Le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) a annoncé le samedi 21 juillet dernier, la nomination de Beaugrain Doumongue (photo) en tant que Coordonnateur des Clubs Cavie pour collèges et lycées.
Étudiant en Master 2 Génie civil à l’Université de la Rochelle, le jeune Togolais de 21 ans aura pour principale mission, d’implanter un club dans au moins un établissement de chacun des 54 États d’Afrique d’ici 2020. L’objectif recherché est de familiariser, dès le secondaire, les jeunes Africains à l’Intelligence Economique (IE).
Le jeune leader s’est montré « très excité et enthousiaste à l'idée de mener un projet d'une telle envergure » et a rapidement dévoilé les grandes lignes de son agenda. « Je souhaite planifier et organiser des séances d'information en forme de conférences avec les élèves/étudiants », a-t-il notamment déclaré avant de poursuivre : « La jeunesse représente l'avenir et miser sur elle pour vulgariser l'IE, c'est en assurer la pérennité ».
Le président du centre, Guy Gweth, qui le décrit comme « un petit génie travailleur et discipliné » estime pour sa part, que cette nomination donnera plus de substance à la Journée Africaine de l’IE qui est célébrée chaque 3 Août, date de création du centre. « Un vent nouveau souffle sur l’Afrique que la jeunesse portera loin », a-t-il notamment affirmé.
Le CAVIE est une ONG basée au Cameroun, qui a pour objet de promouvoir les bonnes pratiques de veille et d’intelligence économique en Afrique et d’aider les entreprises à mieux connaître le marché africain en vue d’y développer des relations commerciales.
Cable, le comparateur britannique d’offres haut débit, TV, téléphonie fixe et mobile, vient de compiler une étude réalisée par M-lab, une plateforme conçue par des géants du Web pour donner au public des informations utiles sur la connectivité Internet haut débit.
L’étude intitulée « Worldwide broadband speed league 2018 », compare la vitesse de l’internet haut débit dans 200 pays grâce à plus de 163 millions de tests pratiqués pendant 12 mois d’affilés à partir du 29 mai 2017.
Ainsi, à l’échelle mondiale, c’est à Singapour qu’il fait bon de surfer sur internet. S’en suivent les pays nordiques tels que la Suède, le Danemark et la Norvège qui partage le carré d’as.
Sur le plan africain, la palme d’or revient à Madagascar, 22e rang mondial, avec une vitesse de téléchargement estimée 24,87 Mbps, largement devant le Kenya (10,11 Mbps) et l’Afrique du Sud (6,38 Mbps).
Un peu au milieu du tableau qui classe 46 pays africains, le Togo s’adjuge la 29e place, juste derrière le Sénégal, l’Egypte et le Cameroun, avec une vitesse de téléchargement de 1,27 Mbps. Une amélioration marginale par rapport à 2017, où la vitesse se situait autour de 1,24 Mbps.
S’il a fallu 27 minutes et 27 secondes aux internautes malgaches pour télécharger un film HD d’une capacité de 5Go, les Togolais ont dû patienter pendant 8 heures 56 minutes en moyenne pour chaque téléchargement équivalent. Le Ghana, 120e mondial et 6e africain, 3 heures 56 minutes grâce à un débit de 2,88 Mbps. Le Nigéria, 152e mondial et 15e africain, 6 heures 07 minutes pour s’offrir une vidéo HD de la même capacité. Les internautes béninois ont dû s’y faire avec un débit moyen de 1,23 Mbps et attendre pendant 9 heures 13 min.
Le Togo avec sa 173e place mondiale, fait mieux que l’Algérie, le géant Maghrébin et de nombreux autres pays de la sous-région.
La vitesse de téléchargement moyenne mesurée sur les 12 derniers mois s’est établie autour de 1,13 Mbps au Gabon et en Ethiopie, 0,95 au Mali, 0,84 Mbps au Burkina Faso, 0,83 Mbps au Niger. Dans ces derniers pays, il a fallu tout au moins 10 heures de téléchargement pour obtenir une vidéo HD de 5 Go.
Globalement, Cable note que l’Afrique est la région où la connexion internet est la plus lente au monde alors que l’Europe demeure le continent le mieux placé.
