Emeka Ajene, CEO Gozem : «Nous voulons rendre le transport plus sûr, plus simple et plus fiable»

Transport
samedi, 12 janvier 2019 03:59
Emeka Ajene, CEO Gozem : «Nous voulons rendre le transport plus sûr, plus simple et plus fiable»

(Togo First) - C’en est presque devenu harassant, ces petits pop-up invitant à télécharger et à installer Gozem, la nouvelle application de réservation de motos-taxi dans la ville de Lomé. Encore plus difficile de ne pas remarquer leur présence en surfant sur le net ou de les éviter. Dans le réel, ils sont moins visibles mais commencent sérieusement à colorer la circulation, surtout depuis leur lancement officiel le 07 novembre dernier dans la capitale togolaise.

Comment ça marche, pourquoi utiliser Gozem au lieu du traditionnel « Oléyia ?! », Togo First est allé à la rencontre de son CEO, ancien d’Uber au Nigéria, spécialiste en commerce électronique et consultant aux côtés de start-up africaines à forte croissance et à la pointe de la technologie. Interview. 

Togo First : Pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs ?

Emeka Ajene : Je suis Emeka Ajene, originaire de Lagos au Nigéria. Je suis co-fondateur et Directeur Général de Gozem, une start-up qui a pour principal objectif de rendre d’abord à Lomé, et ensuite dans toutes les grandes villes des pays d’Afrique francophone, le transport plus sûr, plus simple et plus fiable.  

GOZEM interieur

« J’ai donc vu qu’il y avait une opportunité. »

Pour revenir à moi-même, j’ai dirigé les opérations et le développement commercial pour Uber au Nigéria en 2016, où j’ai supervisé l'acceptation des liquidités par la société à Lagos. J’ai également mené le déploiement d’Uber à Abuja qui est devenu la 400ème ville à accueillir ce géant mondial du VTC.         

T.F : Comment est né Gozem ? Qu’est-ce qui a motivé sa création ?

E.A : Gozem, vous l’aurez remarqué, est exclusivement basé dans le secteur des transports. Ce secteur pèse énormément dans l’économie. Chaque jour, tout le monde se déplace pour effectuer ses activités et vaquer à ses occupations.

Je viens de le dire, j’ai travaillé pour la société Uber au Nigéria et il n’existe pas assez de services de ce genre en Afrique de l’Ouest. Il y a quelques sociétés comme cela au Nigéria et au Ghana maintenant, mais c’est plus en Afrique du Nord ou de l’Est qu’elles sont implantées.

J’ai donc vu qu’il y avait une opportunité ici de monter un système similaire, afin de faire évoluer le transport. Parce que, quel que soit le secteur d’activité, tout le monde en a besoin. La principale chose qui frappe aux yeux dans ce domaine en Afrique de l’Ouest, ce sont les motos. Si dans les pays ou régions du continent déjà cités, ce sont beaucoup plus des sociétés basées sur les voitures, ici, le premier moyen de locomotion ou de transport reste la moto.

Il fallait donc créer un modèle spécifique, basé sur cette particularité. En même temps, c’était l’occasion pour nous de mettre une différence entre ce que nous allions faire et ce qui se fait déjà. Nous avons fait beaucoup de prospections, et compilé des informations.

Il est très facile de trouver une moto, ou un zed comme on l’appelle communément ici. Par contre, le souci réside dans la confiance ou la fiabilité, c’est selon, du conducteur.

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« Par contre, le souci réside dans la confiance ou la fiabilité, c’est selon, du conducteur.»

Qui est-il ? A-t-il bu quelque chose ? Est-il assuré ? Vous me direz que ce ne sont pas des questions que les gens se posent souvent ici, mais si. Pour des personnes qui n’ont pas vécu ici, ou qui sont des étrangers qui ont une autre culture, il est difficile de monter sur un engin, appartenant à un inconnu, et qui doit t’emmener dans un endroit que toi-même tu ne connais pas forcément, ou dont tu ne maîtrises l’itinéraire que sur une carte ou grâce à un GPS, encore qu’à Lomé par exemple, tu peux te servir de raccourcis pour arriver quelque part sans passer par une voie, disons, conventionnelle. Ce qui amène donc la question de sécurité. Aussi bien du client que du conducteur.

