Commerce, investissements, influence : pourquoi les États-Unis lancent une Chambre de commerce au Togo

Gestion Publique
mardi, 27 janvier 2026 08:29
Commerce, investissements, influence : pourquoi les États-Unis lancent une Chambre de commerce au Togo

(Togo First) - La Chambre de commerce américaine au Togo (AmCham Togo) a été officiellement lancée lundi 26 janvier à Lomé, avec l’ambition de structurer et d’approfondir les relations économiques entre les États-Unis et le Togo, dans un contexte de recherche d’une hausse d’investissements privés et de diversification des partenariats internationaux.

La cérémonie de lancement a réuni des chefs d’entreprise, des représentants des autorités togolaises, dont le ministre des Mines et des Ressources énergétiques, Robert Koffi Messan Eklo, ainsi que des acteurs du secteur privé américain. Le chargé d’affaires des États-Unis, Richard C. Michaels, a salué « un nouveau chapitre des relations commerciales entre les États-Unis et le Togo », affirmant que la nouvelle chambre constituerait « une plateforme essentielle de dialogue, d’opportunités et de prospérité partagée ».

Dirigée par le secteur privé, AmCham Togo se veut un organe de liaison entre les entreprises et les décideurs publics. Elle est intégrée au réseau mondial des Chambres de commerce américaines et entend promouvoir la liberté économique, les pratiques commerciales éthiques, l’innovation et une croissance inclusive. Selon ses responsables, l’organisation vise à créer un environnement des affaires plus transparent, compétitif et favorable aux investissements responsables.

Le conseil d’administration fondateur rassemble des dirigeants issus de secteurs variés, disposant de réseaux d’affaires au Togo, aux États-Unis et en Europe, avec pour objectif de renforcer la crédibilité de la nouvelle structure auprès des investisseurs internationaux. AmCham Togo entend notamment jouer un rôle actif dans le plaidoyer économique, le dialogue public-privé, le développement des échanges commerciaux et le renforcement des capacités, en particulier dans le domaine de la transformation numérique.

Sur le terrain, cette relation économique se matérialise déjà par plusieurs implantations américaines. Plus d’une douzaine d’entreprises et d’organisations affiliées aux États-Unis sont actives au Togo, dans des secteurs clés tels que l’énergie, l’aviation, l’agriculture ou la logistique, selon l’ambassade américaine. ContourGlobal fournit près de 30 % de l’électricité du pays, tandis que des appareils Boeing sont utilisés sur des liaisons régionales opérées par ASKY Airlines. En 2025, la première cargaison d’engrais biologiques américains a également été importée au Togo.

Ces présences industrielles et commerciales se reflètent, dans une certaine mesure, dans les flux d’échanges entre les deux pays. Selon les données de TradeMap, les importations togolaises en provenance des États-Unis ont atteint environ 61 millions de dollars en 2024, dominées par les plastiques, les véhicules, les produits pétroliers et les équipements industriels. Les exportations togolaises vers le marché américain se sont élevées à près de 49 millions de dollars en 2024, contre moins de 12 millions quatre ans plus tôt. Elles restent toutefois majoritairement concentrées sur des produits à faible valeur ajoutée, tels que les résidus de l’industrie agroalimentaire et certaines huiles végétales, même si l’émergence récente d’activités de confection textile au sein de la Plateforme industrielle d’Adétikopé, portée par le groupe américain Star Garments Group, filiale de l’Américain Charles Komar & Sons, esquisse les premiers signes d’une montée en gamme encore limitée.

Toutefois, la dynamique bilatérale intervient dans un environnement devenu plus contraignant. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a replacé la doctrine « America First » au cœur de la politique commerciale américaine. L’instauration, à partir d’avril 2025, d’un droit de douane uniforme de 10 % sur les exportations togolaises vers les États-Unis a renchéri l’accès au marché américain, alors même que le régime préférentiel de l’AGOA venait d’expirer, avant d’être prolongé jusqu’à fin 2028 par le Congrès. Un signal ambigu pour les partenaires africains, entre maintien d’un cadre préférentiel et durcissement des conditions d’accès. Dans ce contexte, AmCham Togo apparaît moins comme une vitrine que comme un instrument de sécurisation et de montée en gamme des relations économiques, a indiqué un des membres du board du nouvel organe. 

Dans ce contexte, la nouvelle chambre prévoit également de lancer le programme « AmCham Togo CARES », une initiative d’impact social axée sur l’éducation, la préparation à l’emploi, l’inclusion numérique et le développement durable, afin de lier développement économique et renforcement des communautés locales.

Les autorités américaines ont indiqué vouloir élargir rapidement la base de membres d’AmCham Togo et encouragent les entreprises américaines et togolaises ayant des liens avec les États-Unis à rejoindre la structure, présentée comme un outil de dialogue et d’accompagnement dans un environnement commercial devenu plus exigeant.

Fiacre E. Kakpo

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