Pour rappel, M-lab est une plateforme animée par des mastodontes du Web notamment New America's Open Technology Institute, Google Open Source Research, PlanetLab de l'Université de Princeton.
Fiacre E. Kakpo
Source : https://www.cable.co.uk/broadband/research/worldwide-broadband-speed-league-2018/
Taxée de mauvaises pratiques notamment de corruption, la justice togolaise fait son autocritique et s’engage pour une justice plus juste et diligente. « Nous avons constaté que la justice a des problèmes et que les populations ont soif d’une justice juste et diligente », déclare Akakpovi Gamatho, président de la Cour Suprême du Togo et du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM).
L'organe tire la sonnette d’alarme sur l’urgence d’enrayer les pratiques décriées notamment la corruption, en menant depuis quelques jours, une vaste campagne médiatique.
Toutefois, le défi d’une justice crédible, à la satisfaction de tous, de l’avis du N°1 du CSM, ne peut être relevé par les juges, seuls. L’Organe régulateur des professions de justice souhaite l’implication de tous, magistrats et justiciables dans cette cause.
A cet effet, il a élaboré deux documents : la Directive sur l’Ethique et la Déontologie du Magistrat pour moraliser la profession judiciaire et le Guide des droits et des obligations du Justiciable. Ce dernier document vise à favoriser la connaissance par le citoyen de ses droits et obligations.
Dans l’optique de vulgariser ces documents, hormis la campagne médiatique, le CSM entreprend une tournée nationale. Selon le CSM, « main dans la main, chacun respectant ses devoirs et chacun jouissant pleinement de ses droits, on parviendra à bâtir une justice plus crédible ».
Globalement, cette action s’inscrit dans une dynamique visant à instaurer une sécurité juridique et judiciaire, un indicateur clé du climat des affaires et un facteur auquel s’attachent les investisseurs. A terme, cette campagne devrait, entre autres, contribuer substantiellement à rendre l’environnement togolais des affaires plus attrayant.
Séna Akoda
La capitale togolaise abrite ces 23 et 24 juillet 2018 une réunion des régulateurs et opérateurs de la communication électronique en provenance de plusieurs pays ouest africains. Deuxième du genre après celle de Conakry, cette réunion, organisée par l’Autorité de Réglementation des Secteurs des Postes et des Télécommunications (ART&P) en collaboration avec le Ministère des Postes et de l’Economie Numérique, vise à faire le bilan de la mise en œuvre du Protocole d’Abidjan sur le Free Roaming.
L’objectif de ce protocole, est de faciliter l’intégration régionale à travers la mobilité des personnes en offrant aux utilisateurs des pays signataires, lorsque ceux-ci voyagent et sont sur roaming, la possibilité de recevoir des appels à des tarifs appliqués localement.
Selon Cina Lawson, ministre togolaise des Postes et de l’Economie Numérique, « l’importance de ce projet pour les populations et les économies des Etats signataires n’est plus à démontrer ». En effet, indique-t-elle, « après le lancement de Roaming sans frais ni surtaxes, les données récoltées auprès des opérateurs, attestent de l’augmentation du volume du trafic du free roaming ». Cette augmentation du volume du trafic du Free Roaming tirée par la suppression des frais d'itinérance, fait du Free Roaming, un acte gagnant-gagnant, autant pour les usagers que pour les opérateurs, et donc finalement pour les Etats, ajoute-t-elle en substance.
Le directeur général de l’Autorité de Réglementation du secteur des Postes et de Télécommunications (ART&P), Abayeh Germain Boyodi déclare également à ce propos: « L’implémentation du free roaming dans nos Etats était indispensable en ce qu’il prend en compte les impératifs des politiques sociales, les urgences et intérêts des utilisateurs, tout en préservant les intérêts des opérateurs ».
En dehors du bilan de la mise en œuvre du Protocole d’Abidjan sur le Free Roaming, les participants à cette rencontre aborderont les difficultés rencontrées sur les plans technique, juridique et commercial, et proposeront des solutions adéquates pour l’effectivité de cette initiative à laquelle les Chefs d’Etat et de gouvernement accordent un grand prix, parce qu’elle « répond, de façon pragmatique, à diverses préoccupations en matière de politiques d’intégration et d’inclusion numérique de nos peuples ».