Grâce aux efforts des autorités, le port du casque a été rendu obligatoire, mais pas pour le passager. Nous avons donc voulu avec le projet que nous étions en train de monter, pallier à cela, raison pour laquelle vous constaterez que chaque conducteur Gozem dispose d’un second casque avec filet de protection pour le passager.  

Le second écueil que j’ai observé est le marchandage. A Lomé, cela semble être la donne, vu qu’il n’y a pas de prix fixe pour les trajets. Les prix varient d’un conducteur à un autre ou d’un client à un autre, ou sont fixés selon un nombre incroyable de critères, allant de la période de la journée à la distance, en passant par l’état de la route, le prix actuel du carburant, l’humeur de l’un des deux, la météo, etc.…, bref vous concèderez que c’est pas faux. Donc il fallait également améliorer cela. Trouver un moyen de choisir un prix fixe afin de gagner en temps et d’éviter des minutes de discussion.

Voilà comment est née l’idée de la création de Gozem.

T.F : Alors, Gozem, comment ça marche ?

E.A : Le principe est simple, nous avons des conducteurs Gozem de motos et quelques-uns de taxi, quoique l’aspect taxi est en cours d’ajustement afin de pouvoir proposer un service à part aussi.

Notre application, sur laquelle se fonde tout le système n’est fonctionnelle que pour Lomé. Le client qui voudrait se déplacer, nous contacte grâce à l’application qu’il a auparavant téléchargée et installée. Je voudrais par-là rappeler que l’application  a été lancée depuis le 07 novembre et est disponible sur Play Store pour les téléphones Android et App Store pour les I-Phones. Une fois l’application installée, vous vous enregistrez avec un numéro d’un opérateur mobile basé au Togo, et vous vous inscrivez, soit par un système de parrainage qui vous fait bénéficier de gratification ou soit directement.

Vous verrez une cartographie de la ville comme si vous étiez dans votre Google Map vu que c’est celui que nous utilisons, et vous choisissez votre destination.

L’information est envoyée au conducteur Gozem le plus proche du client et qui n’est pas en train de faire une course. Il reçoit une notification dans son téléphone et rejoint le client pour la course. Au cas où il ne répond pas, nous le contactons directement par appel.

Le prix des courses est fixé au km. Et c’est arrivé à destination que le compteur indique le montant. Là encore nous avons fait des prospections et des sondages et étudié le marché avant de nous convenir sur le prix de 72 FCFA le km. Dans la ville en moyenne, c’est à 100 FCFA. Le règlement peut se faire de plusieurs manières : en espèces, par T-Money, Flooz, ou carte bancaire.

Chaque conducteur dispose d’une sorte de portefeuille électronique qui permettra de s’assurer de l’effectivité de la transaction. Si le client n’a pas les moyens de payer la course comme il le prétend, le conducteur le saura.

Pour notre part, nous prenons 20% de commission sur chaque course et le conducteur garde les 80% restants. Ce sont ces 20% qui nous servent par exemple à faire la communication autour de notre société.

Je rappelle que le conducteur dispose d’un casque pour le passager qui lui donne avec un filet de protection. Voilà qui résout la problématique de la sécurité du passager.

T.F : Votre application ne comporte-t-elle pas des failles ? Je prends l’exemple d’une personne mal intentionnée, un braqueur qui souscrit à votre service, contacte un zed Gozem pour une course, alors qu’il n’a nullement l’intention de le prendre, mais attend plutôt le conducteur avec sa bande pour se faire tranquillement livrer une moto gratuite. Que faites-vous dans ce cas ?

E.A : L’aspect que vous avez évoqué existe tout comme il n’y a pas de risque zéro. Même avec les conducteurs qui ne sont pas affiliés à nous, cela peut arriver. Nous essayons d’aider le plus possible nos conducteurs à partir de notre centre de contrôle. Mais ils sont libres de prendre une course ou pas. Ce n’est pas une obligation, ni une embauche. C’est plutôt un partenariat qui lie le conducteur et nous. Le conducteur reste son propre patron. Nous nous efforçons de faire en sorte qu’il ait le plus possible de clients dans la journée afin de rentabiliser.

