(Togo First) - L'inflation est souvent présentée comme un chiffre unique : 0,4% en glissement annuel au Togo en février 2026. Mais derrière ce chiffre moyen se cachent des réalités très différentes, selon que l'on vit en ville ou à la campagne, selon que l'on est pauvre ou issu de la classe moyenne. Car les prix ne baissent pas et ne montent pas de la même façon sur tous les postes de dépenses. Et tous les ménages ne dépensent pas leur argent de la même façon.
Ce que disent les chiffres de l'INSEED
En février 2026, deux grandes tendances se dégagent des données de l'Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques et Démographiques (INSEED). D'un côté, les prix alimentaires ont baissé de 0,9% sur un an, portés par un recul spectaculaire des céréales de 17,8%. De l'autre, l'énergie (électricité, gaz et autres combustibles) a progressé de 13% sur la même période. Ces deux évolutions ne touchent pas les mêmes ménages avec la même intensité.
Les ménages ruraux pauvres : les grands gagnants de la baisse des céréales
Dans les zones rurales du Togo, l'alimentation représente une part beaucoup plus importante du budget des ménages que dans les villes. Pour les ménages les plus modestes, qu'ils soient ruraux ou urbains, la nourriture peut absorber plus de la moitié des dépenses quotidiennes. La chute de 17,8% du prix des céréales sur un an est donc pour eux une bouffée d'air réelle. Le maïs, aliment de base dans le nord du pays, s'achète à 143 FCFA/kg à Kara contre plus de 230 FCFA à Lomé. Moins dépendants du réseau électrique et du gaz butane, ces ménages subissent par ailleurs peu la hausse de l'énergie.
Résultat : pour un ménage rural vivant principalement de céréales locales et cuisinant au bois ou au charbon de bois — ce dernier n'ayant progressé que de 3,2% sur le mois —, l'inflation ressentie est probablement négative. Autrement dit, leur pouvoir d'achat réel a augmenté, même si leurs revenus monétaires sont restés stables.
Les ménages urbains modestes : coincés entre deux feux
La situation est beaucoup plus inconfortable pour les ménages pauvres des villes, et en particulier ceux de Lomé. Ils bénéficient eux aussi de la baisse des céréales, mais dans une moindre mesure : à Lomé, le maïs blanc coûte encore 231 FCFA/kg, soit 60% de plus que dans le nord. Surtout, ils sont bien plus exposés à la hausse de l'énergie. Connectés au réseau électrique de la CEET, ils subissent de plein fouet la progression de 13% des prix de l'électricité et des combustibles sur un an. Leur logement intègre des charges énergétiques croissantes.
Ces ménages sont également plus dépendants des restaurants et des vendeurs de rue pour leurs repas sachant que la division « Restaurants et services d'hébergement », qui pèse 16,5% du panier national, a progressé de 1% sur un an. Or ce poste est encore plus lourd dans le budget des travailleurs urbains à faibles revenus, qui n'ont pas les conditions pour cuisiner chez eux à chaque repas.
La classe moyenne urbaine : l'énergie, un poste de plus en plus lourd
Pour les ménages de la classe moyenne à Lomé comme les fonctionnaires, les employés du secteur privé, les petits entrepreneurs, la baisse des prix alimentaires apporte un soulagement partiel. Mais leur profil de consommation les rend particulièrement sensibles à la hausse de l'énergie. Climatiseurs, réfrigérateurs, congélateurs, téléviseurs, connexions internet : leur consommation électrique est structurellement plus élevée. Or l'électricité, le gaz et les combustibles ont pris 13% sur un an.
À cela s'ajoute le recul de 2,2% des prix de l'« Information et communication » sur un an, un soulagement pour cette catégorie, davantage équipée en smartphones et abonnements internet, mais qui ne compense pas la pression énergétique.
Fiacre E. Kakpo