Togo First

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Au Togo, l’Ordre des avocats est désormais dirigé par un nouveau bâtonnier, Me Sambiani Yobé. Il est officiellement entré en fonction en fin de semaine dernière, en remplacement de Me Claude Folly Adama, arrivé au terme de son mandat. Il devient ainsi le 15e bâtonnier de l’histoire du Barreau du Togo.

Me Sambiani Yobé est appelé à diriger le Barreau pour les trois prochaines années. Sa mission sera notamment de préserver les intérêts de la profession et de contribuer au respect et à la promotion de l’État de droit dans le pays. Il sera assisté dans cette tâche par douze conseillers.

La prise de fonction du nouveau bâtonnier a été marquée par la rentrée solennelle du Barreau, placée sous le signe de la défense et de l’État de droit, autour du thème : « La défense de la défense ». Cette rencontre visait à mettre en lumière le rôle central de l’avocat dans l’édification et la consolidation de l’État de droit.

« Parler aujourd’hui de la défense de la défense, ce n’est ni un slogan ni une posture corporatiste. C’est un acte de fidélité à l’État de droit. C’est affirmer, avec force et clarté, que nul ne peut être jugé équitablement si sa défense est affaiblie, entravée ou suspectée », a souligné le garde des Sceaux, ministre de la Justice, Pacôme Adjourouvi. Il a ajouté que « la défense n’est pas un obstacle à la vérité, elle en est une voie. Elle n’est pas non plus un luxe réservé à certaines personnes ; elle est un droit fondamental reconnu à tous, sans distinction de statut, de fortune ou d’opinion ».

La prise de fonction de Me Sambiani Yobé intervient dans un contexte où la justice togolaise est engagée dans un processus de modernisation, avec pour ambition de renforcer l’efficacité, la crédibilité et l’accessibilité du service public de la justice.

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Le Togo a bouclé, le 31 décembre 2025, sa présidence tournante du Conseil des ministres de l’Observatoire économique et statistique d’Afrique subsaharienne (AFRISTAT). Depuis le 1er janvier 2026, la présidence est assurée par la Guinée équatoriale. Dans ce cadre, Sandra Ablamba Johnson, ministre, Secrétaire générale de la Présidence du Conseil, a présenté, le mardi 13 janvier 2026, le bilan de l’action du Togo à la tête de l’organisation.

Au cours des échanges avec Paul-Henri Nguema Meye, directeur général de l’AFRISTAT, l’officielle togolaise a indiqué que, durant la période 2024-2025, plusieurs avancées significatives ont été enregistrées. Notamment la reconstitution du fonds de l’institution, arrivée à échéance en 2025, la formalisation de l’approbation de la vision et des orientations stratégiques d’AFRISTAT pour la période 2026-2035, la formation ainsi que le rebasage des comptes nationaux. Ce cadre stratégique est assorti d’un budget de 12 milliards FCFA, destiné à soutenir le développement des statistiques économiques, sociales et environnementales dans les 22 États membres.

Le mandat du Togo a également été marqué par le rebasage des comptes nationaux. Au terme de sa présidence, le pays revendique un taux d’exécution global de 70 % des activités programmées sur la période 2024-2025, et ce, malgré un contexte jugé difficile, notamment en raison des défis liés à la mobilisation des ressources auprès des États membres et des partenaires techniques et financiers.

Désormais prédécesseur de la Guinée équatoriale, le Togo se dit « disponible pour accompagner AFRISTAT dans la transition au profit de la Guinée équatoriale, appelée à assurer la présidence pour la période 2026-2027 ».

Rappelons que l’Observatoire est créé pour coordonner les efforts statistiques et mobiliser des ressources multiformes au profit des systèmes nationaux et sous-régionaux. De fait, il joue un rôle clé dans l’harmonisation des données.

Esaïe Edoh

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Au Togo, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI-Togo) prévoit de créer en 2026 un complexe Agri-Tech dédié à la formation en agriculture intelligente. L’annonce a été faite par l’institution dans son magazine trimestriel “Entrepreneurs Mag” de décembre 2025.

Le centre, qui sera implanté à Agbélouvé, dans la région Maritime, est présenté comme l’un des projets phares de la CCI-Togo pour l’année 2026. Il se veut à la fois un pôle de formation et un laboratoire d’innovation au service de la modernisation du secteur agricole.