Nous avons fait quelques sondages et le conducteur moyen fait banalement 02 courses par heure, surtout pour les conducteurs fixes, qui restent stationnés quelque part en attendant l’éventuel client. Notre objectif est de leur trouver le maximum de clients.  

Tenez, nous avons un partenariat avec Togo Assistance et Ogar Assurance depuis décembre dernier afin d’assurer nos conducteurs.

Nous disposons d’un fichier centralisé à notre niveau dans lequel on peut retrouver des informations précises sur le conducteur comme son identité complète, le numéro de sa plaque, sa carte grise, ses contacts et biens d’autres informations.   

Le zedman qui veut travailler avec nous, visite notre bureau pour discuter avec notre équipe en charge de cette question. Chaque conducteur doit payer un dépôt pour contracter avec Gozem, qui oscille entre 1500 FCFA pour ceux qui sont déjà assurés et 14 000 FCFA pour ceux qui ne le sont pas encore. La signature du contrat donne droit entre autres à 2 casques + filets de protection et gilet.   

Nous formons nos conducteurs, nous leur faisons des tests, histoire de voir s’ils sont habilités à conduire. Autre spécificité chez Gozem, chaque course est tracée et suivie, ainsi nous pouvons assister le conducteur et le passager.

Nous comptons bientôt lancer un nouveau contenu dans notre application qui peut permettre de partager la localisation, ceci toujours dans une optique de sécurité. Cela permettra à une tierce personne par exemple de suivre le trajet en temps réel.

T.F : Comment les clients réagissent-ils face à ce nouveau service ? Quelles sont les difficultés que vous éprouvez ?

E.A : La réaction est assez favorable pour le moment. La preuve, beaucoup de personnes ont téléchargé notre application. Faites un tour sur Play Store et vous verrez que nous avons franchi le cap des 50 000 téléchargements. C’est dire que beaucoup de gens essayent notre modèle. Bien sûr nous avons quelques chiffres mais que je ne vous communiquerai pas pour l’instant.

Les difficultés, oui, il y en a. La principale difficulté est la nouveauté. C’est un système nouveau pour le public en général et les conducteurs en particulier, donc il faut d’abord expliquer, convaincre, rassurer.

C’est leur première vraie application de transport donc les gens sont un peu réticents à l’idée de l’utiliser mais c’est tout à fait normal.

Il y a ensuite la structure du marché. Nous sommes dans un pays où les conducteurs ont toujours travaillé d’une certaine façon, les clients ont toujours pris leur zed d’une certaine façon du coup, il faut implanter tout doucement cette nouvelle façon de faire. Aller pas à pas et savourer chaque petite victoire. La confiance est difficile à gagner dans ce genre de cas.

Viennent après les soucis de connexion qui peuvent nuire considérablement à la bonne marche du travail. Mais nous allons toujours essayer de trouver des solutions idoines.

T.F : Quelles sont vos ambitions pour le futur ? Comptez-vous étendre Gozem à tout le Togo ?

E.A : Nous voulons mieux nous implanter à Lomé pour le moment et mettre Gozem dans les habitudes. Ensuite nous attaquer à d’autres capitales. Nous avons déjà envoyé des équipes à Cotonou, Libreville, Douala. Ce seront les prochaines villes Gozem dans l’Afrique. Nous n’envisageons pas encore d’aller à l’intérieur des pays ou de les couvrir entièrement. Uniquement les capitales et les grandes villes d’abord.  

Pour les ambitions, nous voudrions devenir la référence du transport urbain en Afrique, un peu comme Uber, mais un Uber différent. Mais avant, nous voulons réussir à gagner la confiance de tous. Chaque client doit avoir à chaque fois une bonne expérience après chaque utilisation de Gozem.

Sur l’application, l’option pour les taxis figure et nous travaillons dessus. Le projet est de couvrir dans quelques années les SUV, les tricycles et les bus. En gros, nous voulons devenir l’application de transport par excellence de l’Afrique.

Interview réalisée par Octave A. Bruce

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