Notons que ce dispositif est en applications dans sept (07) pays à savoir la Guinée Conakry, le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Cap Vert et le Togo.
Le Bénin qui a rejoint l’initiative en décembre 2017 est à pied d’œuvre pour la rendre opérationnelle.
Séna Akoda
L’Institut Français de Lomé a servi de cadre, ce vendredi 20 juillet, à la cérémonie de remise de prix aux trois meilleurs porteurs de projets de la deuxième édition de l’African Energy Generation Prize, un concours panafricain d’inventions de sources d’énergie non conventionnelles.
L’initiative qui est à sa deuxième édition, vise à promouvoir et à accompagner l’innovation technologique et l’entrepreneuriat social au niveau local afin d’identifier, développer et diffuser à grande échelle les solutions d’électrification « made in Africa ».
Après une formation de près d’un an, dont l’objectif est de transformer leurs idées en projets concrets à travers le développement de prototypes fonctionnels, cinq candidats issus de cinq pays ont tour à tour présenté leurs projets devant un jury d’experts de la question énergétique constitué pour l’occasion.
C’est le Nigérian Abiola Ajala qui remportera le premier prix d’une valeur de 5000 euros, pour son projet « Sunbox » par lequel il entend mettre en place des kiosques dotés de panneaux photovoltaïques permettant aux commerçants de recharger leur portable, d’alimenter des lampes LED, de se protéger des moustiques et aussi du soleil.
Le podium est complété par la béninoise Annette Adanmenou (2ème/ 3000 euros) pour son projet, « Energy Bio Foods », solution intégrée de production de biogaz qui assure un apport d’énergie pour faire la cuisine et fournit également un engrais bio aux agriculteurs.
Et le jeune Zambien Victor Masumba (3ème/2000 euros) qui propose à travers son projet « M.D. Hybrib Wind Turbine », un système de pompage et de production d’électricité à partir de l’énergie éolienne afin de répondre aux besoins des fermes isolées en Zambie.
A l’issue de la cérémonie, la présidente d’Energy Generation, Astria Fataki, s’est déclarée « très fière des différents lauréats et de leurs idées de projets présentées ». Et de poursuivre : « L’idée est de pouvoir les accompagner pendant deux ans au développement de leur projet et nous sommes également en train de mettre en place un fonds d’investissement qui nous permettra d’investir dans ces projets une fois qu’il seront suffisamment matures pour recevoir un investissement, de manière à être présent sur toute la chaîne de valeur de ces projets, de l’idée à la création d’entreprise viable ».
Africa Energy Generation Prize est organisé avec l’appui de ses partenaires dont le Ministère des Postes et de l’Économie Numérique, Schneider Electric, EDF, ENGIE ou encore Akon Lighting Africa.
Les titres de dette togolais sont appréciés sur le marché financier régional. Après sa belle performance fin juin consacrée par la mobilisation de 21 milliards FCFA, le Togo a conclu en trombe vendredi 20 juillet dernier une émission simultanée par adjudication ciblée d’Obligations Assimilables du Trésor. Rebelote.
A l’arrivée, 57,49 milliards FCFA servis par les investisseurs de la sous-région contre une demande de 50 milliards.
Un taux de couverture du montant mis en adjudication par les soumissions de 114,98% qui traduit l’appétit des investisseurs d’un marché morne en début d’année. Le Togo retiendra 55 milliards FCFA, soit un taux d’absorption de 95,67%.
Dans le détail, la première obligation d’une maturité de 3 ans, assortie d’un coupon fixe de 6,25% aura permis de mobiliser 51,04 milliards dont 48,55 milliards FCFA retenus. La deuxième quant à elle, arrivant à échéance dans 5 ans, le 23 juillet 2023 précisément, et offrant un taux d’intérêt fixe de 6,5%, a permis de lever 6,45 milliards FCFA. Le prix moyen de l’OAT de 3 ans s’établit à 9655 FCFA avec un rendement moyen de 7,57%. L’OAT de 5 ans dont le prix moyen est estimé à 9650 FCFA, offre un rendement de 7,36%.
Majoritairement, les soumissions viennent des Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) du Togo (Boa Togo, Coris Bank, Ecobank, Orabank et UTB), qui auront servi, 45,34 milliards dont 43,86 milliards retenus sur l’obligation de 3 ans et l’intégration de celle de 5 ans.