Dans cette dynamique, le complexe offrira aux jeunes entrepreneurs agricoles un espace d’expérimentation, de recherche appliquée et de mise en réseau avec des investisseurs et des partenaires techniques. Il pourra également accueillir des formations spécialisées à l’endroit des agriculteurs, notamment sur les techniques modernes et durables telles que l’agriculture de précision, l’irrigation intelligente ou encore l’utilisation de drones.

« L’objectif est de renforcer la productivité, d’encourager les pratiques durables et de promouvoir une agriculture résiliente face aux défis climatiques », indique l’institution. À travers ces formations, qui permettront une meilleure maîtrise des outils numériques et des données agricoles, des résultats sont attendus en matière d’augmentation et de stabilisation des rendements, mais aussi de réduction des pertes post-récolte grâce à des innovations en matière de stockage et de logistique.

Cette initiative de la CCI-Togo devrait contribuer à la modernisation et au développement de l’agriculture togolaise, en cohérence avec les ambitions des autorités publiques, tout en participant au renforcement de la sécurité alimentaire du pays.

Esaïe Edoh

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La plateforme Women in Energy Network-Africa (WEN-Africa) tient depuis mardi 13 janvier 2026 à Lomé une rencontre dédiée à la recherche de solutions aux inégalités de genre dans le secteur de l’énergie. L’événement réunit des partenaires institutionnels et stratégiques autour du thème : « Répondre aux inégalités de genre dans l’énergie : partenariats pour la durabilité ».

Prévue pour s’achever ce mercredi 14 janvier, la conférence donne lieu à plusieurs panels animés par des représentants des institutions partenaires et acteurs majeurs du secteur énergétique des pays d’Afrique. Ces échanges visent à présenter la mission, les objectifs et les réalisations de WEN-Africa, une initiative portée par la Banque mondiale, ainsi qu’à partager les expériences des différents partenaires.

Les participants examinent également les avantages liés à l’adhésion à la plateforme, les bonnes pratiques existantes et l’impact des efforts collaboratifs dans la réduction des inégalités de genre dans le secteur de l’énergie en Afrique subsaharienne.

Parmi les personnalités présentes figurent notamment Kwawu Gaba, directeur sectoriel de l’énergie à la Banque mondiale, et Robert Koffi Messan Eklo, ministre délégué chargé de l’Énergie et des Ressources minières du Togo.

Pour le responsable de la Banque mondiale, « cette initiative constitue une plateforme permettant d’amplifier la voix des femmes dans la politique énergétique, la planification et les opérations, de renforcer les capacités techniques et de leadership des professionnels du secteur et de favoriser des partenariats qui accélèrent le développement énergétique inclusif et durable ». La plateforme vise en effet à promouvoir l’autonomisation des femmes et des jeunes afin qu’ils puissent utiliser l’énergie pour développer leurs activités économiques, renforcer l’éducation, améliorer les résultats en matière de santé et stimuler l’innovation au sein de leurs communautés.

De son côté, le ministre togolais chargé de l’énergie a salué la tenue de la rencontre de Lomé comme une étape importante vers une plus grande égalité dans le secteur. « En nous réunissant ici à Lomé, nous faisons un pas collectif pour garantir que la transition énergétique de l’Afrique soit non seulement propre et résiliente, mais aussi inclusive et qu’elle accorde toute sa place aux femmes », a-t-il déclaré.

Lancée en février 2024, la plateforme WEN-Africa est portée par la Banque mondiale avec pour objectif d’accroître la participation et l’emploi des femmes dans le secteur énergétique africain, en collaboration avec plusieurs institutions internationales.

Esaïe Edoh

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Au Togo, l’activité commerciale a connu un regain en octobre 2025, après un repli observé le mois précédent. Selon les données de la BCEAO, l’indice du chiffre d’affaires du commerce a progressé de 2,8 % en variation mensuelle, après une contraction de 1% en septembre 2025.

Cette reprise, explique-t-on, est principalement portée par le commerce de détail, dont la contribution atteint 3 points de pourcentage. À l’inverse, le commerce et la réparation d’automobiles et de motocycles, ainsi que le commerce de gros et les activités d’intermédiation, ont légèrement pesé sur la performance globale. En glissement annuel, la croissance du chiffre d’affaires commercial s’est établie à 3,5%, en amélioration par rapport au mois précédent, confirmant une tendance modérément favorable.

