(Togo First) - Au Togo, le secteur extractif a généré quelque 124,25 milliards FCFA en 2023, contre 19 milliards FCFA un an plus tôt, selon le Rapport ITIE Togo 2023 publié fin décembre.
Si ces chiffres marquent une progression apparente de 553,8 % d’une année à l’autre, celle-ci ne traduit toutefois pas une hausse de la production minière, précise le rapport. Cette évolution résulte principalement d’opérations de compensation entre créances et dettes impliquant la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT), pour un montant de 102,99 milliards FCFA.
Dans un contexte où le PIB togolais à prix courants était estimé à 5563 milliards FCFA en 2023, en croissance de 9 % sur un an, le secteur extractif ne représente que 1,1 % de la richesse nationale. Il concentre toutefois 15,6 % des exportations et 10,9 % des recettes publiques, ce qui le rend central dans la mobilisation de devises et les équilibres budgétaires.
Au total, les recettes budgétaires issues des industries extractives se sont élevées à 119,4 milliards FCFA pour l’année sous revue. Elles proviennent majoritairement de l’impôt sur les sociétés (IS) et des droits et taxes douaniers, complétées par des recettes non fiscales, notamment les dividendes et les redevances minières.
Par ailleurs, le secteur demeure fortement concentré. La SNPT et SCANTOGO MINES représentent à elles seules, plus de 97 % des contributions totales enregistrées.
Cette situation fait émerger plusieurs défis. Parmi les fragilités relevées par le rapport ITIE 2023 figurent la forte dépendance à un nombre limité d’opérateurs, une lisibilité réduite des flux en raison des mécanismes de compensation, ainsi que l’existence de subventions implicites, notamment sur l’électricité.
À titre d’illustration, depuis juillet 2022, les sociétés extractives SNPT, WACEM et SCANTOGO MINES bénéficient de tarifs préférentiels d’électricité, selon les données du rapport d’activité 2023 de l’ARSE. Leur application constitue de fait un manque à gagner assimilable à une subvention publique implicite et à une dépense quasi-budgétaire, évaluée à environ 9,98 milliards FCFA pour l’année 2023.
Porté par l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), le rapport recommande une lecture consolidée des recettes, compensations et soutiens quasi-budgétaires afin d’évaluer plus finement l’impact net du secteur extractif sur les finances publiques et d’éclairer les choix de politique économique. À titre d’exemple, pour 2026, les redevances minières, au sens strict, sont attendues à un peu plus de 10 milliards FCFA, alors que la contribution globale du secteur au budget de l’État demeure nettement plus élevée, notamment à travers l’impôt sur les sociétés, projeté à 201,1 milliards FCFA, avec une part significative provenant des entreprises extractives.
Ayi Renaud Dossavi