Les SVT burkinabé étaient également au rendez-vous avec 5,7 milliards investis sur les OAT de 3 ans.
Pour ce troisième trimestre, le Togo envisage de lever 130 milliards dont 110 milliards sous forme d’OAT et 20 milliards FCFA en bons assimilables du Trésor (BAT). Selon le calendrier, du côté de Lomé, la prochaine émission du Togo portant sur un montant de 40 milliards FCFA est prévue pour le mois d’août.
Fiacre E. Kakpo
La construction du nouveau port de pêche évolue bien. Pour un taux d’exécution de 64,7%, les travaux de génie civil atteignent un taux de réalisation de 80% tandis que ceux relatifs aux bâtiments sont à 20%, a déclaré Ryu Ishii, directeur de l’entreprise en charge des travaux à une délégation ministérielle composée des ministres Ouro-Koura Agadazi et Ninsao Gnofam, respectivement en charge de la pêche et des travaux publics (TP), en visite sur le site ce vendredi 20 juillet 2018.
Rapporté au délai d’exécution déjà consommé, soit 70%, ce taux d’avancement des travaux reflète une vitesse d’exécution satisfaisante, selon le ministre des Infrastructures et des Transports. Celui-ci ajoute : « Nous avons bon espoir que le chantier sera réellement livré dans le délai et sera l’un des ports de pêche les plus modernes de la côte ».
En rappel, le projet est cofinancé par l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) à hauteur de 14,4 milliards FCFA et par le Togo à concurrence de 2,1 milliards FCFA. La construction de cette plateforme, sur une superficie de 7 hectares, semble traduire une volonté de dynamiser la pêche, compte tenu de son importance dans l’économie togolaise.
L’activité emploie plus de 22 000 acteurs et contribue à plus de 4,5% du PIB du secteur agricole avec une production annuelle moyenne de 20 000 tonnes, soit 80% de la production nationale estimée à 25 000 tonnes.
Séna Akoda
Le Togo et le Burkina Faso ont ouvert ce jeudi 19 juillet, une rencontre consultative pour redynamiser les activités au poste de contrôle juxtaposé de Cinkassé, une infrastructure commune aux deux pays.
La rencontre, qui a enregistré la participation de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), ainsi que de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), vise à redynamiser la feuille de route et le fonctionnement du poste.
Selon les acteurs, il s’agit particulièrement d’émettre des idées, de faire des recommandations à l’institution mère qu’est l’UEMOA, de faciliter les activités sur les frontières au profit des populations et d’accélérer la libre circulation des personnes et des biens.
D’un coût global évalué à plus de 7 milliards FCFA, le poste de contrôle juxtaposé de Cinkassé, ouvert en 2014, illustre bien la coopération entre le Togo et le Burkina Faso.
Il vient, d’une part, rationaliser le passage des personnes et des biens sur les frontières des deux pays, et d’autre part, alléger les formalités et les délais de passage pour accroitre le trafic économique.
De 2008 à 2016, le taux d’accès à l’électricité est passé de 22,5% à 35,6% en république togolaise. Ces données résultent de la présentation du Premier ministre au Forum des Nations Unies à New York sur les Objectifs de Développement Durable (ODD).
Plus précisément, il s’agit des avancées du Togo concernant l’ODD7 consistant à garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable. Sur la même période, le taux d’accès est passé de 3% à 6,3% dans les milieux ruraux.
Plusieurs initiatives portées par le gouvernement ont concouru à cette nette évolution de l’accès des populations togolaises à l’énergie. Entre autres, un vaste projet d’électrification de près de deux cent soixante-onze (271) localités rurales. Ce projet se poursuit sur la période 2017-2018.
Par ailleurs, certaines initiatives en cours notamment le programme présidentiel CI-ZO, l’installation de quatre microcentrales solaires photovoltaïques d’une puissance totale cumulée de 600 KWc et de 10 000 lampadaires solaires dans les cinq régions du Togo ainsi que d’autres projets en vue devront permettre au pays d’atteindre ses objectifs à l’horizon 2030.
