(Togo First) - La gouvernance, l'intégrité et la bonne gestion des ressources publiques étaient au cœur d'une session de renforcement des capacités ouverte à Lomé à l'intention des acteurs impliqués dans la mise en œuvre des projets financés par le Groupe de la Banque mondiale. Réunissant les unités de gestion de projets, les institutions de contrôle et de régulation ainsi que plusieurs partenaires publics, la rencontre a mis l'accent sur les risques de fraude et de corruption, les mécanismes de prévention et l'importance de la redevabilité dans l'utilisation des financements destinés au développement.
Ouvrant les travaux, Adu-Gyamfi Abunyewa a rappelé que la passation des marchés publics n’était pas une simple formalité administrative, mais un levier stratégique de développement.
« Lorsque les marchés publics fonctionnent correctement, les projets produisent des résultats concrets. Les routes relient les communautés, les écoles éduquent les enfants et les hôpitaux sauvent des vies », a-t-il souligné devant les représentants des organes de contrôle et des équipes de mise en œuvre des projets.

La gouvernance, condition de l'impact des financements
Le responsable de la Banque mondiale a insisté sur le fait que chaque défaillance en matière d'intégrité se traduit directement par une perte d'impact pour les populations bénéficiaires.
Contrats attribués sans concurrence réelle, travaux de mauvaise qualité, retards dans l'exécution des projets, surcoûts injustifiés ou encore faible optimisation des ressources publiques : autant de situations qui compromettent l'efficacité des investissements de développement.
« Il ne s'agit pas simplement de défaillances techniques. Il s'agit de défaillances en matière de redevabilité qui ont un impact direct sur les citoyens », a-t-il déclaré.
Pour la Banque mondiale, la question dépasse donc le strict respect des procédures. Elle touche à la confiance dans les institutions publiques et à la capacité des États à transformer les financements mobilisés en services concrets pour les populations.
Une politique de tolérance zéro contre la fraude et la corruption
La session a également permis de rappeler la politique de tolérance zéro appliquée par la Banque mondiale en matière de fraude et de corruption.
Selon les données présentées par la Vice-présidence de l'intégrité (INT) de l'institution, près de 89 % des irrégularités détectées dans les projets financés par la Banque mondiale interviennent lors de la phase de passation des marchés. Les autres cas concernent principalement la gestion financière, la gestion des contrats et, dans une moindre mesure, la conception des projets.
Chaque année, des centaines d'entreprises à travers le monde font l'objet de sanctions ou d'exclusions à l'issue d'enquêtes menées par les services spécialisés de la Banque mondiale.
Les schémas frauduleux les plus fréquemment observés comprennent notamment :
Les signaux d'alerte à surveiller
Une large partie des échanges a été consacrée à l'identification des signaux d'alerte susceptibles de révéler des risques de fraude ou de mauvaise gouvernance.
Parmi les principaux indicateurs relevés figurent :
Des alertes peuvent également apparaître dans la gestion financière à travers des écritures comptables sans justificatifs, des rapprochements bancaires irréguliers, l'utilisation de comptes désignés à des fins non prévues ou encore des écarts importants entre les montants décaissés et les dépenses effectivement justifiées.
Pour les experts, ces anomalies ne constituent pas nécessairement des preuves de fraude, mais elles exigent un renforcement immédiat de la vigilance.
« Un signal d'alerte n'est pas une accusation. C'est un indicateur qui appelle à des vérifications supplémentaires », ont rappelé les intervenants aux participants.

La traçabilité des fonds au centre des préoccupations
L'un des messages les plus forts de la rencontre concerne la nécessité de garantir une traçabilité complète des ressources financières.
Les participants ont insisté sur l'importance de pouvoir suivre chaque paiement depuis son décaissement jusqu'au bénéficiaire final, à travers des pièces justificatives fiables et vérifiables.
Cette exigence de traçabilité s'étend également à la gestion des plaintes, qui doit suivre un processus rigoureux comprenant la réception, l'enregistrement, l'analyse, l'investigation éventuelle, la décision, la communication et l'archivage.
La Banque mondiale considère aujourd'hui cette traçabilité comme l'un des piliers fondamentaux de la redevabilité financière et de la bonne gouvernance des projets.
Développer une culture de l'intégrité
Au-delà des procédures, la rencontre a mis en avant la nécessité d'instaurer une véritable culture de l'intégrité.
Pour Adu-Gyamfi Abunyewa, les systèmes les plus performants ne reposent pas uniquement sur des règles ou des mécanismes de contrôle, mais sur des comportements individuels cohérents.
« Les systèmes solides ne s'effondrent pas du jour au lendemain ; ils se détériorent progressivement lorsque l'intégrité est compromise, décision après décision », a-t-il averti.
À l'inverse, les institutions fortes se construisent par une succession de décisions responsables prises quotidiennement par les gestionnaires, les contrôleurs, les spécialistes des marchés publics et les autorités de supervision.
Lever les obstacles au signalement
Les échanges ont enfin mis en lumière les freins qui limitent encore la dénonciation des irrégularités.
Parmi eux :
Pour la Banque mondiale, la prévention demeure la stratégie la plus efficace. La sensibilisation, la formation continue, la transparence et l'encouragement au signalement constituent les meilleurs remparts contre les pratiques frauduleuses.
À Lomé, le message adressé aux gestionnaires de projets et aux institutions de contrôle a été sans ambiguïté : la vigilance fiduciaire n'est pas une option, mais une responsabilité partagée. La session de renforcement des capacités devrait se poursuivre et s’achever ce mardi 16 juin 2026.
S.A