Du côté des services marchands non financiers (activités de vente en dehors de la finance), l’activité s’est nettement redressée en octobre, avec une hausse mensuelle de 5,3%, contre un recul de 0,3 % en septembre. En rythme annuel, la progression atteint 3,7 % au Togo, un niveau inférieur à celui observé au Bénin, en Côte d’Ivoire ou au Niger, mais tout de même supérieur à celui du Sénégal. 

Notons du reste que les services financiers affichent, pour leur part, une dynamique plus soutenue. Le chiffre d’affaires du secteur progresse de 4,0 % en variation mensuelle et de 15,4 % en glissement annuel. 

Ces chiffres placent le Togo parmi les pays les plus dynamiques de l’Union sur cet indicateur, à un niveau comparable à celui du Sénégal et du Bénin.

Ayi Renaud Dossavi

Au Togo, les institutions de microfinance ont enregistré une hausse de 11,9 milliards FCFA de dépôts, soit une progression de 2,7 %. Cette performance reste inférieure à celle du Burkina Faso ou du Sénégal, mais elle dépasse celles observées au Bénin et au Niger sur la même période, selon les données consolidées de la BCEAO.

À l’inverse, l’activité de crédit a marqué le pas sur la même période. L’encours des crédits a reculé de 7 milliards FCFA, soit une baisse de 1,9 % sur le trimestre, sur fond de resserrement de l’offre de financement ou de frilosité accrue des acteurs financiers. À cet égard, le pays fait figure d’exception négative dans l’Union, avec le Mali, alors que la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin affichent des hausses comprises entre 1,6 et 3,4 %.

Cette prudence est renforcée par la dégradation de la qualité du portefeuille au niveau régional. Le taux brut de créances en souffrance atteint 10,9 % à fin juin 2025, bien au-delà de la norme communautaire de 3 %. Le Togo compte par ailleurs une institution sous administration provisoire, sur un total de dix dans l’Union.

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Au total, la microfinance togolaise conserve un rôle central dans l’inclusion financière, avec une épargne en hausse et une base de clientèle en progression. La dynamique du crédit et la maîtrise du risque demeurent les principaux points de vigilance pour la seconde moitié de l’année.

Plus globalement, cette situation prolonge une trajectoire observée dès le premier trimestre 2025. Pour rappel, les acteurs de la microfinance avaient déjà enregistré une hausse soutenue des dépôts, à 436 milliards FCFA, tandis que l’encours des crédits avait fortement reculé. Entre mars et juin, la contraction du crédit s’est ainsi poursuivie, mais à un rythme plus modéré, passant de -5,2 % à -1,9 % sur le trimestre, alors que l’épargne a continué de croître plus vite que l’offre de financement.

Au Togo, le secteur des microfinances compte près de 70 établissements, indispensables au financement des ménages et des petites activités. Dans l’ensemble de l’UMOA, il compte 527 institutions de microfinance pour près de 19,9 millions de clients.

Ayi Renaud Dossavi

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Le Togo est désormais doté d’un Centre national de semences forestières (CNSF). Cette nouvelle structure qui devrait jouer un important rôle dans le développement forestier et la lutte contre les changements climatiques dans le pays, a été officiellement lancée en fin de semaine dernière par le Ministère de l’environnement, des ressources forestières, de la protection côtière et du changement climatique.

Concrètement, le CNSF se chargera de la diffusion du matériel végétal de qualité physiologique, génétique et sanitaire, adapté aux différentes zones agroécologiques du pays. Placée sous la tutelle technique de l’Office de Développement et d’Exploitations des Forêts (ODEF), l’entité devrait aussi intervenir dans la politique de reboisement, ainsi que dans la conservation des espèces forestières.

Le CNSF va également porter un appui à la recherche sur les espèces menacées et à la certification des semences destinées à la commercialisation ou aux programmes nationaux de reboisement. Dans cette dynamique, il va assurer la prospection des aires naturelles de répartition des espèces forestières et la réalisation des études phénologiques pour optimiser les récoltes.

Grâce à son rôle de fourniture de semences, le CNSF va participer à la restauration des forêts et à l’amélioration du couvert végétal national. Ce rôle devrait lui permettre également de contribuer à la création d’emplois spécialisés tels que ceux des techniciens en foresterie ou des conservateurs de semences.