Séna Akoda
Cultiver de l’igname destinée à faire du foufou sur une terre inappropriée, pour un défi, c’en est un. Pour un risque, il n’y en a pas de plus grand. C’est pourtant la prouesse qu’aura réalisé ADZOHONOU Kwami Senyo.
L’idée a germé lorsque ce digne fils de Kloto, venu s’installer dans le Yoto, a cherché en vain un endroit à Tabligbo pour savourer du foufou d’igname. Impossible. Devant le foisonnement du foufou de manioc, la niche est toute trouvée. Mais devra-t-il encore se défaire des pesanteurs de la terre, du moins de ce que pensaient les autochtones.
Cinq (5) ans après, la terre n’a pas menti. Mieux encore, le résultat a été si bluffant que les Thomas d’hier, comme il aime à les appeler, s’y sont mis. Et maintenant, ces jeunes agriculteurs, la fleur de l’âge, sont à la recherche du financement du FAIEJ pour développer la culture de cette nouvelle variété d’igname qui réussit si bien à leur terre, le Senyo Yam. Le compte à rebours est lancé jusqu’à Novembre prochain où, si tout va bien, les premières recherches de semences doivent commencer.
Togo First est allé à la rencontre de cet amoureux de la terre, également apiculteur et Coordinateur de la COOP-CA-AEH (Apiculture-Environnement-Humanité). Il nous a reçu, entouré de deux de ses proches collaborateurs, LAWADA Adjo Bella et ATTIOGBE Kokou. Entretien.
Togo First : D’où vous est venue l’idée de vous lancer sur ce projet et pourquoi avoir choisi Tabligbo ?
ADZOHONOU Senyo : A mon arrivée dans la localité en 2014, j’ai cherché en vain à manger du foufou d’igname que j’aime beaucoup. Mais il m’a été difficile, voire impossible d’en trouver. Partout, il n’y avait que du manioc. Or, étant habitué à l’igname, je n’ai pas vraiment apprécié. Donc je me suis dit qu’il faut développer la culture de ce tubercule dans la zone. J’ai approché des agriculteurs qui cultivent l’igname dans leurs champs et je leur ai expliqué qu’on ne pouvait pas en cultiver sans produire la variété qui permet de faire du foufou. Ils m’ont dit que ce n’était pas possible parce que cette variété ne réussissait pas sur leur sol.

C’est devant cette question que je me suis dit que c’était un défi qui s’imposait à moi. Je leur ai donc dis que j’avais une technique de multiplication rapide qui permet de produire les ignames sur des billons. Cette technique permet d’avoir de grosses quantités de tubercules et cela permet aussi de produire l’igname qui fait du foufou. Bien entendu ils n’y ont pas cru.
Lors de la saison de 2016, j’ai fait la toute première production avec ma collaboratrice (LAWADA Adjo Bella, ndlr) et nous avons fait la récolte. J’ai appelé les agriculteurs et je leur ai montré les tubercules. Ils étaient extrêmement surpris lorsque je leur ai dit que je l’ai fait sur un carré de 25m sur 25. Je l’ai réalisé grâce à une variété d’ignames que j’ai apportées de Kpalimé qui s’appelle Krati.
Ils étaient donc surpris de voir à quel point cela a marché. Mais il faut reconnaitre que leur sol se dessèche vite. Toutefois, l’igname n’est pas une plante très exigeante en eau.
J’ai donc, en marge, procédé à une série de tests et j’ai eu à remarquer que leur sol est tout à fait propice à la culture de cette variété d’igname que j’ai introduite dans la zone. C’est partant de là que j’ai commencé la production.
La seconde année, j’ai distribué des semences de la variété Krati et d’une autre variété que j’ai introduite personnellement et que j’appelle Senyo Yam, à plusieurs agriculteurs pour qu’ils le fassent dans leurs champs et donc sur plusieurs sols. Le constat a été que Senyo Yam a plus réussi que Krati.
La troisième année, je suis allé sur les marchés d’Anié, de Bassar et quelques autres pour rechercher la variété que je voulais. C’est un type d’igname dont la peau semble lisse et la tête cornue. Je l’ai planté sur un peu plus d’un quart d’hectares et je l’ai encore distribué aux divers agriculteurs qui se sont intéressés au projet. Cela a encore porté ses fruits.
