(Togo First) - Cinq ans après son lancement, le Festival la Marmite (FESMA) célébrera sa 5ᵉ édition en août prochain à Lomé. Placé sous le thème « Promouvoir l’intégration et le vivre-ensemble à travers l’alimentation et la cuisine », l’événement mettra à l’honneur le fonio et accueillera la Chine comme pays invité d’honneur. Dans un entretien accordé à Togo First, le commissaire général du festival, Jean-Paul Agboh Ahouélété, revient sur les raisons de ce choix, les principales innovations annoncées et son ambition de faire du FESMA un levier durable de développement pour les filières culinaires et agroalimentaires.
Togo First (TF) : Pour la 5è édition du FESMA, vous avez choisi comme thème : « Promouvoir l’intégration et le vivre-ensemble à travers l’alimentation et la cuisine ». Quelles sont les raisons de ce choix ?
Jean-Paul Agboh (JPA) : Trois raisons essentielles expliquent ce choix :
D’abord le repas est un levier de cohésion sociale. En effet, la table ignore les barrières politiques, ethniques ou religieuses. Partager un repas crée un terrain d’entente et de dialogue. C’est l’outil le plus universel pour désamorcer les tensions et rapprocher les communautés.
Ensuite, la cuisine est une passerelle diplomatique. Lomé sera en août le carrefour des saveurs africaines. Nos plats transfrontaliers prouvent que nos cultures partagent un héritage commun. Promouvoir nos cuisines, c’est matérialiser l’intégration africaine dans l’assiette.
Enfin, l’union de la chaîne de valeurs. L’intégration ne concerne pas que les chefs. Elle unit le producteur rural, le transformateur agroalimentaire et le consommateur urbain. Valoriser la consommation locale crée une solidarité économique nationale et régionale.
TF : Pourquoi parler d’intégration à l’occasion d’un festival de cuisine ?
JPA : Nous le faisons parce que l’alimentation est notre premier trait culturel commun. Avant de signer des traités économiques, les peuples partagent d’abord des saveurs. Le FESMA valorise cette diplomatie culinaire.

TF : Que suggère ce thème aux populations ?
JPA : Ce thème met en lumière le travail de nos agriculteurs et artisans. La Foire que nous organisons sur l’Esplanade du Palais des Congrès dans le cadre du FESMA montrera que consommer local est un acte citoyen qui renforce notre économie et notre fierté commune.
TF : Pourquoi choisir la Chine comme pays invité d'honneur pour un festival qui valorise le patrimoine africain ?
JPA : Le patrimoine s'enrichit aussi par le dialogue avec les autres. La Chine possède une culture culinaire millénaire où l'alimentation est synonyme de santé, de partage et de respect de la nature, des valeurs identiques aux nôtres. Ce choix matérialise notre thème sur l'intégration. C'est une opportunité unique pour nos chefs d'échanger et de créer une fusion culinaire inédite.

TF : Quelles sont les grandes nouveautés logistiques ou structurelles de cette 5ème édition ?
JPA : Il y a d’abord la présence chinoise avec un espace de plus de 100 m² pour accueillir les festivaliers, une dizaine d’entreprises pour des rencontres B to B ainsi que des chefs pour faire découvrir et revisiter les saveurs chinoises.
Il y a également le concours culinaire sous-régional qui mettra en compétition des candidats venus de 7 pays de la sous-région. C’est une compétition à suivre en direct sur les réseaux sociaux et diffusée ensuite sur des chaînes de télévision.
J’ajouterai également le concours de pitch dénommé Innov Agro. Il s’agit d’un tremplin dédié aux startups et aux jeunes innovateurs. Notre ambition est de valoriser et de primer des solutions concrètes, viables et durables, capables de répondre aux trois défis majeurs de l’agrobusiness africain :

TF : Quel est le bilan des 4 éditions précédentes en termes de résultats concrets ?
JPA : En 4 ans, le FESMA a réuni des dizaines de milliers de visiteurs, formé plus d'une centaine de jeunes aux métiers de la restauration. Nous avons en outre mis en lumière plusieurs produits comme le gari, le riz togolais, comme nous le ferons pour le fonio cette année, ainsi qu’une centaine de producteurs locaux. Nous avons par ailleurs contribué à faire évoluer les mentalités sur le "consommer local" en démontrant que nos produits d'Afrique sont modernes, sains et gastronomiques.
TF : Quel message souhaitez-vous faire passer autour du fonio et quelles opportunités voyez-vous pour son développement au Togo et dans la sous-région ?
JPA : Le message porté par le FESMA est simple : le fonio n'est pas une céréale du passé, c'est la céréale de l'avenir. Face au changement climatique et à l'inflation des céréales importées, le fonio s'impose comme une réponse stratégique majeure pour le Togo et l'Afrique de l'Ouest.
En effet, nous voyons trois opportunités majeures pour notre région :
Le FESMA 2026 mettra un coup de projecteur académique et culinaire sur cette pépite de notre terroir pour qu'elle passe définitivement des champs à toutes nos assiettes quotidiennes.

TF : Comment passer du festival annuel à un véritable creuset structurant d'une industrie culinaire togolaise ?
JPA : Passer d'un festival annuel à un creuset structurant pour l'industrie culinaire togolaise est précisément l'ambition que porte le FESMA. Pour transformer cet événement en une filière industrielle solide et pérenne, notre stratégie s'articule autour de quatre piliers fondamentaux.
TF : Que direz-vous pour conclure ?
JPA : Avec la mue qu’il opère, le FESMA ne s'arrêtera pas le 16 août au soir. Il devient une institution permanente, un catalyseur économique qui insuffle une dynamique industrielle à toute la chaîne de valeur culinaire du Togo.
Interview réalisée par Gautier Agbekodovi