Avec la création de ce centre, le Togo rejoint d’autres pays de la sous-région ouest-africaine qui en disposent déjà, notamment le Burkina-Faso et le Sénégal. Le pays renforce ainsi sa politique de protection de l’environnement.

Esaïe Edoh

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La Chambre de commerce et d’industrie du Togo (CCI-Togo) et l’Université de Kara (UK) pourraient prochainement formaliser une coopération. Le projet était au centre d’une rencontre tenue le lundi 12 janvier 2026 à Lomé entre la présidente de l’institution universitaire, Pr Prénam Houzou-Mouzou, et le commissaire en charge du secteur Services à la CCI-Togo, Péyébinesso Limazié.

Cette future collaboration devrait porter principalement sur les questions de formation et d’employabilité des jeunes. L’objectif est de mieux aligner les offres de formation universitaire sur les besoins du secteur privé, en développant des programmes adaptés aux réalités du marché du travail.

Dans cette perspective, l’Université de Kara a fait part de la création et du renforcement d’instituts polytechniques et d’innovation, dotés de ressources humaines qualifiées, destinés à proposer des formations en adéquation avec les exigences actuelles du monde professionnel.

De son côté, la CCI-Togo entend jouer un rôle de passerelle entre l’université et les entreprises. Il s’agira notamment de faciliter l’immersion professionnelle des étudiants, de promouvoir des partenariats durables avec le secteur privé et de contribuer à l’actualisation des curricula en fonction de l’évolution des métiers et des compétences recherchées.

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique que la CCI-Togo a déjà engagée avec l’Université de Lomé. Il s’agit notamment de la mise en place d’un centre de formation linguistique destiné à aider les opérateurs économiques à surmonter la barrière de la langue dans leurs échanges et partenariats internationaux.

Esaïe Edoh

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À l’occasion de sa première visite officielle au Togo depuis sa nomination, Nathalie Kouassi Akon, directrice régionale Golfe de Guinée de la Société financière internationale (IFC/SFI), était à Lomé pour échanger avec les autorités et les acteurs du secteur privé. Cette visite intervient alors que Lomé cherche à faire monter en puissance des investissements privés, malgré des défis persistants liés à la structuration du tissu productif, à l’accès au financement des PME et à la mobilisation de capitaux à long terme.

Dans cet entretien accordé à Togo First, la responsable régionale de l’IFC revient sur l’évolution du portefeuille de l’institution au Togo, ses priorités sectorielles — énergie, agriculture, infrastructures, numérique — et la stratégie de mobilisation des capitaux privés dans un environnement international plus contraignant. Elle détaille également la place accordée aux champions locaux, aux PME et aux instruments de garantie, tout en esquissant les perspectives de coopération à l’horizon 2030 entre le Togo et l’ensemble du Groupe de la Banque mondiale.

Togo First : Comment se porte aujourd’hui le portefeuille de l’IFC au Togo, en termes de volume, de secteurs couverts et de performance globale ?

Nathalie Kouassi Akon : Sur les cinq dernières années, entre 2020 et 2025, la Société financière internationale (SFI) a investi et mobilisé un montant record d’environ 320 millions de dollars au Togo. C’est un volume significatif, qui témoigne de l’importance stratégique du pays pour l’institution.

Ces investissements couvrent plusieurs secteurs clés, notamment l’énergie, l’industrie et les télécommunications. Cette diversification sectorielle répond à une priorité aujourd’hui clairement affirmée, tant au niveau du Groupe de la Banque mondiale que des autorités togolaises : la création d’emplois par le développement du secteur privé. À ce titre, le Togo occupe une place importante dans la région que je supervise, notamment en matière de potentiel d’emplois.

Historiquement, l’intervention de la SFI au Togo a débuté par les infrastructures portuaires et énergétiques. Nous avons notamment financé les terminaux à conteneurs du port de Lomé, puis accompagné le premier producteur indépendant d’électricité (IPP) du pays, pour la construction d’une centrale thermique de 100MW de capacité à Lomé. Ce sont des projets structurants, essentiels pour la compétitivité et la croissance de l’économie togolaise.

Sur les cinq dernières années, je citerais trois investissements à fort impact en matière de développement.