TF : En terme de productivité ou de rendement, est-ce-que votre technique produit plus si on la compare à la culture ordinaire qui se fait à Kpalimé ?
AS : Je suis dans ma 6ème année d’exploitation à partir de cette technique et je vous assure qu’elle produit plus. Il suffit juste de faire une comparaison. Prenez le carré de terre de 25m sur 25. Si vous faites 300 buttes, vous aurez le même nombre de tubercules. Mais avec la méthode de billons, vous pouvez avoir jusqu’à 2 400 tubercules allant de 500 grammes à 2 kg. Ces billons sont à une hauteur de 30 cm du sol pour pouvoir permettre au tubercule de puiser l’humidité du sol. J’ai initié cette méthode compte tenu du type de sol qu’il y a dans le Yoto et de la difficulté qu’ont les cultivateurs d’ici à produire de l’igname destinée à une large palette d’usage. L’avantage avec les billons est que, même lorsqu’il ne pleut pas ou que le temps n’est pas clément, les racines ne manquent pas d’humidité, les feuillages demeurent toujours verts et les tubercules restent toujours consistants.
TF : Qu’est ce qui explique cet écart trop grand entre le nombre de tubercules générés par la technique de billons et celui des buttes ?
AS : Cela s’explique par le grand espacement qu’il y a entre les buttes. Vous pouvez avoir jusqu’à 1m voire 1m50 d’espacement. Alors qu’avec les billons, on ne laisse pratiquement pas d’espace.
Cela n’influence pas le développement des ignames. Nous avons inclus dans notre technique, un procédé d’enrichissement du sol avec le compost que nous fabriquons à base de fientes de volailles, bouse de vaches, de la cendre de bouse, de la sciure ainsi que du charbon de bois entre autres… Nous appliquons une partie au sol avant de faire les billons et après nous appliquons une seconde partie aux tubercules.
Il faut dire qu’avant de garder définitivement cette version de notre engrais, nous avons fait une série de tests et d’essais qui nous ont permis de l’améliorer et de parvenir à ce résultat final.
Nous pensons d’ailleurs le vulgariser en essayant de le produire en plus grande quantité et de le vendre aux producteurs à des coûts très bas. Nous avons de l’engrais sous forme granulée et sous forme liquide.

TF : Pourquoi préférer votre engrais par rapport à ce qui est déjà sur le marché ?
AS : Quand vous appliquez notre engrais au sol, cela agit bien entendu sur votre culture. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’après la récolte, il continue d’agir dans le sol et vous le remarquerez lorsque vous viendrez faire une autre culture. Cela s’explique par le fait que les micro-organismes contenus dans notre engrais continuent d’exister dans le sol et le nourrissent au contraire de l’engrais chimique qui appauvrit après le sol.
Si nous comparons le prix de notre engrais bio au prix de l’engrais chimique, vous constaterez un grand écart. Le chimique coûte actuellement 300 ou 350f le kg. Nous, nous pensons vendre le nôtre à 190f le kg après étude de notre compte d’exploitation.
TF : Quel est en termes de bilan, le bénéfice que vous obtenez ?
AS : A l’hectare, on peut obtenir jusqu’à 6 400 000 f dans l’intervalle de 6 mois. Lorsque vous ôtez le coup de production et les frais annexes, vous avez un bénéfice de 4 millions et quelques.
TF : Vous avez parlé de votre technique de reproduction rapide. Est-ce qu’elle ne comporte pas de marge de défaillance ? Si oui, quelle est-elle ?
AS : 1%. Si vous prenez une planche de mille tubercules fait en pépinières, parfois ce n’est que quatre ou cinq qui pourrissent. Il est déjà arrivé d’enlever près de 400 tubercules sans constater un seul pourri.
TF : Envisagez-vous d’étendre la technique à d’autres localités ?
AS : Les agriculteurs n’avaient pas foi au départ mais lorsqu’ils ont constaté le succès de notre technique, ils m’ont littéralement envahi pour apprendre et le développer dans leurs plantations. J’ai appuyé 14 jeunes qui ont constitué des dossiers au niveau du FAIEJ. Ils espèrent un financement pour développer l’activité.
