Togo : face aux médias, les entreprises de BTP locales plaident pour un nouvel écosystème de croissance

BTP
lundi, 15 juin 2026 11:20
Togo : face aux médias, les entreprises de BTP locales plaident pour un nouvel écosystème de croissance

(Togo First) - Études techniques incomplètes, retards de paiement, difficultés d'accès au crédit, procédures de passation des marchés, pression sur les délais d'exécution. Réunis la semaine écoulée à Lomé dans le cadre des premiers « Media Days » du Groupement National des Entrepreneurs du Bâtiment et des Travaux Publics du Togo (GNEBTP-Togo), les acteurs du secteur ont dressé un diagnostic approfondi des contraintes qui freinent la performance des entreprises nationales.

Placée sous le thème « Le BTP au cœur du développement : comprendre pour mieux agir », la rencontre a réuni entrepreneurs, ingénieurs, architectes, laboratoires techniques et journalistes, avec pour objectif de mieux faire comprendre les réalités d'un secteur qui demeure l'un des principaux moteurs des investissements publics.

Pour les intervenants, les difficultés observées sur les chantiers ne peuvent être attribuées aux seules entreprises, alors que le cycle d'un projet mobilise une chaîne d'acteurs comprenant maîtres d'ouvrage, bureaux d'études, bureaux de contrôle, partenaires financiers et entreprises exécutantes. Des défaillances à l'une quelconque de ces étapes peuvent affecter coûts, délais et qualité des ouvrages, fait-on valoir.

« Lorsqu'il y a un problème sur une route ou un bâtiment, c'est souvent l'entreprise qui porte seule la responsabilité aux yeux du public, alors que plusieurs acteurs interviennent en amont et pendant l'exécution », a expliqué Jessika Matsima Tiliwa, entrepreneure et secrétaire générale nationale du GNEBTP-Togo.

L'accès au crédit, et autres défis

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Selon le président du GNEBTP-Togo, Yawo Agbessi Tsogbé, les entreprises nationales font face à une quasi-impossibilité d'accès au crédit bancaire, alors même qu'elles doivent mobiliser cautions, assurances et ressources financières importantes avant le démarrage des travaux. À cela s'ajouteraient des retards de paiement qui fragilisent leur trésorerie.

« Nos entreprises sont résilientes, mais elles sont aujourd'hui essoufflées », a résumé M. Tsogbé.

Les professionnels ont également mis en avant les conséquences économiques d'un affaiblissement du tissu national du BTP, tout en appelant à une meilleure implication des PME dans les marchés publics, à des études techniques plus robustes, à une accélération des paiements et à un renforcement du dialogue avec les banques.

« Soutenir les entreprises du secteur, c'est soutenir la croissance, l'emploi et l'économie de tout le Togo. Nous disposons des compétences, de l'expertise et de la volonté. Nous avons besoin d'un écosystème sain, d'études de qualité, de paiements réguliers et de banques partenaires engagées », a ajouté M. Tsogbé.

Un secteur qui pèse dans la dynamique économique nationale

Ces plaidoyers du GNEBTP-Togo concernent un secteur dont la contribution à l'économie nationale reste significative. Selon les Comptes nationaux trimestriels publiés par l'Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED), la valeur ajoutée de la branche construction a progressé de 16,9 % en 2025, contribuant pour 0,5 point à la croissance du PIB réel, dans un secteur secondaire qui a lui-même crû de 7,5 %.

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Selon le Groupe de la Banque mondiale, la croissance togolaise devrait, sur la période 2026-2027, être tirée notamment par les projets d'investissement privés en cours et ceux prévus, en particulier autour de la Plateforme industrielle d'Adétikopé. Le pays consacre par ailleurs une part de son PIB à l'investissement public supérieure à la moyenne de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Des réformes déjà engagées par l'État

Face à ces nombreux défis, les acteurs nationaux du BTP portent également leurs préoccupations auprès des autorités de tutelle. Le 12 février 2026, une rencontre sectorielle entre l'État et les acteurs du BTP, présidée par le ministre des Finances et du Budget, Essowè Georges Barcola, en présence des ministres Kodjo Sévon-Tépé Adedzé (Aménagement du territoire et Urbanisme) et Sani Yaya (Travaux publics et Infrastructures), avait permis notamment d'établir un diagnostic partagé des marchés en souffrance dans le secteur. Études techniques mal réalisées, propositions de prix anormalement basses, retards de paiement et conflits d'intérêts y ont été identifiés comme des causes récurrentes de chantiers inachevés ou abandonnés.

À l'issue de cette rencontre, plusieurs mesures ont été retenues, dont un état des lieux complet des marchés en souffrance et un audit des projets abandonnés.

Sur le plan réglementaire, l'Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) a engagé depuis 2025 plusieurs chantiers de modernisation : introduction de nouveaux dossiers-types de passation (dialogue compétitif, appels à propositions), revue annuelle des marchés conclus, et lancement, avec l'appui de la Banque mondiale dans le cadre du Programme de modernisation de l'administration publique pour la délivrance des services (PMADS), de la passation électronique des marchés publics (e-GP), inscrite dans l'Axe 3 de la feuille de route gouvernementale 2025.

Le GNEBTP-Togo, vers davantage de structuration

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Le GNEBTP-Togo, présidé par Yawo Agbessi Tsogbé, multiplie du reste les initiatives visant à renforcer la place des entreprises nationales face à une concurrence étrangère jugée croissante sur les grands chantiers d'infrastructures. En septembre 2025, le groupement a signé à Rabat une convention de partenariat avec la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics du Maroc (FNBTP), portant sur le renforcement des capacités et l'accompagnement de projets conjoints. En décembre 2025, une rencontre organisée avec l'appui de partenaires techniques et financiers tels que la Banque islamique de développement et la banque allemande KfW avait porté sur la promotion des groupements d'entreprises et de la sous-traitance comme leviers de compétitivité.

Ces premiers « Media Days » s'inscrivent ainsi dans la continuité d'un dialogue déjà engagé entre le secteur privé du BTP, l'État et les partenaires financiers. Au-delà des revendications portées par le groupement, cette rencontre traduit également la volonté de rapprocher les acteurs des infrastructures et les médias, acteurs importants de la perception publique sur ces entreprises, dont les défis touchent directement les usagers et les résidents dans leur activités quotidiennes.

Ayi Renaud Dossavi

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