Le premier concerne TogoCom, où notre intervention vise à accélérer l’accès à la connectivité et à l’Internet très haut débit. Le numérique constitue un levier majeur de transformation économique, et cet investissement s’inscrit pleinement dans cette dynamique.

Le deuxième est Star Garments, dans l’industrie textile. Ce projet devrait permettre la création d’environ 4500 emplois directs et indirects, principalement au bénéfice des femmes, ce qui représente un impact social particulièrement important dans l’économie du Togo.

Enfin, plus récemment, nous avons accompagné Zener, afin de renforcer l’accès à une énergie plus propre, notamment à travers l’extension de ses capacités de stockage de gaz propane et butane.

Le financement des PME demeure par ailleurs au cœur de notre stratégie. Nous intervenons principalement via des intermédiaires financiers, en accompagnant des institutions comme Ecobank, le groupe NSIA, ou encore BOA, notamment à travers des mécanismes de garanties. Ces dispositifs permettent à ces partenaires de financer, en retour, les PME togolaises.

Togo First : Quels enseignements tirez-vous de l’évolution de ce portefeuille dans un contexte marqué par le resserrement des conditions financières et les défis sécuritaires et géopolitiques ?

Nathalie Kouassi Akon : Vous soulignez en effet deux tendances majeures — financières et géopolitiques — qui affectent profondément nos économies et notre action. Dans ce contexte, la stratégie IFC Vision 2030 s’est révélée en partie prémonitoire.

L’un de ses axes centraux est la mobilisation des capitaux privés. Depuis l’arrivée du président Ajay Banga et sous le leadership de Makhtar Diop, il est apparu clairement que l’aide publique au développement, à elle seule, ne suffirait plus à financer la croissance. Il est donc devenu essentiel de mobiliser davantage de capitaux privés.

Notre performance n’est désormais plus évaluée uniquement à l’aune des volumes investis, mais surtout en fonction de notre capacité à catalyser l’investissement privé. En interne, nous parlons d’une approche dite “originate to distribute” : la SFI intervient comme investisseur catalytique, avec pour objectif d’attirer d’autres investisseurs.

Nous le faisons à travers nos instruments traditionnels, comme les prêts syndiqués, mais aussi via des outils plus sophistiqués, notamment les émissions obligataires, ainsi que des partenariats public-privé.

Au Togo, cette stratégie est pleinement mise en œuvre. Sur environ chaque dollar investi au cours des cinq dernières années, la SFI a permis de mobiliser près de 3 dollars supplémentaires auprès d’investisseurs privés, en majorité étrangers. Cela illustre le caractère catalytique de nos interventions.

Cette mobilisation passe non seulement par nos financements, mais aussi par notre rôle de conseil auprès de l’État, notamment dans la structuration de projets en Partenariats Public-Privés (PPP).

Togo First : Quels sont aujourd’hui les secteurs que vous identifiez comme les plus prometteurs et qui font l’objet d’une attention particulière de l’IFC ?

Nathalie Kouassi Akon : Les secteurs que nous considérons aujourd’hui comme les plus prometteurs sont ceux qui ont été identifiés, au niveau du Groupe de la Banque mondiale, et en concertation avec les autorités togolaises, comme étant les plus porteurs en matière de création d’emplois, en particulier pour les jeunes.

À l’échelle du Groupe, cinq secteurs prioritaires ont été définis : les infrastructures, la santé, l’agriculture, le tourisme et l’industrie manufacturière à valeur ajoutée. Ce sont des secteurs à fort potentiel d’emplois dans les années à venir. 

Au Togo, plus spécifiquement, notre cadre de partenariat avec le gouvernement — le Country Partnership Framework — s’articule autour de trois axes majeurs.

Le premier concerne l’énergie. Le Togo a été l’un des premiers pays signataires de l’initiative Mission 300 du Groupe de la Banque mondiale, qui vise à connecter 300 millions de personnes à l’électricité d’ici à 2030. Le pays s’est fixé un objectif ambitieux : passer d’environ 70 % de taux d’accès aujourd’hui à 90 % à l’horizon 2030. Cette ambition repose notamment sur le solaire et sur plusieurs projets énergétiques que la SFI a soutenus et continue d’accompagner.

Le deuxième axe est l’agriculture, à travers notamment l’initiative AgriConnect. Au Togo, notre action se décline autour de trois leviers.

