pu atteindre si elle avait bénéficié de meilleures conditions d'éducation et de santé. Autrement dit, le statu quo dans les politiques d’investissements dans les secteurs de l’éducation et de la santé, coûtera à un enfant togolais né aujourd’hui, 59 % de son revenu, une fois qu’il aura atteint l’âge adulte.

Pas de jubilé de bois pour 7% d’enfants nés aujourd’hui

Sur l’indicateur de la survie des enfants, la Banque mondiale observe qu’au Togo, si 93% des enfants nés aujourd’hui auront la chance de vivre jusqu’à 5 ans, les 7% restants ne fêteront jamais leur jubilé de bois (5 ans). Ces statistiques sont les mêmes pour toute l’Afrique. 

Les enfants d’aujourd’hui passeront moins de 10 ans à l’école sur 14 nécessaires

Pour les 93% des enfants togolais ayant survécu jusqu’à l’âge de 5 ans, un autre défi reste donc à surmonter : le défi de l’éducation. 
Pour intégrer le secteur de l’éducation dans son nouvel indice du capital humain, la Banque mondiale a pris en compte deux sous-composantes à savoir : la quantité de l’éducation (à travers le nombre d’années que les enfants passent à l’école, ainsi que l’adéquation entre l’apprentissage et le temps de formation) et sa qualité. 
Sur l’aspect quantitatif, la Banque mondiale note que, jusqu’au 18e anniversaire, les enfants togolais d’aujourd’hui consacreront en moyenne, 9,1 ans aux études sur 14 années nécessaires, contre une moyenne africaine de 8,1. La moyenne mondiale est de 11,2. 
Le taux d’adéquation entre l’apprentissage et le temps de formation n’est que 5,6 ans sur 14 pour le Togo. Et le Togo vient après le Swaziland (5,7) la Namibie (5,8), le Gabon (6,0), le Zimbabwe (6,3), le Kenya (7,8), les Seychelles et Maurice, qui tous tutoient la moyenne mondiale.
En ce qui concerne l’aspect qualitatif du volet éducatif, le Togo totalise 384 points sur 625, contre une moyenne subsaharienne de 374 points, selon les données compilées à partir de statistiques d’organismes internationaux communément reconnus en matière d’évaluation de performance éducative. Toutefois, il reste loin des pays comme le Gabon (456), le Kenya (455), ou même le Sénégal (412).
Ensuite, précise la Banque mondiale, en dépit de leur scolarisation, les enfants nés aujourd’hui, ne représenteront des facteurs de développement pour leurs nations, que s’ils jouissent d’un environnement sain et sécurisant, reçoivent les soins et le soutien familial.

28% des enfants pourraient connaître un retard durant leurs cinq premières années

Les statistiques montrent que 68% des enfants nés aujourd’hui en Afrique subsaharienne ne seront pas atteints d’un retard de croissance contre une moyenne mondiale de 77%. Au Togo, 72% des enfants nés aujourd’hui seront épargnés des problèmes de retard de croissance durant leurs cinq premières années. A contrario, dans l’état actuel des choses, 28% de ces enfants connaîtront un retard de croissance, un vrai obstacle à la libération de leur potentiel.

Un jubilé de diamant hypothétique

Par rapport au taux de survie des adultes, seuls 74% des enfants togolais qui auront franchi les 15 ans, réussiront à survivre jusqu’à l’âge de 60 ans. Globalement, l’Afrique est au bas du classement avec une moyenne de 73% contre une moyenne mondiale de 85%. 

Si au Sénégal et en Mauritanie, ce taux est respectivement de 82% et de 80% (plus que la moyenne régionale), il est en revanche très faible dans la majorité des autres pays comme la Côte d’Ivoire (61%), le Tchad (64%), le Soudan du Sud et l’Afrique du Sud (68%) ou encore le Nigeria (65%).

Ici le classement africain complet

Fiacre E. Kakpo

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