Donc pour répondre à votre question, oui. Mais cela est soumis au financement du FAIEJ ou de ceux qui voudront bien nous aider. Et l’idéal est de l’obtenir avant Novembre ou Décembre afin que les recherches de tubercules à ensemencer dans la localité puissent commencer. Vu qu’en Avril-Mai, les pépinières doivent être constituées. Nous attendons que le FAIEJ réagisse favorablement et cette exploitation se fera sur tous les sites disponibles de la localité.
Je l’ai fait sur un quart d’hectare et cela a été très productif. Avec le groupe que nous sommes en train de constituer, nous voulons nous entraider afin d’augmenter la production.
TF : Avez-vous entendu parler du MIFA ?
AS : Non pas vraiment. J’ai plutôt entendu parler de TIRSAL. C’est dans mes recherches connexes que j’ai lu MIFA quelque part et c’est d’ailleurs par ce lien que j’ai découvert votre site Togo First et que je vous ai contacté. Donc c’est à vous que je demanderai de m’en dire un peu plus sur le MIFA. (Rires…)
TF : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la production et l’exploitation ?
AS : En termes de difficulté, il y a l’absence de semences. Pour trouver les bonnes variétés à ensemencer, il faut voyager. J’ai dû aller à Anié, à Bassar, à Kpalimé pour sélectionner ces variétés et les inclure dans le lot que je constituais. Et l’année prochaine, ce sera la même chose.
La seconde difficulté est le manque de ressources humaines. Je manque de métayers pour aider à développer l’activité. Mais j’espère qu’avec ces 14 personnes dont j’ai parlé plus tôt, le travail se fera plus harmonieusement et je ne serai plus qu’un simple conseiller technique pour les aider.
TF : Avez-vous un appel à lancer ?
AS : A tous ceux qui sont intéressés. C’est un domaine méconnu et il serait bien qu’on le vulgarise. Je vous remercie déjà pour votre réactivité et d’être venus nous voir aussitôt. Nous espérons, par votre créneau, prendre attache avec les autorités spécialisées, discuter avec elles pour voir dans quelle mesure elles pourront nous aider.
En 2015, j’ai fait venir l’ICAT (Institut de conseil d’appui technique, ndlr) sur le site. Ils ont pris des photos. Je leur ai fait voir l’exploitation, la technique et la croissance. Mais cela n’a rien donné. Je voudrais que les autorités nous écoutent mieux et que les autres producteurs aussi s’y intéressent.

TF : A long terme quels sont vos objectifs ?
AS : Faire de la zone de Yoto un centre de production d’igname. Les bonnes femmes de Lomé qui vendent du foufou ou des produits dérivés de l’igname vont à Bassar principalement ou à Anié pour en acheter. Si on crée une zone de production à grande échelle dans le Yoto, ce serait un atout. L’idée est de faire du Yoto, un grenier pour l’igname, et spécialement pour la variété Senyo Yam qui réussit merveilleusement pour le foufou dans cette localité. Ce qui n’était pas le cas avant.
Yoto est une localité qui regorge de nombreuses richesses qui, si elles sont bien exploitées, elles feront le bonheur de beaucoup.
Tenez, je suis aussi apiculteur. Et lorsque je suis arrivé ici, j’ai remarqué un nombre important de palmiers à huile. Or le miel produit par nos abeilles vient en majeure partie des palmiers. J’ai installé une ruche et je tire un minimum de 10 litres de miel pur par an. C’est dire donc que beaucoup de choses peuvent être réalisées ici.
Mon dernier mot est que j’espère qu’à travers cet échange, nos activités pourront être boostées. L’objectif est d’étendre notre exploitation à 14ha d’ici quelques années. Avec l’idée que chacune des 14 personnes inscrites au programme du FAIEJ puisse bénéficier d’un ha et lancer le processus d’entraide pour vulgariser la technique et la variété Senyo Yam.
Nous prévoyons de trouver un moyen de production à grande quantité de la poudre d’igname qui a de nombreuses applications. Elle sert à préparer le foufou de façon très rapide et sans qu’on ait à piler de l’igname, les boulangers s’en servent pour fabriquer des biscuits, voire une forme de pain.
L’igname est un aliment de prestige et on doit développer sa production partout où c’est possible. En plus, il se conserve bien et pendant longtemps.
Propos recueillis par Fiacre E. Kakpo & Octave A. Bruce