Le premier est le financement de l’agribusiness, via des mécanismes de partage de risques mis en place en partenariat avec les banques commerciales.

Le deuxième levier concerne le renforcement des capacités, à travers des programmes comme Africa Agricultural Leadership, qui visent à former et accompagner les petits producteurs.

Enfin, un axe appelé à se développer davantage est celui de l’agri-tech, avec pour objectif de soutenir des plateformes technologiques capables de structurer les filières, faciliter l’accès au financement, aux marchés et à l’information agricole.

Le troisième secteur prioritaire, en accord avec le gouvernement, reste celui de la logistique et des transports, qui constitue un pilier essentiel du développement économique du pays.

Togo First : Quelle place occupent aujourd'hui les champions locaux dans votre stratégie au Togo ?

Nathalie Kouassi Akon : Effectivement, un axe devenu central de notre stratégie au Togo est le soutien à l’émergence de champions locaux, c’est-à-dire des entreprises togolaises à fort potentiel de croissance et d’impact.

Dans ce cadre, la SFI a lancé une initiative dédiée aux champions locaux togolais. Nous avons procédé à un screening d’environ 300 PME, à l’issue duquel huit entreprises ont été sélectionnées comme éligibles au programme. À ce stade, deux d’entre elles se sont engagées formellement dans le dispositif.

Ces entreprises bénéficient d’un accompagnement structuré, portant notamment sur la gestion financière et le respect des normes environnementales et sociales, dans la perspective d’un financement direct de la SFI. L’objectif est de les amener à un niveau de maturité compatible avec des investissements de long terme.

Un exemple concret est Zener, acteur de la distribution de gaz pétrole liquéfié, qui a bénéficié d’un financement de 16 millions de dollars. Ses activités couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur du GPL. Un autre exemple est Yatt & Co, également active dans la distribution de gaz, qui a récemment signé un accord d’assistance technique avec la SFI. Des discussions sont en cours concernant des opportunités de financement, qui devraient se concrétiser prochainement.

Togo First : Le dernier rapport de l’IFC sur le Togo met en évidence une forte concentration du tissu productif. Seulement 0,4 % des entreprises réalise 77 % du chiffre d’affaires, tandis que près de 90 % sont des micro ou petites entreprises, souvent sous-capitalisées. Qu’est-ce que ce constat change concrètement dans votre stratégie au Togo ?

Nathalie Kouassi Akon : Ce constat est au cœur de notre réflexion. Dans le cadre de la stratégie IFC Vision 2030, nous avons pris la décision de doubler notre portefeuille dédié au financement des PME.

Cela étant dit, il faut être précis sur les termes. L’expression « PME » recouvre des réalités très différentes, allant de la micro-entreprise à l’entreprise de taille intermédiaire. 

Les micro-entreprises constituent l’écrasante majorité du tissu économique, au Togo comme dans beaucoup de pays africains. C’est à la fois une fragilité et un potentiel. Pour y répondre efficacement, la SFI a compris qu’elle ne pouvait pas agir seule et qu’il fallait nouer davantage de partenariats.

Nous travaillons par exemple avec des écosystèmes d’innovation et des incubateurs, comme ceux soutenus par le PNUD, afin de créer un pipeline d’entreprises susceptibles, à terme, d’accéder à des financements. Aujourd’hui, certaines start-up ou très petites entreprises ne sont pas directement finançables par la SFI, mais cela ne signifie pas qu’elles doivent être exclues de notre action. L’objectif est de les accompagner progressivement, directement ou indirectement, tout au long de leur chaîne de valeur.

Togo First : Concrètement, comment cette approche se traduit-elle dans vos instruments de financement ?

Nathalie Kouassi Akon : Historiquement, notre action en faveur des PME s’est principalement faite à travers les institutions financières. Pendant longtemps, nous avons travaillé avec les grandes banques internationales, via des lignes de crédit et des garanties. Puis, progressivement, nous avons élargi notre intervention à des banques de taille intermédiaire.

Aujourd’hui, notre stratégie évolue encore. Dans le cadre de l’accroissement de nos financements aux PME, nous mettons un accent particulier sur les institutions de microfinance et les fintechs. Les garanties et lignes de financement que nous leur accordons leur permettent d’élargir leur portefeuille de prêts, tout en respectant des conditionnalités précises.

Nous les appuyons également avec de l’assistance technique, afin d’aider ces institutions à mieux structurer leurs produits, à cibler les PME et à mieux appréhender l’attractivité — mais aussi les risques — de ce segment de marché. C’est un marché exigeant, mais indispensable si l’on veut répondre à la réalité du tissu économique togolais.

Par ailleurs, nous avons créé un département spécifique, Upstream, dont la mission est de préparer des entreprises en amont, avant qu’elles ne soient finançables. C’est dans ce cadre que nous accompagnons, par exemple, Gozem, une start-up que nous finançons aujourd’hui au Togo.

Togo First : Malgré la mise en place de garanties, y compris celles de l’IFC, certaines PME estiment que le coût du crédit demeure inchangé, comme si la réduction du risque n’était pas répercutée sur les conditions de financement. Comment expliquez-vous ce décalage et comment l’IFC s’assure-t-elle que ses garanties produisent un impact réel pour les entreprises ?

Nathalie Kouassi Akon : C’est une question légitime, et c’est un travail de suivi permanent. Le coût d’un prêt repose sur deux éléments : le risque de crédit, mais aussi le coût de la liquidité, qui reste élevé et souvent avec une maturité à court terme dans nos économies.

Cela ne signifie pas que tout est justifié. Nous travaillons activement avec nos partenaires financiers pour nous assurer que nos instruments produisent un impact réel. Nos partenariats avec les banques sont aujourd’hui définis sur des critères d’impact précis : le nombre de PME financées, l’attention portée aux entreprises dirigées par des femmes, et le respect des principes de protection des consommateurs.

Concrètement, nous exigeons une transparence sur la formation des taux, ainsi que des mécanismes visant à éviter toute facturation abusive. Ces éléments font partie intégrante des reportings réguliers que nos partenaires bancaires doivent nous fournir. C’est un processus exigeant, mais indispensable pour garantir la crédibilité et l’efficacité de notre action.

Togo First : Au cours de la dernière décennie, le Togo a attiré des investissements directs, notamment dans la banque, la logistique et certaines industries. Peut-on parler d’une véritable montée en gamme de l’économie, ou subsiste-t-il encore des freins structurels qui empêchent les entreprises togolaises de changer d’échelle et de capter davantage d’investissements ?

Nathalie Kouassi Akon : Il est important, avant tout, de reconnaître les progrès accomplis. En tant qu’Africains, nous avons souvent des attentes élevées — et c’est légitime — mais il faut aussi savoir prendre le temps de mesurer les évolutions positives.

Sur ce plan, le Togo affiche des résultats notables. Dans le dernier classement Business Ready (B-READY), le pays s’est classé troisième meilleur réformateur en Afrique subsaharienne. Il fait également partie des rares pays à revenu faible ou intermédiaire à figurer parmi les premiers groupes de tête dans la majorité des domaines évalués : création d’entreprises, localisation, services financiers, commerce international, fiscalité, règlement des différends et concurrence.

À l’échelle africaine, seuls quelques pays, comme le Rwanda, présentent une trajectoire de réforme comparable. C’est un signal très positif, qu’il convient de consolider.

Ces avancées ont déjà permis de mobiliser des volumes significatifs de capitaux privés. Comme je l’indiquais, la SFI a investi et mobilisé environ 320 millions de dollars au Togo. Cette dynamique est le fruit d’un travail étroit avec le gouvernement, dans le cadre d’initiatives sectorielles ciblées.

Dans le secteur de l’énergie, par exemple, l’objectif est d’atteindre un taux d’accès de 90 % d’ici à 2030, ce qui nécessitera de mobiliser environ 1,4 milliard de dollars de capitaux privés. Au niveau de l’agriculture, les besoins sont également de l’ordre de 1 milliard de dollars. Atteindre ces objectifs impliquera davantage de réformes, menées en concertation avec le secteur privé, afin d’identifier précisément les freins et d’accélérer leur levée.

Le fait de travailler par secteur prioritaire nous permet justement de cibler les réformes de manière plus fine, en partenariat avec nos collègues de la Banque mondiale. Cela nous aide aussi à mieux distinguer les besoins des grandes entreprises de ceux des petites et micro-entreprises, qui sont très différents.

Dans ce contexte, des initiatives comme la Local Champions Initiative sont essentielles. Elles ne visent pas uniquement à financer des volumes, mais aussi à mieux comprendre les besoins des entreprises locales en matière d’écosystème, de structuration et de réformes, afin qu’elles puissent participer plus activement et plus formellement à l’économie.

Togo First : Quels sont, à plus long terme, les objectifs de financement de l’IFC au Togo à l’horizon 2030, et à quelles conditions le pays peut-il changer d’échelle dans sa relation avec l’IFC et le Groupe de la Banque mondiale, y compris MIGA ?

Nathalie Kouassi Akon : En collaboration étroite avec la Banque mondiale et MIGA, nous avons défini les secteurs sur lesquels nous allons nous concentrer dans les années à venir. Il s’agit principalement de l’agriculture, du transport et de la logistique, du développement numérique et de l’énergie, qui resteront au cœur de nos priorités.

Un élément important de cette nouvelle phase est le renforcement de la coordination au sein du Groupe de la Banque mondiale. Depuis environ deux ans, nous mettons en place dans plusieurs pays un système de représentation conjointe, avec un représentant unique couvrant à la fois la Banque mondiale, la SFI et MIGA. L’objectif est qu’à l’horizon 2026, tous les pays disposent d’un représentant Groupe, afin d’assurer une approche plus cohérente et intégrée.

Au Togo, cette représentation conjointe entrera en vigueur à partir de février, ce qui renforcera encore la coordination entre les interventions publiques et privées.

Au Togo plus spécifiquement, nous avons contribué au financement des PME à travers, notamment, une titrisation de 25 millions de dollars menée par NSIA, en partenariat avec la BOAD. Nous avons également ciblé le secteur agricole, via des mécanismes de partage de risques, mais aussi par le financement d’une institution de crédit-bail leader sur son marché, qui facilite l’accès à la machinerie agricole pour les petites exploitations.

Notre approche consiste à intervenir sur l’ensemble de la chaîne, en soutenant à la fois les PME, majoritairement de manière indirecte, et les grands investisseurs internationaux capables de porter des partenariats public-privé et des projets structurants pour l’État.

Togo First : Votre mot de fin ?

Nathalie Kouassi Akon : Le Togo demeure un partenaire important de la SFI. Nous y sommes présents depuis longtemps et nous observons une évolution progressive et encourageante du pays, qui attire de plus en plus d’investisseurs, y compris dans un contexte régional et mondial plus difficile. Nous sommes engagés au Togo sur le long terme, et nous continuerons à accompagner cette trajectoire de transformation dans les années à venir.

Interview réalisée par Fiacre E. Kakpo

La commune Kozah 2 vient de boucler sa première session ordinaire de 2026, avec la présentation de son budget primitif arrêté à 176,7 millions FCFA. Les travaux, tenus à Pya la semaine dernière, ont permis aux élus locaux de fixer les priorités financières de l’année dans un contexte de consolidation de la gouvernance locale.

Dans le détail, le budget s’équilibre en recettes et en dépenses à un peu plus de 176 millions FCFA. Les charges de fonctionnement absorbent 123,2 millions FCFA, soit près de 70 % de l’enveloppe globale, tandis que 53,5 millions FCFA, représentant 30,3 %, sont dédiés à l’investissement. 

Au-delà de l’exercice budgétaire, les conseillers municipaux ont examiné plusieurs dossiers liés à la gestion quotidienne de la commune. Les échanges ont notamment porté sur l’enlèvement des ordures, la situation des dotations du Fonds d’appui aux collectivités territoriales pour la période 2021-2023, l’harmonisation de certains coûts administratifs et la mobilisation de ressources financières complémentaires. 

Les élus ont également autorisé la commune à soumettre sa candidature à des projets d’appui pour la construction d’infrastructures scolaires.

Pour l’exécutif communal, 2026 doit être une année de “consolidation des acquis” et de poursuite des efforts de développement. Pour la municipalité, les priorités affichées concernent notamment les infrastructures, l’éducation, la santé, l’eau, l’assainissement et la sécurité.

Située dans la région de la Kara, au Nord du pays, la commune Kozah 2 couvre une superficie d’environ 295 km² et est l’une des quatre communes de la préfecture de la Kozah. La municipalité compte sept cantons (Bohou, Yadè, Tchitchao, Pya, Tcharè, Kouméa et Sarakawa), et partage ses limites avec plusieurs communes voisines, dont Kozah 1 et Kozah 4.

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